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Bulletin SAF 1934


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L’instruction primaire dans le Finistère sous le régime de la loi Guizot (1883-1850)

Louis Ogès

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Société Archéologique du Finistère - SAF 1934 tome 61 - Pages 18 à 149

ms ruc IOn rImaIre ans

sous e ré Ime e a Dl

(1833 -1850)

mIS ère
UlZO

Etat de l'hïstl'uction dans le Finistère
avant la loi Guizot (28 juin 1833)

A l'avènement de Louis-Philippe, plus du tiers des
. communes du royaume étaient privées d'écoles; près
des deux tiers des enfants d'àge scolaire ne recevaient

a ucune instruction ; le contingent des conscrits de 19::lU
éta it composé, p OUl' plus de moilié, d'illettrés.'
Dans le Finistère , sur 282 communes dont se composait
le département, 94 seulement avaie nl une école. Seuls,
li.OOO enfan ts, sur 34.000 d'àge scolaire, recevaient q uel­
que instr uction. Sur 5.000 cOlJ5crits recensés en 1830,
836 seulement savaient lire et écrire, 117 savaient lire,
4000 étaient ille Ltrés ; la proporlioll du nombre de jeunes
gens qui n'avaient même pas reçu un commenc:ement
d'instructiun, élait de 4 sur 5. En 1831, sur 82 délits
co mmis dans le Finistère, 631'0n1 été par des illettrés (1).
La commune de Logonna-Daoulas, prise comme type
(i ) A mo ins d'indi cation contraire, les documents utilisés pour celle
étude pl'Oviennrnt des Archives départementales d il Finistère, série T,
non colée.
Les délibérations du Conseil général et das Conseils d'arrondissement
ont élé également consultées. .
Les lois, décrets, ordonnances, résultat~ ou chiffres officiels concer­
nant l'ensemble de la France. onl été pris dans la collection des Lois et

de commune rurale, donne nne idée assez exacte du
degré d'instruction dans ' I~s campagnes à l'avènement
de Louis-Philippe.
Sachanl lire et écrire le francais : 46 hommes et

9 femmes.
Ne sachant pas écrire, mais sachant lire le breton :
60 hommes et 20 femmes.
Sachant parler français: 100 hommes eL 15 femm es.
Ne sachant que le breton: 450 hommes et 550 femmes.
La statistique générale établie en 183U nous apprend

que le Finistère arrivait à l'avant-dernier rang dans le
classement des déparlements suivant le nombre d'éco­ liers comparé à la population totale (la Corrèze venait au
dernier rang).
. Charles Dupin, puis Rendu, établirent une Carte in­
tellèctueUe de la France par départements . La teinLe
dl)nnéeaux départements élait de plus en plus foncée
suivaolle degré d'ignorance. Le Finistère Re remarquait
par la teinte presque noire qui le recouvrait: un seul
enfanl SUt' 125 habitants y fréquentait une école (CÔLes­
du-Nord. 1 sur 83; Morbihan, 1 sur 106) (1) .

Comparé àl'ensemble de laFrance, le Finistère étêlitdonc
nettement en retard pour ce qui concernait l'instruction .

Conformément aux promesses de la Charte, le gOU\'er­
nement de Louis-Philippe s'occupa très sérieusement de
l'instruction populaire.
Dans le Finistère, en trois ans, de 1 830 à 1833, le nom­ bre des écoles passa de 94 à 120 ; 8.000 enfanls, au lieu
de 6000, reçurent l'instruction primaire.

(i ) La moyenne générale pour la France élait de 1/30'. Les dépal'te­
mClils de la Hante-Marne et du Bas-Rhin, qui étaient lcs plus inslruits,

On t!'ouvera à la fin de cette - étude un tableau statisti­
que qui indique la - répartilion des écoles dans le départe­
ment au moment où la loi Guizot (:G8 juin J833) donna: un
statut nouveau à l'instruction publique. - Ce , t:ableau 'con­
cerne exclusivement les écoles de garçons.
Loi sur l'enseignement pl'imaire,
dite loi Guizot (28 juin, 1833)
Après a voir - détruit l'organisation scolaire de l'Ancien
Régime, la Révolution - de 178\1 avait essayé de crée!' des
écoles primaires; les principes généreux répandus dans
quelques lois scolaires n'a;vaient produit aucun résultat.
L'Empire, tout entie!' à d'aut!'es soins, ne fit rien pour
l'instruclion du peuple. La Restauration, aux prises
avec des difficultés économiques et politiques, essaya d'or­
ganiser un enseignement public; elltl fit ce qu'elle put,
elle tâtonna su!'tout, mais les résullats ne répondirent pas
à ses efforts.
La loi du 28 juin 1833, forte de l'expérience du passé,
forto surtout de l'esprit de l'époque et du sentiment na­
tional favorables à l'instruction du peuple, a don né à
l'enseignem6nt la charte qui)uil manquait et imprimé à
ce service un développement inconnu jusqu'alors.
CetLe loi es t plus connue sous le nom de loi Guizot;
c'est en effet gràce aux efforts persévérants de cet
homme d'Etat qu'elle put être votée. Guizot, rapporteur
de la loi, disait dans son admirable exposé des motifs:
« la présente loi est une loi de bonne fOi, étrangère à
Loute passion, à tout préjugé, à toute vue de parti ».
Telle elle nom:: apparaît, eIl effet.
L'article premier définit l'iustruction primaire qui doit

être (( assez étendue pour: pollrvoir aux besoins essentiels
de la vie, et assez circonscrite pour êlre partout réa lisa­
ble ». L'enseignement de la leclure, de l'écriture et du
calcul pourvoira à ce qu'il est indispensable de connaitre
daos la vie ; l'enseignement du système métrique et du
français implantera ou accroîtra l'esprit et l'unité de la
nationalité française; l'enseignement moral et religieux
pourvoira aux besoins sociaux ou spirituels (1).
Pour faire suite à l'instruction primaire, la loi organise
un degré supérieur d'instruction primaire qui ajoute aux
connaissances indispensables les connaissances utiles ;
géométrie pratique, notion de physiquo et d'histoire na­
turelle, éléments d'histoire et de géographie, notions de
chant et de dessin. A cet effét, une école primaire supé-

rieure devra êlre établie dans les , villes de plus de
6.000 habitants. ,z:
Les titres Il et III déterminent la , nalure et le carac-

tère des écol0.s. La loi consacre la liberté de l'enseigne-

ment selon le texte précis de la Charte. Tout Fral1çais, âgé
de 18ans, pourra fonder, entretenir, diriger tout ét~blisse, -
ment quelconque d'i:nstruction primaire ou primaire
supérieur, sans autre condition qu'un cerlificat de bonne
vie et mœurs et un brevet de capacité oblenu après
examen. 1
Mais, suivant l'expression de Guizot, « les écoles pri­
vées doivent être à l'instruction ce que les enrôlements
volontaires sont à l'armée : il faut s'en servir sans y
trop compter». De là l'institution nécessaire des écoles
pu bliques pour le service ' régulier de l'instruction du
peuple. ~
Une école élémentaire sera attachée à chaque com­
mune ou réunion de communes très voisines, Celle école

fonctionnera gràce à un traitement fixe qui, joint , à un
logement convenable, rassureraJ'instituteur: conlre l'ex­ Lrême misère, grâce aussi à un lraitement éventuel payé
par les élèves et dont le taux sera fixé par le Conseil
municipal. Le traitement fixe, qui ne pourraêlre inférieur
à 200 fI'" mettra l'instituteur dans l'obligation devece-;­
voir gratuitement les enfants indigents,
Quant à l'instruction primaire supérieure, destinée en

principe à une classe plus aisée, elle ne sera gratuite que
pour les indigent~ admis après concours. . ,
La loi fixe le rôle de la commune, du département et de
l'Etat dans ,les dépenses de l'illf>truction primaire. Ln
commune, dirocteruent intéressée à l'inslruction de ses
enfants, vient ea première ligne; puis vient le départe­
ment qui doit, dans la mesure du possible, suppléer. à
l'insuffisance des budgets communaux; mlfin,' en dDr­
nière ligne, l'Etat qui intervient lorsque les ressources du
département sont épuisées; ,
Les maîtres seront formés dans les écoles normales et
devront être POU('vus du brevet de capacité. Tout dépar­
. tement sera tenu. d'entretonir une école normale, soit

par lui-même, soit en se réunissant à un ou . plusieurs
départements voisins.
L'article 15 établit dans chaque département une caisse
d'épargne et de prévoyance en faveur des instituteurs
communaux. Cette caisse sera formée pai' une .retenue
annuelle d'un vingtième sur le traitement fixe de chague
instituteur. Les in tél'êts de celle retenue seront capitp,lis~s.'
Le pl'Oduit total sera remis à l'instituteur quand il se .reti­
rera et, en cas de décès, à sa veuve ou à ses héritiers,.
Le titre l V est relatif aux diverses autorités pt'éposées
à l'instruction primaire. Il y aura, près de chaque école
communale, un Comité local de surveillance (~omposé

d'un ou plusieurs habitanLs' notables désignés par 1 0
Comité d'arrondissement. Au chef-lieu d'arrondissement
. est créé un Comité d'arrondissement ou Comité suptJ­
rieur. Ce Comité, placé à dis tance, sera étranger aLlx
petitesses de l'esprit local. En seront membres : le maire
du chef-lieu de la circonscription; le juge de paix; le
curé et un ministre de chacun des cultes reconnus par la
loi; un proviseur, pl'incipal de collège ou professeur
désigné par le Ministre ; . un instituLeur primaire choisi
par le Ministre; trois membres du Conseil d'arrondi.sse­
ment; les conseillers généraux habitant la circonscrip­
tion ; le procureur du roi; le sous-préfet ou le préfel.
Le Com ité communal inspecte les écoles, s'assure s'il
Ast pourvu à l'enseignement g ratuit des puu vres et veille
à la salubrité des immeubles.
Le Comité d'arrondissement agrée les candidats insti­
tuteurs présentés par les Conseils municipaux, inspecte

les écoles, provoque les améliorations nécessaires, dresse
l'état de situation ùe son ressort, reçoit le sermen t des
instituteurs (1), les suspend ou les t'évoque en cas de
faute g rave.

Autorités préposées au développement ·
et à la surveillance de l'instl'uction primaire

dans le Finistèl'e

. A -- LE PREFET
Un rôle prépondérant éta:t r~servéau préfet naos 1'01'-

ganisation et la surveillance des écoles. Le préfet était le
chef direct des instituteurs;: il ' remplissaÙ, enl quelque

sorte, les fonclions· d'an inspecteur d'Académie de nos

(1) Voici la teneur de , ce serment . : «Je' jure fidélité au roi des
Français, obéissance à la Charte constitutionnelle et" aux lois du
Royaume ll. . .... '.'

jours. Il pouvait exercer uno heureuse influence sur le

Conseil général et en obtenir l es crédits nécessaires. Par
son action sur les maires el les municipalités, il pouvait .
agir en faveur de l'instruction primait'e.
MM. Lepasquier At Mercier, préfets du Finistère de
1 833 à 1836, ne semblent pas avoir a pporté au dé\"elop
pemeal des écoles !ln zèle suffisant. En trois ans, leurs
interventions n'ont abouti qu'à l'ouverture de quatre
nouvelles écoles. M. Mercier quitta le Finistère le 21 oc­
tob re 1836. Il fut remplacé par le baron GO' Bon llé.
Le nouveau préfet, qui resta. douze ans à la tête du
département, apporta dans ses fonctions le plus grand
dévouement; parmi les nombreuses occupations qui sol­
licitaient son a ttention, il donna la première place au
développemen t de l'instruction du peuple.
Germain-Joseph, baron Boullé, fils aîné de Jean-Pierre
Boullé, député aux Etats généraux. et de Jeanne- Perrine
Ruinel du Tailly, .naquit à. Pontivy le 5 octobre 1786. Il
fit ses éludes au lycée de Mayence où il obtint le prix
d'honneur en 1805. Pendant qu'il y était élève, il écrivit

Le Connétable de Clisson, tragédie en cin'l actes en vers,
et Mes adieu.x au lycée de Mayence, où l'on lit ces vers
à l'Em~ereur :
« Parle, nous sommes prêts, dispose de nos jours,
« L'honneur de te servir embellira leur cours. »
En 1 810, il publia dans la Muse bretonne.' « Mon avis
sur Quimper-Corentin )J, pièce en vers reproduite dans
le Finistère du 8 août 1885. Il devint auditeur au Conseil

d'Etat en 1808, sous-préfet de Vannes de 1809 à 1815,

avocat à Saint-Brieuc de 1815 à 1830, préfet de la Vienne
en 1830, liu Tarn-eL-Garonne en 1 833, de l'Aude en 1 834,
du Finistère de 1836 à 1848. En 1847 il était membre de

la première Société archéologique du Finistère. Il mou-

rut au châleau du Bosq,
1 875 Il ).
près Sainl- Servan, l e 13 mars

Dès son arrivée dans le Finistère, le baron BouUé
dirigea vers lAs queslions d'instruction une bonne pmL
de son ardento activito; il exécuta intelligemment l es
dispositions de la loi Guizot, a pporlant '1 celte besogne
une patience inlassable. Ses heur euses innovalions
eurent leur répercussion sur l es progr ès intellectlwb et le
bien· êlrp de la jeunesse. Cr éer une école dans chaque
comm'me et formér des maîtres capables ponr les diri g'er ,
L ei fut son bul. Il étudia el mesura les obstacles qui
s'opposaienL '1 la diffusion de l'instruclion ; illriompha de
l'insouciance des populations r oulinières; il infusa à
l'enseig nelIlent une vie nouvelle et miL l'instruction ù la
porlée de Lous.
A son arrivée dans le dtipètl'terneuL, lGs institlilcuJ':o3
lang'ui ssaienl, découragés de oe pouvoir viv ro quo rnisô­
rablement du produil de lour travail: il esl \ U llI il lou r
a ido avec empressement ot bien '/oillancc. Ves ('culps
chancelaient, menacées dans leur exisleII Cf) : il le:; a suu­
lenues. GràcB a lui. écoles, coms d\ 1 julles, ::;all es d'asilu
s'ouvrenl et se développenL. Sous sa vive implll"ion, lu
char 8mbollrbé se remet en marche.
Ce füt pour le Finistèr e une vrai 8 chanel) dG PUSS(;cllJI'
en ce préfet un administrateut' actil' ni (ielai r é qll i sc:
passi onna pOUl' la propagalion de 1'il\slruG tiO II : il a l'ail
dans notre déparlement une vérilable croisèlde (' il faveu l'
de l'l' l1seignement. Il lui l'ut donll e d'etlaœr colle ICirgo
teinte lloire qui SUl' la CarLe inLellect lJelle de la France
l' eCOLlVlëlit le Fini.stèro,
L'œuvre du baron BouIltl fuL inLl'l'rolllpue pur la Hévo­ luli on de 1 8-18 L e Gouvernement provisoire r évoqua L ous

les préfeLs et les remplaça par des Commissaires de gou~
vernement puis par de nouveaux préfets .
M. Boullé qui. depuis 1836, dirigeait le département
avec une aclivité et un talent auxquels ses ennemis
mêmes rendaient hommage, fut remplacé d'abord par
M. Tassel. a vocal à Lannion, puis par MM. Morhéry,
Le Pêcheur-Bertrand, Brissot-Thi vars et Bruno-Devès,
qui ne firent que de brefs séjoms dans le département.
B LES COMITÉS D'INSTRUCTION
La loi de 183:3 11 prévu deux organismes chargés d'as­
surer la bonne marche de l'instrucLion prima ire: les
Comités d'arrondissement et les Comités locaux.
En cn5an t les Comités d'arrondi.ssement ou Comités
supérieurs, le législateur a voulu appeler à concourir
à l'œuvre de l'instruction populaire les hommes les
plus distingués par la posiLion sociale, par 1 8 savoir
ot le mérite.
C'esl avec un véritable enthousiasme que, d'lns le
FinisLère, chacun répondit à cet appel, désireux de se­
conder les inLenlions généreuses de la loi. « J'ai vu.
écrit un inspecteur, briller en eux, d'un pur éclat, le feu

sacrô du tèlo pour l'instruction; ils ne ménageront pas
1 ours efforts pou r Li ror ce pays des ténèbres de l'ignorance».
Le préfet lrouva toujours auprès des Comités d'arron­
d issement un contours éclairé et dévoué. Le baron Boullé

se plaisait à reconnaître « le zèle au-dessus de lout
éloge» que les Comités do Morlaix ot de Brest appor­
taient à remplir leur tache. Ces Comités, en effet, se
distinguaient par l'ardeur apportée à la tâche, par la
patience, la ténacité dont ils faisaient preuve pour sur­
monter les obstacles, par leur action sur les écoles,
aclion vi ve, constante el bien entendue.
Les Comités d'arrondiil:sernent de Quimper, Quimp~['lé

et Chàteaulio, pleins d'ardeur au début, se laissent vile
rebuter par l'indifférence générale ou l'hdstilité qui
accueillent leurs initiatives. Ils montrent bien l e désir
de multiplier les écoles et d'améliorer celles qui existent,
mais, ne rencontrant pas les concours aLtendus, leur zèle
se refroidit, leur patience se lasse. En 1836, le nouveau
préfet réussira à ranimer l'activité de ces comités, à leu r
infuser l'ardeur dont il était animé.
LISTE DES MEMBRES
DES COl\UTI!:S D'ARRONDISSEMENT El\' 1837
A rl"ondissement de Quimper :
MM. MM.
Le Préfet, président.
Astor, maire de Quimper.
B ernhard, procureur du roi.
Le Bars. jugr. de paix .
Nédellcc, curé de la ci,thédrale.
Hernio, conseil. d'arrondissem.
Cropp,
Le Guillou, avoué.
Dorval, principal du collège.
Cosmao, instituleur primaire (i ).
A rrondissement de Brest :

Le Sous· P rMet, président.
Fleury, maire de Bres t.
Duval. procureur du roi.
Le Coat Dubois, juge de paix.
Inizan; curé de H.ecouvrance.

Ronin, co nseiller mun . de Brest.
Bouël~ conseiller municipal.
YnJbort, négociant.
GOëz, cheC d'insti tutioll .
Caroff', dir. de l'ecole p,.jm . sup.
A rrondissement de Morlaix:
MM. MM.
Le Sous-Préfet, président
N., mai re de Morlaix.
Godefroy, procureur du roi.
Mauduit, juge de paix.
Kéramanac'Il, curé.

Alexandre, négociant.
Le Bozec, conseiller d'arrolJll.
Gouin ) snbsti tu t.
Tranchevant, cheC ,d'institution.
Le Dantec, instituteur primaire.

(I). Les Conseillers généraux laisaient partie, de ùrQit, dL\ Comité
de l'arrondisement où ils étaient domiciliés.

Arrondissement de Châteaulin:

Le Sous-Prélet, président.
Rcvault, maire de Châteaulin .
Hamel, procureur du roi.
Hau H, ,i uge de paix.
Durand ) curé de Châteaulin.

Le Marchadoul', conseil. d'al'.
Hichard,
Bertheley, receveur parliculier.
Le Pape, instituteur primaire.
Arrondissement de Quimperlé:
MM. MM.
Le Sl lUS-Pl-:'fel, présidenl.
Poirier d~ Noisseville, maire de
Quimperlé.
, Massabiau , procureur du roi,
HerveJ, jllge de paix.
M~zé, curé de Quimperlé.
11enaurl, conseiller d·arrondis.
Onlroy, .
Burdelol, juge au tribunal ,
Copalle, principal du collège.
Thésée, instituteur primaire.
L es Comités locaux , composés du maire, du curé et
d'un ou plusieurs nolables élaienl chargés de la sur'veil­
lance des écoles. Ils n'ont pas répondu aux espoirs que le
législateur avait fondés sur eux:. 011 s'est souvent plaint
de leur illdiilérence, parfois même de leur opposition à
l'enseignement primaire, du l'uli 1 i té dnq uel q uelq nes-uns
von t .i llS ]U'~l dou L er . Beaucou p so dispenst nt même de
dresser, comme ils le doivent, la liste des enfants qui
ne fréquentent pas l'école, d'essayer de vaincre la résis­
lallce des fèltnilles en leur faisant comprendre les bien­
J'nils de l'illstruction.
POli de Comités locaux apprécient l'importance de leur
missio ll; Ull très grand nombre ne s'assemblent jamais,
ne vi.;itonl pas les éco les et ne veillont pas à ce qu'il soit
pourvu à l'enseignement graln i 1 des enfants pau vtes (1).
Dans L es com'. 11unes l'urales, le::; hommes qui composent
le Comité sont souvent d'une incapacité complète; iLs ne
(1) On ne trouve plus guè re de registres de délibératioos des comités
sont pas aptes à juger une école; leur acLion est souvent.
nuisible parce que tracassière et prétentieuse. Ils se
figurent avoir beaucoup fait quand, une fois par an, ils
ont accompagr;é l'inspecteur dans son inspec Lion ; il es t
même arrivé à celui-ci de s'entendre repro(~her d'avoir
trop prolongé l'opération (Ploujean), ou bien de voir la
désertion se mettre dans les rangs du Comité pendant
ladite inspecLion. Mieux encore: à Henvic, à Saint-Jean­
du-Doigt, à Briec, etc., aucun membre n'a répondu à
l'invitation faite par l'inspecteur huit jours avant son

arnvee.
Dans un rapport au Conseil général, le préfet exprimait
ainsi son opinion: « A très peu d'excepLions près, les
Comités communaux n'onL rendu jusqu'ici aucun
service. Il règne généralement dans leur sein peu d'unité
de vue. Dans nos campagnes, le maire e l. le curé sont
trop SOllvent en désaccord; ce dernier joint ail senlimeut
de cette rivalité des préventions contre les écoles publi­
ques, que le L emps seul pourra dissiper, Quanl, aux:
notal.Jles, la plu part dépoul'vus d'u ne instruction suffisante,
ils n'attachent aucune importance :i en procurer aux-
futures générations » . ,
C LES INSPECTEURS
Jusqu'en 1835, les membres des Comités locaux ct
.d'arrondissement, s'occupaient seuls de l'inspection des
écoles. L'ordonnance du 20 février 1835 institua un
inspecteur spécial de l'enseignement primaire dans
chaque département.
Les inspecteurs étaient di visés en trois classes aux
traitements de 2.000 fr., 1.800 fI'. et 1.500 fr . L'inspecteul'
cl u Finistère était placé dans la troisi ème classe; il l:ési­
dait à Quimper.

En principe, toutes les écoles devaient être inspecLées

annuellement. L'inspecteur invitait les Conseils munici­
paux et les Comités locaux à assister a son inspection. Il
ne s'assurait pas seulement de l'aplitude et du zèle des
in ,tituteurs, il visitait aussi les com(l1ulles qui manquaient
d'écoles, s'informait des causes qui empêchaient l'ouver­
ture d'une école el des moyens qui pourraient être
employés pour en établir.
Le premier inspecteur nommé dans le Finistère fut
M. Golias, ancien principal du collège de Quimper, désigné
par arrêlé du 4 juin 1835. Décédé en 1836, M. Golias fut
remplacé par M. Joseph Calloc'h, principal du collège de
Quimperlé. (( 1\1. Calloc'h, dit une note confidentielle,
jouit d'une considération méritée, possède les capacités

désirables et connaît parfaitement le breton, ce qlli facili-
tera l'accom plissement de ses fonctions dans les communes
rurales Il.

Un seul inspecteur no pouvait sutfif'0 pour visiter
chaque année les 282 communes du département. En 1837
il est adjointàM. Calloc'h un sous-inspecteur, M. Le Quin­
quis, au traitement de 1.200 fI'.
En mars 1840, M. Calloc'h, nommé dans la Loire­ Inférieure, fut remplacé par M. Lemoine, sous-inspecteur
d'Ille,et- Vilaine; M. Le Qui nq uis nom mé dans le Morbihan,

fut rem placé par M. Lécuyer, bachelier ès-lettres, direc-
teur de l'école communale de Tréguier. En 1843, M. Gos­
selin, sous-inspecteu r du Morbihan, succéda à M. Lemoine.
En 1849, nouveaux changements: M. Le Quinquis revient
dans le Finistère comme inspecteur et est assisté par
par M. Bléas (1), sous-inspecteur-.
Les Conseils d'arrondissement et le Conseil général
réclament contre la classe assignée au département dans

(i ) Victor-Gabriel B1éas naquit à Saint-Pol-de-Léon le 7 décembre
18i 7 ; après avoir été inspecteur dans le Finistère. il devint directeur

la hiérarchie des inspecteurs primaires . Il ne convenaIt

pas, en e ffet, qu'un département qui comptait près de
600000 habitan ts, et où l'instruclion élait en progrès, mais
avait besoin d'être dirigée avec suite el habileté, fiH
exposé à servir incessamment de passage aux inspecteurs.
Etant donnée l'importance de leur charge, les inspecteurs
du Finistère devraient être rangés da ns la 1

classe.
Les fonctions d'inspecteur, dans ce départemenl,
n'étaient guère enviables. L'inspecteur devait visiter
deux ou trois communes par jour; il ne pouvait voyager
qu'à cheval; l'hiver, les chemins vicinaux étaient dé­
foncés, .souvent même impraticables. Le 15 décembre
1838, l'inspecteur Le Quinquis se trouva iL en tournée à
Guerlesquin ; aPI?elé en toule hàto à Quimper, il met
trois jours et demi à effectuer le trajet.
En mai 1 836, l'inspecteur Golias es t millade par suite de
faligues occasionnées par ses inspections. Il écrit au
préfet: « CetLe maladie qui me tourm ente depuis déjà
longtemps, je la dois à la rigueu r de la température que
nous subissons encore, mais aussi aux privations de toute
espèce que j'ai éprouvées, pendant le carême surtoù L,
dans un grand nombre de communes rurales où je trou-
. vais à peine quelque aliment grossier; il m'est même
arri vé de coucher sur de la paille après avoir passé la
journée entière sous la pluie et la grêle. Le médecin
'estime qu'une quinzaine de jours sont encore nécessaires
pour me permettre de me rétablir et de reprendre mes
tournées» .
Hélas! le malheureux inspecteur ne devait plus visiter
les écoles: il mourait trois semaines plus tard, victime du

Situation économique du Finistère

Etat d'esprit de la population
Le clergé et l'instruction publique
A vant d'étudier l'application de la loi Gu izot dans 1 0
Finistèr0, il es t nécessaire de connaître la siLuation éco-

Ilomique du département et l'état d'esprit des habitants.
Au début du règne de Louis-Philippe, le Finistère ét~it
un département pauvrr, plus pauvre même que sous
l'Ancien Régime. Les voies , de communication, abandon­
nées depuis laRévolution, étaient souvent impralicables.
Le prix de la vie avait augmenté dans de plus fortes
proportions que les salaires. Les villes, comme Morlaix
et Brest, qui COlînurent une grande prospérité avant lï89,
voyaien l lellrs affaires décliner. La classe ouvrière vi vait
dans une situation lamentable; l'indigence régnait à
l'étal e ndémique; une journée de manœuvre était payée
1 franc (0 fr. 10 l'heure) ; le prix d'un kilo de pain équi­
valait à ~J heures de travail ; celui d'un kilo de viande . à
G heures et demi, d'un kilo de beurre à Il heures (1).
La misèr C) est un gra nd obstacle au développement de
l'instruction. Plus un pays est pauvre, moins il a d'écoles
e t moins ces écoles sont fréquentées. Les deux arrondis­
sements de M or'la ix e l, de Brest étaient dans une situation

l'A lati vement prospère comparés à l'ensemble du dépar­
tement ; c'étaient aussi ceux où les écoles étaient les plus
nombreuses et où les ha bitants acceptaient le plus
volontiers 1 0 bienfait de l'instruclion; les arrondisse­
ments de Quimper, Quimperlé et Châteaulin, n'en appré­
ciaient guère les avantages; l'opinion générale était que
ni l'ouvrier ni le lravailleur des champs n'ont besoin
d'une instrucliun qui les ferait sortir de leur sphère el ne

leur serait d'aucune utilité. On attache peu de prix - à
l'instruction ; personne n'estime que cette instruction soit
un devoir, encore moins un droit. La parfaite insouciance
des parents ne recherche guère la création d'une école
et, quand cette école existe, elle s'oppose à son peuple­
ment.
L'arrondissement de Quimper ne possède que 21 écoles,
l'arrondissemen t de Châteaulin 9, et celui de Quimperlé 3.
Pas plus dans le Léon que dans la Cornouaille, les
écoles ne sont régulièrement sui vies. L'habi Lude de l'igno­
rance, et l'on sait qu'elle est la lenacité désespérante
d'une mauvaise habitude en Bretagne, empêche les
familles de sentir l'utilité de l'instruction el prive les
classes d'une bonne partie de leur effectif. Quand vient
l'été, plus des trois quarts des élèves de la campagne,
désertent l'école pour aider aux travaux des champs. Les
parents croient fairo preuve de condescendance envers
l'instituteur quand ils permettent à leurs enfants de sacri­
fier à l'école les moments où ils n'ont pas d'occupation
à leur donner. Ceux-ci passent la moitié de cette vie sco­
laire à apprendre f't l'autre moitié à oublier; encore la
durée moyenne de la fréquentation scolaire n'est- elle que
de deux à trois ans! ...
Les familles qui paraissent plus empressées à envoyer
leurs enfants à l'école ne rêvent pas pour eux d'une
instruction bien développée: qu'on leur apprenne à lire,
à déchiffrer de vieux actes insignifiants, à écrire quelque
peu et à « chiffrer n, les parents, satisfaits, les retirent:
ce sont des savants!
Parmi les élèves qui fréquentent une école, il en est
deux sur trois qui, pal' suite de leur fréquentation inter­
rompue, ne reçoivent qu'une instruction défectueuse,
incomplète. Mais, ce qui est plus affligeant encore, c'est
que les trois cinquièmes des enfants ne suivent aucune

école et, victimes de l'insouciance de leurs parents, se
trouvent totalement privés d'inslruction .

Dans les communes qui n'ont point d'écolt', rien ne fail
soupçonn er que les populations en éprouvent quelque
regret; il sera difficile de les faire sortir de cette apathie:
il faudra leur faire du bien malgré elles.
Dans l'illtérieur des terres les paysans form ent une
population composée de deux éléments distincts: les pau­
vres et les l'iches. Les pauvres, p 'ongés dans la plus
grossière ignorance, ne recherchent pas les écoles dont
ils sont incapables d'apprécier le prix. Habitués à la men­
dicité vagabonde, n'éprouvant aucun goût pour le travail
et la discipline scolaires, les jeunes indigents, très nom­
breux dans les campagnes, croupissent dans l'ignorance
la plus absolue .
. Les riches, sachant. généralement lire, écrire et parler
français, considèrent que ces connaissances ne doivent
être acquises que par ceux qui ont de la fortun e et n'ad­
metlent pas que les indigents puissent aspirer à la
moindre instruction: ils ne veulent pas que les enfanLs
pauvres puisse nt, sous ce rapport, égaler les leurs. Les
riches s'opposent souvent à la création de classes élé­
mentaires dans leur localité ; ces classes ne leur serviraient
à rien puisqu'ils envoient leurs enfants dans les écoles de
ville pour y apprendre le français qui, prétendent-ils, ne
peut être appris à l'école du village. Ils les y envoient pour
se donner une satisfaction d'amour-propre, en faisant ce
que tout le monde ne peut pas faire, et pour accréditer en
faveur des leurs la réputation de sa voir destinée à main­
tenir l'influence de la famille.

La majorité du clergé rural était indifférente ou hoslile
à l'instruction primaire publique. L'influence des ecclé-

siastiques , sur la popula tion ~tail considéra ble. Un ins­
pecteur affirm ait que, si les pr'êtres du Finistère avaient
usé de leur influence pour la propagalion de j'ensei­
gnement populaire, il n'y aurait peut-être pas eu da ns le
royaume un département où l'instruction fùL plus flo-

rlssan le.
. Plusieurs se montrent franche ment opposés pa rce que
la loi du 28 juin 1 833 est l'œ u vre d'un protes ta n l (G uizot),
el qu'ils supposent que le gourvernement a l'inlenti on de
propager le proteslanlisme. Presque tous regard ent la
conserva lion de la relig'ion catholique en Bretagne
comme intimement liée a u ma in lien de la la ng ue bre­ tonne et à celui des a nciens usages dans les campagnes.
« Voyez, s'écri e-L-on, les pe tits Bretons qu e leurs pa rents,
envoient en ville pour leu!' instruction; à leur relour sous
le toit pa lernel, ils sont bien sou ven t la désola tion de leurs
fa milles ct le scandale de la paroisse )J . On ne rema rqu e
pas q Ile ces graves inconvénients sont, non les résultnts
nécessaires de l'instruction, mais la suile nature lle de
l'insoucia nce ou du peu de discernement des parents
qui placent leurs enfants da ns des auberges où l'on
n'exerce sur eux aucune surveilla nce, el d'où ils sorten t
quand bon leur semble pO Ul' vag uer da ns les rues.
Les ecclésiasliques de l'a ncien évêché de Léon (arron­
dissements de Morlaix: et de Brest). soutiennent une caté­ gorie assez nombrtmse d'inslituteurs ; ce so nt d'a nciens
séminaristes n'ayant pu parvenir jusqu'aux ordres, dans
lesq uels ils voien l des auxiliaires utiles pOUl' l'enseigne­ ment religieux. Tout en regrettan t que la loi ne leur ai t pas
donné de plus la rges pouvoirs ~ur les écoles, ils protè­ gent ces inslituteurs, visilenlleur école et engagent les
parenls à y envoyer leurs enfants.

Dans les arrondissements de Quimper, Quirnpprlé el
Chàteaulin , cette catégorie d'instiluteurs As t moins nom-

breuse; le clergé est en général moins bien disposé en
faveur de l'école Son opposition se manifeste par une
indifférence ombrageuse ou par une hostilité très nette.
Des prêtres paraissent redouter que l'instruction répandue
dans les campagnes ne porte atteinte à l'influence qu'ils
exercent sur la population; ils craignent que l'instruction
donnée à l'enfanL n'affaiblisse en lui les croyances de ses
pères, que l'instituteur ne lui inculque des principes anti­
religieux, ne fasse de lui un demi-savant rebelle aux

directions de l'Eglise. L'enseignement souffre de ces dis-
positions peu favorables; les écoles ne se multiplient que
très leotement.
De nombreux prêtres, cependant, repoussent avec force
l'accusation dirigée contre eux d'être ennemis de l'ins­
truction populaire. Ils soutiennent qu'ils la désirent aussi
vivement que qui que ce soil et qu'ils ne ditIèreut d'opinion
que sur les matières de l'instruction et le choix des
personnes chargées de la donner. Ils voudraient pouvoir
organiser eux-même des écoles.
En 1835, au nom du Comité d'instruction de l'arrondis­
sement de Quimper, dont ii était le president, le Préfet
autorisa les vicaires à 'exercer dans cet arrondissement
les fonctions d'instituleurs communaux dans les localités
qui réclamaient leurs soins.
Le 28 avril 1835, l'évêque, Mgr de Poulpiquet, écrivait
à son clergé : (\ Les immenses avantages qui résu lteraient
infailliblement d'une si sage mesure pour la religion, la
morale et les intérêts les plus chers des familles, ne peu­
vent manqut:l' d'être sentis et appréciés par vous. Je suis
convaincu que MM. les vicaires s'empresseront de profiter
de cette circonstance pour donner une nouvelle preuve de
leur zèle, en acceptant la direction des écoles » .
Les vicaires de Plobannalec, Plogonnec el Panhars
profitèrent seuls de cette autorisation qui constiluait une

faveur puisque les prêtres ne possédaient pas le brevet
exigé par la loi pour exercer les fonctions d'instituteur.
Il convient de noter quelques ecclésiastiques qui ont
montré des dispositions favorables pour l'instruction. Le
desservant de Querrien a facilité par ses interventions
la création d'une école dans sa paroisse; il écrit au jeune
Méheust, désigné pour y remplir les fonctions d'instituteur:
cc Ma maison et mon r.œur vous seront tOujours ouverts»
A Pouldreuzic, le maître, jeune encore, ne trouve qu'un
méchant cabaret pour y prendre pension; le recteur lui
offre son presbytère et lui donne, pour 300 francs par an,
la table, le logemen t, le chauffage et l'éclairage. A Loc­
tudy, en chaire, au catéchisme et dans ses visiLes aux
familles, le recteur engage les enfants à aller à l'école et
les parents à les y en voyer. A Cast, devant le refus de la
municipalité de s'occuper d'une école, ledesservant, l'abbé
Guizouarn, en fait construire une de ses propres deniers.
Sachant combien l'appui du clergé eût été précieux
pour le développement de l'instruction primain\ J e baron
BouUé, préfet du Finistère, se préoccupera d'attirer à
l'école la sympathie des autorités religieuses; il essaiera
de persuader aux ecclésiastiques que c'est sérieusement
que le législateur a placé en lête de la loi l'enseignement
moral et religieux, que c'est sérieusement que le gou­
vernement du roi veut rétablir dans le cœur des enfants
l'autorité de la religion . Les craintes dt;, clergé étaient
exagérées. Le curé n'avait-il pas dans l(>s dispositions de
la loi de quoi se rassurer 1 Au sein du Comité local,dontil
faisait partie de dtoit, il pouvait surveiller l'instiLuteur
et l'instruction qu'il donnait. Si les principes orthodoxes
du maître lui paraissaient sujets à caution, il pouvait
ramener celui-ci dans le droit chemin (1).

(1) D'après les rapports des Comités, des inspecteurs, des sous-préfets

Situation des écoles; leur progression
de 1833 à 1850

Les Conseils municipaux des villes pt des gros bourgs
étaient bien disposés à l'égard de l'enseignement pri­
maire, mais la pluparl des municipalités des communes,

rura les,. ignoranles, roulinières, ennemies des innova­ tions, considéraient une école comm e une charge oné-

reuse et inu tile ; elles se refusaien L à faire des sacrifices,
pour créer des établissements dont elles ne sentaient pas
encore l'utilité.
Lors même que le maire, souvent plusinstrllit, dési­
rait procurer à ses admini8Lrés les bienfaits de l'ins Lruc­ tion, il renco ntrait un obstacle insurmontable dans
l'indifférence 0 U le mauv ais vouloir des conseillers

munlCIpaux .
Telle comm une ne veut pas entendre pa rler d'une
école pa rce qu 'o n.n'y trouve aucun local co nvena ble à
louer , et que les ressources font défaut pour conslruire
une maiso n. Ici, les conseillers aisés ont les moyens
d'envoyer leurs e nfa nts dans une école de ville ; ils font
ce raiso nn empnl : « Nous so mmes les plus riches , les
plus instruits de la commune e t les plus influents. Pour
qui étab lirions-nous une école? Pour nos enfants? ils
n'en ont aucun besoin: la ville voisine est là l Pour les
habitanls pe u aisés ou pauvres? lis ne sauraient en
prof i ler: leurs e nfanls leur sont utiles et ont besoin de.
gagner leur vie au lieu d'aller fainéanler a l'école ». .
A Co mbrit , à Plonéis, à Plogonnoc, on ve uL bien d'une
écolo, mais à condition qu'elle soit dirigée pa t' le vicaire
de la pa roisse.

truire une 8cole, mais, les ressources étant insuffisantes,
on abandonne le projet plutôt que de solliciter un secours
de l'Etat ou du département: c'est que ces braves gens
croient fermement que ce secours, par des moyens dé­ tournés, sArait payé par eux au moyen de nouveaux
centimes ajoutés à leurs contributions. .
Du reste, c'est toujours le manque de ressources qu''Ïn­
voquent les municipalités pour rejete.r l'école, qui, dans
l'état de pauvreté des familles, apparaît comme un luxe
dispendieux et inutile.
Invitations, exhortations, offres de subventions, ordres'
même, le préfet ne négligera rien pour essayer de créer
des écoles; pendant longtemps, son zèle se brisera contre
une force d'inertie que rien ne pouvait émouvoir.
Préfet et Comités d'a rrondissement provoquent. de la
part des Conseils municipaux, une délibération spéciale
sur les moyens de pourvoir à l'établissement d'Ul}e école
là où j[ n'P.n existe pas : le succès ne répond guère à
leurs efforts .
De nombl'euses com munes refusent de s'imposer. Les
motifs allégués , sérieux parfois, dénotent souvent de la -
mau vaise volonté. On rencontre dans les délibérations
les raisons les plus élra nges et les plus inattendues. La
municipalilé de Perguet (Bénodet), allègue que « l'expé­ rience a démontré que toutes les personnes de la com­
mune qui, depuis vingt ans, ont appris à lire et à écrire ,
n'ont fait que de mauvaises affaires )).
La municipalité de Guilligomurc' h refuse de voter les
fonds pour l'établissement d'une école, « attendu que la
di~tance des villages au lieu central ne perm et pas aux
cultivateurs d'y envoyer leurs enfan ts dont ils ont besoin
l'élé pour garder leurs troupeaux et l'hive r il leur serait
impossible de s'y rendre par suile du mauvais état des

A Fouesnant, l'utilité d'une école n'apparaît pas aux
conseillers, « le dernier instituteur, M. Lescoat, ayant
été dans la nécessité de s'en aller ou de se résigner à
mourir de faim ».
A Trégunc, la délibération affirme que « l'avantage
qu'on relirerait d'une école ne paraît pas clairement
démontré; les élèves n'ayant, en dehors de la classe, de
communica tion qu'avec des personnes parlant brelon, ne
parviendraient jamais, à l'aide des leçons de leur insti­
tuteur, qu'à lire et pa rler breton quand l'important serait
de leur apprendre à parler français» .

Même son de cloche à Scaër, où les gens aisés envoien t
leurs enfants à Quimperlé ou à Gourin pour Y a:pprendre
le fran cais .

Les édiles de Plomelin estiment que (l le succès d'un
instituteur serait douteux. Les habitations étant toutes
éparses el éloignées du bourg qui ne se compo, e que du
presbytère, de l'église et d'une auberge. il serait difficile
que les familles consentissent à faire parcourir chaque
jour une longue distance à leurs enfants, qui passeraient

plus de L emps da ns le voyagA qu'à l'école même. Les
grands sacrifices qu'exigerait une école ne seraient cer­
tainement pas en ra pport a vec les résultats ». Cl)
Les mêmes arguments sont fournis par Melgven, qui
ajourne le projet jusqu'à ce que, les routes vicinales
élant rendues praticables, on puisse distraire les l'es-

~ources consacrées a cet objet.
Toutes les communes de l'arrondissement de Quim­
perlé, à l'exception de Moëlan, Querrien, Névez, Ponl­
Aven, Riec et Bannalec, allèguent le manque de res-

(i ) L'étendue consirlérable des communes bretonnes, l' t'lparpillement
des habitations rarement groupéps comme dans le Nord et l'Est ,de la
France, le mauvais état des chemins, furent des causes qui nuisirent au
développement des écoles et de l'instructIOn dans le Finistère.

sources
la loi.

et refusent catégoriquement de se conformer à .
Les communes du canton de Chàteauneuf déclarent,'
comme si elles suivaient un mot d'ordre, « qu'une école
serait sans avanlage », et refusent de voter les trois cen­
times exceptionnels qui leur sont demandés. .

La délibération du Conseil municipal de Bannalec est
intéressante en ce qu'elle établit un programme sensé,
destiné à propager rapidement l'instruction primaire:

« Considérant:
« Que plusieurs essais ont été tentés dans la commune
pour parvenir à l'élablissement d'un enseignement primaire,

que ces élablissements sont tombés, faule d'élèves, parce
qu'il a été impossible de vaincre l'apathie de nos paysans
brelons pour l'instruction qui se paye et qui les prive . des
services de leurs eufants ;
« Que les ressources de la commune ne sont même pas
suffisantes pour les dépenses de première . nécessité de l'ad-.
minislration ;
« Déclarons qu'en ce moment il est de toute impossibilité
de songer à l'établissement d'une école j que ce serait évi­
demment, d'après l'expérience, placer son argent sans
intérêts, à fonds perdus .

« Considérant cependant:
« Que le besoin d'instruction commence à se faire sentir
dans la commune, surtout depuis que la majorité de ses
citoyens est appelée à la participation des droits politiques,
mais que le défaut, de ressources détruit tout espoir de
satisfaire ce besoin sans l'intervention directe du Gouverne­
ment: nous croyons que. les seuls moyens qui offriraient
des ga,ranLies de succès seraient: '
« 1° Rendre l'instructiori gratuite dans le sens le plus
étendu du mot; .

(800 francs par exemple), pour qu'il trouve dans son emploi
une existence honorable et qui l'attache à l'accomplissement
de ses devoirs par intérêl ;
« 3° N'élablir d'école primaire, en premier lieu, que dans
les chefs-lieux de canton. d'où plus tard on prendrait des
élèves au concours, qui seraient placès dans les aulres com­
Il'lunes, avec un traitement moindre, mais avec l'espoir
d'arriver à un poste plus élevé et plus lucratif;
« 4° Exempter les pères qui feraienL instruire leurs en~
fanLs d'une parlie des charges publiques, telles que les
presLalions en nalure qui leur sont imposées par les travaux
d'utilité communale;

« 5° Déterminer tellement les heures de classe, que les

élèves puissent disposer d'une parLie de jour au profit de
leurs parents;
« 5° Accorder les vacances pendant le temps des travaux
de la 'récolle.
« Ce n'est que de l'emploi de ces moyens que l'on peut

aLLendre le succès, faire sorlir la classE' agricole de son
ignorance el l'élever à la hauteur des fonctions qui lui sont
confiées par nos institutions » .
Quelques municipalilés reconnais, ent l'ulilité de l'ins­
truction el acceptent les charges q Lle leur imposera la
création d'ane école. La municipalilé d'Ergué-Gabéric
offre de louer au chàleau de Lezergué trois chambres
qui serviront d'école et de 10gemenL à l'instituteur. Celle
d'Audierne fait remarquer que ' « la plupart des enfants
de la commune apparli8nnenl à des familles de marins
ou de militaires et sont desLinétS, comme ' leur père, à
servir la patrie dans les armées de terre et de me r, où ils
ne peuvent avancer, s'ils n'ont reçu une première instruc­
tion, s'ils ne savent lire, écrire et calculer. En co.llsé.,.
quence une école apparaît comme nécessaire ».
Le Consei l municipal de la commune de Locquirec,

Cl animé du désir ardent de faire participer les adminis-

trés aux bienfaiLs du Gouv'ernement de Sa MajesLé Louis­
Philippe l'l', el de faire luire 1 e flambeau de l'instruction

jusque dans 1 0 hameau du pauvre et de l'indigent, de se
mettm à l'abri d'une coupable indigence, de faire dispa­
raître les ténèbres épaisses de l'ignora nce où cr oupissent
la plus grande par Lie des habilants de l a campagne par
déféiut d'instrucLion. a arrêté ce qui suit : '
« ArL 1,·r. Il sera accordé à l'in stituteur de l'école pri-
maire à éLablir dans la commune de Locquirec, une somme
annuelle de 200 Ir, avec en sus le prix du loyer de son babi­
talion . que ]'al'l'êL é fixe à la somme de 60 fr., et l'acquis des
conLribuLions dùes sur les portes et les fenêLres.
« Art. 2. Ne connaissant. pas actuellement le nombre ni
la posiLion des élèves suscepLibles de sui vre l'école, la com­ mune se propose de fournir des livres éléme nLaites à ceux
des élèves à qui leurs moyens pécuniaires ne permeLLraien t
pas de s'en procurer ».

Chaque arrondissemenL formait une circonscripLion
scolaire placée so us l a direcLion du Comité supérieur, Il

importe de suivre l es efforts faits pal' chaque Comité,
l es résultats aya 'lt été lrès différenls suivant les arron­
di ssements.
Arrondissement de Brest
Au mOlllen t de la prom ulgation de la loi Guizot,:
l'arrond'issemen L de Brest, qui comprenail8:3 communes,
possédait 41 écoles communales de garçons (1) ; de
(i) On entendait paj· écoles commu nales celles qui recevaient gl'atui·
tement des indigents moyennant une rétribution versée par la commune.
Celte rétribulion constituait le traitement fixe de l'insliluteur. Lestlcoles
privées, tl' uu es par des pal'ticuliers. génr calement des laïcs, étaient
placées 'gaIement so us la surveill ance de. , Com ités, mais elles n'Maient
pas subventionuées ; elles constituaien l en quelque sorte des entreprises

nombreuses écoles privées y fonctionnaient; 28 Yo soit
un , peu plus du quart des garçons d'âge scolaire rece­
vaient quelque instruction.
Le fonction nement des écoles laissait beaucoup à dé­
sirer. Dès sa première réunion, le Comité supérieur
constate que K l'instruction publiq Lle dans l'arrondisse­
ment est une œuvre encore a créer, un édifice dont tout
au plus les fondemenLs sont jetés 1). Le Comité com­
mence par étudier les obstaeles qui s'opposent au déve-
10ppemenLde l'instruction. Parmi ces obstacles il relève :

les mœîWS : le cultivateur brelon résiste aux innova­
tions, ne He prêle point aux tentatives de progrès quand
il n'en saisit pas l'intérêt tangible et bien démontré ;

la topographie: la population est trop disséminée,
les élèves son t répandus dans des fermes isolées, reliées
au bourg par des chemins impralicables, sauf en été,
où les tl'avaux des champs retiennent les enfants chez
eux; au bourg les locaux fonl défaut; 3° la situation

économique: le département est pauvre dans l'ensem-
ble ; lek ressources communales sont nulles ou insuffi-

santes.
Puis le Comité constate que là, où une école existe, les
progrès sonllents pour les raisons suivantes: Iole défaut
de méthode de la plupart des maîtres ; 2° la mauvaise
division du temps el des exercices ; 3° l'inassiduité des
enfanls; 4° les entraves apporlées par l'ignorance de la
langue française aux communications entre maîtres el
élèves.
Se basant sur ces conslatations, le Comité se met à
l'œuvre. Ses interventions auprès des municipalités, du

Conseil d'arrondissement, du Préfet, sont incessantes. Il
réparlit les communes entre ses membres; chacun s'in­
téresse spécialem~'IJt au ' secteur qui lui es't attribué. Le
Comité fait appel à l'intérêt, à l'amour-propre; il va

jusqu'à publier les noms des communes qui se refusent
à ouvrir une école. ' .

Les résultats sont d'abord lents: en 1838, des écoles
fonctionnent dans 45 communes, soit 4 de plus qu'en 1833;
14 communes seulement sont propriétaires des locaux

scolaires.
Enfin, puissamment secondé par le Préfet, le Comité yoit
ses efforts persévérants couronnés de succès: une loua­
ble émulation s'empare des communes et les incite à
ouvrir des écoles et à demander des instituteurs. En 1842,
62 communes ont une école; quelques localités, trop
pauvres. se sont réunies à deux pour l'entretien d'un
établissement scolaire: Trémaouézan et Plouédern;
Ploudiry et La Martyre; Saint-Divy et Saint-Thonan.
En 1844, 6 communes seulement refusent une école:
Rumengol, Guipronvel, Lanneuffret, Le Drennec, Loc­
Eguiner et Tl'éouergat; leur population réduite et l'état
de leurs finances ne permettent pas d'en établir d'office;
34 maisons d'école sont propriétés communales; 20 com­
munes sont en instance pour en biUir.
Malheureusement, la pénurie d'instituteurs se fait sentir. -
Le Comité manque de maîtres brevetés ; 4 instituteurs,
trop âgés ou malades, se retirent et ne peuvent êlre rem­
placés; des communes ont une écolo toute prête el on .
ne peut leur fournir d'instituteur. Pour · obvier à cet
inconvénient, Je Comité obtient l'autorisation de nommer
instituleurs provisoires, à certaines conditions et: pen­
dant un temps donné, des jeunes gens non encore pour­
vus de brevet.

En 1850, une école au moins, publique ou privée, fonc-
tionne dans toutes les communes; seules celles de
Rumengol, Saint-Frégant, Kernouès, Le Drennec, Gui-

pron vel, Tréouergat, Lanneuffret, et Tréflévénez, n'ont
pas d'école communale; plus de 6.000 enfants fréquentent

une école; 1.000 environ ne recoi ven t aucu ne instruction.

Le personnel s'esL amélioré; un seul maître, cfllui de
Lanrivoaré, n'est pas encore pourvu du brevet.
Les résultats oblenus donotent des progrès qu e les
opérations du conseil de révision viennen l confirmer ': en
1845, pour la première fois dans l'arrondissemenl de
Brest. le nombre de8 conscrits sachant lire et éC'l'ire est
supérieur à celui des illettrés. Le Comité se félicite que
«( la Bretagne, si souvent stigmatisée pour sa civilisaLion,
peut presq ue rivaliser, sous le rapport do, l'instruclion,
avec les contrées les plus avancées)).
Il n'est pas possible d'entrer dans le détail pour
montrer le développemen t des écoles dans l'arron­
dissement. Les villes de Brest et de Landerneau méritent
une mention spéciale pour les progrès accomplis dans
le développement des moyens d'instruclion.
. Avant la loi Guizot, la ville de Brest possédait
3 écoles primaires publiques de garçons, l'une sise au
Bureau des Marchands, côté de Brest; l'autre, rue de

la Pointe à Recouvrance; la troisième. rue Monge.
, Dans les deux premières écoles, l'enseignement élait
donné gratuitement suivant le mode mutuel à 160 élèves;
chaque école était pourvue d'un instituteur aux appoin­
tements fixes de 1.200 francs. L'école des frères était
tenue par 4 maîtres recevant chacun 600 francs; elle
instruisait gratuitement 350 élèves. .
Les fllles étaient instrl1ites par4sœur" de la Providence
touchant chacune 600 francs. Du côté de Recouvrance,
les sœurs de Saint-Joseph se livraient à l'instruction des
enfants pauvres moyennant une somme forfailaire de
1.000 francs par an.
Une subvention de 5.400 francs était consacrée à des

bourses au collège royal de Pontivy.

les élèves; elle profitait à 700 enfants et coûtait à.la ville
la somme de 14.800 francs . .
De 1833 à 1847, compte non tenu des dépenses pour
l'entretien des écoles et le paiement des maîtres, la
ville a dépensé ~70 .000 francs pour construction de
bâtiments scolaires:

Reconstruction de l'école des frèces..... 52.000 fl'.

Construction d'une école mutuelle à Re -
cou vrance .. ...... , ..... ,.......... .3(j.000
Construction de 2 salles d'asile à Recou-
vrance . . . . .. . .. . . ........ ......... .

AcquisiLion des terrains nécessaires .. . .. .
Construction de l'école Montlouët (E. P.S.).
Etablissement d'une école de filles dans
le parc de l'Hôtel-de-Ville .......... .
Construction du collège Joinville. . . .. ..
94000
10.000
85.000
8.000
.. 542.000
La ville entretien t aussi à ses frais un cours d'àdultes
à Recouvrance, donne à la Société d'Emulation une

subvention de 600 francs pour l'enseignementgratuiL de
500 adultes; en outre, une école établie dans l'Hospice
civil instruit les enfants abandonnés qui y sont élevés ..
Le nombre des enfants admis dans les diver's établis­
sements d'instruction s'élève à 3.000 en 1846 (il était de

. 700 en 1833) ; la somme annuelle affectée aux frais
d'instruction dépasse ;jO.OOO francs (elle était de 14.800 fI'.

en 1833). '
:. Ces chiffres prouvent éloquemment la sollicitude de la
ville de Brest poUt' l'instruction de ses enfants; elle a
largement répondu aux obligations de la loi et au mou-

vement des idéei> de l'époque. favorables au développe-
ment de l'instl'U~tion. '
QuanLà Landerneau, ville industrielle et commerçante,
e, 11e a également fait de grands sacrifices pour assurer

a dépensé 32.000 franr.s pour acheter un vaste établisse­
ment scolaire et l'aménager pour recevoir à la fois l'école
de garçons, l'école des filles et la salle d'asile. En mai
1836, la ville procède solennellement à l'ouverlure de ces

écoles~ L'école des garçons pouvait admettre 210 élèves.
Dès l'ou verture, l'école des filles reçut 90 élèves et la salle
d'asile 130. Un collège, entretenu par la ville, auquel fut
annexé une école primaire supérieure, permeltait aux
enfants de continuer leurs études.
Arrondissement de MorlJlix
Dans l'arrondissement de Morlaix la situation écono­
mique était relativement bonne; avanlla Révolutjon de
1789, les petites écoles y florissaient; de nombreuses
écoles s'étaient ouverles sous Louis XVIII el Charles X;
le goût de l'instruction était déjà répandu dans les masses.
En 1833, sur 58 communes dont se composait l'arron­
dissement, 45 possédaieut une école publique; 29 %
dl1s garçons eL 7 % des filles recevaient l'inslruclion.
4 écoles principales, dirigées suivant la méthode mu­
tuelle, étaient élablies à Morlaix, Roscoff, Landivisiau et
Plouvorn. « La création de celte dernière école s'est

heurtée à de nombreux obstacles, mais elle exerce une
influence d'autant plus utile qu'elle est s, ituée dans une
région pauvre, ignorante, éloignée des chef-lieux de
canton ». (1) Saint-Pol-de-Léon a son collège, une école
communale et un pensionnat tenu par les frères Lamen­
nais; les filles fréquentent l'établissement des Ursulines
ou des écoles privées laïques.
Morlaix n'a pas encore de collège, mais possède une
institution secondaire privée et 12 écoles de garçons, dont

(:1) Rapport de M. Félix Gouin, Procureur du roi à Morlaix, à la

une communale tenue par Philippe Créac'h et reclwant
190 élèves. Tous les enfants d'âge scolaire, au nombre
de 600, fréquentAnt une école. Morlaix était sans doute
à celte ~poque la seule ville de Bretagne où la toLalité
des garçons recevai t de l'instruction. "
Quant aux filles, 218 seulement, sur 609, fréquentaient
une école. L'enseignement était donné par 13 institutrices
privées laïques, par les sœurs de la O harité et les Dames
Ursulines, qui admettaient entre elles 300 élèves, dont
plus de la moitié provenaient des communes rurales.
Oette situation scolaire, très prospère, ne se modifiera

guère pendant le règne de Louis-Philippe ; seules la
valeur des maUres et la qualiLé de leur enseignement
s'amélioreront (1).
Dès 1833, le Comité se met à l'œuvre pour créer de
nouvelles écoles dans les communes qui n'en possèdent
pas. Soutenu par sa volonté persévérante de faire exé­
cuter la loi, assuré du concours des hommes éclairés du
pays, il eût réussi assez rapidement à établir une école
dans toutes les communes de l'arrondissement, s'il avait
pu se procurer des instituteurs: ceux-ci faisaient défaut.-

En 1845, 50 communes sont pourvues d'écoles publi-
ques; sur 7.000 enfants d'âge scolaire, 3.000 fréquenten t
ces écoles. Le sous-préfet de Morlaix expose ainsi la
situation dans l'une des séances du Comité: « Il y a
quelques années à peine, plusieurs communes parais­
saient n'attacher aucune imporLance à la propagation
de l'instruction. Il faut reconnaître que sous ce rapport
il s'opère chaque jour dans les esprits un changement
tout à fait favorable, et, si des individus, en trop grand
nombre sans doute, témoignent encore peu d'empresse-
(il A noter la création, il Morlaix, d'une école de frères Lamennais
fréquentée surtout par les enfants de la campagne et orga[Jisée ~Ul' le

ment à faire participer leurs enfants aux bienfaits de
l'instruction, du moins est-il constant que la partie
'éclairée de la population rurale comprend aujourd'hui
la nécessité d'établir une école publique dans chaque
commune.
« L'expérience nous démontre que, lorsque ces écoles
sont bien dirigées, lorsque les instituteurs savent, par la
régula rilé de leur conduite, se concilier la confiance et
l'estime des familles, les idées de la population deviennent
vile favorables à l'instruction ».
Dès 1848, le Comilé a la satisfaction de constater que
les 58 communes de l'arrondissement possèdent une
école (les deux petites communes de Trézilidé el de
Tréflaouénan ont été réunies pour entretenir une école
à frais communs). Le but de la loi est atteint:
l'arrondissement de Morlaix se place nettement en tête
pour ce qui concerne l'instruction populaire dans
le Finistère. .

Arrondissement de Châteaulin

(( Dans nulle contrée peut-être, l'instruction n'est dans
un état plus déplorable" Il lit-on dans ' un rapport du
Comité d'arrondissement de Châteaulin (1833). En effet,
sur 59 communes, 9 seulement possèdent une école' ;
Carhaix, Chàteaulin, Châteauneuf, Crozon, Le . Faou,
Huelgoat, La Feuillée, Pleyben et Brasparts. Ces écol'es
reçoivent 590 garcons, soit 6% des enfants d'âge scolaire.
Le nombre des écoles ne s'accroît qu'avec une lenteur
désespérante. En 1840, le Comité espère que les chan'ge~
ments apportés dans les ' conseils. municipaux aux
dernières élections modifieront .les dispositions ' peu
favorables à l'instruction rencontrées dans de nombreuses

communes. Un.symptôme ' heureux, qui rév.èle de

meilleurAs dispositions, est la tèndanc~de. plus Bn plus

marquée que les populations ruralos ont d'envoyer leù's

enfants dans les écoles des villes pour y apprendre le
français; ils y passent deux ou trois ans. L'arrondisse"
ment a 13 écoles communales e~ 13 écoles pri vé~s, '
recevant en tout 8~5 garçons. Conformément à la loi',
Crozon, qui a plus de 6.000 habitants, doyra,it avoir 'une
école primaire supérieure: il ne saurait en être question.
Le Comité n'avait pas ~ort de compter sur un change­
ment daùs l'état d'espri~ des nouvelles municipalités: la
plupar~, en effet, se montrèrent favorables à la création

d'écoles. « Ce fait est significatif, écrit ~e Comité au

Préfet, car il y a quelques années, de nombreuses
communes rejetaient nos propositions; mais toutes nos

communes sont pauvres, il est de tou~e nécessité de leur
accorder de puissants subsides ».
En 1850, le nombre des écoles de garçons est de 29 ;
elles sonl fréquentées par 1.400 élèves ; 6 écoles de
filles reçoivent 400 élèves environ, Le but fixé par la ~loi
es~ loin d'ê~re atteint; 26 communes ne sont pas enCOre
pourvues d'écoles.

Arrondissement de Quimper
L'instruction, qui jadis avai~ été en honneur dans
l'arrondissement de Quimper, se trouvait dans un éta~

lamentable en 1833.
L'arrondissement était divisé en 62 communes dont 2l

seulement avaient une école. Ces écoles étaient fréquen­
tées par 1.500 garçons; .8 écoles de filles recevaient
580 élèves. Sur les 281 hommes du contingent de
l'arrondissement en 1844 (contingent composé de jeunes

'gens gui étaient d'âge scolaire en 1833), 57 savaient.lire
et écrire, 15, lire seulemen" tous les autreS étaient
illettres. ' ;"

1833 n'a pas encore donné de résultats; le nombre de~
écoles est tombé à 20. Ces écoles sont médiocres. Sauf
dans les écoles de Quimper, les enfants n'y l apprennent
pas le français: on leur enseigne à lire dans quelques
livres sans mérite, écrits en breton, ou du latin dans
divers livres de prières; ils écrivent d'une manière
informe; les plus avancés apprennent un peu de calcul
d'après l'ancien système, mais sans aucune notion du
système métrique, qu'ignorent complètement les quatre
cinquièmes des instituteurs.
A la campagne, l'instruction ne rencontre qu'indiffé­
rence. Pas une seule commmune rurale du canton de

Quim per ne possède d'école.
Le baron Boullé prend la présidence du Comité supé­
rieur et lui communique le zèle dont il est animé en
faveU!' de. l'instruction. La routine est si forte que les
circulaires pressantes du Préfet, la promesse de fournir
aux communes les subsides dont elles ont besoin, ne
décident pas les municipalités à s'occuper des écoles .

Enfin, en IS40, un mou vement se dessine; les préven-
tions se dissipent: quelques écoles s'ouvrent, l'enseigne­
ment s'améliore. 24 écoles communales de garçons et
10 écoles privées fonctionnent avec un effectif de 1.600
élèves; 5 écoles communales et 15 écoles privées de
filles reçoivent 600 élèves environ. Le LikiIs, école

spéciale pour les enfants de la campagne, a été ouvert
à Quimper en 1838 et reçoit 150 élèves. Les communes
de Loctudy, Poullan, Plobannalec et Plovan sonl en
mesure de recevoir des instituteurs : elles attendent
qu'on leur en trouve. , .
En 1850 il existe 40 écoles communales; la commune
de Beuzec-Conq a été réunie à Concarneau; celles de
Mahalon et de Meilars entreliennent une école à frais
communs.

La ville de Quimper, 9.800 habitants, possédait, dès
1833, des moyens d'instruction suffisants. L'école com­
munale des frères, dirigée par Joseph Prudent, ,dit frère
Agrève, était fréquentée par 350 élèves, qui étaient ins­
truits gratuitement; 8 écoles pri vées recevaient 220 gar-
- çons, dont beaucoup venaient des communes rurales.
Le couvent des Ursulines et l'établissement de la Pro-'
vidence recevaient environ 300 fillAs; les Dames du
Sacré-Cœur n'acceptaient que les jeunes filles riches;
10 institutrices privées instruisaient 243 élèves; parmi
elles, 4 n'avaient ni brevet ni autorisation.
Il existait à - Quimper 1.037 garçons et 1.473 filles
d'àge scolaire; nombreux étaienL donc les enfants des
deux sexes qui ne recevaient aucune instruction.
En 1850, les mêmes écoles fonctionnent, mais une école
primaire supérieure, ouverte en 1834, donne un enseigne­
ment supérieur et praLique, destiné à mener les élèves
à l'tmtrée d'une profession; elle est fréquentée par

85 élèves- Le Likès, réseryé aux enfants de la campagne,
a été établi en 1838 dans une partie des bâtiments du
collège et instruit 160 élèves, tous pensionnaires. (1)
L'enseignement secondaire est donné au collège qui
recoit 150 élèves, dont 45 externes.

Arrondissement de Quimperlé
L'arrondissement de Quimperlé éLait, en 1833, l'un des
plus arriérés de France. Divisé en 20 communes, il ne
possédait que 3 éc.oles de garçons, instr~isant 325 élèves,
et 4 écoles de filles fréquentées par l~i5 élèves. Des
écoles de garçons fonctionnaient à Quimperlé, Pont­
A ven et Rédéné; des écoles de filles étaient ouvertes à
Quimperlé, Riec, Pont-Aven, Rédéné et Querrien.
(l) Voir Historique du Likès, daos le Bulletin d~ l'Association des

L'école de garçons de Quimperlé, çréée en l8S1, fonc-
tipnnai~ suivant le mode. mutuel; combattue par le clergé, .'
elle , déclinait. La ville possé~ait eUCOl~e 3 écoles ten. ues
par des , instituteurs pri;vés, qui enseignaient suivant le
mode individuel. Le couvent des Ursulines et une école

communale instruisaient les filles. Un collège donnait
l'enseignement secondaire .
.. Eu 1 842. la ville de Quimperlé compte 363 garçons et
320 filles d'àge scolaire. 179 garçons (49 %), et 163 filles
53 %', fréquentent une école primaire. 75 % des élèves

appartiennent !1 des familles qui ne paient aucune contri-
bution (1).
Le Comité supérieur fait de vains efforts pour aug­
menter le nombre des écoles dans l'arrondissement. Le .

Sous-préfet exposant la situation écrit: « Pour ceux qui
connaissent la rouLine malheureuse dont le joug pèse, SUI'
les mœurs de nos campagnes, il ne sera pas surprenant
que les conseils municipaux des com munes rurales oppo­
sent, par leu r refus, une si persévérante force d'inertie
aux in tentions éclairées du gouvernemen t ».
« En vain leur expose-t-on les avantages qui résulte­ raient pour leurs enfants d'une éducation , même incom-

pIète, les communes ne s'imposent pas le plus léger
sacrifice et repoussent jusqu'à l'idée d'une tentative de
. ce genre. Com ment vaincre cette apathie endém ique? ))
Le Comité suggère . d'obliger les bureaux de bienfai­ sance à n'accorder des secours qu'aux familles indigentes
qui envoient leurs enfants à l'école .

A la longue, cependant, le s8rllimf;lnt de défiance des
populations tend à s'affaiblir; les familles commencent
à comprendre qu'il est de leur intérêt d'envoyer leur:s
enfants dans des écoles, où ils puis!3ront des connais-

' . (i) Stalistique communiquée par le Sous-préfet au Conseil d'arrèln-
dissement. . . ' .

sances qui les rendront plus capables d'adoucir et d'amé-
liorer leur cûndition. .
En 185()~ 7 écoles publiques de garçons fonctionnent
dans l'arrondissement: à Quimperlé, Bannalec, Scaër,
Moëlan, Pont-Aven, Arzano et Querrien. Il reste encore
beaucoup à faire. Cependant à Quimperlé, la situation
s'est améliorée; une école primai.re supérieure a eté
raLtachée au collège; les deux éta,blissements reçoivent
en Lout 64 élèves, dont 14 internes; les familles aisées
peuvent donner à leurs enfants une instruction complèle;
des bourses sont accordées aux indigents capables de
cootinuer leurs études.
Résultats d'ensemble
De 1838 à 1836, la situation scolaire du département ne
s'est guère améliorée. En 1836, lorsque le baron Boullé fut
nommé préfet dans le Finislère, le nombre des écoles
. communales était ùe 1240, soit 4 quatre de plus qu'en 1833.
Ces· écoles se répartissaient comme suit:
Art'ond. de Brest . . .... 45 écoles pOUl' 83 communes.
Morlaix . . . . . 44 58
Quimper . . . . 20 63
Châteaulin . . 12 58
Quim perlé .. 3 23
La proportion des enfants fréq uenlant une école élait
presque dérisoire. Sur 38 000 garçons d'âge scolaire,
ii.OOO seulement suivaient une école publique; les écoles
de l'arrondissement de . Quimperlé ne comptaient que

220 élèves.
La situation scolaire était franchement mauvaisè ; l'in­
différence de la population et des municipalités, à l'égard
de 1 instruction, élait ·restée la même.
A la longue, cependant, grâce à l'obstination dunou-

v'eau préfet, secondé par les Comités supérieurs, quelques

municipalités se laisseront convainere et n'opposeront
plus la même résistance aux efforts de l'administration;
elles ne voudront plus rester simples spectatrices du
mouvement intellectuel éveillé dans toute la France par
la loi du 28 juin, Comme l'écrivait un maire: (( la raison
finit toujours par avoir raison lJ. Dès 1837 se dessine
une tendance, un léger mouvement vers le mieux, qui
promet de s'étendre. De plus en plus nombreuses se
feront les communes qui sentiront la nécessité d'ouvri,r

des écoles. Ce dicton recueilli par Brizeux, dans Furnez-
Breiz, n'est-il pas révélateur de l'état des esprits à celte
époque 1
« Gwel eo cleski mab bihan,
« Er; hed dastu.m madou dezhan' ».
« Mieux vaut instruire son enfant
« Que de lui amasser du bien ».
De 1836 à 1848, les progrès ont été remarquables. En
1848, au moment du départ du baron Boullé, la situation
est en etlet la suivante:

199 écoles commun. de gar~ons insLruisent
54 filles
53 écoles privées de garçons
199 filles
10 salles d'asile publiques reçoivent ... .
83 pri vées . . . .
72 cours d'adultes sont fréquentés par . ,
Soit en Lout :
H .863 élèves.
3.445
2.342 --
7.236
2.273 enfants .
2.252
2.030 élèves.
670 éLablissements scolaires recevant, . " 31..44i élèves.
De 1848 à lS50, année où la loi Guizot fut remplacée par
par la loi Falloux, le nombre des écoles communales de
garçons n'augmentera que de 5 unités; celui des écoles

Une comparaison s'impose entre la situation scolaire
. du Finistère el la situation séolail'e de la France sous le
régime de la loi Guizot.
En France, le nombre des écoles publiques et privées,
s'est élevé de 28.000 à 60.000, soit une augmentation de
plus du double Cl). .
Dans le Finistère, les progrès onl él é plus satisfai~
sants encore; le nombre des écoles communales de
garçons a passé de 120 a 204.; celui des écoles commu­
nales de tilles de 28 à 55, soit au total, 148 écoles en 1833
et 25() en 1850. Mais il convient d'ajouter que dans ce
département les écoles privées étaient particulièrement

florissantes et qu'elles ont profité du goût de l'instruction,
en tin répandu dans les campagnes. En 1 833 il Y avait
approximativement 80 écoles privées de garçons et
60 écoles privées de filles; en 1850 on comptait 56 écoles
privées de garçons et 205 écoles privées de filles (2).
Le degré d'instruction atteint par la jeunésse finisté­
rienne au moment de l'abrogation de la loi Gui. 'lOt est
approximativement fourni par les résultats des opéra­
tions de recrutement en 1859. Ces opérations portaient'
sur des jeunes gens qui fréquentaient l'école entre
1848 et 1850, époque où la loi Guizot avait produit tout
son effet.
38 X, soit plus du tiers des conscrits, savaient lire et

ecnre.

Le pourcentage varie beaucoup suivant les régions;
dans les arrondissements de Morlaix et de Brest, le

(i) Exposé des motifs de la loi Falloux. Ces chiffres comprel)nent
les écoles publiques et les écoles privées. Les crédits iDscrits au ' budget
de l'Etat sont montés de 300.000 francs à 3 millions. . .
(2) En 1932, l'enseignoment public a été donné par 760 écoles fré­
quentées par 71.000 élèves; l'enseignement privé a été donné par
288 écoles fréquentées par 39.000 élèves .

nombre des jeunes gens ayant reçu l'instruction du pre­ rpjer degré, dépasse celui des illettrés.
Dans ces arrondissemen ts, en effet, les écoles sont assez
nombreuses pour qu'aucune famille ne puisse se prévaloir
du, manque d'écoles pour justifier l'ignorance de ses en­
fants. Partout existent des établissements scolaires,
sou· vent neufs, presque toujours salubres et suffi­
samment pouryus de livres eL d'un matériel convenable.
Par contre, dans les arrondisse ment,.." de Châteaulin,
Quimper et.Quimperlé, les écoles sont rares, les locaux
insuffisants et malsains; les classes ne fùnctionnent que
6 .mois sur 12; les enfants n'y apportent que des livres
:;l.chelés au hasard, souvent au-dessus de leUt' portée (1).
La. cause principale de ces différences est dans la
situation plus ou moins prospère de chaque arrondis:­
se.ment, Les arrondissements de Brest et de Morlaix,
possèdent d~s terres fertiles; l'élevage les a enrichis ..
Les autres "arrondissements, au contraire, sont pauvres;
leurs populations, auxpri~es avec les difficultés de la vie,
n'apprécient pas les bienfaits de l'in sLrucLion ; le manque
Qe ressources rend souvent impossible la création des
éC. Qles .
. La siLuation économique d'un pays influe considé­ rablement sur le développemen t de l'instruction da ns ce
. pays. Deux exemples en fourniront une preuve frap­
pante.
L'.année 1839 fut dans le Finistère; une année d'abon­ dance ; les récoltes turen t excellen tes ; les . paysa ns eux:­
mêmes convenaient de leur bien être, que partageaienL
les au tres classes de la populaLion . Cet.éLat de choses eut
une· répercussion immédiate sur la fréquentaLion scolaire · ;
l'effectifaugmenta de 3.569 élèves; le nombre des classes

(i) Voir en annoxe la statistique des écoles ,primaires en i850 ..

d'adultes passa de 25 à 40 et le nombre des élèves q

les fréquenlaient. de 8(10 à 1.255. .
Cette prospérilé se maintint jusqu'en 1846. En 1846, la
France lraversa une crise grave produite par l'insuffi­
sance de la récolte des céréales et un e maladie .. qui
dévasta les cultures de pommes de terre. Dans le Finis­
tère, les prétentions exagérées des détenteurs de grains
et les manœuvres des spéculateurs firent monter le prix
dés denrées à un taux qu'elles n'avaient pas alteint
depuis 1816. La misère devinl. grande, des foules de
mendiants parcoul'aienlles routes. Des troubles éclatent:
les tisserands de Coray et Rosporden s'emparent de plu­
sieurs charretées de seigle destinées à être embarquées
à Pont-Aven; à Pont-l'Abbé, un chargement de pommes
de terre. destiné à Plymouth, est pillé. A Brest il est
délivré 697 soupes par jour (,tux indigents; à Bourg­
Blanc, à Miliz3.c. beauco up de malheureux sont réduits à
se nourrir de navets .
· C~Lte situation eut une répercussion immédiate sur
l'enseignement: de nombreuses familles se virent dans
la nécessité·de retirer leurs enfants des écoles, les unes , _
parce que le paiement do la rélribution scolaire était
devenu une charge très lourde, les autres parce que
leurs enfants pouyaient leur rendre service et remplacer
ou vriers ou· domestiques. Le nombre des élèves diminua
d'un quart; de nombreuse!:! écoles privées durent cesser
de fonclionner (1) .

Ci) D'après Le Courrier de Bre.st (1.&4'7).

Le Conseil général
et l'instruction primaire
Le Conseil général a beaucoup f~it pour le développe­
ment des écoles dans le Finistère. Il est juste de rendre
à ses efforts un hommage mérité. On verra dam; la suite
de cette étude combien fut grande sa part dans les pro­
grès intellectuels du département.
Constitué par la voie élect.ive en 1833, il contribua à
donner une vive impulsion à l'enseignement populaire
en dotant le plus largement possible le budget de l'ins­
truction publique.
Pour satisfaire à la nouvelle loi, il vota une imposition
spéciale d'un centime et demi, additionnelle aux contri­
butions foncière, personnelle et mobilière, rapportant
27. 500 francs. Suivant la conclusion de l'une de ses déli­
bérations, il veut « fonder des écoles, former des insti­
tuteurs aptes à répandre de bonnes méthodes d'enseigne­
ment, à généraliser l'usage de la langue française et
facilitèr par ce moyen les communications entre les
cultivateurs du Finistère et les citoyens des autres dé­ partements ; il veu t s'efforcer de tirer la population de
l'état d'inertie où la tien t plongée une routine néfa.ste Il.
En 1836, la subvention votée pour les écoles s'élève à
36.000 francs : l'imposition de un centime et demi par
franc est élevée à deux centimes. En 1838, les dépenses
facultatives vo tées pour l'enseig nement primaire s'élè­
vent à 45.700 francs, dont 10.000 francs pour les institu­
tuteurs mal réLribués et nécessiteux: 2.500 francs pour

l'ouverture de classes d'adultes; l.000 francs pour achat
de livres aux indigents; 2.500 francs pour indemniser
les instituteurs assistant aux conférences pédagogiques;

4.000 francs com me encouragement pour l'instruction

les ans. En outre, une somme de 45.000 francs a été

v,otée pour subvenlionner les communes qui. pour se
confol'mer à la loi, veulent ach~ter ou bâtir des maisons
d'école. Une allocation de 900 francs esl destinée à l'attri-

bution de livrets de caisse d'épargne aux meilleurs
élèves, à l'occasion des fêtes du roi.
Depuis 1833 jusqu'à 1838, le total des subventions
d'Etat destinées à aider les communes à construire des
écoles, ne s'est élevé qu'à 91.350 francs dont 25.000
francs pour la ville de Brest.
Ces subventions sont insuffisantes : le Finistère ne
reçoit pas du Gouvernement la part qui lui revient sur le
crédit affecté à l'instruclion primaire. Le 5 mars 1836, le
Préfet écrit au Ministre de l'instruction publique:

« La décision allouant une subventiGn au Finistère
sur les fonds du Trésor ne m'est pas parvenue .
l'apprends que le département du Morbihan a obtenu
une allocation de 26.900 francs sur les fonds de 1835.

«Nos besoins sont aussi nombreux que ceux du
Morbihan, et il n'y pas d'exagération à dire que le Finis­
tère est même plus arriéré dans le progrès de l'instruction
populaire. -
« II serait Haiment malheureux que le Gouvernement

ne vînt pas d'une manière plus efficace au secours d'un
département où le Conseil Général et les communes
s'imposent de grands sacrifices pour l'amélioration des
écoles existantes et la création dE; nouvelles.
« Les demandes que j'ai faites ne s'élèvent qu'à
24.301 'francs; elles sont donc au-dessous de celles dù
Morbihan ... »
La réclamation du Préfet fut agréée : il oblint la sub­
vention qu'il demandait.
. Après 1836, la diffusion de l'instruction fut favorisée
par l'amélioration de la siLuation économique qui permit

hi construction de nouvelles écoles, et par la création de
nombreuses, routes qui rendirent possible la fréquen tati0n
scolaire dans les campagnes.
Ce double résultat était dû pOUl' une bonne partie au
Conseil général, qui s'était atLaché à retirer le Finistère

de la situation misérable où il ~ tait plongé depuis la
RévoluLion.
Améliorer la situation agricole et industrielle, généra­
liser le bienfait de l'instruclion, créer du travail et
changer la face du pays par la création de 14 rOll tes
déparlementales et de 21 chemins de grande communi­
cation, telle a été la Lriple pensée à laquelle le Conseil
général a consacré ses soins de 1833 à 1848.
Consciente de l'œu vre accomp lie, l'Assem blée départe:..
mentale déclarait le 1 j avril 1848 : « Si la révolution qui
vient do s'accomplir marque la fin de notre carrière
administrali ve. nous pourrons) en l'en Lranl dans la retraité.
nous rendre la justice de dire qu'aucunes pensées plus
populaires que cellp.s qui nous animaient nous-mêmes,
ne présideront jamais à la direction de nos affaires dé.:.
partementales, et nous emporterons a veè nous la pleine
conscience du bien que nous avons fait » .
L'Assemblée, dont le mandat expire, vote comme une
sorte de testament le vœu suivanl: « Le Conseil général
désire que l'extension la plus grande soit donnée au
principe de la gratuité de l'enseignement primaire,

el que l'instruction resle facultative sans que l'Etat cesse
d'employer les moyens à sa disposition pour lui donner
le plus grand développement.
« La position des instituteurs et des institutrices de­
mande des améliorations fondamentales; il est urgent
de relever cette position pour arriver à former un per­
sonnei à la hauteur de 1;utiie mission qu'il , est appelé à

La Révolution de 1848 fut suivie d'une vague de défiance

contre l'instituteur et contre l'instruction, qu'on accusait
de donner au peuple des idées trop avancées. Le nouveau
Conseil général ne consacrera plus aux dépAnses 'facuHa ..
tives pour l'enseignement primaire que 10,000 francs au
lieu de 35.000. , ,

Les allocations destinées à récompenser les instituteurs
qui se distinguaient par leur zèle et leur dévouement,
allocations qui établissaient entre les maîtres une louable
émulation, sont supprimées . Supprimées les subventions
pour l'établissement et le fonctionnement des cours d'a ..
dultes qui rendaient de sig nalés services. Supprimées les
indemnités qui dédommageaient les instituteurs des frais
occasionnés pa r la fréquentation de cours spéciaux de
perfectionnement; supprimé le don annuel que le dépar­
tement faisait à la Caisse de r etraite des instituteurs ;
supprimés ou fortement réduits les crédits destinés a
l'achat de livres pour les indigents, à la confection et à
l'entretien du mobilier scolaire; supprimé enfin le traite­ IPent de 1.500 kalloué à l'inspectrice des salles d'asile.,
Toutes ces dépenses, sans être obligatoires pour le
le département, n'étaient pas moins d'une utilité incon­
testable et favorisaient la diffusion de l'instructi on .
Pour justifier la suppression du crédit destin f'i à encou"
rager les instituteurs , le rapporteur s'exprime ainsi;
« Quand il s'agit des instituteurs de la jeunesse, il y
aurait, sinon danger, au moins peu de sagesse à leur
q,onner l'intérêt pour auxiliaire du devoir. La pente de
l'époq1Je vers les satisfactions matérielles, au détriment
des jouissances morales !3t matérielles, suffit pour le faire
Gomprendre. .
«L'Administration trouvera dans les récompenses ho­
norifiques de plus nobles et plus énergiques instru­

Les locaux scolaires

La loi imposait aux communl'ls l'obligation de fournir
à l'instituteur un logement et un local pour recevoir
ses élèves. Les municipalités devaient se mettre en
mesure de devenir propriétaires d'une maison d'école
dans un délai de 6 ans; à l'expiration de ce délai, aidées
par le département et par l'Etat, elles devaient a voir
acheté ou construit les bàLiments nécessaires (1).
Guizot désirait que les communes eussent une prédilec­
tion pour leur école, qu'elles l'aimassent comme leut'
église. « Il faut tâcher, disait-il, do rendre toutes les
communes propriétaires d'une école, comme elles le sont
d'une église; elles l'aimeront davantage quand elle sera
propriété communale; elles hésiteront moins à s'imposer
des sacrifices pour la faire prospérer ou pour l'embellir ».
L'un des obstacles qui, dans le Finistère, s'opposait à
, la propagation de l'instruction, était le défaut de maisons
d'école. Les conseils municipaux mettaient peu d'em­
pressement à s'en procurer; ils reculaient devant la
dépense parce qu'elle leur paraissait trop forle et qu'ils
n'en sentaient ni les avantages ni la nécessité. Dans
les cinq sixièmes des communes. les ressources étaient
nulles ou insuffisantes. Quand une commune pouvait
disposer de fonds, ils étaient absorbés par la création de
chemins vicinaux, que les paysans estimaient plus néces-

saires qu'une école. Primelin, Plougastel-Daoulas. préfè-
rent contruil'e un presbytère à leur recteur; Goulven
s'impose des sacrifices pour réparer son église, mais
se refuse à construire une école.
Avant 1789, les dons. legs ou fondations faits par le.s

(i) L'ordonnance du 26 décembre iS4,3 prolongea ce délai jusqu'au

· p. articuliers . pflrm:ettaient . souvent aux · paroisses de
posséder un b~tFment scolaire. Ces bâtiments avaieqt
été vendus:.comme biens nationaux ou étaient tombés en
· ruines. ,On ne peut :plus compter sUl' .la générosi té des
particuliers. Les exemples donnés par M. Le Borgne. de
J{eroulas qui donne '1.800 fran cs pour bâtir une maison
d'école à' Brélès,et le desservan t de Cast qui procure de
-ses propres deniers une éco le à ses paroissiens, ne trou:'
vent guère d'imitateurs. Cependant, à Saint- Urbain,
M. Gobrand doune gratuilement les . . pierresdont . .les
conseillers municipaux, eux-mêmes,:font gracieusement
le charroi; .les habitants de Plou rin -Morlaix fournissent
l es matériaux nécessaires à la constr.uction d'une école
et en font le transport gratuit. ·. .
. ·Les localités o'ù l'on fait le plus d'efforts pour cClnstruire

un 1 0caL· sont celles où, .depuifl longtemps, il existe une
école: on y apprécie les !lienfaits de.l'instruction ..
'. A défaut de maison communale, il n'éta it pas aisé de
trollver un local convenable : les chef-lieux des co mmunes
ne se composaient souvent que de l'église, du presbytère,
et d'une mauvaise .a uberge. Aussi les locaux scolaires
étaient-ils souvent affreux et nerépondaient ,pas à leur
destinaLion . . Les lieux les plus inattendus abritaient une
, école. A Henvic) à Brasp~rts, à· Ploujean, à Sizun, à
Plobannalec, . l'école se trouve dans le vieil ossuaire bien
humide et bien froid , trop exigu aussi et malsain; les
reliques des trépassés y occupent toujours les logettes
qui leur sont deslinéfls.
. A Plabennec, à . Plougonvelin, la classe seofait dans Ulle
écurie désaffectée, malodorante, humide) sombre et mal­
saine, A . Plouézoc'h; les enfants sont reçus dans un
grenier où le jour. pénètre à peine. par une petite lucarne,
où 'l'on: a trop chaud l'été, où l'on gèle l'hi ver. A Guissény,

ni lumière. A Cléden-Cap-Sizun, le local est une grange

qui ne reçoit le jour que par la porte et qui, par surcroît,
se trouve sur la limite de la commune, à 5 kilomètres du
bourg. A Sainte-Sève, l'inspecteUJ' trouve ~( une ombre
d'école» où les enfants sont assis sur des espèces de per­
ches à peine dégrossies et de forme cylindrique. A Molène,
un des pignons menace ruine, le toit n'a plus d'ardoises.
la maîtresse-poutre est étançonnée et croulera un jour de
tempête. A Bohars, la classe se fait dans une salle d'au-
. berge, et se transforme, le dimanche, en une guinguette
où se déroulent des scènes scandaleuses. L'école de Loc­
mélar se tient dans une chaurqière qui offre quatre murs
nus, qui n'a de plancher ni dessus ni dessous; l'instituteur
couche dans la classe même, qui sert aussi de mairie. Il
n'est guère possible de trou ver un local plus misérable;
garçons et filles s'y entassent dans des conditions déplo­
rables. Les écoles de Tréfiaouénan, de Botsorhel el de
Plouégat-Moysan sont de vrais bouges où le travail
est impossible : en hiver on y voit à peine clair en plein
midi.
Les écoles privées ne sont pas mieux aménagées. A
Pleybén, le sieur Villy, ex,-notaire, réunit 25 garçons et
fiUes, pèlo-mêle dans une grange ; à Douarnenez, un
sieUl' Salaün Clet, cabaretier, tient dans son débit une
école fréquentée par 15 garçons et 6 filles ...

En général, l'autorité communale ne s'occupe pas de
rechercher un local scolaire. On alloue une modeste
somme à l'instituteur: celui-ci cherche. non pas le local
le plus convenable, mais celui dont le loyer est le plus en
rapport avec les moyens que la munificence municipale
met à sa disposition. On se croit généreux quand on· lui

Sau veur ne reçoit, pour toute indemnité, que 17 francs;
celui de Brasparts paie à l'églis'e, de ses propres deniers,
le loyer de l'ossuaire qui sert d'école.
Parfois, les communes qui possèdent une maisol1 d'école
fournissent . le, logement à l'instituteur'; mais quel loge-

ment 1 A Plabennec, les bureaux de la nwil'ie occupent
deux pièces et l'on a réservé, pour loger l'instituteur, le
grenier sans cloison ni séparation dans toute sa longueur,
:jans aUCUll8 garniture de .planches sous les ardoises qui
sont posées SUl' des lattes espacées. A Plouzané, la com­
mune possède une belle maison d'école' ; elte a obtenu
pour la bâtir une subvention de 2.000 francs; le rez-de.,
chaus~ée seul a éte mis à la disposition de l'instituteur
qui fait la classe à un bout et loge à l'aulre bout avec
sa famille; aucune cloison ne sépare la classe du loge­ ment. On a vu qu'à Locmélar le logement du maître est
encore plus misérablp.
Tout cela nous paraît malheureux et nous plaignons de
tout cœur les élèves et les maîtres obligés de séjourner
dans des locaux infects où ils s'étiolent, où l'en fan t crou­ pit au lieu de se développer. Mais peut-on raisonnable­
ment faire grief à cette époque de n'avoir pas de locaux
confortables? Que l'on songe à l'absence de goût manifesté
pour l'instruction, aux diffic\'llés budgétaires auxquelles
se heurtaient les communes, et l'on comprendra que les
populations rurales d'il y a cent ans se soient résignées à
reléguer l'école dans un lieu qui ne coûlait rien ou qui '
coûtait fort peu.
Quant au mobilier scolaire, il est partout défectueux ou
insuffisant. En 1837,sur 125 écoles publiques de garçons,
40 seulement ont un mobilier à peu près complet, mais
toujours mal exécuté, mal adapté. Dans 50 écoles le
mobilier appartient à l'instituteur.
La ·plupart des écoles manquent de tableau nQir. Dans

la plupart' aussi, les tables,' très larges, reçoivent deux
rangs d'élèves, dont un.a le dos lOurné au maître. Dans
le petit nombre des écoles où les tables sont parallèles à
l'estrade etoù tous les élèves sont-tournés vers le maître,
ces, tables sont trop étroites, trop hautes ou trop, basses,
obligeant l'élève à prendre, pour écrire, 'des attitudes
vicieuses, dangereuses pour sasanté. A Sizun, les tables,

en nombre insuffisant, sont formées de planches posées
sur des tréteaux; les élèves, Lrès serrés, se trouN, enL
placés sur deux rangs en face les uns des autres.. ,A

Plogoff, à Plogastel-Saiut-Germain, à Elliant, à Pont-
A ven, à Arzano, le mobilier 'est dans un éLat de délabre-

- - ment navrant. , -,
Des tables, des bancs, même en mauvais état"c'est
encore un luxe inconnu dans nombre d'écoles ,où les
enfants sont assis sUl'la Lerre nue 1 Les écoles de Lanni~
lis, Dirinon, Le Folgoët, Plabennec, La Roche, Bannalec,
Cléden-Cap-Sizun, Fouesnant Rosporden, Trégunc, ' etc. ,

n'ont ni tables ni bancs: chaque élève , possède une
plancheLte qu'il pose sur ses genoux. ' "

Les école.s sont donc dans un état pitoyable; il ·est
urgent d'y apporter des améliorations. Les notes qui
suivent permeLtront de se l'endre compte des résultats
, obtenus dans chaque arrondissemenL. . ,
Dans l'arrondissement de Brest, 12 communes seule­
ment,étaient propriétaires de leur école Eln 1833;, encore

ces ~aisons étaient-elles si mal appropriées à le].1r
destinaLion que 5 d'entre elles avaient déjà été .aban;:
donné~s ,; avant peu de temps, les 7 autres \devront être

r e.mplacées par de nouvelles cons, trucLions. ',:

,E.n 18~t3, le , Cqmité supérieur sollicite en, faveur Aes

communes des secours s'élevant à 30.000 francs et 'se
décomposant comme suit: .' . .: '.
2.000 francs à l'île Molène « dépourvue de loute .res­
source et donlles habitants éprouvent un besoin particu­
lier d'inslruction pour entrer avec quelque avantage dans
la seule carrière qui soit ouverte à leur émulation ·': .la
Marine» ; 2.000 francs pour la construction d'une école'
à Plougonvelin, dont « les habitants, écrasés sous :1e

poids d'impositions extraordinaires, ne peu vent taire les

frais»; 8.000 francs pour Landerneau, où un emprunt
scolaire fait parmi les habitants a produiL 24 .000 francs;
1.800 francs à la communA de Brélès où pareille somme
a été fournie par la munificence d'un habitant; 2.000
francs pour Irvillac; 3.000 francs pour 'Plougastel-Daou­
las; 1.500 francs pour Ploudalmézeau ; 300 francs pour
Plourin (aménagement d'un logement à l'instituteur) ;
1.100 francs à Ploudiry; 2.000 francs à 8aint-Renan;
800 francs pour Le Conquel ; 600 francs pour l'ameuble­
ment de l'école de Plabennec ; 5,000 francs pour la
construction d'une école à Lambézellec, dont le devis
s'élève à 2B.000 francs.
Une délibération du conseil municipal de Lambézellec,
eb date du 4 mai 1834, s'exprime ainsi: « Pour satisfaire
au vœu de la loi, il est d'urgente nécessité de faire

construii'e deux maisons d'école pour y placer 450 . à
500 enfants mâles de l'âge 6 à 12 ans qui ne reçoivent

aucune instruction ~i l'on en excepte environ 80 qui

trouvent place dans le petit local actuel, lequel n'est
susceptible d'aucun agrandissement et sera par la suite

consacré à une 'école de filles ».
Une décision du 30 mai 1836 autorise la commune de
Lambézellec à acquérir du sieur Tartu, moyennant la

Romme de 2.000 francs, un terrain ~de 16 : ares pour y

La ville de Landerneau acheta les bâtiments construits
en 1820 par MM. Gouvy, Radiguet, Andrieux et Heuzé­
Lourmand pour l'établissement de- deux écoles mutuelles.
La vente fut faile pour une somme de 32.900 francs.
En 1837, elle acquit des époux Maingant. moy~nnant
16.000 francs. une maison el ses dépendances pour y
établir le collège créé par ordonnance du Il octobre
1836.
La même année Molène acquiert des époux Paillard,
moyennalJt 4.000 francs. une mai son destinée à servir
d'école.
En 1846, dans l'arrondissement de Brest, 37 maisons
d'école sont propriétés com munales ; 15 autres sont en
voie de construction, soiL 52 au lieu de 12 Eln 1833.
28 communes trop pauvres se sont réunies par d. eux
pour construire une école. Kersaint-Plabennec, Saint­
Divy, Saint-Thonan et La Forest se so nt concerLés pour
l'édification .d'une école commune. 10 communes n'ont
pas satisfait aux prescriptions de la loi. Le Comité fait
publier le nom de ces 10 communes, pellsant ainsi les
inciter à ne pas rester plus longtemps « dan8 cette situa­
tion tristement exeptionnelle» . Ce sont: Loperc'het,
1.252 habitants ; Rumengol, 450 habitants; Saint-Eloi,
418 habitants; Saint-Frégant. 869 habitants; Kel'llouès,
68l habitants; Le Drennec, 593; Guipronvel 383 habi­
tants ; Lanneuffret. 2::51 habitants; Loc-Eguiner. 730 ha­
bitants : Tréflévénez, 499 habitants.

Dans l'arrondissement de Morlaix, les nouvelles mai­
sons d'école sont toutes construites à usage d'école el de
mairie; dans les chefs-lieux de cantons, le nouveau
bâtiment abrite aussi le prêtoire d0 la justice de paix.
L'école de Taulé coûte 6.400 francs; celle de Cléder

7.400 francs; celle de Plougoulm 4.300 f.mllcs; celle I de
Mespaul 2.400 francs; celle . .de Santec 1.460 francs. Ces
écoles furent conslruites de 1836 à 1838.
Dans une délibération de 1839, le Conseil supérieur de
Morlaix expose que le mouvement en faveur des écoles
est très satisfaisant. « Le plus grand nombre des com­
munes seraient déja pourvues de maisons d'écoles, si
les fonds de l'Etat permettaien t de leur venir en aide
pour la moitié de lpurs dépenses. Cette subvention
se fait trop attendre, le zèle se refroidit et les bonnes
résolutions ne produisent pas tous leurs effets. Les com­
munes de Ploujean, Plourin et Saint-Vougay, commencent
au printemps prochain : la maison d'école de Sibiril
e&J en voie d'exécution; celles de Landivisiau, Plougar
et Lanhouarneau sont entièrement achevées; la com­
mune de· Lannéanou vient d'acheter un bàliment à usage
d'école Il.
En 1823, un conflit s'éleva à propos de locaux scolaires
entre le Comité supérieur et la municipalité de Saint­
Martin-des-champs.
La commune de SainL- Martin-des-Champs, dont l'ag-.
glomération principale constiluait un faubourg de Morlaix,
ne possédait pas d'école; les enfants de cette commune
fréquentaient une éC ::Jle de Morlaix; l'instituteur qui en

avait la charge recevait 10 francs par an pour chaque
élève indigenl. Afin de se meUre en règle avec la loi.
la municipalité sollicit!1 la nomination d'un instituteur
spécial pour la commune de Saint-Martin. Elle se vit
attribuer moyennant un traitement fixe de 200 francs.
un jeune homme de grand mérite, le sieur Férec, bâ­
chelier. ancien é:ève de l'Ecole normale de Rennes et
dont le père, instituteur à Brasparts depuis la Révolution,
était · l'un des maîtres les plus distingués du départe·

:" Un.local fut loué au ,no '2; rue Longue de Bouret, dans
dans le quartier de Saint-Martin, sur le, territoire de
Morlaix. ," "
' L'école prospéra ; Férec y établit u!:! pensionnat et
obtint l'autorisation. de donner l'enseignement secondaire
a ux grands élèves sortis de l'école primaire.
PoUt' se conformer entièrement au vœu de la loi, la
commune de Saint-Martin, des-Champs voulut deveni.r:
propriétaire de la maison où se tenait l'école; une pièce

séparée permettait d'y installer la mairie. A , cette fin.
le 2Hévrier 1843. le Conseil Illunicipal et les plus imposés
votèrent, ' à l'unanimité, une imposition extraordinaire

de 5.000 francs et sollicitèrent du département un se-
cours de 2AOü francs. ,
D'après les instructions en vigueur, le comité d'arron­
dissement devai t. donner son a vis sur toules demandes
de secours formulées par les communes, Dans sa séance
du: 17 mai 1843, le comité de .Morlaix repoussa la

demande faile par la , municipalité de Saint-Martin-des-
Champs pOUl' les motifs suivants:
li n'est pas juste qu'un instituteur recevant un
tr'aitement fixe de la commune de Saint- Martin,
puisse se placer dans l'intérieU?" de: la ville, de
maniè1'e à faire une concw'rence éC1"asante aux
instituteurs privés.
" Il est d'ailleurs à désirer que la commune profite de
cette occasion poU?" sortir de la position irrégulière

dans laquelle elle se trouve en dressant les actes de
l'état-civil sur le te1"ritoi1'e de la commune de Mor'laix.
La municipalité de Saint-Martin répond en exposant
la situation exeptionnelle de la commune,. qui n'a: pas
de cbef-lieu sur son territoire. Aux termes de 'la loi du
20 janvier 1790. le chef-lieu d'une com mune est le lieu:

Martin-des-Cbamps est une succursale rattachée. à l'église
de Saint-Martin sise sur le territoire de Morlaix. Toutes
le~ ,habi tations de ' la. commune étant éparses, il ne se
pr:ésente aucun emplacement convenable pour Ulle école;
l'établissement de la rue de Bouret est préféré des
cultivateurs, qui recherchent pour leurs enfants une
école de ville où ils apprennent plus vite le français.
Un précédent existe : la commu ne de Plouguer, limi­
trophe de Carhaix, a son école communale sur le terri­
toire de cetlo ville.
Quant à l'a rgum ent concernant la COnc,U1Tence écra­
sante (aite aux instituteurs privés de Morlaix, le
Conse il es lime que « la concurrence en matière d'instrue­
Lion De pourrait jamais qu'être utile et fort désirable
comme propre à exci ler l'émulation entre les instituleurs:
Cet argument consLitue le plus bel éloge que l'on puisse
faire de l'instituteur Le Férec )) . /
. Malgré la sé rieuse réfutation faite par la municipalité,
le :comité supérieur de Morlaix maintint sa décision :
la commune de Saint-Martin-des-Champs ne put devenir .
propriétaire de son école. .

' Dans l'arrondissement de Châteaulin, malgré les inter­
ventions répétées du Préfet. on ne s'empressail guère
d'acquérir des maisons d'école. '
En 1833, Châteaun0uf achète au prix de 4.000 francs,
pour y établir nn'e école d'enseignement mutuel, . une.
mai son sise Grande-Rue et appartenant au sieur Le Sever;
rentier à Lannion. '
, En 1 835. la municipalité de Châteaulin est autorisée­
à acquérir dns époux Pennarun, au prix de 14.000 francs,:
une maison et ses dépendances pour y établir la: mairie

et l'école.

n',A, ~Gast, la ' municipalité et les notables sont hostiles à
l!acquisil:ion d'une maison d'école. Le desservant, M. Gui­
zouarn 1 pourvoit, de ses propres deniers, à la construc­
tion d'un' bàtimenl scolaire sur un terrain appartenant à
la 1 « fabrique ».
, Ile 8 novembre 18:36. M. Guizouarn écrit au Préfet:
« Abandonné à mes seules ressources, qui sont
médiocres, j'ai cependant avancé la besogne. Je dispose
de deux cours, vasles et commodes; les murs de la
maison d'école sont terminés ; j'ai le bois el les ardoises
nécessaires ; mais que de dépenses encore à faire et
ma bourse est à sec 1; ..
« A vec,800 francs j'achèverai l'école, et mes. bons .. ads-

locales en« bragou-bras » seront bien étonnés un bea-W/;,
matin de voir au milieu d'eux, et malgré eux. une 'forte
institution . dOllt ils connaîtront plus Lard l'utilité. Si

l'instituteur est chrétien et capable, ma maison et ma.
table lui sont acquises. t
" Voyez donc, M. le Préfet. si vous pouvez m'assurer
800 francs. Si vous ne , le pou vez. l'établissement se
fera tout de même. mais quelques années plus tard)
mes minces revenus ne , me permettant que de ,faible,s ,
épargnes ».
En ,1840,Carhaix fait construire un superbe bâtiment
dont 1ft municipalité est très fièrp, : « Nous possédons
la plus be1l6 école du département; la classe est spacieuse,
bien aérée. les dortoirs sont salubres. les préaux sont
grands, le logement de l'instituteur et de sa nombreuse
famille est confortable )l.
En 1843, le mouvement s'étend; le comité supérieur
écrit au Préfet: « Une nouvelle école s'ouvre à Landéven­
nec; Telgruc va constmire ; Berrien a acquis un local
convenable; Locronan vient d'acheter une très belle

caserne du gendarmerie; Crozon va, bâtir une éco, le 'pour

300 énfants; Leuhan vient 'de l'.aire dresser u~ plan;
Argol sollicite l'autorisation d'acheter un" bâtiment "

Spézet ne tardera pas à acquérir un erpplacement , su-
perbe ; Coray se dispose à suiv re cet exerppl,e; ». ,
En 1850, la plupart des communes pourvu,e~ d'une

école seront propriétaires de leu!' établissement sC9J3:ire.

Dans l'arrondissement de Quimper, le mouvement est
d'abord assez len t. En 1834, Meilars et Mahalon achètent

en commull un e mai so n et ses dépendances pour y établir
une école , Le projet de construction de Briec s'élève à
5.445 francs; la commune y contribue par les charrois,
évalués à J .530 fran cs et par une imposition extraordi-,
naire de 800 francs; le Trésor public y participe pour

une somme de 1.500 frc1.lICS et le département pour
1.185 francs. , '

En 1836, la ville de Pont-L'Abbé acquiert du sieur Rioc
Kerloret, moyennant :::5.000 francs, le vaste établisse- -
ment appelé le Chàteau, pour y installer l'école primaire,

la mairie et la justice de paix. Plogastel-Sainl-Gel~main ,
s'impose extraordinairemen t de 18io francs pour::;a
part dans une maiso n d'école devant également ,~er.~;ir

de mairie eL de prétoire.
En 18i37, Plozévet est autorisé à acquérir de la fabrique
de l'église, moyennant 3.000 francs, un bâtiment 'j,avec
cour dépendant du presbytère pour y établir l.'école eL'la
mairie. En 18-17, ce bâtiment fut rétrocédé àla fabrique
comme impropre à servir d'école. : '"
En 1850, trenle communes seront propriétaires de léur

école. ' , : ;

. !r;arr~ridissement. de . Quimperlé ne comptait que trois
écoles ! en ' 1833. L'école de Quimperlé se tenait dans
l'ancien 'ëouvent de Sainte-Croix. où se trouvait aus~i

la sous-préfecture. La municipalité fut autorisée à acqué~

rir!du sieur Chancellay, moyennanlla somme de 14.000
francs ; les bâ timents du couvent des capucins pour y
maintenir le co llège co mmunal et y ouvrir une école
primaire supérieure. En 1 850, l'école communale dut
quiller le local qu'elle occupait dans l'édifice de Sainte­ C,'ùix pour occuper les combles du bà tïmenl qui jusqu'alors

tenait lieu de lhéâtre. Devant les proL esL a tions de la

muhicipalité, il fut décidé qu'un nou veau bâtimerJt
serait c.ons truit dans l'enclos du collège .
. En 184:3, le Sous-préfet de Quim perlé, dans un rapport
au Conseil d'arrondissement. se montre très satisfait des

résultals obtenus : « Les communes de M oëlan et de

Pont-A ve!}' se lrouvent l'une et l'autre dolées de somp-
tueux édifices dans lesquels l'école primaire S8 trouve
aussi honorablement, aussi favorablement, placée que
l'administration municipale elle-même. Bientôt nous
verrons les communes de M olg ven, Bannalec, Scaër,
Querrien et Arzano, s'enrichir de bâtiments appropriés
aux besoins et »urpassant en somptuosilé et même ' en
élégance, la résidence du curé ou du desservant ». .

. , 1:. es résultats globaux pour Je départemenl sont indiqués
pà l~ ,les . chiffrés suivants qui donnenL par année la

prqgression du nombre des écoles aûquises ou construites
par les communes.
! :I En 1833;' 24 écoles du Finistère sonlpropriétés commu­
nales; en 1834: ~5 ; en 1 835: 27; en 1 836 : 35 ; en 1837:
48 ; en 1808 : 54 ; en 1839 : 65 ; en 1 840 : 66 , en 1841 : 71 ;

en 1842': 74 ; en J843 :75 ; 'en 1844 : 79.; en 1845 : 1\3 ; en

1846: 94 ; en 1847 : 102;. en 1848: 115 ; en 1849; 123';
en 1850: 139. , ; . '~ ., . '.'

Bn 1850. ô communes ont des bâtimellls en ' COUTS
d'exécution. La ville de Morlaix . s'occupe . de réaliser
un projet de constructions qui s'élève à 267.000 fralles.
· On peut considérer comme excellent le résultat obtenu
qui, en 16 ans, a fait passer de, 24 à ~39, : le nornbre .:des
communes propriétaires de leur écqlé. · :" .I\.':. ;,; ï ~ !

L'enseignement

.. En vue de l'application de la loi du 28 juin 1833, Guizot
s'adressa directement aux instituteurs; il fit" appel à~ :leur
dévouement. «lI n'y a point de fortune à faire, il, n'y a
guère de :renommée à acquérir dans lés obligationis
pénibles que . vous accomplissez; mais jl. faut·· qu!un
sentiment profond de l'importance de vos travaux ,lvous
soulienne , et vous anime, que . l'austère pla.isir 'd'avoir­ servi les hommes ct contribué au bien public ' d .eviènne
le dignE' salaire que vous donne votre conscience lseule. .

Vous n'oublierez pas qu'en vous confiant 'un; enfant, . cha-
que famille . vous dernandede lui rendre un ' honnête

homme et" le pays un ·t'on oitoyen ;.. Une école'doit 'être
l'asile de l'égalité, c'est- à-dire de la justice ... ' . ',.' " '1
« Rien n'est plus désirable que l'accor.dduprêtre, :tl.L"dè
l'instituteur: tous deux sont .-revêtus d'une ,'auto'd' té:

rno-

l'ale; tous deux ont besoin de la confiance ' des . families;
Lous deux peuvent s'entendre poUt' exerce!' sur !tl8 enfants;
par des moyens divers, une commune influence:" ;' '.1 li',;
, {( Le 'Roi .t a, bien , voulu approuver la publicationl'd'ùh
journal. 'spécialemen t destiné à l' enseignement,' prjma:ir'ê .

Je :veillerai à ce :qu'un journal pédagogique répande par­
toutlla' connaissance des méthodes sûres, des tentatives
heureuses. de~ nolions prêjitiques que réclament les

eco es.'.. . . ..
, « ,IAu imomenL0.ù~Einstr::llctipnj pF'i imaire·va,être.r-l:objet de
re:~pél!iel1cte!t~h~:i p:fŒS )!réene ' et la pluf' étendue qui ait
enoave.·iété tentée dans notre patrie; j'ai dû, Monsieur,
vous r4Ppeier les . principes qui guident l'Administration
de l'Instruction publique, et les espérances . qu'elle fonde
sur vous )).
Cette circulaire parvint aux instituteurs par l'intermé­
diaire des recteurR d'A~adémie (18 juillet 1833) : « Vous
voudrez bien, disait l~ minislre, dater chaque exeOlplaire
et y ajouter le nom de l'instituteur » . C'était la première
fois . qu'un ministre '· s'adressait aux : instituteurs ~ de
nombreux maîlre~ lui répondirent.
. Guizot se rendait compte que les instituteurs, dispersés
dans I~s campagnes, avaient besoin d'être guidés; il créa
pour· eux un journal pédagogique, Le Manuel général
de. l'instruction primaire, qui paraît encore de nos jours.
Dans le Finistère, ce journal ne se propagea guère qu'en
1836, époque de la création des inspecteurs primaires;
ceux-ci poussèrent les inslituteurs à s'y abonner.
C'est.une grave erreur de croire que l'on peut s'impro­
vise." instituteur. Aucune profession, peut-êlre, ne

demande une telle souplesse d'esprit pour adapter
l'enseignemeqt et le mettre au niveau d'intelligences
jeunes et frustes.
Au djjbut du règne de Louis-Philippe, l'immense majo­
rité des instituteurs n'avaient reçu aucune formation péda­
gogiqut3; malgré leur bonne volonté; souvent très grande.
leur enseignement était médiocre. Les écoles. de 1833 ne
différa\ent guère des . « petites écoles» d'avant 1789:

-079 -

pédagogiques, même'absenc~ de livres, mêmes résùltats
défectueux. D"ailléurs aux yeux des campagnards du

Finistère et même des citadins, l'étude du catéchisme
semblait être le principal objet de l'instruction. 1 .'
Trois modes d'enseignement étaient en usag~ dans les
écoles': : " .

. 1° j;enseig'(tement individuei. Le maître fa~sait venir
près de lui, . à tour , de rôle, les écoliers 'Flllxq uels 1 il
apprenait à lire ou à écrire sous ses yeux. Ceprocédél
exclusivement en usage à vant 1789, ,était préjudiCiable.':}.; '

l'instruction des enfants et à la discipline scolaite-;. Si
l'effectif était de 50 élèves, 6 minutes par jpUf" pouvaient
seulement être consacrées à chacun; . les" autres restaient

Inoccupes, ' ' ,
2° L'enseignement simultllné. Il8tait eI} usage dans les

écoles de Frères. Les en.fants suivent tous en même temps

la leçon; aucun'élève ne perd son temps, la lecon profite

à ~6 us. ; " ':
30 L'enseignement mutuel. Les élèves sont divisés

par pelotons de 10, rangés en demi-cercle devant le .
tableau de lecture. Un écolier plus savant fail office de
moniteur, dirige chaque peloton, et fait lire les élèves. '

Le maître dir)ge l'ensemble. .,
En 1836, la méthode individuelle était encore employée
: dans 63, écoles privées et 12 écoles publiques .. Deux
raisons ~xpliquaient le maintien de ce procédé,routinier : .

tantôt le rnaitr8 était vieux et incapable d'en appliquer

un autre, laptôt le défaut de livres uniformes pour tous ·
les élèves en faisait une trisle nécessité. 1 .

La région dll; Gap-Sizun était restée fidèle à cette..vieille

méthode d'enseignement. A Goulien, à Plogoff, à Cléden-
Cap-Sizun, à Esquibien, à Poullan. à Pont-Croix; ,etc.,

les instituteurs suivai€lnt la méthode individuelle, et,

bien entendu, n'obtenaient que de maigres résultats .. , .

. Cerésultat ,a constitué un progrès sensible dans l'art
d'enseigner ;. la tâche du . maître en · fut facilitée, l'in s··
truction dès enfants s'en trouva considérablement hâ tée

et améliorée.

Les livres

Le grand obstacle à l'applioation du mode d'enseigne­
ment simultané a été l'absence de livres uniformes et
bien chojsÏfl. Les ouvragAsvraiment scolaires étaient

pour ainsi dire inexistants.

D.ans les campagnes, les parents n'entendaient donner
à leurs enfants que de vieux livres. ou même des frag-

ments de · livres, très sou vent latins ou bretons. Les
é. coles, peu nombreusps à la vérité, où les livres étaient
bien choisis et , eu quantité suffisante, étaient aussi les
meilleures écoles. Dans le plus grand nombre, le choix

des livres était abandonné à la volonté des parents.
,C~ux que l'on trouvait le plus ordinairement dans les
écoles en 1836 élaient: L'alphabet ingénieux; L'office de

la Vierge, en latin,. Les heures, en latin et en breton ;

~e . protocole, ; La civilité chrétienne, en caractères

gotQiq ues; La vie de M. Bernard, prêtre,. Les colloques

frçmçais b.retQ'fI,~; de , vieux actes manuscrits et di v,ers
,ouvrages d~ piété en langue bretonne. A noter aussi
le cq,téChisrYJ,e historique, . de Fleury, traduit en breton
par MUe de Lavillehervé, instilutrice à Taulé (1) .

La plupart de ces ouvrages étaient consacrés à l'en-
seignement f()ligieux. D'autres prétendaient enseigner
des ilotion~ sfllnes, des connaissances utiles ou usuelles,

(i) Les ;eofants apporlaient en classe des papiers de famille, de
vieux parchemins, afin de s'exercer à la lecture des manuscrils. D es

éOmme Simon de .. Nantua, histoire d'un marchand
{orain, par Laurent de Jussieu, renfermant de bons
principes de morale (1). A Concarneau, le livre de
lecture en usage est Robinson, livre excellent, dont
Rousseau disait: « Ce livre fou mi t à mon gl'é le plus
heureux traité d'éducalion naturelle. Il sera tout à la fois
l'amusement et l'instruction d'Emile» (2). A Briec, les

enfants lisent des manuscrits lithographiés et La Morale
en actîon. Cel ouvrage était très répandu dans le
département; les anecdotes n'étaient généralement pas
choisies dans la vie de l'enfant, mais dans l'histoire des
rois, des princes el des seigneurs. Tantôt puériles, tantôt
au· dessus de l'entendement de l'écolier, ces historieLLes
n'étaient guère propres à former le . cœur ni à donner
le gôut du bien. On y voit comme modèle d'affectioll
paternelle Antiochus, père complaisant, cédant sa femme
à son fils, qui en était devenu amoureux. Je ne sais si
les bambins de l'époque pouvaient concevoir la grandeur
d'àme d'Auguste pardonnant à Cinna ou la vertu d'Alexan­
dre buvant un médicament présenté par un homme
qu'il soupçonnait de trahison. Et que dire de' cette
anecdote, que n'eût pas désavouée M. de Crak: deux
enfanls se promenaient dans lm bois; un loup furieux
s'élanco sur l'un d'eux; :au moment où il veut mordre
l'enfant, celui-ci lui plonge le bras dans la gueule, lui
ompoigne la langue, la tient fertn e, et traîne ainsi l'ani­
mal derrière lui jusqu'au village, qui se trouvait à une
demi-lieue de là ! ...
· (i\ Simon de Nantua a été traduit en breton, en i83(&', 'par
M: Lédan, libraire à Morlaix sous le titre: Simona Vontroulez. M. Lédan
a également traduit Les veillée.s villagoises ou entretiens SUl' l'agricul­
ture moderne Ces livres étaient répandus dans les écoles. Guizot lui
même en fit distribuel' dans les communes où le breton était exclusive­
ment· usité. .

On devine ce que, pouvait être l'enseignement donqé
avec de pareils ouvrages. ' .
. La plupart des livres scolaires en usage dans l e

département ne c(: mvenaient pas aux enfants. Le Préfet
offrit un prix de 3.000 fran cs à l'auteur d'un bon livl'e
de lecture contenant des préceptes de morale, des
notions sur la religion ~ sur les mœ urs, le cIimal,le sol.
l'agricu,llure, l'économie, domestique et l'h ygiène. Le
prix ne put êlre attribué! a ucun ouvrage co nvenable
n'ayant été présèn té. .
Malgré la modiqilé du prix de~ livres (1) , les parents

rechignaient pour en acheter à leu~'s enfants; les indi-

gents ne pou vaient s'en procurer: il était indispensable

de leur en four nir. , pour: les meUre à même. de sni vre les

leçons .. Sur la proposition du baron J:3oullé, le Conseil

géneral a ffecta , à cette dépense un crédit ,de 1.800

francs (2). D'autre part, le minisl-re répartit chaque
année des ouvrages gratuits destinés aux indigents.

En 1835 chaque arrondissement reçoit de l'Eta l 1.200
exe mplaires de l'.4lpha, bet et 300 exemplaires du Petit
catéchisme. L'arrondissement . de Quimperlé, dont les
écoles ne sont suivies que par 300 élèves, ne ~ait q,ue

faire des livres qui lui sont ath~ibués . Sur obl;ierva-

tion du Préfet, la répartition fut , désor:mais faile, non plus

par arrondissement, mais, comme il était IQgique, en
tenant compte du nombre des écoles ~t des élèves .

En 1835, la commune du Folgoët reçut, pour sa part,

li) L'Alphabet, i08 pages, colliait 3 sous ; le .Petit catéchisme
historique de Fleury , 90 pages, valait 2 sous el demi j la 'Petite
arithmétique de Vernier, HA pages, colliai t 5 so'Us. .
(2 ) En i836 le département acheta un stock de la Nouvelle
méthode d' écriture de M. Lalaud, membre de la Société d'émul~ lion de
Brest. Ces exemplaires furent adressés aux écoles. Le Conseil gpoéral
décida que mention honorable serait faite au procès-verbal des efrorts

200 livres élémentaires. Le curé prétendlt que ces Hvres
ne convenaient pas à la jeunesse; poussé par. lui, le maire

refusa de les remettre à l'instituteur. Celui-ci se plaignit

à Guizot lui-même. Le ministre, ayant reconnu le
bien-fondé de la plainte, obligea le maire à remettre à .
l'instituteur les livres incriminés.
Pour obvier dux inconvénients résultant du peu de
valeur pédagog\que des ouvrages existants, Guizot fit

préparer 5 livres scolaires qui devaient servir à unifier
l'enseignement. L'un d'eux était l'Arithmétique "aison­
née, de Vernier. Le baron Boullé attira l'attention de

Guizot sur les elTeurs nombreuses contenues dans ce
livre. On y lisaIt. en particulier p~ge Il : « On emploie
pour mesurer les surfaces un carré appelé are, dont les
4 c6tés ont chacun 1 mètre de long ) . « L'hectare vaut
100 mètres carrés» (au lieu de 10.(00).
Guizot répondit, le 18 juillet 1834 : « J'ai pris les me­
sures nécessaires pour que ces erreurs disparaissent du
livre ». .
En 1848, les ouvrages en usage dans le Finistère
étaient: La Doctrine Chrétienne: l' Histoi1'e de la reli-

gion, de Lhomond; l' Histoire sainte; [/ancien et le
nouveau tt!stament ; les Récits moraux, par Ambroise
Rendu; L'arithmétique raisonnée, de Vernier et la
Gmmmaire, de' Lhomond.
Les livres étaient à peu près uniformes dans chaque
école; ils étaient choisis parmi les bons ouvrages
approuvés par le Conseil supérieur. Encore un résultat
remarquable, dû à la persévérance des inspecteurs, du
Préfet et des comités.

Règlements scolaires
Jusqu'en 1836. les écoles étaient toutes privées de
règlement. Cet état des choses laissait trop de liberlé
aux maîtres et nuisait aux écoles, surtout à celles des

campagnes, qui n'élaient guère surveillées. Les institu-
teurs donnaient trop souvent congé à leurs élèves sans
raison valable. L'un accordait 8 jours de congé à l'oc­
casion de la retmite pascale, un autre « transformait le
mercredi en jeudi l). Le sieur Quéméner, de Daoulas, ne
faisait que 4 heures de classe par jour, alors que l'usage
était d'en faire 6 en été et 5 en hiver.
Sur les insistances du Préfet, le comité d'instruction
de Brest dressa un règlement qui fixait l'année scolaire
à 11 mois (du 15 septembre au 15 août) et la durée jour­
nalière des classes à 6 heures l'été et 5 heures l'hiver;
la classe du malin devait commencer à 9 heures, celle

du soir à 2 heures en été et 1 heure et demie en hiver.
L'ordre des lravauxest fixé comme suH: chaque
séance commence par une courte prière en français.

Pendant la première heure. l'instituteur fera lire les
petits au tableau; ceux qui ont un livre liront sous la
direction d'un moniteur; les plus avancés écriront.
Pendanlla deuxième heure , les petits fqI'meront avec le

doigt, tant6t d'une main. tant6t de l'aut1'e, les lettres
du tableau sur une planche couverte d'une légère couche
de sable; la deuxième division écrira j'?ur l'ardoise; la
troisième apprendra la grammaire et le catéchisme, etc,
«Tous les. enfants devront être pourvus de livres
pareils et de même édition. Ils ne pourront lire dans les
livres latins plus d'une demi-heure pal' semaine. L'usage

du brelon est interdit u. (1) .

Un article spécial spécifie que les enfants devront avoir

les cheveux coupés à la Titus (courls devant et der-
rière.) (1). ' , ' , ,
, L'article 30 recommande aux maîtres « d'exciter chez

les enfapts une continuelle émulation et, de les conduire,
plutôt par l'appât des récompeI).ses que par la crainte
des puniLiQns qui ne devront jamais être corporelles ».
L'article ,36 porte que (\ l'ir)stitLlleur entretiendra les
enfants dans les principes d'altachem~nl aux institutions
nées de la Révolution de 1830\ de vénération et de
fidélité pour le roi des Français ».

Les écoles congréganistes
" Dans le Finistère, les écoles congréganistes étaient
lenues pat' les frères de La Salle ou de la D octrine chré­
tienne el par les frères Lamennais ou de l'Instruction
chrétienne.

Les frères de la Doctrine chrétienne, encore appelés
frères de Sain l-Yon, constituaient une congrégation
séculière fondée en 1 680 par Jean-Baptiste de la Salle.
Ils avaient une . expérience de l'enseignement acquise
paJ: plus d'un siècle de praLique ; c'élaienl d'e~cellents
éducateurs., Des écoles spéciales les instruisaient dans
l'arl d'enseigner. Jusqu'en 1 835, seuls, ils appliquaient la
ITléthode pédagogique connue sous le , nom de mode

lalin. pOUl' suivre la m~ssll. elle brelon parce que le catéchisme se faismt
dans cette langue. L'i nlerdiction du brelon trouva des contradicteurs au
seÜl tiu comité. "
(1.) Le comité hésita beaucoup à insérer cette obligation qui ris­
quait d'éloigner beaucoup d'enfants de l'école, ( vu la lenacilé des Brelons
da- ris' leurs habitudes » j on sait qu'à-celte 'époque les paysa ns 'porlâient

simultané, où les élèves, groupés suivant leur forCie
intellectuelle, écoulent la même leçon et font ensemble
les mêmes devoirs. Leur capacité pédagogique était
bien supérienre à celle des autres maîtres religieux ou
laïcs. La leçon de choses, suggérée par Rabelais au
XVIe siècle, et qui prend une si grande place dam; l'école

d'aujourd'hui, était en usage chez ces frères qui, au
dire de Ferdinand Buisson, furent les pionniers de l'en­
seignement primaire (1).
Conformément aux statuts de l'ordre, les écoles des
frères de La Salle étaient gratuites; les communes où
ils exerçaient devaient leur assurer un traitement de
600 francs. Ils devaient être au moins à trois pour fonder
et tenir une école; seules les villes élaien t à même d'en­
tretenir une école dirigée par eux.
J uSfJu'en 1837, le Finistère ne possédait que 2 établis­
sements de frères de la Doctrine chrétienne: à Brest et
à Quimper .
Ouverte en 1736, supprimée pendant la Révolution -et
rétablie on 18::2, l'école de Brest était L enue par quatre
frères . Très prospère, elle comptait 350 élèves en 1830. _
«Lour établissement, écrivait le maire, est celui où les
classes ou vrièl'es et pauvres s'empressenL de déposer
leurs enfants; l'admission y est tellement recherchée
qu'il f~ul y tenir une liste d'expectative qui éca rLe toutes
préférences ».
L'école des frères de Quimper fut fondée par la muni­
cipalité en 1824. Tenue par quatre frères, elle élait
fréquenlée par une moyenne de 300 élèves, tous gratuits.
L'école préparait même aux Arts et Métiers; ses succès
étai.enl remarquables.
Sur l'initiative du Préfet et du comité supérieur, une

école spéciale pour les enfants de la campagne fut fondée
à Qtümper en 1838. Jusqu'à cette époque, les écoles
étaient rares dans les communes rurales, les paysans
aisés mettaient leurs enfants en pension dans de mau­
vaises auberges de la ville, où ils vivaient sans sUt'veil-

lance, fréquentant les écoles privées. où ils apprenaient
le français. Ils étaient connus sous le nom de likès (élè­
ves laïcs. par opposilion à cloarecs, étudiants ecclésias­
tiques). Pour obvier au manque de surveillance et aux
graves dangers qui on résultaient, une école spéciale
aux jeunes likès fut établie dans la partie du col­
lège où se trouvait précédemment le petit séminaire.
Tous les élèves y étaient nourris et logés, échappànt

ainsi au désœu vrement 8t au spectacle immoral de la rue.
La direction en fu t confiée aux frères de 1a Doctrine
chrétienne. Le nouvel établissemen t, où. seuls les enfants
de la ~ampagne étaient admis, prit 18 nom de Likès; la
première année il fut fréqui'nté par 112 jeunes paysans.
En 1842, une chaire officielle d'agri.cullure et une ferme
d'application (Kermahonec, en Kerfeunteun), furent

attachées à l'école.
Le succès du Likès fut immense. 11 fut ce que désirait
le baron Boullé: « une pépillière de bons cultivateurs,
dans laquelle la Société trouvera ce qui lui manque en
tant de lieux: de bons maires, de bons adjoints, des

conseillers municipaux intelligents et éclairés. Il

La congrégation des frères de l'Instruction chrétienne
fut fond~e en 18'?2 par l'abbé Jean-Marie de Lamennais,
frère du célèbre écrivain et philosophe. Elle avait pour
but de « fournir aux petites villes et aux campagnes des
maîtres d'école qui coûtent peu aux communes el inspi­

Le noviciat des écoles de frères fut établi à Ploër­
mel en 1824. L'abbé J.-M. Je Lamennais avait d'abord
pensé l'établir à Quimper. L'é. vêque du diocèse, Mgr
Dombideau de Cronseilhes l'y engageait fortement. Il se
proposait d'aller traiLer celte affair8 à Paris où se trouvait
l'abbé Jean: il mourut subitement cn montant en voiture
pOUl' accomplir le voyage (1).
Son successeur, Mg!' de Poulpiquet, n'aimait pas
J.-M. de Lamennais, qu'il croyail faire cause com­
mune avec son frère, dont les Paroles d'un croyant
faisaient en ce moment grand bruit. Il refusa d'ounir
son diocèse à une congrégation imbue, croyait-il, .de
doctrines suspectes. On sait cependant que, loin d'ap­
prouver son frère, l'abbé Jea Il a "ai l essayé de le ramener

dans la parfilile orthodoxie. Les préventions du nouvel
évêque ne se dissipèrent qu'en 1833, époque où il
autorisa l'ollverture d'une école à Ploujean,
L'abbé de Lamennais rêvait d'un réseau d'écoles
chrétiennes couvrant la Bretagne tout entière. Partout
où il voulait établir une école, il se cramponnait avec une
obstinalion toute bretonne. «Chassé de la cave, il mon-

tait au grenier et ne cessait sos démarches qu'il n'eût
obtenu la victoi!'e ) (2). Dans ses Jlémoires, Guizot, qui
était son ami, l'appelle « un honnête et ferme Breton
enfermé dans son état et dans son œ uvre ». Admil'ateur
de la loi Guizot, qu'il considère comrne un bienfait pour
les régions bretonnes dépourvues d'écoles, l'abbé de
Lamennais lui reproche «l'obligation pour tous les
maUres de justifier leur compétence par un diplôme
unique P. Il estime que l'obtention du brevet demande
une trop longue préparation, surtout en français C'est
(:1.) Jean-Marie de Lamennais, t..I, par le R. P. Laveille.

que l'instructio. n des frères laisse beaucoup à ,désirer ;
bien rares sont ceux qui possédent le brevet. L'abbé ,
Jean obtint de Guizot des auLorisations spéciales pour,
ses maîtres non brevetés : la lettre d'obédience put
leur tenir lieu de brevet.
Les frè,'es Lamennais prenaient leurs repas au pres:­
bytère ; leur pension élait estimée 300 francs ; leur
traltement était fixé à 180 francs. Les rétribulions men­
suelles devaien t couvrir ces frais ; les profits éLaient
remis - au supérieur de l'institut.
Le curé avait intérêt à ce que l'effectif de. l'école fût
élevé et que les élèves ne la quiLtassent pas en été. Il
retardait l'époque de la première communion pour
em pêcher les élèves de déserter trop tôt la classe; il
usait de son influence auprès des familles pour les détûr-_
miner à faire instruire leurs enfants; aussi les écoles de
frères prospérèrent.
L'enseignement différait de celui que donnaient ,les
écoles communales. Le livre de lecture en usage était :
Les devoirs du chrétien; les élèves étaient munis
des Leçons ,élémentaires d'arithmétique pratique, par
M.' Querret: il était recommandé de les « bl'iser» en
ca ICII!.
Invité par le Recteur d'Académie à adopter pour
les écales un nOllveau syllabait'e, l'abbé de Lamennais
refu~a parce qu'on ne trouvait pas dans ce syllabaire les
prières en français:et en latin «Mes écoles, écrit-il,
sQnt instituées pour faire connaître la religion ». Il
proscriva.il les'fables de la Fontaine parce que leur mo­
r~le 'est trop-terre-à,-terre (1).
En 1850, les écoles communales lenues par les
frères Lamennais étaient au nombre de 8: à Saint-Divy

(1) Les i~ées,pédagogiques de Lamennais, op. cil.

(pour les communes : d~ Saint, Divy, La .Fo\'es~ , . s.uint­
T.bonan et Kersaint· Plabepnec) , à Plouguer\lea~, au

Folgoët, à Plouvorn, à Lannouarneau, à POut-Croix"
à Plouhinec et à Moëlan . Ils tenaient aussi des écoles

priyées, dont . les plus importantes fonctionnaient. à
M,orlaix (8 frères), à Saint· Pol-de-Léon (8 frères ) et à
Ploujean (2 frères).
Le Finistère était le département breton qui possédait
le moins d'écoles de frères . En 18, 13. l'institut des frères

Lamennais possèda i t ISO établissemen ts en Bretagne,
dont 12 seulemen t dans le Finistère.

. Dans les écoles de Morlaix et d~ Saint-Pol, un seul
frère était breveté. Dans sa séance du 2. juillet 1840,
le comité d'ê.l1Tondi8sement demanda des poursuites
contre les non breve tés : la plainte ne fut pas prise
en considération. « Une telle facon de faire, dit le

comité, doit avoir pour conséquence, inévitable l'enva-
hissement de l'instruction primaire pal' les congréga-

tions 9. .

En 1843, nouve lle p)êJinte du comité contre les frères·
de N,lorluix qui enseignont illégalement le latin. Ces

derniers sont co nri a mnés. L'abbB Jean écrit àu Ministre
Sai van Ji : « Ponrquoi donc entraver l'action des' frères
pa l' des règlements dont l'app li ca ti on brutale a pOUl' résul­
tat de faire ferme t' des écoles qu'aucune autre ne rem­
place? ». . . , .
La concurre. \lce était parfois aGhamée, surtout dans
l'arrondissement de Morlaix; llnf' lutte affiigeaute met:­
tait aux prises les écqles publiques et les écoles de frères.
J'aj été fort étonné de retrou ver da ns les docu ments que.
j'ai compulsés des ~xpressions quo je croyais de .notre

époque. D'un côté: «On n'appprend rien à l'école ~u
diable; il n'y a pas . cle religion ; l~s enfants. qui la.
fréquentent sont des impies , des baI)dits, de,s brigand, s,.;

qui figureront un jour sur l'échafaud». DJ l'autre côté:
« Les frères sont des ânBs qui ~a~enl à peine leur be a ba;
dans leurs écoles on n'apprend que les prières et le caté-
chisme ». . .

En 1 807 le Cunseil municipal dé Plouguerheau s'adres-
se à l'abbé de Lamennais pour lui demander un frère
destin é àremplacpr le sieur Laot, mis dans l'obligation
de dém i8sionner pa t' suite d'incapacité no:oire. Le comité
d'arrondissemen t de Brest veut lui imposer un instituteur
laïc. la municipalité menace de démissionner si on refuse
de faire droit à sa demande: elle voit « une sûre garantie
du succès dans un frère de la congrégation de Lamen­
nais ». Satisfaction lui est don née.
En 1839, la commune de Moëlan, ayant achevé la
construction de ~on écolo, demande un frèn~ Lamennais.
Malgré l'injonction du comité supérieur, elle se refuse
à proposer un laù:, parce qu'elle est persuadée qu'il n'au­
ra it pas d'élèves . « La faiblesse de nos ressources
s'oppose à ce que nou s demandions des frèrf.s de la
Doctrine chrétienne qui son t préférables; cependant à
Plœ meur et cl Groix on se lon o beaucoup des frères
Lame nnais. })
Une délibération du Conseil municipal de Plouvorn
dit qu'on n'y veut pas d'instituteur laïc « parce que la
lutte es t engagée entre ceux qui veulent la yérilable
liberté de l'enséignement et ceux qui eO con voilent le
monopole ll. La municipalité au torise provisoirement Ifl
frère Hamon à enseignflr à Plou '/oro.
Pa r délibéra tion du 28 octobre 1 842, le comité supérieur
de Morlaix refuse de nommer le frère Hamon el demande
l'annulation de l'autorisation provisoire qui lui a été
accordée . .
Le Ministre de l'Instruction publi lue, mis au courant

(1 Le sieur Hamon, pourvu .des titres et des certificats
nécessaires, a été régulièrement présenté par 1(' conseil
municipal. I,.e comité d'arrondissement, créant un motif
d'exclusion qui n'est point écrit dans la loi, a refusé de
le nommer :parce qu'il est membre d'une congrégation
religieuse, Il est évident qu'une telle manière de procéder
ne peut recévoir l'approbation de l'Autorité supérieure.
« Le conseil municipal a, aux termes de la loi. un
droit de présentation nécessaire, absolu. Le comité
supérieur a uu droit de nomination qui ne peut se passer
de la présentation. Il n'y a donc pas lieu d'accéder au
désir exprimé par le comité d'arI'ondissemen, t dans sa
délibération du 28 octobre Il,

Autre querelle, en ~844, à propos du choix d'un institu-
teut' communal à Lanhouarneau, Une école privée de
frères y fonctionnait déjà,; la municipalité voulait qu'elle
devînt école publique. Le comité d'arrondissement de
Morlaix désigna pour remplir les fonctions d'instituteur
communal un laïc, le sieur Sillau : le conseil muni­
cipal refusa. Le Ministre, appelé à trancher le différend, .
décida comme précédemment que « les instÏLuteurs mem­
bres de congrégations religieuses doivent êtreacceplés
lorsqu'ils sont régulièrement présentés par la munici­
palité )). '
La mêm~ année, une école privée de frères s'ouvrit
au Folgoët.' Patronnée par le curé ..,t par le maire, elle
prospéra si bien que l'instituteur public, le sieur Lanaud,
ancien chirurgien de la Marine ct ex-percepteur au
FolgOët, qui dirigeait l'école depuis 1832, se vit obligé
de quitter la commune. Malgré l'opposition du comité
de Brest, l'école des frères fut érigée en école com­
munale.

Quelques prêtres onl exercé; au moins temporaire­
ment, les fonctions d'instituteurs p ' ublics. En l842,'en

attendant la construction'd'une maison d'école. M. PeÜe-

leI', desserVant de la commune de Penhars, fail classe

dans son ,presbytère, moyennant un traitement fixe de
200 francs, sans aucune rétribution de la part dés
élèves. . .
A Plobannalec . l'instituteur démissionne parce quP- ses

fonctions ne lui pérmettent pas de faire vine sa famille;

il est remplacé par le vicaire, François Cabon, ' non

breveté.
,A Plogo[!nec, Nahennec François, vicaire, non brevet.é,
fàit fonction d'instituteur communal. ' . .

, A Coat-Méal, le desservant instruit 30 élèves.
En 1846, la petite commune de Tréouel'gat possède une
école privée dirigée par son desservant. muni du brev,et

de capacité. Il recoit tous les enfants de la commune

quelle que soit leur situation de fortune. A cause de cela
le départei 'oerit le subventionne el son école est considé-

-rée comme·communale.

. Les écoles privées laïques ..

'Les instituteurs privés se trouvaient surlout dans ,les
villes et dans les gros bourgs, où ils faisaient une concur­
rence funeste anx intérêts des inslitnteurs communaux.
A défaut d'école congréganiste, les élèves en étaL de
payer une rétribution scolaire fréq uentaient de préférence
leurs écoles. Les familles aisées ne se souciaient pas ·de
voir' leurs enfants an milieu des indigents, «à l'école deE

instituteurs privés faisaient· ils assez 'bien leurs' affaires:
leur position tenta plusieurs instituteurs publics, 'qui
démissionnèrent pour tenir des écolespri vées :et n'en
éprouvèrent al,lcun regreL (L). . .'
A quelques rxceptions près. les écoles privées étaien t
mal dirigées; leur existence empêchait les écoles com­
munales d'acquérir de l'importance. Parfois les institu­
teUl's privés, pour attirer les élèves, fixaient la rétrp: n; Jtion

mensuelle au:dessous du Laux déLerminé 'par le éonseil
municipal. Il en résultait qu'ils étaient rétribués d'une
facon insuffisante et qu'ils fOfç'ai en t les instituteurs

communaux à parlager leur triste position.
Une. ca tégorie spéciale d'instiluteurs privés,. était
formée par les instituteurs ambulants. Ceux-ci se trans­
portaient, à jour fixe, de v illage en village, de bourg en
bourg, et réunissaient les enfanls dans quelque ·grange.
Parfois les instituteurs ambulants tenaien t df's écoles
dites de demi· temps ; à Guipavas, le sieur Créachcadec
faisait classe le matin à Froutven à 21 garçons et21 filles,
le soir au Relecq à 44 garçons et 30 filles. Dans:la même
commune, Léost tenait école le maLin à Saint· Yves (27
garçons et16 filles) etle soir à Saint-Nicolas (20 garçons
'el 12 filles). .
Les instituteurs ambulants étaient surtout nombreux
. dans l'arrondissement de Brest. Lannilis, dont .l'école
communale comptait cependant 80 élèves, possédait
3 instituteurs ambulants; Plabennec, dont l'écolecom­
munale avait 53 élèves, en comptait 2; Bourg-Blancavait
une institutrice ambulante, Perrine Chenel:; Jean Balch,
de Lampaul-Ploudalmézeau, parcourait plusieurs com­
munes; des instituteurs ambulants opéraient à Plouvien,
Plourin, Sainl-Renan,Ploumoguer, Plouzané, etc.

(i) EQ i833 il y avait environ 80 écoles privées de garçons; en 1.850
-911 -

Un essai d'établissement d'un in::;tituteul' ambulant
public pour les communes d'Argol et de Landévennec ne
réussil pas; chacune de ces communes reconnut la
nécessité d'avoir un instituteur spécial. ,

Formation professionnelle des instituteurs

10 L'ÉCOLE NORMALE
« Un mauvais inslituteur, comme un mauvais curé,
comme un mauvais m~ire, est un fléau pour une com­
mune » a dit Guizol.
C'est pour former de bons maîtres que Guizot créa
des Ecoles normales et perfectionna celles qui existaient

déjà. Grâce à ses efforts, 30 Ecoles normales s'ouvrirent
en 2 ans.
Les départements du Finistère, du Morbihan, des Côtes­
du-Nord, et d'llle-et- Vilaine, s'enlendirent pour entre­
tenir, à frais communs, une Ecole normale à Rennes.
L'école s'ouvrit en octobre 1831. Le contingent du
Finistère fut fixé àlO élèves-maîtres par an: 3 pour
l'arrondissement de Brest, 2 pOUl' chacun des arrondis­
sements de Morlaix, Chateaulin et Quimper, 1 pour
celui 'de Quimperlé. .
Dans chaque arrondissement, les comités d'instruction
ouvrirent un concours pOUl' l'examen des candidats.
Aucun sujet ne s'étant présenté dans l'arrondissement

de Quimperlé, l'arrondissement de Morlaix, qui avait de
nombreux candidats, fut autorisé à en prendre 3 au lieu
de 2.

est de 2 ans. La pensivn revient au. département à 400

francs par élèves. Des indemnités de trousseau et des
frais de voyage sont payés aux élèves-mallres.

Le 10 septembre 1 832, le Recteur félicite le Préfp.t sui,
le choix qui a été fait des candidats en 1 831. « Cinq des
sujets envoyés à l'Ecole normale s'y son t distingués
d'un e manière particulière, savoir: MM. Ollivier,
Le D ap.tec, Rohou, Pouliquen et Bideau. »

Le recrutement des élèves n'est pas toujours facile:

les candidats font souvent défaut ou ne présentent pas
les aptitudes voulues. Les habitants du Finistère sont
attachés à la commune qui les a vus naître; les jeunes
gens ne consentent que difficilement à s'expatrier

pendant 2 ans pour revenir ensuite remplir les pénibles
fonetions d'instituteur, fonctions mal rétribuées.
Guizot s'intéressait particulièrement au développement
de l'instruction en Bretagne. Il écrivait en 1833: « Tandis
que le gouvernement perce des routes dans les dépa rte­
ments de l'Ouest, nous y avons semé des écoles ; nous
nous sommes bien gardés de toucher à celles qui étaien t
chères aux habitudes du pays; ' mais nous avons mis
dans le cœur de la Bretagne la grande Ecole norma le
de Rennes qui portera ses fruits » . (1)
Le 27 septembre 1834, Guizot informa le Préfe t du
Finistère que l'entretien de 10 élèves à l'Ecole normale

de Rennes n'était pas en rapport avec les besoins du

département. Il l'engageait à porter à 19 le nombre des

bourses départementales. .
Le nombre des élèves-maîtres fu t alors fixé à 21 dont 19
à la charge du départemenl, et 2 à la charge de l'Etat (2) .
(1.) Rapport présenté à la Chambre des députés.
(2) L'Ecole normale de Rennes etait ·la plus importante ue Fr~t1ce:
elle groupait 87 élèves. Venaient ensuite les Ecoles normales d'Amiens,

Le Gouvernement de Juillet s'intéressait au dévelop­
pement de l'agricuUure en France ; il voulait, dès l'école
primaire, orienter l'instruction des petits paysans vers
un but agl'icolp.. Ponr être à même d'enseigner les
éléments de l'agriculture, les normaliens recevaient des
notions théoriques et des notions pratiques qui leur
étaient données dans une petite ferme modèle dépendant
de l'Ecole normale.
Des plaintes nombreuses s'élevèrent sur la valeur de
l'enseignement et l'orthodoxie des principes inculqués
aux élèves-maîtres. En 1843, le Préfet du Finistèreforma
le projet de créer à Quimper une Ecole normale où il
pourrait surveiller lui-même l'enseignement.
Les comités supérieurs S0 montrèrent opposés à ce
projet : la dépense serait trop forte et incompatible avec
les ressources départementales; l'Ecole normale de
Quimper ne serait pas plus épargnée que celle de Rennes
par les critiques dont l'école publique était l'objet de la
part du clergé et des partisans des congrégations
religieuses; une Ecole normale à Quimper ne fourniraiL
pas plus d'instituteurs.
Le comité supérieur de Morlaix exposait ainsi la
situation:
« La concurrence des congrégalions est aujourd'hui
acharnée; elle en est arrivée à ce point de faire annuler
nos délibérations quand elles ne lui plaisent pas. Cette
concurrence inquiète les jeunes gens qui pourraient se
vouer à l'enseignement. Tant que la carrière de l'ensei­
gnement ne présentera pas d'avantages réels en compen­
tion de r.e qu'elle a de pénible et de précaire, le nombre
des aspirants ne saurait augmenter ».
« Si tous les maîtres sortis de l'Ecole normale de Rennes
n'ont pas été irréprochables dans leur conduite, tous

enseignés; jamais les partisans des frères n'ont pu le

leur reprocher. Des rapports des inspecteurs il résulte
que, si beaucoup d'écoles laissent a désirer sous le l'ap­
port des matières enseignées. toutes, sous le rapport du
catéchisme, offrent des résultats satisfaisants. Or, les
inspections se font en présence du curé, qui es t membre
du comité communal; le curé peut aussi visiter les écoles
toutes les fois qu'il le juge convenable; pourquoi donc
les prêtres apportent-ils tant de préventions contre les
maîtres sortis de l' l .:cole normale? »
Le Conseil général, lai-même, se montra hostile au
projet. qui ne fut pas mis à exécution.
Dès la fin de 1848, cc des voix sérieuses mais politiq ues »
s'élevèrent encore pour demander la suppression des
Ecoles normales. L'institution était attaquée en elle-même
comme « essentiellemen t vicieuse l). On s'écriait que des
jeunes gAns ne devraient point passer dans une fermen­
tation commune leurs plus difficiles années; que le ~éjour
de la ville, qu'ils n'habiteraient pas, leur faisait prendre
en dégoût la vie à la campagne; qu'ils touchaient à
toutes les sciences sans en approfondir aucune, ce qui
leur donnait, avec un bagage superficiel, un sentiment
exagéré de leur savoir, une ambition inquiète (1).
On ajoute qu'un e fois sortis de l'Ecole normale q ni en
fait des demi-savants, les jeunes gens dont 2 années
d'études ont excité l'esprit et ouvert l'imagination. ne
trouvent que la chétive et monotone existence de l'insti­
tuteur de village; réduits à une vie · de pauvreté, de
misère, ce seront des malheureux, des mécontents.
Dans le Finistère les anciens normaliens sont réputés
avoir des idées avancées. Le Conseil général demande à
être renseigné sur l'enseignement donné à l'Ecole normale

100 -
de Rennes. En cas de doute sur les principes dispensés
aux jeunes gens, il supprimera les bourses départemen-

LaIes et remplacera le séjour à l'Ecole normale par des
stages que les futurs maîtres feront dans de bonnes écoles
du département.
,L'inspecteur chargé d'enquêter sur la situation maté­
rielle et morale de l'Ecole normale de Rennes présenle
au Conseil général un rapport très fa vorable à cette école.
(, L'Ecole normale de Rennes, écril-il, prépare des
instituteurs religieux, aux habitudes simples et modestes,
satisfai ts de leu r position, possédant des connaissances
utiles ell'al't de les communiquer».
Un aumÔnier réside dans l'établissement et concourt,
inùépèndamml-mt de~ exercices et da l'enseignement
religieux, à l'éducaLion des élèves-maîtres. Ceux-ci
sont renfermés dans l'élablissement; tout congé, loute
sortie particulière leur sont formellement interdits. (( Le.
directeur, l'aumônier et les professeurs, tous internes,
meltent leurs soins à corriger l'imperfection de l'édu­
cation première des élèves, à leur donner des habitudes
. modestes romme le~ fonctions qu'ils doivent occuper un
jour, à leur inspirer des senliments religieux et moraux,
qui doivent être la base de leur enseignement et la règle
de toute leur vie.
(\ L'école conserve et propage les bonnes méthodes et
maintient dans les écoles publiques une uniformité dans
l'enseignement, qui permet de changer les maîtres sans
nuire au progrès des élèves ".
Après avoir pris connaissance de ce rapport, le Con­
seil général décide le maintien des bourses départemen­
tales. Une Ecole normale ne sera fondée à Quimper qu'en
1873. D'abord installée ùans un bâtiment dépendant du
collège, elle fut dirigée par des congréganistes. A la
101
l'école fut laïcisée en 1880. L'exiguïté des locaux .ne
permettait d'y recevoir que'39 élèves. L'Ecole normale
actuelle a été bâtie en 1884; elle compte 120 élèves­
maUres.
2° LES CONFERENCES PÉDAGOGIQUES
Les instituteurs sortis de l'Ecole normale possédaient
les connaissances professionnelles nécessaires pour
enseigner; il n'en n'était pas de même des autres insti­
tuteurs qui n'avaient reçu aucune formalion pédagogique.
Pour faire connaître à ces derniers les bons procédés
d:enseignement et les méthodes les plus efficaces, le
baron Boullé organisa des conférences pédagogiques,
sortes de cours spéciaux où les maîtres devaient venir
s'instruire ou se perfectionner.
L'utilité des conférences avait été déjà sentie par les

corporations religieuses: chaque année, celles-ci profi-
taient des vacances pour réunir leurs instituteurs. Il est
en effet nécessaire que des hommes relégués dans de
pauvres villages viennent se retremper au conLact des
leurs et se mettre au couranl des progrès de l'instruction. -
Tout d'abord, le Conseil général jugea suffisant de
voter une somme annuelle de 500 franes destinée
à indemniser de leurs frais de séjour et de voyage les
institulems désireux d'aller suivre à l'Ecole normale de .
Rennes des cours spéciaux destinés à les instruire et à
améliorer leurs procédés d'enseignement. Mais les frais
dépassaient l'indemnité accordée: un seul maître
demanda à profiter de cet avanlage.
Le baron BouUé proposa de substiluer à cetLe allocalion
celle d'un fonds destiné à favoriser l'établissement dans
les villes de cours qui s'y tiendraient pendant les
vacances SI)US la direction de professeurs désignés par

102 -
à Y assister m ~)yeonant uoe indemnité de délJlacement
et de séjour. La durée des cours devait être d'un mois.
Pour l'établissement de ces conférences? le départemen L
ouvrit un crédit de 2.500 francs (1 ).
En 1838, les premières conférences pédagogiques
euren L lieu à Quimper, Brest et Morlaix} sous la direction
de l'inspecteur départemental et du principal du collège
de Quimper. Elles furent très encourageantes : les ins­
tituteurs en sortirent munis de conseils qui devaient
rendre leur enseignemenL meilleur et plus uniforme.
En 1839,75 instituteurs furent appelés aux conférences:
on les entretint spécialement du système légal des poids
el mesures. La pratiqu e du système métrique était
encore inconnue de bon nombre de maîtres. Des lecons

orales furent faites et répétées par les auditeurs qui
reportèrent dans leurs écoles les procédés pédagogiques

mis en œuvre devant eux, des idées p1us exactes sur le
systèm e métrique encore très peu usité da ns le Finistère.
Les cou rs qui, primitivement, avaient lieu à Brest pour
les instituteurs de cet arrondissement, furent faiLs à
Lesneven où les institute:Jrs étaient logés gratuitement
au collège, vivaient à meilleur marché, et « trouvaient
moins de sujets de distraction».
Après la Révolution de 1848, une vague de méfiance
s'éleva contre les instituteurs. Thiers les lenait pour
responsables des événements de juin. « Ce sont, disait-il,
37.000 socialistes et communistes, qUI propagent des
idées su bversives ". Dans le Finistère, celte opinion avait ·
trouvé créance; elle était cependan t parfaiLement fausse:
le Préfet lui· même 9-vait r econnu qu'au cours des
événemEJnts de 1 848, [e personnel finistérien avait eu une
conduite irréprocha ble. Néanmoins, le Conseil général,

(:1.) A partir de :1.840, ce crédil S!1ra porté à J.OOO frbncs.

103 -
supposant que les idées avaQcées se répandaient parmi
les instituteurs dans les conférences pédagogiques,
supprima le crédit qui leur était consacré. Le motif
allégué fut le suivant: «Les instituteurs, avant d'être
investis de leurs fonctions. ont dû justifier de leurs
capacités; les conférences leur imposent une sujétion
inutile; il n'y a nul inconvénient à les supprimer ».
Valeur professionnelle et morale
des instituteurs
Sous Louis-Philippe, le personnel enseignant n'apparaît
pas, dans l'ensemble. doué d'une véritable valeur pro­
fessionnelle. N'ayant que des connaissances superficielles
el souvent fausses. ignorant jusqu'aux notions les plus
élémentaires du système métrique que la loi leur fait
cependant un devoir d'enseigner, les maîtres ne peuvent
donner à leurs élèves un enseignement solide ét pratique.
On peut ranger les instituLeurs en 5 catégories:

Ceux qui exerçaient avant la loi Guizot. Ce sont
les plus nombreux et en général les moins capables ;
mais il ne sont ni les moins influents, ni les moins
considérés. Ce sont, pour un bon tiers. des hommes qui
aspiraient au sacerdoce et que le manque d'intelligence
ou de connaissances suffisantes a fait rejeter par :le

séminaire. Sous Charles X, leurs supérieurs ecclésiastiques
les ont placés dans les communes eu qualité d'instituteurs . .
en recommandant aux desservants de les protéger. C'est
celte protection qui leur donne de l'importance.

Ceux qui ont obtenu un brevet de la Commission
d'examen. Ceux-ci sont plus instruits. sentent assez
, bien l'importance de leur mission. mais sont dépourvus

104 -
3° Ceux qui sont sortis de l'Ecole normale de Rennes.
- Ce sont les plus capa bles. Ils connaissent les procédés
d'enseig nemenL ; leu,' instruction est suffisante. Leurs
. élèves ne sont nombreux qu'autant qu'ils obliennent
l'appui des ecclésiastiques. Il existe parmi les prêtres une
prévenLion conLre l'Ecole normale, qu'ils accusent de
prêcher le protes tantisme. Ils rep rochent aux maîtres
qui en sortent d'être antireligieux. Quant à la population,
elle les trouve « trop fiers, trop messiA urs 1 ». Tel qui es t
entré à l'Ecole normale avec le costume breton en sort
en veston et chapeau de citadin, qu'il est se.ul à arborer
dans la commune où j! enseigne.
4° Les frères de la Doct1"ine chrétienne et les frères
Lamennais. Les premiers sonl des instituteurs d'élite;
les seconds pêchent par défaut d'instmction ; tous ont la
confiance de la pop ulation.
Si l'on observe que les frères de la Doctrin e chrétienne
n'exercent que dans leg villes, que leurs élèves sonl tou­
jours partagés en 3 ou 4 classes de forces différentes, que
chacune de ces classes a un mallre spécial qui s'en
occupe exclusivement, que ces maîtres suiven t avec un
dévouement absolu les direclions données par le frère
supérieu r, qu'ils o nL des livres uniformes e t en quan tité
suffisante, que le clergé les aide d'ùne manière tou te
spéciale, on ne sera pas surpris des beaux résulta ts qu'ils
o btiennen t. .

Quant aux frères La me nnais, leut' valeur pédagogique
n'est pas supérieu re à celle des plus faibl es instituteurs
des campagnes.
Les écoles publiques, à de rares exceptions près,
manquent de tout: locaux misérables, mobiliers défec­ tueux, absence de tableaux et souvent de livres uni­
formes. Un seul maUre s'occupe de tous les élèves, qu el
105 -
médiocrité> voire la misère. Comment.

lnwaillanl dans
d'aussi mauvaises condiLions, pourrait-il obtenir des
résultats convenables?
5° Les instituteurs privés. Aux termes de la loi,
tout Français âgé de 18 ans et pourvu du brevet de
capaciLé pouvait ouvri t , une école.
Dans le Finistère, tous les instituteurs privés ne
possédaient pas leur brevet ;. plusieurs exerçaietü clan­
destinement, parfois même avec la complicité de la
municipal i lé lorsq n'ils enseignaient dans leur commune
natale.
Ils ne possédaienl aucune connaissance pédagogique
et faisaient leur classe su ivant des procédés rouliniers.
Souvent, dans les campagnes, leur enseig nement était

donné exclusivement en breton.

Sous le rapport moral, la conduiLe des instiluteurs était
généralement bonne. Beaucoup étaient incapables , mais,
dans l'ensem ble, ils tra vaillaien t avec zèle et dévo uement,

sillon avec méthode. Quelq ues -uns se son t dislingués par
une carrrière laborieuse e t féconde . Parmi ceux- ci, une
mention spéciale es t dûl') au vieil insliLuLeur de Bras­
parIs, Marc Le Férec.
Né à Plouézoc'h en 1769, Le Férec fit ses études au
collège de Sainl- Pol-de-Léon. Il se desLinait au sacerdoce,
mais les événemenLs de 89 lui firent changer de carrière.
Sous la R évolution, il fonda, à seS frais, une école à
Lopérec Celte école pl'ospéra et donna, suivant une note
officielle, « des sujets capables, de bons citoyens à di\'erses
adm inistrations et de nombreux prêtres )) .
Sous l'Empire. la notice concernant Le Férec porte :
(( Homme de bonnes mœurs, ayant la conduite la plus
exémplaire. Est d'une exactilude remarquable a remplir
106 -
ses devoirs. Il a fait ses humanités; son école est très
suivie el réputée. Plusieurs de SE::S' élèves se sont distin- ,
gués dans les écoles secondaires de Quimper et de Saint~

Pol-de-Léon ».
En 1816, la municipalité. :le Bra~parts , qui voulait
posséder un bon instituteur, l'attira dans cette commune
en lui offrant, en sus de son gain d'instituteur, le bureau
de tabacs du bourg. 11 quitla Lopérec et enseigna à
Brasparls jusqu'à sa mort, en 1840. Il réunissait ses
élèves dans l'ancien reliquaire avoisinant l'église et pour
lequel il payait un loyer à la fabrique. Aux élections de
1817, les habitants le choisirent comme maire Le Sous­
Préfet de Châteaulin lui ayant faiL remarquer que ces
fonctions étaient incompatibles avec celles d'instituteur,
il renonça à la mairie et S8 consacra entièrement à son
école.
Les divers gouvernements qui se sont succédé ont
reconnu ses sel'vices par des encouràgements réitérés.
Ne se mêlant en aucune façon aux passions politiques
locales. il consacra sa. vie exclusivement à l'éducation de
la jeunesse.
En 1825, l'évêque de Quimper écrivait au Recteur
d'Académie: « Lo sieur Férec est) de tous les insU lu leurs
de mon diocèse, celui qui me parait le plus mérilant».
Sous Louis-Philippe, Le Férec se vit attribuer la
médaille d'argent, récompense rare et enviée. A cette
occasion, l'un de ses fils, instituteur à Saint-Martin-des­
Champs, écrivil au roi cette touchan te le Ure :
« A Sa Majesté Louis-Philippe 1

, roi des Français.
« Sire,
« Je viens d'apprendre la faveur dont votre Majesté a

107 -,

et cette marque précieuse de votre auguste bienveillance a
ému ma piété filiale.

« Avec les vifs remerciements du père, recevez, Sire, les
vœux profonds du plus jeune de ses enfants.
,« Français, naguère sous les drapeaux, j'ai embrassé, à
l'exemple de mon père, la carrière modeste de l'Instruction.
Je continue de servir ainsi mon Dieu, ma Patrie et mon Roi. .
« J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Sire,
de Votre Majesté et de votre Auguste famille, le très obéiRsan t
Rervit eur )).

Jean-Marie LE FEREe.
Marc Le Férec mourut à Brasparts le Hl août 1840,
emporté par une attaque d'apoplexie. Il était âgé de
71 ans. Trois jours avant sa mort il était encore au milieu
de ses élèves. Il mourut à la tâche après ulfe vie exem­
plaire de labeur et de dévouemen t.
Pauvre il avait vécu, pauvre il mourut. Sa veuve,
privée de reSSOUl'ces, sollicita un secours sur les fonds du
ministère des tinés à venir en aide aux familles d'anciens
instituteurs Il lui fnt répondu qn'on ne pouvait lui accor­
der satisfaction, les fonds étant épuisés (1).
Les habitudes d'intempérance étaient très répandues
parmi les instituteurs , Les notices des inspecteurs portent
souvent l'une de ces mentions: ivrogne, intempé}'ant.
sujet à s'enim'er, enclin à la boisson. La fréquentation
des cabarets, cette plaie des campagnes bretonnes, était
la principale cause de démoralisation à laquelle. étaient
exposés les instituteurs. Une remarque assez curi~llse ~
la plupart des intempérants étaient d'un âge mûr, entrés
(1) A notp.r aussi parmi les instituteurs d'élite: Cocaign, instituteur à
Salllt-Thegonnec ; Le D antec, à Guerlesquin: Rohou, à Plouzévédé ;
Guillard, à Pont-Aven et Garcy, à Plomeur. Ce demier, jeune homme
estropié, ne pouvait sc déplHcel' qu'au moyen d'une petite voiture à
q, roues qu'il faisait avancer ou reculer il l'aide d'un bâton: malgré sa
triste infirmité, il obtenait dans sa classe des résultats excellents.

108 -
depuis long temps ou tardivement dans l'instruction; les
jeunes maîtres; particulièremenl ceux qui avaient été
formés à l'Ecole normale, se montraient d'une sobriélé
exemplaire
Rares ont été les instituteurs qui se sont faits rem ar­
q uer par leur irrespect pour la religion. Une lettre insérée
dans le journal L e Quimpérois (29 octobre i842), et
signée Hersart de La Villemarqué. accuse un inslituteur
du Finistère de (aire danser le dimanche pendant le

saint sacrifice. Cet instituteur aurait rApondu à M le
Curé qui lui en faisait le reproche : « Vous amusez le
peuple à l'intérieur. je l'am use à l'extérieur, chacun son
mé tier ))
L'inspecteur considère ce fait comme très grave et
compromettant pour l'enseig nement primaire. La lettre ne
mentionnan t ni le nom de l'instituteur ni le nom de la
commune, la gendarmerie es t chargée de fair e. UDe
enq uête dans les cantons en vue de rechercher l'auteur
des faits incriminés. J'ignore les résulLats de cette
enquête.
Certains maîtres laissen t à désirer par leur incapacité,

leur paresse ou leur brutalité Une plaiuteportée contre
l'instituteur de Briec porte que ce dernier « est salarié
pour ne rien fail'f~ ; il méprise tout le monde et même ses
supérieurs ; on le voit presque des journées entières
planté tout seul da ns quelque coin comme une statue. S'il
lui arrive, les jours de pardon. d'être en compagnie. ce
ne sera que de quelque fille qu'il fera semblant de cour­
tiser et qui ne sera pas ordinairement des plus vierges. En
classe, il maltraite tellement les enfants qu'on les entend

crier à toutes forces sous sa trop rigoureuse férule» .
L oo, instituteur à Guissény, ne s'intéresse guère à sa
classe; il se dit continuellement malade. L'inspecteur
écrit au Comité d'instruction de Brest: « Tenez· vous en

-109 -

garde contre ces affecLions dont il a toujours une ample
provision en réserve. J'ai été induit on erreur par cet
instituteur: je le croyais retenu au lit, il passait son temps
à la chasse ».
Parmi les institulE'urs incapables, la palme revient au
sieur P,,,, instiluteur à Pencran. Après sa visite, l'ins­
pecleur note : « Instituteur nul, école nulle. Autorisé
provisoirement depuis 4 ans, ne s'est jamais présenté
devant la Commission d'examen: il a aussi bien fait, car
il est Lout-à·fait inepte. Des instituteurs semblables ne
sont propres qu'à dégoûter les habitants de l'envie d'en­
voyer leurs enfants à l'école et à faire rire les ennemis
de l'instruction primaire».
Par suite du manquA de candidats, les comités étaient
dans la nécessité de conserve1' de tels instiLuteurs.
Dans cescondilions, on comprend que les condamnations
disciplinaires et les révocations n'aienL pu être nom­
breuses. Cependanl, de loin en loin, les comités trouvent
nécessaires de prendre des sanctions sévères.
En 1835, le sieur Ollivier. ancien normalien, instituteur
public à Huelgoat, fut révoqué pour inconduite, condamné '
à payer les frais de pension à l'Ecole normale et à faire
son service militaire, dont l'engagement décennal l'avait
dispensé.
L'année suivante il sollicita sa rointégr-ation et écrivit
au Recteur d'Académie la lettre suivante, qui permet de
croire à sonrepenlir, et qui nous prouve qu'il maniait
assez heureusement la langue française:
« S'il est vrai qu'il n'est pas de bonheur pour qui
s'écar~e de la ligne de ses devoirs, il est aussi vrai que
le rf>gret du passé, quand il est sincère, est une puissante
garantie d'amélioration pour l'a venir.
« Plein de foi dalls votre bonté, j'ose espérer que vous
daignerez compâtir à mon malheureux sort et, oubliant
110 -
les torts que j'ai pu avoir, vous intéresser encore à un
jeune homme qui, cette fois, vons pouvez en être per­
suadé, fera tout pour justifier votre confiance, mériter
votre estime et vous témoigner sa gratitude ... »
Le recteur se laissa toucher par la supplique du j(,)une
OUi vie!' et le réintég!'a dans les fonctions d'instituteur.
Bideau, autre ancien normalien, iustituteUt' à Guipavas
en 1836, apportait dans l'exercice de sa profession
d'excellentes qualités pédagogiques. Malheureusement,
sa conduite laissait beaucoup à désire!' : il fut obligé
d'épouse!' une jeune fille qu'il avait rendue mère; il
fréquentait les cabamts, affichait un profond mépris
polir les idées religieuses . Le conseil municipal éleva

des plaintes; le curé demanda son éloignement. Menacé
de révocation, Bideau quitta Guipavas et sollicita un
autre poste. Vainement le comité d'instruction le proposa
à Brest, Landerneau, Saint-Renan, Kerlouan, Saint-Marc,
« la mauvaise odeur de sa ré pu talion fit qu'il fut repou.ssé
partout. ., » Le Préfet lui trouva enfin une place à
Ploudalmézeau, où sa conduite ne donna lieu à aucune
plainte.
En 1840, le comité supérieur de Quimper eut à juger
le sieur Sléphan Vinoc, instituteur à Elliant, dont la
conduite était scandaleuse. Dans la nuit du 28 au
29 jam'ier 1840, Vinoc, dont la réputation d'ivrogne était
bien établie, « était sous l'influence de la boisson et, dans
son iVl'flsse entra chez une fille mal famée » .
Pour se justifier, Vinoc prétendit que la maison de cetle
femme touchait au Jabaret, qu'il n'était entré chez elle
que par méprise, croyant enlrer à l'auberge, et qu'il
n'avait « aucune intention criminelle ».
Le comité reconnut que « le fait d'immoralité n'était
pas aussi clairement établi que celui d'ivresse », mais,

III
assez graves pOUl' motiver la révocation du sieur

Stéphan Vinoc. Cette mesure de rigueur lui a paru
nécessaire «pour maintenir dans les voies de la plus
exacte moralité ceux des instituteurs qui oublieront la
dignité de leurs fonctions » .
De 1847 à 1850, quatre révocations ont été prononcées
pour irrévérence à l'égard des autorités, ivrognerie,
négligence habituelle, coups portés à des élèves; aucune
révocation n'a été motivée pour faits politiques, après la
révolution de 1848.
Situation matérielle de l'instruction
La loi de 1833 fixait à 200 francs le traitement
minimum que les communes devaient fournir à l'institu­
teur. Moyennant ce traitement, celui-ci devait instruire
gratuitement les élèves indigents dOllt la liste était
fournie par le conseil municipal. A ce traitement devait
venir s'ajouter le prix de la rétribution scolaire payée
par les élèves non indigents. -
Un traitement de 200 francs pouvait suffire dans les

régions où le goût de l'instruction était répandu et où
les enfants des familles aisées) fréquentant l'école en
grand nombre) assuraient à l'instituteur, au moyen des
rétributions mensuelles. un sort convenable. II n'en
n'était pas ainsi dans le Finistère où la routine, de vieilles
habitudes, rendaient les habitants indifférents à tout ce
qui concernait les écoles.
Dans l'arrondissement de Quimper, à peine une
famille sur vingt consent à payel' une faible rétribution
scolaire.. L'instituteur se trouve réduit au traitement fixe
que lui fait la commune, traitement presque partout

-112 -

Dans l'arrondissement de Quimperlé, les écoles sont
désertées dès qu'il est question de faire payer les élèves.
AWellrs, les municipalités inscrivent sur les listes de
familles indigentes une foule de personnes aisées, cela
en vue de permeltre aux enfants de ces familles de se
faire , instruire gratuitement, enlevant ainsi à l'instituteur
un e partie des ressources auxquelles il pouvait prétendre.
D'autre part, pour complaire aux habitants, le conseil
municipal fixe souvent le taux de la rétribution scolaire
à un chitlre dérisoire. A Henvic la rétribution mensuelle
moyenne est de 0 fI'. 50 pa.r élève; à Carantec, à
Locmélar, à Lannéanou, elle esl de 0 fI'. 60 ; à Plouarzel,
à Commana, à Sibiril, à Lanmeur, à Plounévez-Lochrist,
elle est de 0 fI'. 75. La moyenne est de 1 franc à 1 fI'. 50

par mOlS.
Il arri ve parfois que. par ses efforls et son zèle dans
l'accomplissement de ses devoirs, un instituteur aug­
mente son effectif et se fait une posilion enviable : les
conseillers municipaux. jaloux, le punissent de ses
succès en réduis 9.nt la rétribution scolaire. ,
Dans les villes. la rétribution mensuelle n'esl pas
exigée: l'instituteur émarge au budget pour un trai­
tement jugé suffisant. Morlaix fournit à son instiLuteur
un traitement de 1.000 francs; Brest fait au maître de son

école d'enseignement mutuel un sort enviable · de
1.200 francs et répartit 2.400 francs entre quatre frères
de la ,Doctrine chrétienne ; Quimper donne 600 fraDcs à
chacun des 4 frères qui dirigent son école primaire.
Ce sont là des excep tions, et Pon comprend sans peine
que ces villes aient pu mettre à la tête de leurs écoles
les meilleurs maîtres du département.
Réduits au traitement de 200 francs età une rétribution
mensuelle bien diminuée par la complaisnce excessive
des maires envers les familles, les instituteurs ruraux
-114 -
il eût failu, rien que pOUl' l'arrondissement de Brest, un
crédit supplémentaire de 72.000 francs.
Le Conseil d'arrondissement de Mol'laix demande le
vole par lA Conseil général de la totalité des eentimes
dont 'la loi autorise l'imposition « pour améliorer le sort
de ces hommes utiles et honorer leur noble et pénible
mission à leurs yeux comme à ceux du public )'.
De son côté, en 1835, le Conseil général expose ainsi
la situation au gouvernement: « les instiLuteurs se trou­
vent dans une situation tellement malheureuse par suite
de la modi cité de leur gain, que cette situation ne peut
convenir à des hommes doués de quelque mérite. Il ne
sera désirable de voir augmenter le nombre des.Ïnstitu­
teurs que lorsque le Gouvernement nous donnera l'assu­
rance d'un secours annuel et suffisant pour élever, avec
l'aide du fonds départemental, tous les 1 raitements à un
minimum de 600 francs. Jusqu'alors il faudra se borner à
agréer les instituteurs les plus médiocres qu'il faudra
bien, ensuite, conserver.
En 1836, l'assemblée départementale affirme que « l'édu­ cation primaire doit être gratuite si l'on désire qu'elle se
développe, d'où la nécessité pour l'Etat d'augmenter le
traitement de l'institu teur Il, Sans attendre le concours de
l'Etat, 1 0 Conseil général vote en faveur des instituteurs
une allocation de 50.000 francs que le ministre juge trop
élevée et ramène à lü,OOO francs. parce que « ces secours,
votés à tih'e provisoire, finiraient par devenir définiLifs
et changeraient l'économie de la loi en ce sens que les
communes ne s'intéresseraient plus à leurs écoles ».
Ce crédit de 10 000 francs fut réparti entre les instituteurs
sous forme de su pplémen ts de traitemen t, de gratifications,
d'encouragements. Chaque année, cette alloeation fut
renouvelée.
En 1845, le Conseil général, à l'instigation du baron
115 -
Boullé, veut faire en nou vel eff'o)'t et prend la délibération
suivante:
« L'insuffisance du traitement des instituteurs les tien t
dans une situation humiliante, nuit à la considération dont
il importe d'en tourer leurs fonctions et détourne vers d'au­
tres carrières les jeunes gens susceptibles de se livrer à
l'enseignement. L'avenir de l'école exige que le sort des
instituteurs soit amélioré. Il importe que la loi du 28 juin 1833
soit modifiée, spécialemell t en ce qui concerne le traitement
des insLituteurs. En attendant, l'Assemblée désire leur prou­
ver sa bienveillance et vote une subvention destinée à leur
assurer un traitement minimum de 300 fran cs et à accorder
aux instituteurs méritants des gratifications et des enco u­
ragement s ».
Même avec l'appoint si généreusement voté par le Con­
seil général, comment vivre dignement et faire vivre
une famille? Nombreux sont ceux qui, pleins de confiance,
sont entrés avec ardeur dans la carrière et, découragés,
désespérés, veulent la quitter. Les plus capables aban­ donn ent leurs ingrates fonctions.
Le sieur Hardy, instituteur à Guimiliau, ancien norma­
lien, quilte l'enseignement pour entrer au séminaire et,
appuyé par l'évêque, obtient d'être dispensé du rembour­
. sement de ses frais de séjour à l'Ecole normale.
Nédélec, instituteur il Lampaul-Guimiliar:, autre ancien

élève de l'Ecole normale de Rennes, quitte la direction de
son école, ne pouvant se résoudre à occuper pendant
toute sa vie une position aussi ingrate, aussi peu rétribuée.
Il était capable. d'une conduite régulière; la municipalité
de Lampaul n'avait que des éloges à en faire.
Bien d'autres s'en vont, découragés. Après 21 ans de
service, Co mec, instituteur à Plouégat-Moysan, démis­
sionne pour occuper les fonctions de receveur-buraliste
à Maël-Carhaix; l'instituteur de Plobannalec abandonne
.- 116 "

Riou, ancien normalien, instituteur à Pont-Croix, quilte
ses fonctions pOUl' occuper l'office de greffier de la justice
de paix du canton de Pont-Croix; Pradel, ex-normalien ,
entre dans les bureaux de la mairie à Brest; Lharidon,
de Quimperlé, autre ex-normalien, s'engage dans la
Marine ; à Milizac, à. Poullan, à Plovan, à Trégunc, à
Ploudaniel, etc .. " des démissions sont enregistrées.
Qu'arrive-t-il ? De nombreuses communes restent sans
instituteur i IfS Comilés sont dans l'obligation de prendre
tous les candidats qui se présentent; l'instruction des
enfants s'en ressent.
Enfin, en 1848, la proposiLion Carnot adoucit quelque
peu le sort des maîtres d'école. Sur la proposition de Car­
not, un décret fut pris le 7 juillet IH48, ouvrant un crédit
destiné à compléter jusqu'à 600 francs le traitement fixe et
éventuel des instituteurs et à 400 francs. celui des
institutrices.
Enseignement de l'agriculture .
Le baron Boullé avait compris que l'enseignement
primaire doit être orienté vers un hut pratique. qu'il doit
être une préparation à la vie. Il désirait que l'école fît
connaître aux enfants des cultivateurs les bonnes

méthodesdeculture, les procédés rationnels d'exploitation
de la terre.
Dans le Finistère, les progrès de l'agriculture el par
conséquent le développement de la richesse des cam­
pagnes étaient retardés par la routine des paysahs et

par leur invincible répugnance pour l'étude de la langue
française qui, seule, pouvait leur faire connaître· les
méthodes nouvelles.
Le Préfet fit construire, en réduction, les nom-eaux
instruments agricoles et les fit distribuer dans les écoles .

117 _.
En 1841, la Société d'agriculture de l'arrondissement
de Brest ouvrit un concours pour la rédaction d'un
ou vrage d'agriculture élémentaire approprié aux
besoins des cultivateurs finistériens. Cet ouvrage était
destiné à la fois aux écoliers et aux cultivateurs.
Un agriculteur éclairé, M. Querret, composa, sous le
titre de Catéchisme d'agriculture, un recueil de
notions élémentaires destiné à ê Lre répandu dans les
campagnes et notamment à l'école.
En 1842, le Préfet oblint la création d'un e chaire
d'agriculture au Likès, école établie à Quimper et
spécialement réservée . aux enfants de la campagne.
L'enseignement agricole y fut dispensé aux enfants de
cultivateurs qui, rentrés dans lems foyers, continuaient,
en l'améliorant, la profession de leurs parents. Afin 'que
l'enseignement fût à la fois théorique et pratique, le
Conseil général loua, pour servir de ferme d'application
aux élèves, la ferme de Kermahonnec, en Kerfeuntun,
d'une contenance de 20 hectares. Les élèves, sous la
direction du professeur M. Oliye, y furent initiés aux
méthodes de labours et d'assolemenLs, et à la pralique "
des bons instrumenLs agricoles.
M. Félix fonda à Lannévez, en Tréfiez , une école
d'agriculture subventionnée par le gouvernement; le
département y entretint des élèves boursiers. Celte école
disparut vers 1843.
En 1844, M. Augustin, agriculleur> qui cultivait avec
un succès remarquable la ferme du Bonnou, près'
Morlaix, ouvrit gratuitement dans cette ferme un cours
d'agriculture théorique el pratique, en faveur des enfants
de la campagne qui fréquentaient l'école primaire tenue
à Morlaix par les frères Lamennais.
En 1848, à la demande du baron BouUé, les frères de
- IIS-
ferme de Trévarez, en Saint-Goazec, en bordure,...du
. canal de Nantes à Brest. Le prix de la pension était de
300 francs , dont 175 payés par l'Etat et 125 par 10 dépar­
tement. Un vélérinaire et un chef irrigateur, chargé en
même temps de répandre dans le département les notions
d'irrigalion inconnues de nos cultivateurs, furent atta­
chés à l'école.
Parmi les élèves sortis la première année, l'un, le
jeune Francois Moré, fut attaché comme irrigateur, aux
sociétés d'agricullure de Quimper, Châteaulin et Quim­
perlé. Fait à noter: les cultivateurs qui se méfiaient
quelque peu de son savoir livresque, l'ont trouvé «culti l'a­
teur comme eux, et même meilleur qu'eux; il s'est acquis
la réputation de faire l'ouvrage comme deux ». Son
succès fut si complet qu'il ne fut pas possible de satisfaire
à toutes les demundes Moré contribua à propager dans
le département les méthodes d'irrigation et de draînage
qui, depuis, ont pris une grande importance.
En 184.9, M. de Mauduit proposa d'établir une nou­
velle ferme-école dans sa propriélé de Plaçamen en
Moëlan Elle devait être spéchllemenl réservée à l'arron­
dissementdeQuimperlé .IlexistaiLà Moëlan un pensionnat
prospère dans leqllel150 élèves, tous fils de cultivateurs,
recevaient l'instruction primaire. Conduits au moins deux
fois par semaine ,à la ferme·école, ces enfants seraient
préparés à y entrer à leur sortie de l'école primaire;
ils y pratiqueraient plus lard une culture perfectionnée
. dont ils rapporteraient chez eux les procédés.
La même année M. Aristide Vincent proposa la création,
sur sa propriété de Landévennec, d'une petile ferme-école
cantonale pour 10 élèves seulement. Le Conseil généra
exprima un avis favorable, mais le Ministre de l'Agri­
culture fit observer qu'il existait déjà une ferme-écol e

119 -
avant que cette institution eût été étendue aux autres
départements. '
Ainsi, le mouvement qui. en France, portait l'attention
s ur le progrès de l'agriculture, s'étendit également dans
le Finistère, où le cultivateur, abandonnant ses procédés
routiniers, ne dédaignait plus comme naguère les
conseils que lui donnaient « les hommes aux mains
blanches», considérés si longtemps avec méfiance parce
qu'il parlaient des rudes travaux des chanps sans les
,avoir beaucoup pratiqués. Les jeunes gens, instruits des
méthodes nouvelles au Likès ou même dans les écoles
de campagne, ne sont plus raillés lorqu'ils veulent
améliorer L'outillage de la ferme ou modifier les antiques
procédés de culture.
Cours d'adultes

En 1836, le Préfet demanda aux municipalités et aux
instituteurs d'ouvrir des cours gratuits d'adultes destinés
à recevoir les jeunes gens qui désiraient s'instruire, et,
dans la mesure du possible, les enfants qui ne pouvaient
fréquenler l'école du jour.
La première année, 6 classes d'adulLes seulement
fonclionnent. Les communes refusent de couvrir les frais
nécessités par ces cours. Seules les villes de Brest et de
Quimper votent des subventions EUffisantes. Ailleurs
l'existence des cours est dûe au dévouement des instilu­
teurs. Pour les stimuler, le Préfet fail voter par le Conseil
général un crédit destiné à être distribué ' aux maîtres
qui onL ouvert des cours (1) .
En 1837, le département compte 13 classes d'adultes
fréquentées par 384 jeunes gens.
(i) En i8'10, la subvention était de 1..5QO francs à répartir entrt;l
- 120-
En 1849, 72 cours reçoivent 2.030 élèves.
Ces chiffres démontren t l'ampleur du mouvement qui
enlraînail vers l'instruction les classes déshéritées.
Les cours d'adultes établis à Brest dépassaient en im­
portance tous les autres. Dès 1834, époq ue de sa fondation,
la Société d'Emulalion de Brest avait ouvert des cours du
soir,. .déclarant que le pauvre, comme le riche, avait le
droit de posséder au moins les premières connaissances
nécessaires aux besoins de la vie. Après les travaux de
la journée, les jeunes ouvriers venaient tous les soirs,
jusqu'à 10 heures, prendre des leçons de lecture, d'écri­
Lure, de calcul, de grammaire et d'arithmétique. Des
cours spéciaux de géométrie descriptiY8, de trigonomé­
trie, de dessin et de musique, étaient donnés à ceux qui
avaient franchi le premier stade de l'instruction. Six
professeurs se partageaient les cours.
Grâce à l'enseignement ainsi dispensé gratuitement à
la classe ouvrière, de nombreux jeunes gens se sont
instruits, ont acquis les notions spéciales nécessaires pour

exercer leur métier avec plus d'intelligence et de profit.
D'ancip.ns élèves de ces cours sonl devenus contre-mallres,
agents-voyers, architectes, elc. Le jeune Grisel, simple
apprenti menuisier lorsqu'il entra au cours, devint profes­
seur à l'Ecole royale mililaire, puis chef d'institution à
Versailles, institution préparant aux Ecoles Navale,
Polytechnique et de Saint-Cyr. .
Des distribulions de prix avaient lieu chaque année aux
halles, sous la présidence du Préfet du Finistère et du
Préfet maritime de Brest. En 1845, (( plus de 3.000 per­
sonnes, dont plus de 1.200 dames, élégamment parées,
se pressent dans l'immense salle pour applaudir au
triomphe des lauréats» (1). .
(1) Compte rendu de la séance de distribulion ri es prix aux adultes
à Brest (~2 juin 18!t-5) : Bulletin de la Société d'Emltlation.
121

La Société d'Emulation de Quimper ouvrit également
des cours d'adultes. L'un des buts qu'elle se proposait
était de répan.dre l'instruction dans les classes ouvrières.
Des cours spéciaux étaient faits aux apprentis. Le cours
de géométrie appliquée, suivi par 20 élèves, était fait par
M. Blouët, professeur. Le2 janvier 1834, M. 'Duchatellier,
présidellt de la Société d'Emulation, sollicita du port de
Brest « quelques modèles en bois des princ. ipales figures
géométriques »
Dans les campagnes, les cours du soir ne se sont
développés que lenlemeni par suite de la mauvaise
volonté des municipalités. Quelques communes cependant
se rendent compte de l'utilité de ceLLe nouvelle institution.
Le comité local de Plourin-Ploudalmézeau déclare en
1837, qu' « une classe d'adultes est très utile dans la com­
mune en ce que, n'ayant jamais eu d'école que depuis
l'année 1833, il Y existe beaucoup de jeunes gens qui n'ont
reçu aucune éducation parce que leurs parents n'avaient
pas les facultés pour les envoyer à l'école ailleurs Les
jeunes gens profitent maintenant de la classe d'adultes
pour s'instruire, de même que les enfants qui sont indis-
pensables à leurs paren ts pendant le jour.
« Cette classe produit un très bon fruit; elle se tient
tous les jours dela semaine, exceplé le dimanche, de 7 heures
à 10 heures du soir. L'inslituteur a fourni les chandelles. , le
papier, 'l'encre et les plumes ... ;J . La municipaliLé l'ui
alloue la somme dérisoi re de 15 francs « pour l'indemniser
des peines qu'il prend avec la susdite classe et des four­
nitures qu'il a faites eL qu'il fait toujours aux élèves )),
A Landunvez, 12 élèves, Lous ignorant leurs lettres,

sont « parvenus à lire dans les alphabets français et à
acquérir quelques notions de calcul verbal et du nouveau

système mélrique }J , Le maîfre n'a eu qu'à se louer de leur

bonne volonté et de leur exactitudp. pal' Lous les temps.

122 --
Guillard, i ostituteur à Pont- A ven, écrit : c( J'ai 16 élèves;
j'ai commencé l'enseignement du système métrique à
quelques-uns de ces jeunes gons ; ça va joliment. Je
serais heureux de participer aux gratifications accordées
par l~ département, mais je ne voudrais pas qu'on me
fasse l'application des reproches du maître de la vigne à
. ses ouvriers murmurateurs » (1).
15 adultes fréquenlent les cours de Saint-Jean-du-Doigl;
« 3 savent lire el écrire passablement; 4lisent faiblement
le latin; les autres apprennent à lire leurs leUres » .

Les cours de Camaret sont fréquenlés par 49 jeunes
pêcheurs de 15 à 20 ans . « Plusieurs onl quitlé parce
qu'il fallait foumir l'éclairage )J.
Grenet, instituleur à Carhaix , écrit à son inspecteur:
« Mon cours a été suivi par un nombre considérable
d'élèves pendant que j'ai pu tout fournir avec les 100 fI'.
de gratification que j'ai reçus. Mais, depuis 3 semaines, la
classe est bien moins fréquentée parce que j'ai demandé
10 centimes par semaine à chaque élèvp.. f"es uns ne
viennent plus parce qu'ils calculent qu'avec 40 centimes
pal' mois ils onl du pain; les autres, pour évi ler de payer,
ne viennent pas toule une somaine s'ils prévoient que
leurs travaux les obligent à manquer 1 ou 2 jours » .
Par conlre, à Goulven, les élèves paient l'instituleur
« sur leurs pelites épargnes, car, si les parents étaient
obligés de payer pour leurs enfants, ils ne les laisseraienl
pas venir» (2).

(i ) Allusion a une parabole do l'Evangile : Les ouvriers de la dernière
heure. René Guillard était lié d'amilié avec Brizeux dont il ava it été le
condisciple à l'école d'Arzano. li se destinait à la prêtrise, mais il quitta
le séminaire et obtint la place d'instituteur à Pont-Aven, ou il se distingna
par son zèle (ü ses succès scolaires. C'était le père de Mme Le Bourhis,
actuellerrient institutrice en retraite à Quimper, âgée de 84 ans.
(2) D'après des rapports fournis par les instituteurs et contrôlés par
les comités locaux.
-,- . 123 -
Ecoles primah'es supérieures
Aux termes de la loi de 1833, sept communes du Finis­
tère devaient en tretenir une école primaire supérieure:
Brest, Quimper, Morlaix. Quimperlé, Lambézellec, Saint­ Pol-de-Léon et Crozon .
En 1836, il n'existe encore que deux écoles primaires
supérieures, l'une à Quimper, l'autreàBresl, toutes deux
fondées en 1834. Celle de Quimperlé s'ouvre en 1837.
Morlaix, ville commerciale et industrie ll e> n'a encore ni

collège ni école primaire supérieure ;en 1850, il est ques-
tion d'en établir une dans les bâtiments de l'hôtel de vllle
lorsque ceux-ci seront achevés. Crozon, Lambézellec et
Saint-Pol refusent de se conformer à la loi.
L'école primaire supérieure de Brest, dirigée par
M. Caroff, ancien élève de l'Ecole normale de Rennes,
pourvu du brevet supérieur, réunit 55 élèves en 1 838. Ces
élèves sont partagés en deux sections. Dans la première.
15 élèves lisent passablement, écrivent assez bien, con­
naissent les principales règles de grammaire, effectuent
assez bien les quatre opérations et les fractions, dessinent ­ bien, possèdent quelques nolions d'histoire, de géographie
et de physique, r écitent, sans les comprendre, il est vrai .

les principes des sciences physjql~es et naturelles . . L'ins-
truction religieuse et le système métrique laissent à
désirer.
Dans la deuxième section, les élèves sont faibles; ils
lisent mal et ne calculfmt guère mieux. Ces élèves ne
sont pas en état de recevoir un enseignement primaire
supérieur; on a cherché à peupler l'école sans égard au
degré d'instruction des élèves (l ).

(1) D'après un rnpport de l'inspecteur primaire.
La ville de Brest posséda il 3 écoles privées du degré supérieur: deux
pOUl' les garçons et une pour les filles. Celle de M. Goez et celle de Mlle
124 -
L'école primaire supérieure de Quimper était annexée
au collège. Elle était dirigée par le. principal et par les
régents. Exception faito des langues anciennes, on y
donnait le même enseignement qu'au collège: l'histoire
ella géographie, surtout colle de la France, la grammaire,
les éléments dA chimie etde physique, les mathématiques,
le dessin, la tenue des livres el « l'écriture perfectionnée ».
En 1838, l'école est dirigée par M. Pierre Palud, ancien
norma.lien, pourvu du brevet supérieur. Elle ne compte
que de 20 à 2-, élèves (elle en comptera 85 en 1850), mais
l'école est dans un état plus satisfaisant qu'a Bre~t, L'ins­
truction religieuse y est plus dévelop!Jée, le système
métrique mieux connu; les élèves sont plus avancés en
lecture, en arithmétique, en géomélrie, en sciences; ils
apprennent en outre la comptabilité. La différence d'ins­
truction entre les élèves des deux sections est moins

marquee.
L'école primaire supérieure de Quimperlé, dirigée par
M. Nicolas Nédélec, breveté du degré supérieur, n'est
école primaire supérieure que de nom. Les élèves, peu
nombreux, parlent à peine le fran çais (1 ).
Les écoles primaires supérieures devaient donner un
enseignement pratique, applicable dans diverses pro­
fessions; elles devaient conduire les jeunes gens «jusqu'à
l'entrée d'une profession ». .
A Brest, après les tàtonnemenLs du début, l'ensei­
gnement s'est amélioré. Ouvérte le 1 Or octobre 1834, l'école
compte 70 élèves en 1843. Parmi les élèves qui ont quitté
l'école de 1840 à 184::3, on compte: 4 commis d'adminis­
lration, 4 boursiers à l'Ecole normale de Rennes, 1 à
l'école des Arts et Métiers d'Angers, 7 boursiers au collège
Joinville, 6 fourriers, un graveur sur métaux, deux com-
(i) En 1850, Landerneau possédait une école primaire supérieure,

125
mis aux Ponts et Chaussées, 3 orfèvres et horlogers, un
élève architecte, 2 tapissiers-décorateurs, un contre·maî­
tre et un ouvrier dessinateur, 2 professeurs de musique
et de nombreux ouvriers spécialistes employés à l'ar­
senal (1).
Dans les écoles de Quimper et de Quimperlé, l'ensei­
gnement supérieur n'était réclamé ni par le commerce
ni par l'industrie. Les quelques familles de la classe
ouvrière ou marchande, aux enfants desquel:es cet
enseignement pouvait co nvenir, séduites par les pO, sitions
que pouvait procurer l'enseig nement secondaire, plaçaient
leurs enfants dans les collèg·es. Il en résu Ita qu'il ne
demeurait dans les écoles primaires supérieures que des
enfants pauvres qui ne pouvaient consacrer à leur ins­
truction qu'un temps très limité. Ces établissements n'ont
donc pas répondu au but recherché par la loi de 1838. Il
convient de noter cependanL que l'école primaire supé·
rieure de Quimper a préparé de nombreux élèves qui,
aprè& d'excellents examens, ont obtenu des bourses à
l'école des Arts et Métiers d'Angers (2).

Afin de présenter un tableau complet de la situatiqn du
département au point de vue de l'instruction, il conyient
de donner un aperçù de l'état de l'enseignement secon­
daire dans le Finistère.
En 1850, le département possède le lycée Joinville à
Brest; trois collèges de premier ordre à Quimper, Saint­
Pol-de-Léon el Lesneven; deux collège!:! de second ordre
(1.) Statistique établie par la Société d'émulation de Brest.
(2) Aux termes de ['arl. 9 de l'ordonnance du 28 septe01bre 1.932, le
Finistère avait droit il 3 places il l'école des Arts et M étiers d'Angers:
une place à pension entière, une a 3/4 de place et une à demi-pension.
En 1.839, une quatrième place fut mise il la disposition du département
du Finistère.

- 126-
à Landerneau el Quimperlé; enfin 5 établissemenls libres
d'instruclion qualifiée de secondaire : l'école ecclésiastique

de Pont-Croix, le cours secondaire tenu par Le Férec à
Morlaix, l'institution Goez et l'école de Mlle Sagot à Brest.
Le nombre des élèves qui ont suivi les cours de ces
dIfférents é tablissements en :850 es t de 1.005 (1).
La moyenne du traitement des professeurs des collèges
communaux est de 1.100 à 1200 fI'. La rétribution collé­
giale est en moyenne de 67 fr Les subventions municipales
et la rétribution scolaire sont les seules ressources des

collèges communaux.
Le lycée de Brest jouit d'une situation exceptionnelle;
ill'eçoitsurlesfonds généraux une subvention de 36.000f1'.
Il s'est placé au premier rang pour la prépara lion au con­
cours d'entrée à l'Ecole navale.

EFFECTIF
DES ÉTABLISSEMENTS SECONDAIRES EN 1850
Lycée de Brest: 296 élèves, dont 84 internes.
Collège de Quimper : 150 élèves, dont 45 internes.
Collège de Saint-Pol : 288 élèves, dont 131 pensionnaires
et 35 demi-pensionnaires.
Collège de Landerneau: 57 élèves, dont 6 internes.
Collège de Quimperlé : 64 élèves, dont 14 internes (y
compris les élèves de l'E. P. S. raltachée au collège).
(t) Sous l'ancien régime, à la fin du XVIIe siècle, le collège de Quimper
élait fréquenté par 1..000 élèves; celui de Sainl-Pol-de-Léon en comptait
plus de liDO
- 127

Les écoles de filles
La loi du 28 juin 1 833 ne s'appliquait pas aux écoles de
filles ; la législation ancienne continuaiL à leur être
appliquée.
Les efforts du gouvernement s'étaient portés à peu
près uniquement sur le developpr rnent des écoles de
garçons; il ne s'était guère préoccupé des écoles de filles.
L'instruction des filles était considérée comme un luxe
réservé aux riches ; il était admis que les femmes
n'avaient pas besoin de s'insLruire.
Dans le Finistère, les écoles de filles éLaitent rares et
peu importantes: En 1836, 38 COlTlmunes seulement
possédaient une école communale de filles. Il existait
aussi environ 80 écoles privées peu importantes. Ces
écoles, tant publiques que privées, n'éLaient fréquentées
en été que par 4.000 élèves et en hiver par 3.000.
· ET AT DES INSTITUTRICES EN 1836

TRAlTEMENT FIXE ACCORDE PAR LES COMMUNES

A rrondissement de Brest
BresL

Lafosse Adèle 1..000 »

Sœur Saint-Ange. 1..200 »

Sœur Constance. 1..000 »

Raby, Julie

Lambézellec .

Gouesnou

Micbel, Marguerite.

300 »
Guipavas

Bourdonnay, Marie.

1.00 »
Landerneau

Huet, veuve . . . .
4,00 »
Lannilis.
Vallon, dame .. ..

Plounéour-Trez

COlldamain. veuve.

Bourg-Blanc . Le Goff, Eupbrosine .

Plabennec . .

Le Guillou. Jeanne.

Plouvien.

Godefroi, Anne.

Ploudalmézeau.
Colin, SO~hie . . .

1.00 »
Ploudiry. . ;

Le Gall, vonne.

Le Conquet .
Le Biban. Marie.

1.00 »

Saint-Renan.
Le Borgne, Marie.

iOO »
128
Arrondissement de Morlaix
Landivisiau. . . Féburier. Manelte ..... .
Plouegat-Guer

. Henry, Elise. . . . . . . . .
Morlaix . . . . . DescogneLs, dame . . . . . .
- ..... Micbel, née Rochat ..... .
· . . . . Cévennec, veuve. . . . . . .
· . . .' Le Pichon, darne. . . . . . .
· . . . . Lasalle, demoiselle. . . . . .
- · . ' . .. Dumont, demoiselle . . . . .
· . . .. Hamon, demoiselle. . . . . .
· . . ., Don val, dame. . . . .. . . .
· . . .. Le Saux, dame . .. ....
· . . . . Pigerre, dame. . . . . . '. .
· .... Sœurs SI Vincent-de· Paul ..
· . . .. Dames Ursulines . . . . . .
Plou vorn . . .. Le Lay, Perrine. . . . . . .
Saint-Pol-de-Léon Dames Ursulines ...... .
Roscoff . . . .. Marcel, Eupbrosine. . . . . .
Saint·Thégonnec. Le Bris, Jeanne ....... .

SIzun . .
Larvor, J acq ueLle . . . . . .
· . . \ . Sœurs du Tiers-Ordre . . . .
Taul é . .
Plouénan
· . .. Dela villehervé, Marie . . . .
· . .. Péron, MargueriLe. . . . . .
Arrondissement de Châteaulin
CbâLeaulin . . " Robert, Clarisse . . . . . _ .
Pleyben. . . ... Deleissègues, Jeanne . . . . .
Carhaix .. . Dames Ursulin es. . . . . . .
Crozon. . . . . . . Lanneau, Fanny. . . . . . .
Camaret . . . . . Sévellec, dame. . . . . . . .
Le Faou. . . ., Provence, demoiselle. . . . .

Arrondissement de Quimper
Concarneau . -. Dudouit, Marie . . . . . . .
Douarnenez . . . Dubois, Agathe. . . . . . . .
Audierne ... " Pichon, Ursule ....... .
Pont-Croix. . . . Odeyé. Stéphanie. . . . . . .
Quimper. . . .. Dauverny, Josephine .....
· . . " Derrien, Etiennette . . . . .
- · . . .. Le Bour, Zélie. . . . . . . .
· . . .. Tbomas, Zélie . . . . . . . .

Pont-l'Abbé.
. . . . Fessy, Jeanne. . " . . . .
.. Bernard, Stéphanie . . . . .
A rrondissemenl de Quimperlé .
Quimperlé: . . : Guillou, Esther . . . . . . .
· : .. Fontémoing, demoiselle ~ . .
Pont-Aven. . .. Ferrand, Clémentine. . . . .

300 »

200 . »
200 »

200 »
iOO »

inO ))

200 ))
iOO »

:120 ))

:180 »
300 »

300 Il

129 -

L'ordonnance du 23 juin 1836 organise enfin les écoles
spéciales de filles. En vertu de cette ordoonance, pour
tenir une école il.faudra avoir au moins 20 ans et pos­
séder le brevet de capacité. L'autorisation est 'accordée
par le recteur d'Académie, après avis du comilé local et
du comité d'arrondissemènt.
En principe, un logement et un traitement convenables
doivent être assUi'és aux institutrices communales. Le
minimum du traitement n'est pas fixé pai'la loi.
Les institutrices appartenant à unf) congrégation
religieuse sont autorisées à tenir une écolè pl'Îlnaire sur
présentation de leurs lettres d'obédience.
Les comités locaux et d'arrondissement exercent sur les
écoles de filles les mêmes attributions que les écoles
de garçons. .
Les institlitrices autorisées,à enseigner avant la publi-

cation de l'ordonnance, pourront continuer à tenir leurs
écoles sans justifier de la possession du brevet.
Conformément à.l'ordonnance du 23 juin 1836, le baron
Boullé essaya tl'organiser des écoles de filles dans les
communes que leur importance et leurs ressources
appelaient à donner l'exemple, Mais les communes, qui
regardaient déjà l'entretien des écoléS de garçons comme
une charge bien pesante, ne voulurent rien fa.ire pour
les institutrices.
Deux ans après la promulgation de l'ordonnance, les
écoles de filles de l'arrondissement de Brestn'ontencoreété

l'objet d'aucune· mesure: Très peu d'institutrices ont leur
brevet. Si l'on appliquait la loi, il faudrait fei'mer les
écoles . illégale nient établies ; il ne l~esterait plus
d'écoles ouvertes aux filles. Le comité pense avec

130
raison que, cc mieux vaut avoir de faibles écoles que pas
d'écoles du tout ') .
En 1 846, l'arrondissement de Brest possède 27 écoles
communales et 46 écoles privées recevant en L out
4.11 0 élèves; près de 4.000 filles ne fréquenLenl. aucune
école.
Le comité d'instruction de Châteaulin note en 1849, qu e
« les écoles de filles sont en état d'infériorité d'autant
plus regrettable que c'est surtout par l'instruction des
filles que la civilisation pénétrera au cœur de cette
contrée si arriérée». Trois écoles de filles à Châteaulin,
Le Faou . 8l Châteauneuf, reçoivent 140 élèves.
Le conseil d'art'ondissement de Morlaix constate en 1 844
que les écoles de filles ne se développent pas. « Le besoin
d'insLiLuLrices se fait sentir vivemenL dans les communes
rurales pour former de bonnes mères de familles et
et combatLt'e l'esprit d'immoralité, de paresse et de
malpropreté que déplorent tous ks hommes de bien » .
Le Sous- Préfet de Quimperlé expose ainsi la situation
dans son arrondissement: « Tout ce qui a été fail jusqu'à
présent l'a élé dans l'intérêt des garçons, et, s'il est vrai
qu e les filles doivent nous inRpirer un égal intérêt, l'on
ne peut' se dispenser de reconnaltt'e que les personnes du
sexe, notamment celles qui, par leut' naissance dans la
campagne. sont destinées à ne la jamais quitter, n'éprou­
veront jamais un aussi urgent besoin d'inslruction que
leI" garçons, appelés, soit dans les rangs de l'arméo, soit
dans des professions diverses. Forcés de régler nos
entreprises sur l'étude de nos ressources, nous devons
ajourner pour que lque temps encore l'institution des
écoles de filles. Au surplus les filles ne sont pas dépour­
vues de tout moyen d'instruction: plusieurs communau­
tés relig ieuses à Quimperlé, à Riec, offrent aux enfants

131

lecture et de morale. Dans d'autres localités comme

Quimperlé, Pont-Aven, Bannalec, des dames, dont le
degré d'i nstruction a été constaté par le comité supériellr,
se livrent par profession et moyennant rétribution, à
l'instructivn des filles. Ainsi la génération naissante n'esL
pas dépourvue de moyens d'instruction)) (1).
Dans l'arrondissement de Quirrlper il existe 0n 1810,
5 écoles communales et 15 écoles privées ùe filles, frè­
quentées par 600 élèves. Les couvents des Ursulinos eL
de la Providence, a Quimper, reçoivenL 300 éléves .
Le Conseil général facilite par ses subventions annuelles
la création des écoles de filies. En 1845, il vote une
allocation de 6.000 francs et exprime le désir de voir
augment6r le nombre des écoles de filles « à cause de
la puissance de moralisation qui est dévolue à cette
partie de la société et des bienfaits qui rejailliront sur
tous lorsqu'une éducation religieuse et morale sera
donnée aux filles)).
Les communes, dont le budget est déjà grevé, font la
sourde oreille; le nombre des écoles communales ne
s'accroît guère. Par contre, les écoles privée~ augmentent.
En 1845, il existe dans le département 39 écoles commu­
nales de filles, fréquentées par 2.500 élèves donL 1.100
payantes et 1.400 gratuites; 148 écoles privées reçoivenL
6.174 élèves.
La position des maîtresses est très sou vent illégale;
les irrégularités fourm illent. L'une n'a pas de breve t,
l'autre pas d'autorisation; d'autres, et c'est le plus grand
nombre, n'ont ni l'un ni l'autre. Des écoles mixtes
fonctionnent, contrairement à la loi, à Locmaria-Plouzané,
à Botsorhel, à Guerlesqui n, etc .. .
Les écoles auxquelles on donne le nom d'écoles com-

" 132-
tnunales) ne doivent souvent ce titre qu'à un local ou à
une somme dérisoire allouée à la maîtresse (1 ). Le
monlant de cette somme et de la rétribulion scolaire
payée par les élèves reste bien au-dessous du tr, aitement
de l'instituteur. Les 4/5 des institutrices ne gagnent pas
plus de 100 à 1 50 francs par an.
L'institutrice de Plouégat-Guerrand re\,oit de la com­
mune un traitement annuel de 36 francs et le produit
œuné quête à domicile; Lannilis donne un traitement de
40 francs; Guiclan, Ploudiry, Pont-Aven fournissent un
traitement de 50 francs; Plouigueau 24 francs (2).
A Cléden-Cap-Si'Wn, Mlle L'Helgoualch a élé autorisée
à tenir une école de filles. Le petit nombre de ses élèves
ne lui permet pas de subsisler. « On n'a pas, ici, l'habitude
de donn er de l'éducation aux filles», écrit le comité local.
MUe L'Helgoualch fut autorisée, à titre exceptionnel, à
remplir les fonctions d'instituteur communal. Le ministre
aulorisa la municipalité à lui payer le traitement dû aux
instiluteurs.

L'enseignement donné aux filles est bien médiocre.
Le catéchisme, les prières, la couture, la lecture, l'écri­
ture, pat'fois un peu de calcul) c'est lout ce que l'on
enseigne daus les meilleures écoles. Dans les écoles
rurales) il arrive même que la classe se fait à peu près
exclusivement en brelon .

En 1843) l'inspecteur visitant l'école de Mme BeUee,

inslitutrice à Guissény, y trouve 30 élèves, dont une seule

(:1.) L'art. 9 de l'ordonnance du 23 juin i836 prescrit que «nulle
école ne pourra prendre le nom d' école communale qu'autant qu'un
logement et un traitement convenables auront été assurés à l'institutrice ».
(2) En' :l.84\J. le Conseil général vota un crédit de :1.0.000 francs pour
améliorer le sort des inslitutl'ices, lant priv ées que publiques . Dans les
locatités où il existait des institutrices pourvues du brevet, celles-ci
devaient être seules à prendre part à la répartition.
- 133-
sait lire le français. A Plouguerneau, où l'école est tenue
par des religieust1s, on ;n'enseigne aux enfants pauvres,
au nombre de 70, que le catéchisme et la lecture en
breton. ,
L'une des meilleures maîtresses était Mme le Dantec,
née Herland, qui exerça à Guerlesquin, à Poullaouen,
puis à Morlaix. En 1846, l'inspecteur constate que «pres~
que toutes ses élèves savent lire et comprennent le·
,français; elles ont fait pour le calcul et l'orthographe
les progrès les plus satisfaisants; le catéchisme est très
bien su ».
L'égalité et la justice ne régnaient pas toujours dans
les écoles de filles. Mlle La vaurs, institutrice à Douar~
nenez, reléguait dans une pièce spéciale les élèves indi­
gentes auxquelles elle donnait seulement une heure de
classe le matin et une heure le soir, tandis que les élèves
payantes recevaient 6 heures de classe par jour. Le Com­
missaire du gouvernement provisoire, à Quimper, l'in-

forma le 19 avril 1848 qu' « une pareille distinction établie
dès l'enfance entre les riches elles pauvres ne saurait
être tolérfie : elle est tout à fait contraire aux grands -
. principes d'égalité et de fraternité proclamés par la Répu­
blique. Il faut que Mlle Lavaurs renonce à la subvention
de 300 fr. qu'elle reçoit de la commune pour donner l'ins­
truction aux petites filles indigentes, ou qu'elle opère sur
le champ une fusion qui n'aurait jamais dû cesser
d'exister }).

Mlle Lavaurs déclara d'abord qu'elle renoncerait à la
subvention communale plutôt que de permettre dans son:
établissement une fusion qui. disait-elle, ferait déserter'
les enfants des familles aisées. Quelques jours plus lard,
eUe revint sur sa décision et déclara au Commissaire dU!
gouvernement, faisant fonction de préfet, que, désormais,

-' 134 -
En 1850,45 communes Reulement étaient pourvues d'une
école communale de filles; 3.600 élèves fréquentaient ces
écoles. Il existait 205 écolesprivées receVant 7.300 élèyes.
On comptaiL dans le département 38000 filles d'âge
scolaire ; sur ce nombre, 11.000 seulement recevaient
quelque insLruction,
On peut cependant affirmer que des progrès sensibles
ont été réalisés. Le nombre des écoles, publiques et
privées, est passé de 118 en 1836 à 252 en 1850 ; l'effectif
scolaire est monté de 4.000 à 11.000. Ce chiffre paraîtra
considérable si l'on considère combien on attachait peu
d'importance dans les campagnes à l'instruclion des filles.
La disposition des esprits a changé; on a compris que les
femmes comme les hommes ont besoin d'instruction, e t.
l'on a fait effort pour leur en procurer.
Communautés religieuses
vouées à l'enseignement

La plupart des institutrices étaient des laïques. Cepen­
dant jl existait aussi un certain nombre d'écoles de filles
tenues par des communautés r eligieuses légalement
reconnues.
Des communautés de dames Ursulines cloîLrées exis­
taient à Quimper, Morlnix. Saint-Pol-de-Léon, Quimperlé
e t Carhaix. Elles s'occupaient de l'éducation des filles de
touLes les classes de la société. Des pensionnais étaient
joints à leurs éLablissements. Leurs, écoles étaient bien
tenues et prospères; 900 élèves environ les fréquentaient.
L'inspecteur ne pouvait pénétrer dans les classes ; accom­
pagné de l'aumônier, il se faisait présenter les élèv8S au
parloir; il les interrogeait, examinait leur cahier. Après
-135 -
breuse, Lrès bien dirigée; 200 petites filles pauvres y sont
instruites et sont nourries et. habillées. J'ai interrogé les
élèves , feuill eté leurs cahiers; j'ai consta lé des progrès
remarquables, même en écrilure )) (sic).
En 1837, l'inspecteur ne pu t exercer ses Jonctions au
couvent des Ursulines de Quimperlé : la supérieure refusa
de faire pa raîLre les élèves au parloir; elle refusa éga­ lement de lui communiquer les cahiers et même de lui
dire le nombre d8s élèves, tant internes qu'externes. L'ins­
pecteur se retira, n'étant pas lrop sûr d'être dans so n
droit en visitant cette école. .
Les Filles du Saint-EspriL ou Sœurs blanches dirigeaient
des écoles à Quimper, .Landerneau, Saint-Pol, Château­
lin, Landivisiau, Saint-Thégonnec, Ploug uerneau, Lan­
déda, Ploujean, Pleyber-Chris t, Briec, Carantec et Plou­
guin. Elles s'occupaienl de l'instruction des filles eL
donnaienl des soins aux malades.
Le maire de Pleyber-Christ écrivait au préfet: « L'air,
dans ce pays plat el marécageux, n'est pas très sain;
nous avons sou vent beaucoup de malades qui meurent
sans aucune espèce de secours humain; c'est princi- .
paiement pour les soulager que nous appelons deux
sœurs de la Société des Filles du SainL-Esprit o.
A Quimper, les Dames du Sacré-Cœur s'occupaient
exclusivement des filles appartena nL à la classe riche.
Les sœurs de PAdo l'il tion perpé tu elle ou de la Provi­
dence avaient des couvents à Brest et à Quimper. La
maison de Quimper existait depuis 1 821 so us le nom de
« muison de la Providence» ; l'Adoration perpéluelle y
fut joinle en 1 830. Les sœurs s'y occupaient de l'éducati on
des orphelines, qu'elles gardaient, j usq u'à l'âge de 20 ans
et qu'elles plaçaient ensuite dans .de bonnes maisons.
L'école commun +le tenue par les sœurs de la Providence

à Brest était l'une des meilleures du dépar tement .

-l36 -
; LesCal vairiennes tenaient un pensionnat àLanderneau.
LI;). s sœurs de Saint-Joseph de Cluny enseignaient à
Brest (côté de Recouvrance). Enfin, des. sœurs du Tiers­
Ordre tenaient des petiles écoles dans les campagnes;
leur instruction était nulle et celle qu'ellestlispensaient
plus, nulle encore. Leur enseignement se limitait à la
lecture du breton et du latin, à quelques leçons d'écriture,
et quelle écriture 1
:fréparation professionn~lle des maîtresses :
le Cours normal

Il n'existaiL a.ucun établissement préparant les jeunes
filles aux fonctions d'institutrices. En 1842, le ~inistre de
l'Instruclion publique demanda au préfet d'établir à
Quimper une Ecole normale primaire de filles.
Les ressources du budget départemental étant très
Limitées, le département du Finistère ne pouvait songer
à créer seul une telle éco.le. Le préfet se mit donc. en
rapport avec ses collègues des autres départemenis bre­
tons, à l'effet d'examiner si, en réunissant Lou tes les res. ­ sources, il ne serait pas possible de fonder une Ecole

normale d'institutrices, semblable à l'Ecole normale d'ins-
tituteurs qui existait à Rennes.
Les préfets répondirent qu'ils ne p0uvaient, pol1l'
divers motifs. participer.àl'exécution du projetqui leurétait

proposé. Force fut donc d'abandonner cette idée et de,
chercher un autre moyen de formel' des institutrices.
Due institution de jeunes filles venait de s'ouvrir à
Quimper· sous la direction de Mme Orsibal, pourvue d'un.
diplôme de maîtresse de pension délivré dans le dépar­
tement de la Seine. Cette personne, r~commandable e.t
137 -
trices. moyennant une rétribution annuelle de 300 fr. par
élève. Cette rétribution pourrait être payée, suivant les
cas, par le département seut ou par le département, les
communes el les familles concuri3mment. En quelques

années, il serait ainsi possible de pourvoir de bonnes
institutrices les communes du Finistère qui en étaient

privées. '
Le département affecta à cet objet une allocation de
2.600 fr. ; le ministre de l'Instruction publique, sollicité
d'accorder un crédit équivalent, répondit qu'il appréciait
la mesure envisagée pour former des institutrices, mais
exprimait le regret de ne pouvoir y concourir, les fonds
de l'Etat étant n~i:'ervés exclusivement à la création et à
l'entretien d'Ecoles normales régulières, dirigées par des
dames religieuses ou laïques.
En 1844, Mme Orsibal instruisait 16 élèves, dont 8
élèves-maîtresses pourvues de bourses départementales.
Les élèves boursières, comme les autres, étaient dans
l'obligation de parler un uniforme noir. Le préfet craignait
que cette mise ne leur donnât des goûts mal en rapport
avec leur future situation sociale, peu lucrative. Il exigea
que « les élèves boursières conservent dans sa simplicité
et sa. forme distinctive le costume local qu'elles ont élé
habituées à porter dans leur famille »),
En mars 1845, le pensionnat de Mme Orsibal, pompeu­
sement baptisé du titre d'Ecole normale, présenta 2 élèves
à l'examen du brevet. Elles furent admises et immé­
diatemen t chargées de la di rection des écoles com m unales
de filles de Pont-l'Abbé et de Rosporden. D'autres élèves
furent reçues à la session d'août et placées à la tête
d'ê~oles, l'une à Bohars, une autre à Pont-Croix.
En novembre 1844, un incendie éclata dans la maison
qu:occupait le pensionnat de Mme OrsibaI, rue du Quai,
138 -
sastrc complet. Néanmoins, Mme Orsibal éprouva un
dommage considérable; le département lui vint en aide
par un secours de 400 francs. Une allocation du gou \'er-

nement et un don per:;!onnel du roi l'aidèrent à réparer
le::; pertes causées par l'incendie.
En 1847, le nomb .. e des bourses payées par le dépar­
lemen t est de 12 L'école paraît répondre à la confiance

dé l'administration; en 3 ans, 20 insLitutrices obtiennent
le brevet de capacité. En vue de les préparer à leurs
fonctions, elles ont reçu des noti ons sur les méthodes et
les meilleurs procédés d'Anseignement.
Le Préfet demande que le titre d'Ecole normale
dépal'temen t& le soil conféré officiellement à cette ins­
titution, afin qu'elle participe aux allocations allouées
aux Ecoles normales par le gouvernement. 0
Au début de février 1848, le ministre répond qu'il
adhère entièrement au désir du Préfet, mais qu'un vote
du Conseil général, conforme à ce vœu, doit lui être
adressé avant qu'il puisse prendt'e une décision. Sur­
viennent les journées de févrie t' : elles amènent le départ
du ministr C:\ et l'ajournement du proje t.

Mme Orsibal. par son zèle, son dévouement et ses
succès, justifiait la confiance des fam illes el de l'adminis­
tration: «11 y a, écrivait le Préfet, des mérites qui
vivent dans l'ombre; on doit s'estimer heureux de les
faire apparaître el de les signaler à la reconnaissance
publique ».
Après la révolution de 1848, le nouveau Conseil
général. imbu des idées de défiance qui avaient cours
contre le personnel enseignant dans les sphèl'és gouver­
nementales, chargea le Préfet de « veiller à ce que le
Cours n01"mal ne forme que des institutrices capables,
religieuses et morales, et qui conservent le goût et même

- H39

faut qne l'institutrice, destinée à vivre dans une
commune rurale. sache vivre d!'l peu ».
En 1849. un comité spécial de surveillance de l'école
fut créé par le Préfet. L'intervention de ce comité eut
pour conséquence l'exclusion de 2 élèves. L'une~ par son
caractère indiscipliné et sa tenue peu convena blA , étaiL
d'un mauvais exemple pour ses compagnes ; l'autre a près
trois années de séjour à l'école a ux frais du département,
fut jugée incapa ble do suivre les cours de seconde année.
Plusieurs élèves, insuffisamme nL préparées à leur
entrée à l'école, suivaient difficilement les cours. Pour y

remédier , le comité décida que les bourses départemen-
tales seraie nL données au concours, et non plus sur
simple dema nde de postula ntes. Hélas ! plusieurs bour­
sières sorties du Cour s normal, pourvues du brevet dl3
capacité, ne pouvaient être placées par suite du défant
d'écoles de filles, les communes n'étant pas dans l'obliga­ tion d'en é tablir. Elles devaient, ou renoncer à l'enseigne­ men t ou bien ou vril' des écoles pri véeE'. En 1850, parmi les
élèves so rties du Cours norma l, 9 se ule me nL dirigeaient
des écoles publiques entretenues, en . pa rLie se ul fl ll1ent
par les communes ; 3 éta ient placées comme institu ­ trices privées dans les campag nos ; 6 avaient ouvert
dans les villes des écoles privées où elles a vaient peine
à subsister.
Dès lors. l'instituti on n'a plus sa raison d'être ; il ( s t
ques tion de la supprime r' lorsque le Préfet décide de
convertir en écoles mixtes, dirigées par des instiLutrices,
les écoles de garçons qui ne réunissent pas i!0 élèves
au moins. Les maîtresses. placées à la tête de ces écoles
seront désignées sous le nom peu gracie ux d'institut1'i­
ces-instituteurs. Ces institutrices-instituteurs seront
fourni es par le Cours norm al et par les con;muna utés

religieuses. .
140 -
La substitution des instiLutrices aux instituteurs sauva
momelJtanémenL de la disparition l'InstiLution de
Mme Orsibal.
En 1855, le prix des denrées ayant augmenLé, Mme Or­
sibal voulut relever le prix des pensions boursières. Le
Conseil général refusa d'augmenter les allocations:
Mme Orsibal dut Sfl résoudre à fermer le Cours normal

qu'elle avaiL dirige pendant 12 ans et qui avait donné au
département 122 institutrices.
Le baron Boullé s'intéressait particulièremen t à l'ins­
titution Orsibal; cet intérêt s'augmentait du fait que
l'école était placée sous le patronage de Mme Boullé.
Celte derniêreintervenait auprès de son mari pour placer
convenablement les jeunes filles sorLies du Cours normal.
J'ai pu réunit' quelques notes relatives aux premières.
èlèves sorties de l'école. Elles permeLtront de se rendr.e,

compte des déboires et de la situation lamentable qui,
attendaient les jeunes institutrices'

Mlle Le Bour, institutrice primaire à PonL-l'Abbé, se
plaint de ce que plusieurs personnes de cette localité,
tiennent des écoles clandestines et lui enlèvenl une partie

des élèves. « Les parenls. écrit-elle à Mme Boullé, parce
que la vérité se montre quelquefois sans son manteau,
ne rendent pas toujours justice à celles qui voudraient
conduire leurs enfanls par les sentiers épineux de la
verlu. La' plupart des élèves sont gâtées; si je les gronde,
elles menacent de me quitter pour aller dçtlls une autre
école ,).
La concurrence des écoles particulières (1) obligea

(i) Il s'agit d'écoles privées tenues par des maîtresses laïques et non
par des religieuses.

141
Mlle Le Bour à quitter l'école communale de Pont-l'Abbé;
elle ouvrit à Quimper une école libre qui ne prospéra pas
et où elle végéta de longues années.
Mlle Le Roux, in!:llitutrice à Huelgoat, reçoit 150 fr. de
a commune, mais elle doit pourvoir à ses frais à son
logement et à un local pour sa classe; en y ajoulant les
rétributions scolaires, elle gagne en tout 250 francs
par an.
Mme veuve Poumellec, sortie depuis 3 ans du Cours
normal, cherche en vain dans l'enseignement les moyens
de suffire à ses besoins. Elle dirige une école privée à
La ndernéau ; elle paie un loyer de 1 50 fr. ; la rétribution
payée par ses élèves ne suffit pas à couvrir les frais du
loyer et à nourrir sa famille; il arrive souvent qu'elle n'a
même pas de pain à donner à ses enfants. Elle sollicite
une école communale et expose au préfet que son grand­
père, marin, a été Lué pendantla guerre avec l'EspagnE\ ;
que son père a ' servi pendant 27 ans dans la Marine
royale et a été en captivité, en Angleterre pendant·E) ans;
que son mari esl mort au service de la France après avoir
servi 22 ans dans la Marine.
En 1846, le préfet s'adresse aux maires et les engage
avec insistance à créer des écoles communales; il leur
promet de bonnes maîtresses sorties du Cours normal. Le
maire de Plounévez-Lochrist propose au préfet d'associer
l'une de ces jeunes personnes à la sœur du Tiers -Ordre
de Saint-Francois qui tient déjà un e école dans la com-

mune ; elle recevra un traitement de 200 fI'.
Depuis 1844, l'école des filles de Châteauneuf était diri­
gée par Mlle Kerbrat, ancienne Ursuline, qui n'avait pas
de brevet et exerçait en vertu d'une autorisation provi­
soire. Le préfet confia ce poste à Mlle Riou, ancienne
élève boursière de Mme OrsibaI. Mais les autorités locales

142 -
joUissént d'une certaine influence. La commune a volé un
traitement de 300 francs et refuse de verser ce tmilement
à Mlle Riou.

Deux inslitutrices communal6s exercent don c en même

temps à Châteauneuf. Les not0-bles de la localité con-
traignent leurs subordonnés à maintenir leurs enfants à
l'école de Mlle Kerbral. ; cette dernière a 30 élèves; Mlle
Riou n'en a que 3 après 5 mois de séjour.
Ce résultat n'était pas dù à la capacité de Mlle Kerbrat,
qui n'avait jama is pu obtenir le brevet. Elle s'était pré­ sentée à l'examen pour la première fois en mars 184l.
L'un des examinateurs lui demanda ce que c'était qu'un
substantif et, dalls les exemples cités au hasard, le mot
amour se trouva. Mlle Kerbrat raconta plus lard qu e, si
elle n'avaiL pas obtenu son brevet, c'est qu'on lui avait
demandé des choses déshonnêtes. Une autre fois, elle
arriva à l'examen lorsque les épreuves élaient commen­
cées depuis plus d'une demi-heure . Elle n'aurait pas dû
être admise ; on la laissa cependaul prendre part à
l'examen en lui faisant .remarquer qu'il fallait arriver
à l'heure; elle répandit le bruit que, si elle n'avait

pas obtenu le breve t. c'est qu'on l'avait intimidée. Une
aulre fois il fut reconnu par la Commission qu'elle avait
copié un de ses devoirs. Une autre fois encore, une
personnalité ayant insisté pour qu'on usàt d'une extrême
·bienveillance à son égard, l'inspecteur déclara qu'il
voterait pour elle si elle pouvait faire ce simple problème:
17 mètres de mousseline coûtent 11 francs; quel est le
p1"ix du mètre? Elle di visa 17 par 11 et troliva pour
réponse 1 f[~. 50.
Frappé d'une telle nullité, l'inspecteur .lui proposa de
passer 2 ou 3 mois au Cours normal à Quimper pour y
prendre des leçons ;. elle le promit, mais n'en fit rien;

143 0-- '

recues par faveur et qu'elles ne ' savaient rien (1).

Les choses lraînèrent 8n longueurj usq u'en 184.8; l'un des
premiers actes du Commissaire du gouvernement provi­
soire fut de retirer le droit d'enseigner à Mlle Kerbrat et
de nommer « la citoyenne Riou ») institutrice communale
à Chàteauneuf, avec un traitement annuel de 300 fr.
En 184.6, la commune de Loctudy n'avait pas encore
d'école de fllles ; les jeunes paysannes demeuraient dans
une ignorance complète. Mme Bohan, « veuve bienfai­
sante et à l'aise », ' rassembla chez elle de nombreuses
peliLes filles et consacra gratuitement ses soins à leur
instruction. « Les parents ne tardèrent pasà sentir les
frui ls de ce bienfait; leurs filles devinrent utiles en appor­
tant dans l'intérieur des familles la saine momIe, l'habi­
tude de l'occupation, de la langue française; une modeste
instruction y fit pénétrer insensiblement celLe politesse
qui adoucit la sauvagerie et la dureté naturelle aux
paysans» (2)
. Bientôt les illfirrni~és de Mme Bohan (3) ne lui per­
mirent plus de continuer son œuvre charitable; le comité
local demanda une bonne institutrice « pour continuer le
bien qu'a déjà fait la bonne dame Bohan ». Le préfet
envoya à Loctudy une ancienne élève de Mme Orsibal,
Mme veuve Derrien.

Les salles d'asile
Les salles d'asile .furent créées par la circulaire du
4 juillet 1833. La circulair e conseillait d'établir dans les
localités importantes une salle d'asile où seraient l'ecus

(1) D'après un rapport de l'inspecteur primaire al) préfet.
(2) Lettre écrite au préfet par le comité local. .

(3) Mme Bohan ébiit la belle-fille du conventionnel de ce nom.

- 144-
les enfants de 2 à 6 ans tropjBunes pour fréquenter les
écoles primaires et dont les parents, livrés à leur besogne
journalière, ne pouvaient s'occuper.
Des établissements de ce genre existaient déjà dans
quelques pays voisins, notamment en Angleterre, et
dans quelques villes de France: Paris, Lyon, Rouen)
Nîmes. Dans le Finistère deux salles d'asile fonctiohnaient
depuis 1832 ; l'une à Brest, l'autre à Morlaix ; cette
dernière fondée par Mme Galzain, femme du So'us­
Préfet, était dirigée par une sœur de charité.
Le Conseil général favorisa l'ouverture des salles
d'asile en consacrant fi cette œuvre un crédit de 4000 fr.
En 1838, 5 salles d'asile fonctionnaient à Morlaix,
Brest, Recouvrance, Landerneau. Quimper b'avait pas
encore de sallo d'asile; une souscription ouvertè sous
les auspices de la Société d'émulation produisit une
somme de 800 francs; la municipalité refusa dEi consacrer
la moindre subvention à cette œuvre. Les Dames du
Saint-Esprit qui desservaient le bureau de bienfaisance,
offraient de concéder un terrain au bas de leur établis­
sement. Le devis de la construction et l'achat du terrain
devaient monter à 6.000 francs. Une nouvelle souscrip­
tion volontaire, habilement lancée, permit de réaliser le
projet. .

La salle d'asile fut inaugurée le l'f mai 1839, jour de la
fêle du roi. L'ouverture fut faite avec solennité par le
préfet, en présence du maire, du conseil municipal, du
comité d'arrondissement, de la Societé d'émulalion el de
nombreuses notabilités. . . .
Le cortège partit de la préfecture à midi. Une distri­
bution de livrets de caisse d'épargne fut faite aux élèves
les plus méritants des écoles de Quimper.
Dès le 22 juin, le nombre des enfants inscrits étai t de
264, dont 120 garçons et 144 filles. L'édifice, vaste et pour-

- 145-
vu ,d'un préau .collvert,éUi-it d.onné c.omme modèie,lOtu. x
l.ocalités qui . désiraient établir . des salles d'. asile. Le con~
seÏl municipal~ qui était d'ab.ord .opp.osé à la nouvelle
instItuti.on, en . comprît enfin Jes avantages, en mil l'en­
tr,etien à la charge du budg. et municipal et v.ola un crédit
de 800 fr. p.our traitemenl des sœurs, f.ournitures sc.olaires
et entr. etieu du m~tériel.
Le Préfet, aidé du c.omité supérieur, v.oulutcréer d'au­
tres salles d'asile dans l'arr.ondissement : interventions

pressanles auprès des maires . . .offres réitérées de sec.ours
n'amenèr, ent aucun résultat. Le bar.onB.oullé écrivait en
1842, dans un rapp.ort au C.omité supérieur . : « La salle

de ~Q.uimper, la manière d.ont elle est aménagée, le bien
immense qu'elle pr.oduit, s.ont p.ourtant bien faits p.our

enc.ourag~r. ·à f.onder de pareils établissements. Quand .on
réfléchil qut~Quimpel' 200 petits :enfants de familles indi­
gentes s.ont gardés tout le j.our, S.oignés et instruits sel.on
les bes.oin& . (le leur âgf) m.oyennant une simple all.ocati.on

de 800 fr. au budget de la ville, .on est réellement
peiné de voit" qu'une instituti.on à la f.ois si utile et si peu

di.spendieuse épr.ouve tant de difficultAs à se répandre.
« Outre ces avantages, elle en présente enc.ore un autre
qui mérite d~ fixer l'atlenli~ndes administrati.ons l.ocales :
c'est d'app'el~r sur .les enfants pauvres la bienfaisance
. publique . . C'e!'!t ainsi qu'à Quimper, au m.oyen d'une
l.oterie à ~aquelle chacun est heureux d'app.orter s.on
tribut, les d1;l.~es pr.otectrice,s de l'asile procurent chaque
anpée.à , lellll's jeunes pupilles les vêtements que ne p.our­
rait leur f.ournir le travail de leurs parents.
, « Une de ces loteries est sur le p.oint de se tirer et, cette
année c.omme les précédentes, la reine, S. A. R. Madame

l. a duchesse d'Orléans et S. A. R. Madame Adélaïde .ont
voulu contribuer il. vette b.onne œuvre en env.oyant d, es

l.ots ch.oisis avec g.oût. C'est ainsi que part.out .où . se JaU
_. 146-

quelque bien; nous sommes toujoUt'ssûrs d'y voif'partici­
per ces augustes princesses si dignes de leur haut rang.
Comment donc ne pal'tagerionsnous pas, du plus profond
de nos cœurs, la cruelle affliction dans laquelle les plon..;
ge en ce 'moment la mort d'un fils, ' d'un époux, d'un
neveu adoré L. )) (1) '. .
En 1840, huit asiles publics .recevaient 1388 jeul1es
enfants. 'Ceux de Brest, Landerneau, Landivisiau, et
surtout celui de Quimper, se faisaient remarquer par leur
bonne~ tenue, mais l'instruction y était donnée sans
méthode et n'était pas du tout appropriée à l'âge des'
élèves. L'asile de Morlaix, silué en contre"bas de la rue,
etait mal' éclairé, très humide, mal disposé. Châteaulin
ne possédait pas encore d'asile; ses ressources avaient.
été épuisées par l'acquisition d'un hôtel de ville, l'éta-;
blissement d'une fontaine publique , la réparation de
l'église et du presbytère; en outre, ses revenus avaient
été diminués par suite de l'érection de Port-Launay en
commune.
30 asiles privés fon.ctionn aient dans le département; ·
moyennant une faible , rétribution, les petits enfants y
étaient gardés; l'instruction s'y bornait aux prières, au
catéchisme et à la lecture, du français dans les villes, du
breton dans les campagnes. En l'absence d'établissements
mieux organisés, ils rendaient cependant de réels ser-
vices aux familles. .
L'organisation des asiles publics laissait également à
désirer. Généralement les personnes qui les dirigeaient
y apportaient du zèle et de la bonne volonté, mais il leur .
manquait l'expérience et la méthode nécessaires .

(i) Il sagit de Ferdinand-Philippe, duc d'Orléans, fils .ainé de Louis- .
Philippe, né à Palerme; mort à Neuilly dans un accident de voilure
( iSiO-1842).
147
En vue de remédier à cet état de choses, le préfet

demanda au ministre de l'Instruction publique de lui
envoyer, aux frais du département, une personne capable,
par ses études eL . son expérience, d'organiser l es salles
d'asile, d'instruire et de lormer les directrices et

maîtresses de ces établissements.
Mme MoHat, désignée par l'inspectrice générale des
salles d'asile de France, fut envoyée dans le Finistère.
Elle organisa la salle d'asile de Quimper sur le modèle ..
de la salle Cochin à Paris, puis elle s'occupa des salles
d'asile de Brest et de Landernea u.
Le succès obtenu pal' Mme MoHat ful tel que le Préfet
l'attacha au département en qualilé d'inspectrice des
salles d'asil~ du Finistère et lui attribua un traitement de

1.500 francs. Dès lors, Mme Mollat partagea ~on temps
entre les diverses salles d'asile où elle opéra elle- même,

faisant connaître les méthodes spéciales aux enfants de

2 à 6 ans auxquels il faut donner des soins physiques, des
distractions, en même temps que la première éducation

. convenant à leur âge. .

Grâce à l'inspectrice, les progrès furent sensibles. La

ville de Brest fit construire, près de l'église Saint- Louis,
un fort beau local où étaient admis 300 petits enfants;
Mme Mollat en fit un asile modèle, où la méthode était
comprise et pratiquée comme dans 1es asiles les mieux

tenus de la capitale.

Elle organisa également les asiles de Landerneau, Lan-
divisiau et Châteaulin; elle instruisit et forma à Quimper
des surveillantes aptes à diriger les tout petüs.
En 1849, le Conseil général exprima l'intention de
supprimer les fonctions de Mme MoHat. Le Préfet répon':
dit que les 11 écoles maternelles (l) publiques existant

. (il Un arrêté du 28 avril i84,8 décidait que les salles . d 'a Sile . porteraien
désormais le nom d'écoles maternelles. .
148 -

dans le déparLement avaient encore besoin de ses soins et
que les 83 écoles matemelles privées restées sans sur­
veillance pourraient être visitées par Mme MoHat, qui
aiderait de ses conseils les surveillantes de ces écoles et
les préparerait à pratiquer sa méthode.
Malgré Ifs services réels rendus par Mme MoHat .

malgré l'intervention du Préfet qui se portail garant de
son zèle et de ses aptitudes, son poste fut supprimé.
Conclusion
L'un des plus beaux titres du gouvernement de juillet
à la reconnaissance du pays est assurément ce qu'il a faiL
en faveur de l'instruction du peuple. La loi de 1833 sur
l'enseignement primaire suffirait à elle seule pour illuslrer
un règne. Si l'on fait à chaque gouvernement sa part en
matière d'instruction jusqu'à 1880, on constate que celle
du gouvernement de Louis-Philippe est la plus belle et
la plus large.
On en veut à Guizot de n'avoir pas abaissé le sens élec­
toral; on lui reproche sans réserve d'avoir prononcé cette
phrase malheureuse: (( Enrichissez-vous 1 », et on ne le
voit qu'à travers cel entêtement, refusant de faire des
concessions au peuple, ne voulant pas reconnaître qu'en
dehors des classes moyennes, qui avaient ses complai­
sances, le pays renfermait des capaCités qui avaient aussi
le droit de dire leur mot. On oublie trop ce que Guizot a
fait pour l'instruction des classes déshéritées. On peut dire

En i850, le département possédait :H écoles maternelles publiques
recevant ~.~23 enfants et 83 salles d'asile . privées fréquentées par ~!.~5~
enfants.
- 149-
que, grâce à la loi du 28 juin 1833 dont il est l'auteur, il
fut le créateur de l'enseignement primaire en France.
Cette loi fut, pour le Finistère, une loi bienfaisante. Ce
département est l'un de ceux où elle a fait naître le plus
d'écoles et où elle a le plus heureusement influé sur le
niveau de l'instruction populaire. Le nombre des écoles
s'est accru dans de fortes proportions; l'enseignement
s'est perfectionné, le nombre des illettrés a considéra­
blement diminué.
Ce n'est pas sans fierté qu'au terme de son séjour dans ce
département, le baron Boullé pouvait écrire au Gouver­
nement: « Assez nombreuses sont aujourd'hui les écoles
qui, :sous le rapport de la capacité et du dévouement des
maîtres, de la solidité et de l'étendue de l'enseignement,
de la tenue et des progrès des élèves, n'ont rien à envier
aux écoles des départements les plus favorisés à cet
égard ».
L. OGÊS.

-162 -

DEUXIÈME PARTIE

Table 'des mémoires pu bilés en 1934

PAGES
1. Les mégalilhes 'de Lannoulouarn (en
par Louis L'HoSTls (avec 3 planches)
Plouguin) '.

Il. Une épidémit) à Poullan en -1773, pal' Daniel
BERNAlln, . . ', 1

Ill. L'instl:uction priniaii'e dans le Finistère sous le

régime de la loi Q:uizot' (1833-1850)1 par Louis

OGÈs , . . . .

QUIMPER - IMPlllMElllE Mm. BAHGAIN