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Bulletin SAF 1927


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Un libraire morlaisien au XVIè siècle. Bernard de Leau

L. Le Guennec

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Société Archéologique du Finistère - SAF 1927 tome 54 - Pages 11 à 32

BERNARD DE LEAU

L'Histoire de Mo rlaix de Daumesnil, continu ée par A. Allier,
attribue à un imprimeur qu'elle ne nomme point, mais qu'elle

dit établi en [557 sur le Pont de Bourret, l'introduction dans
cette ville de « l'art sublime », et l'édition de deux mystères
en langue bretonne, la Vie de Sainte-Ursule et la Vie de Saint­
.Guénolé ( 1) . De ces deux ouvrages , le premier semble tout-à­
fait ignoré. Du moins ne l'ai-je jamais vu cité nulle part.
Quant à la Vie de Saint- Guénolé, bien qu 'elle ait malheureu­
sement disparu en tant que texte imprim é, il y a de très
sérieux motifs d'admettre son existence.
On connaît, en tout cas, des publica tions authentiques de
l'éditeur qui l'aurait mise a u jour, et qui s'appelait Bernard
de Leau ou Deleau. Dans son armorial manuscrit de 1774,
l'abbé Drillet de Penamprat désigne la famille de Lea u
comme étant « l'une des plu s anciennes de Morlaix » . En
réalité, elle n'apparut dans les annales de la localité que vers
le milieu du XVI' siècle, lorsque Bernard de Leau vint s'établir
en la paroisse de Saint-Martin , où il ouvrit, dans une maison
bâtie à l'extrémité du pont de Bourret, un magasin de librairie.
Les de Leau n'étaient pas Bretons de race. L'hermine qui
chargeait leurs anciennes armoiries, blasonnées ainsi par
l'abbé de Penamprat i d'azur à une hermine d'argent, soutenue.
en pointe de trois ondes de sinople, plaiderait en faveur d'une

origine armoricaine; mais Ph. Renouard ( 1) voit en eux des
imprimeurs parisiens, et il mentionne un Drouet de Leaue
exerçant" en 1538 et demeu rant en la « Ru e de Montmartre,
près Sainctes Marie legyptienne )), puis un Bernard de Leau,
le m ême sans nul doute qui avai t levé bou tique à Morlaix,
et qu'on rencontre éditan t en 1543, à frais commun s avec
Oudin Peti t, Jacqu es Kerver, Jean des Roys et Thomas Eustace,
un Missel de Paris imprimé par Didier Maheu. Ce missel se
trouvait en ven te à Morlaix chez Bernard de Leau. « Venun­
daniur in civitate Manierelaxis apud Bernardinum de Leau v.
M. Georges Lepreux , dans sa Ga llia Typagraphica (2), a
clairem ent établi et défini la situ ation de Bernard de Leau,

Né h ors de Bretagne, ayant fait à Paris son apprentissage de
libraire il n'exerça jamais la profession d'imprimeur, et i

le premier atelier typographiqu e o uvert à Morlaix ne le fut
qu'en 1618 ou 1619 p ar le Normand George Allienne, il
possédait deux m agasins, l'un à Paris, l'au tre à Mo rlaix, et,
bien qu'il résidât de préférence dans cette dernière ville, où
il s'était marié, il devait effectuer d'assez fréquents voyages à
la capitale, p our s'occuper de l'impression des ouvrages qu'il
éditait, s'approvisionner de nouveautés, et su rveiller la
m arche des affaires de sa boutique parisienne, gérée par

quelque fac teur o u parent. Bernard de Leau paraît être déjà
établi à Morlaix en 1549, car le compte de l'église de N.-D .
du Mur de celte année contient m ention d'un payem ent à lui
fait de 4 écus d'o r et 1 teston valant 8 livres 2 sols ( pour
apporter trois missales et un g breviaire de Paris a ladite
esglise)) (3). En 156 1, il reçoit 4 livres, « tant pour relyer
ung brev iai re grant que pour deux buczes de chaux )) (4),

(1) Imprimeurs parisiens, Libraires. Fondeurs de caractères ... depuis
1470 jusqu'à la (in du XVIe siècle, Paris, Claurlio, 1895, p. 216. Cf. Revue
des Bibliothèques, janvier-juin 1926, p. 57.
(2) T. IV, Bretagne, pp. 178-17!:1.
(3-4) Arch, du Finistère, 1.11 G 74 et 76,

produit qu'on ne s'attendrait pas à voir fournir par un libraire.
La date de 1557 est restée mémorable dan s les fa stes de la
littérature bretonne; c'est alors que Bernard de Leau publia
le fam eux mystère breton de sainte Barbe, dont l'unique
exemplaire connu, petit in-8° gothiqu e de 88 ff. non chiffrés ,
après avoir longtemp s appa rtenu à la famill e de Saint-Prix,
a passé la Manche et fait aujourd'hui partie des trésors typo­ graphiques du British Museum ( r). En voici le titre : Aman
ez dezrou buhez sanie Barba dre rym evel maz cuslumer he
hoary en goelet breiz E Paris nevez imprimet gant Bernard
de leuae (2). lmprimet E Paris evit Bernard de Leau pehiny a
choin e mountroulles (3) var pont Bonrret en Bloaz MDL VJ1
(Ici commence la "ie d e sainte Barbe en vers, .comme on a
coutume de la jouer en Basse-Bretagne. A Paris, nouvellement
imprimé par Bernard de Lea u Imprimé à Paris pou/"
Bernard de Leau , qui demeure à Morlaix, sur le pont de
Bourret, en l'an 1557) ' Les deux parties de ce titre sont
séparées par une vign ette sur bois de 32 % sur 22, repré­ sentant sainte Barbe portant sa palme et sa tour. La marque
d e Bernard de Leau , assez grossièrement gravée, existe au
verso du dernier feuillet, mais, par un oubli fâcheux, aucun
de ceux qui ont pu examiner et étudier ce précieux volume
n'a eu l'idée de la décrire. Grâce à la parfaite obligeance de
M. Georges Guénin, professeur au Lycée Pasteur, qui s'est
entremis à cet effet près d'un de ses amis de Londres, j'ai pu
en obtenir un croquis. Elle présente un écu soutenu par deux
licornes et ombragé d'un arbre feuillu; sur l'écu est un mono-

(i) Selon la Revue Celtique, V, p. 3Hî-3I6, un exemplaire de celle
édition (est-ce le même ?), incomplet de plusieurs feuillets, se trou"ait
en i880 entre les mains de M. Prud'homme, sans doute l'imprimeur­
libraire de Saint-Brieuc.

(2) Il Y a exactement: Beenard de L eau.

(3) Il Y a exactement: mouutroulles.

gramme formé des lettres B. D. L. avec, au-dessus, le « quatre
de chiffre» si commun dans les m arques de l'époque, et,
au- dessous, la lettre O.
On a remarqué ci-dessus l'équivoque des prépositions par
et pour, qui fait de Bernard de Leau d'abord l'imprimeur;
puis le simple éditeur du mystère. La même difficulté se
rencontre dans plusieurs ouvrages de J'époqu e. Léopold
Delisle cite : Les croniques de France abrégées ... novellement
imprimées [en 15101 à Caen en Froyde Rue par Pierre
Regnault , imprimeur et libraire de t' Université, demeurant au
même lieu, à la fin desqu elles se lit : Cy finissent les croniques
'de France abrégées, imprim ées nouvellement à Caen . .. pour
Pierre U egnault, libraire de [ 'Université. (t Il a été con staté plus

d'une fois, aj oute le savant bibliographe, qu'au xv

siècle et
au commencement du XVI ' siècle, on traitait d'imprimeurs
les libraires qui fai saient imprimer, surtout quand ils possé­ daient un matériel d'imprimerie l) (1 ).
M. Ernault a publié en 1885, pour la Société des Biblio­
philes bretons , une belle édition annotée du Mystère de
sainte Barbe (2) en utili sant une copie prise par La Ville­
marqué sur l'exemplaire de M. de Saint- Prix, et en en com­
blant les quelques lacunes au moyen de la seconde édition
parue à Morlaix, en 16[17, chez J ean Hardouin. Celte édition
répète m ot pour mot la première, avec une orthographe
souvent raj eunie. Le se ul exemplaire connu, petit in-8° de
206 pp., est à la Bibliothèque Nationale (V. 6186 Rés. ). La
transcription exécutée par La Villemarqué serait auj ourd'hui
égarée, m ais le pensionna t de Saint-Françoi s de Cuburien,
près Morlaix, conserve une copie manuscrite du mêm e mys­
tère faite directement sur l'imprimé par feu l 'abbé Kersalé,

(i ) Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, XXXIV (i90q,),
XIX-XX .

aumôriier de cet établissement, avec des errata et des notes
critiques de son cru. Une autre' copie appartient au marquis
de Kerouartz (1).
La Vie de sainte Barbe remonte évidemment, selon M.
Loth (2), à un mystère français imprimé qui eut une. grande
vogue au XVIe siècle. L'auteur breton a donné à son héroïne
un caractère curieux à étudier, « mélange hétérogène de foi
vive et enthousiaste, de zèle ardent pour Dieu et de sentiments
d'une dureté très peu chrétienne )~ (3 ). Cependant, l'ensemble
du . rôle de la sainte excite la sympathie, l'admiration et la
pitié; il a dû arracher bien des larmes aux spectateurs. de sa
passion, lorsque Dioscore fait torturer barbarement sa propre
fille, ou quand le vieux prêtre Valentin ensevelit avec upe
paternelle tendresse le « doux corps)) (cor! fla ur) mutilé. de
la jeune vierge. Tous les vers, d e 5, 8 ou IO syllabes, ont des
rimes internes, sauf une courte chanson entonnée par les
ouvriers qui bâtissent la tour. Comme le dit avec raisoJ]
M. Ernault, . cette recherche exagérée des rimes abondantes a
produit en moyen-breton les mêmes effets désastreux que
l'adoration de la rime riche chez certains poètes français, ·en
obligeant le poète à sacrifier continuellement le fond à la
forme.
En 1576, Bernard de Leau publia un nouveau petit ouvrage
breton en prose; mais celte fois, une imprimerie s'étant créée
vers 1570 chez les moines franciscains de Cuburien; il n'eut
·pas besoin de recourir à des presses parisiennes; et il confia
auxboI1s Pères l'impression de la Vie de sainte Catherine,
aussi vénérée par les Bretons que l'était sainte Barbe. Cet
opuscule de 31 pages non chiffrées, également à l'état
. (i) Bulletin archéol. de l'Association Bretonne. 1. xv, 3

série, pp.
39-40 (Nole de M. Vallée).
(2) Chrestomathie bretonne, 1,890, pp. 277-278.

d'e:œmplaire unique déposé à la Bibliothèque Nationale (1), a
pour titre : Aman ez dezraou buhez an ilron sancles Calhell
guerhes ha merzeres en Rrezonec, nevez Imprimel e Cuburien
evit'Bernard de Leau, peheny a chom e Monlrolles, voar ponlz
Bouret: en bloaz MDLXXVI. (Ici commence la vie de Madame
'sainte Catherine, vierge et martyre, en breton; nouvellement
imprimée, à Cuburien, pour Bernard de Leau, qui demeure
à Morlaix, sur le pont Bouret, en l'an 1576). M. Ernault a
publié et traduit ce texte en 1887 (2) et M. Loth en a
reproduit une partie dans sa Chrestomathie bretonne: il le
considère comme une traduction plus ou moins fidèle de la
vie latine de sainte Catherine, telle qu'on la trouve dans la
Légende dorée de Jacques de Voragine.

Le vieil éditeur morlaisien ne s'est sans doute pas borné à
ces deux: seules publications. Il a dû en offrir diverses autres
au public, mais toutes ont disparu aujourd'hui. Parmi celles
qui n'ont point sombré sans laisser de traces, on pourrait
peut~êtl'e compter le mystère breton de la Vie de saint
Guénolé, imprimé à Morlaix vers 1580, comme semble le dire
dom Le Pelletier, qui l'avait entre les mains lorsqu'il composa
son Diclionnaire breton -français, paru en 1752 (3). Rien ne
prouve cependant que cet ouvrage ait porté la firme de Bernard

de Leau, car le Mzrouer de la Mort, sombre poeme breton
composé au début du XVIe siècle par Maître Jehan Larcher le
vieil, prêtre de PlOugonven, et également imprimé à Cuburien
en 1575, n'offre aucune indication d'éditeur. Je ne fais donc
état ici de la Vie de saint Guénolé que pour mémoire, à

(i ) Coté J. 3007 Réserve (Inventaire).
(2) Revue Celtique, t. VUI (1887 ), pp. 76-95 . .
. (3) V. Revue Celtique, t. xx (1899), p. 213. Le P. Grégoire de Ros­
trenen, dans la préface de son Dictionnaire breton-fran çois, publié en
i 732, range la Vie de saint Guénolé entre deux autres « anciens livres

cause de la coïncidence des dates , me bornant à signalér qué
la perte de ce vieux: mystère n'est peut-être pas absolument
définitive.
Un exemplaire en appartenait, il J ' a trois quarts de siècle,
au maire de Plouézoc'h (1 ), brave culti vateur qui n'yenten­
dait pas grand' chose, et q ui l'offrit vers 1860 à M. Huon de
Kermadec, châtelain du Rohou. Lorsque M. de la Villemarqué
pria celui-ci de lui communiquer ledit ou vrage, il ne se
retrouva point, malgré d'actives recherches (2) . Cell es que
M. Ronan de Kermadec a bien voulu renouveler à ma de­
mande, il y a trois ans, n'ont pas abouti non plu s, mais le
hasard , providence des fouilleurs obstio és, peut qu elqu e jour
faire réapparaître ce petit volum e qui vaudrait beaucoup plus
que son pesant d'or. Du reste, dans les rédac tions modernes
de ce mystère, survivent encore d'assez longs passages du
vieux drame (3) reconnaissables aux rim es intern es qu'ils ont
gardées. Une diablerie à la sixième scène est presque tout
entière écrite selon les méthodes compliqu ées de l'ancienne
prosodie moyenne-bretonne.

N'ayant découvert rien autre chose, au point de vue biblio­ graphique, sur Bernard de Leau. je terminerai cette notice
par les renseignements biographiqu es qu 'il m'a été possible
de réunir sur lui et sa descendan ce. Il fi gure, ainsi que son
(i ) Canton de Lanmeur (Finistère). Le château du Rohou est dans la
même commune.
(2) Bullet' in de la Société archéolo gique du Finistère, t. XVI (i889),
pp. Mi-4,7.
(3) On en connaît 1) manuscrits, dont l'un, publié à Quimper par
Luzel en i889, se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale (fonds
celtique, nO \17) ; un second , même fonds nO 62 ; un troisième dans la
collection Vallée; un quatrième au château de Lesquiffiou près M orlaix.

fils aîné Jean. dans le rôle de cotisation des principaux habi­
tants de Morlaix, en vue de réunir des fonds pour lutter judi­
ciairement contre Troïlus de Mesgouez, nommé capitaine de
la ville, et qui prétendait mettre aussi la main sur le château
du Taureau ( 1565). Il donnèrent à eux deux , sur un L otal de
3.067 livres I7 sols, un e somme de 49 livres 16 sols, quote­
part très convenable ( 1).
Bernard de Leau fut marié deux foi s. Il épousa en premier
lieu Plézoue Robert, dam e du Petit-Kervouran en Lanmeur,
qui lui donna plusieurs enfants, Jean, Olivier. Bernard. Raoul,
Thomas. François, Yves, aulre Yves, Guillaume, Marguerile
et Christine. Elle mourut en 1561, d'après les comptes de
l'église de N.-D. du ~Iur, qui notent les dépenses de ses
obsèques « pour cyre et allumaige » (2) . Jean de Leau, son
fils aîné, qualifié sieur de Kerséac'h en Plouézoc'h, résidait en
1568 dans cette maison noble pittoresquement campée sur
une abrupte colline, à cent m ètres au-dessus du cours du
DourdulT. Sa femme Catherine an Quinquis (du Plessis) y

mit au monde, le 12 août 1568, un fils qu'on prénomma
Maurice à cause de son premier parrain, Maurice Forget, sieur
de Kerfanéfas en Plou ézoc'h, le second étant son oncle Raou 1
de Leau, mort sans alliance avant 1580 (3).
Déjà sur l'âge, Bernard de Leau contracta un e seconde
alliance en épousant Amice de Quélen, veuve de Guillaume
Rochcongar. Il en eut un seul fil s, Charles, baptisé le
20 septembre 1573 en l'église du Mur, paroisse de Saint­
Mathieu (4) . Le [8 mars 1579, Bernard de Leau fut, à Saint­
Mathieu, le parrain d'Anne Louarn, fille de son confrère Jean
Louarn, libraire, et de Perrine Pennesen (5). Le 20 août suivant,
(i) Daumesnil et Allier, Histoire de Morlaix, p. 1.46.
(2) Arch. du Finistère, 1.4 G 75.
(3) Arch. comm. de Plouézoc'h, Reg. par.

haut et puissant Messire Hieros me de Carné, chevalier de
l'Ordre du Roi, et dame Adelice de Kerloagu en son épouse,
seigneur et dame de Carné, Cohi g nac, Rosanpoul , Gaspern ,
etc., c c en con sidération de plu sieurs plai sirs et agréables
services qu'ilz connoissent avoir receus de Bern ard de Leau
et d'Amice de Qu élen, son épouse, demeurant en la r ue de
Bourret, paroisse de Saint-Martin », leur faisaient don d'une
Lombe située en l'église et chapelle de Nos tre- Dam e du Mur,
à Morlaix, près de la porte de la sacri stie, avec autorisation
d'y avoir escabeau et accoudoir, et d'y faire g raver leurs noms
et armoiries ( 1). La terre de Rosanpoul possédant alors un
m oulin à papier sur le Jarlot, n on loin du man oir du
Val-Pinart. il se peut qu e les « agréables services» rendu s par
le libraire morlaisien au seigneur et à la dam e de Carné aient
consisté à acquérir la production de ce m oulin p our les
besoins de son commerce et de ses impressions.
Un an plus tard, le 8 août 1580, « gisant sur le lict,
malade, touttefoys sain et dispos d'esprit et d'entende ment »,

Bernard de Leau convoquait deux notaires afin de leur dicter
ses volontés suprêmes. Son testament, déposé aux a rchives de
l'hôpital de Morlaix, en raison du legs qu'il désigna à cet
établissement sur sa propre maison , j oignant le pont de
Bourret, a été analysé dans notre Bulletin (2) par mon ami
M. Jean Marzin, économe dudit hôpital , q ui m'a depuis
obligeammen t fourni quelques détails complémentaires .
Le testateur reconnaît que « Pierres Thierry, m archand
dudit Morlaix, lui a rendu bon et loyal compte et payé le
relicqua de toutes les affaires et négoces que iceluy Thierry a
et peult avoir faict pour lui jusques a ce j our tant au pais de
Biscaye que ailleurs » , et le lient quitte de tout ce qu'il peut
(i) Archives de M. le comte de Rosmorduc, à la bienveillance duquel
je dois de très intéressantes indications.

devoir. S'agit-il uniqu ement d'affaires de librairie, de ventes
de livres il Cela n'est pas absolument certain, mais ce qu'établit
la clause ci-dessus, c'est qu e les entreprises commerciales du
vieux librai re s' étendaien t j u sq u' aux fron tières espagnoles,
dépassant singulièrement les limites de la province , Plus loin,
le malade lègue son (( ristre ( 1) de drap r.oir de Paris, qu'il
porte ordinairement, à Jehan Mallet, son serviteur de boutique
de librayrie, en oultre payer ledit Mallet de ses gages ,) .
Ces deux articles sont les seuls qui ont trait à la profession
du testateur. Dans les autres, il distribue divers legs à ses
enfants et petits- enfants. Il avait perdu quatre des ses fils:

Raoul, mort sans postérité; Olivier, disparu (en mer proba­
blement) ; Jean et Bernard. Ces deux derniers étaient repré­
sentés : Jean par sa veuve Catherine du Plessis, curatrice de
leur fils Guillaume; Bernard par sa veuve Marguerite Geffroy,
remariée à Jean Kerautem, lequel était tuteur d'autre Bernard
de Leau, fils de sa femme. Les enfants vivants se nommaient:
Guillaume, époux de Constance Balavenne, alors absent;
Thomas, époux d'Anne Le Bihan; Yvon, dit Le Grand, marié
à Jacquette Rochcongar ; autre Yvon, marié à Louise de
Kerret ; François, époux de Marguerite Kermerchou ;
Marguerite, mariée à Guillaume Noël, et Christine" encore
j eune fille, plu s lard femme de Sylvestre Noël; enfin Charles,
unique rejeton du second lit.
La preuve que Bernard de Leau n'était pas de souche
bretonne s'établit, semble-t-il, par son ignorance de la légis­
lation particulière de notre du ché, et sa déclaration d'être
obligé de révoquer certains de ses legs, ayant été informé que
la coutume du pays n e perm et pas à un père d'avantager tels
de ses enfants au détriment des autres. Un acte du 1 " juillet
.581 (2 ) nous fait assister au partage de la succession du libraire

(i) Robe avec justaucorps se laçant par derrière.

morlaisien , décédé dans l'intervalle. Malheureusement, il est

muet en ce qui concerne le fonds de commcrceet son attribution
à l'un des héritiers : on peut croire que la veuve, Amice de
Qu élen, continua à le gérer. Onze lots avaient été form és des
biens immeubles du défunt. Catherine du Plessis, représentant
son feu mari , aîné des enfants, choisi t la première part:
formée par « la moityé de la m aison des libre ries à Bourret,
qui est une quarte partye de ladite maison, mazière et fondz
d'icelle ».
Les dix autres lots, « exposés au sort par billettes ~ compre­
naient l'autre moitié de ladite maison, les lieux de Kerbabu
en Plougasnou et de Kerouhautguen en Lanmeur, une maison

en Saint-Mathieu de Morlaix « sur la vanelle par ou on descend
du Vieux Marcheix à la croix de Mauconseil », un jardin
dans la « Rue du Ch astel », m ême paroisse, d.es pièces de
terre à Pouloupry en Lanmeur et Kermebel en Plougasnou,
plu s quelques rentes par argent. Thomas de Leau refu sa de
choisir, et la quatrième « lottie» lui demeura, constituée par
une huitième partie du lieu de Kerbabu . Cet appréciable
héritage témoigne de l'aisance qu 'avait acquise Bernard de
Leau, et que nous ferait davanlage touch er au doigt l'inven­
taire de ses biens meubles, s'il pou vait se retrouver. Ce partage
égal et roturier démontre au ssi que la famille de Leau n'élevait
encore aucune prétention à la noblesse . Mais au siècle suivant,
imitant en cela tant de trafiqu ants enrichi s, acquéreurs de
seigneuries et de fiefs, les descendants du vieux libraire
voulurent trancher du gentilhomme et s'arrogèrent la qualité
d' éc uyer, . dont les dépouilla d'ailleurs bien vite la grande
réformation ordonn ée par Colbert.
J'ai essayé de suivre en ses ramifications principales la
postérité touITu e de Bernard de Leau, me bornant toutefois
à quelques indications sur les personnages les plus marquants
de chaque branche, que j'étudierai en suivant l'ordre dans
lequel sont énumérés plus haut ses enfants. Sa veuve Amice

de Quélen, dame de Croasanmerdy, dut décéder en 15g5, car

le Ig juillet de cette année. elle lègue au couvent des
Domini cains de Morlaix une pièce de terre dite an Louarem
au Parc ar Quen en Plougasnou, pour un service annuel à note
dans l'église conventuelle. où elle possède deux tombes (1).
1 - Jean de Leau. fils aîné, mort avant 1580, était, comme
j e l'ai dit, sieur de Kersec'h et époux de Catherine du Plessis.
Son fils i'I'Iaurice, né en 1568, n'existait plus en 1580, mais il
avait eu un autre fils, Guillaume de Leau, qui fut sieur de
Kerseac'h, procureur-syndic de Notre-Dame du Mur à Morlaix
de 15g2 à 1600 (2 ), jurat en 1595, miseur de la communauté
de ville en 15g8. De son mariage avec Catherine de la Forest,
il laisse une fill e, Catherine, qui épouse en 1604 Nicolas Nuz,
sieur de Kerhunan en Plougasnou, et meurt en 1653, et un

fils, Jean, sieur de Kersec'h, mort sans alliance à 60 ans le
15 août 1645 et enterré en l'église conventuelle des Récollets
de Cuburien (3), où sa pierre tombale. timbrée d'un écusson
aux armoiries des de Leau: d'azur au chevron d'or accompagné
de trois molettes de même, existe toujours dans le dallage de
la nef. Des N uz, le manoir de Kerseac'h a passé par mariage
aux Jarnage de la Planche.
2 Bernard de Leau. sieur de Kervouran ou Kervoran
en Lanmeur, avait également disparu avant 1580. Sa veuve
Marguerite Geffroy était remariée à cette date à Jean Kerautem,
e t. son fil s unique Bernard se trou vai l sous la tutelle dece dernier.
Qualifié aussi sieur de Kervoran, il meurt à Saint-Mathieu
(1) Arch. dép. du Finistère, H. lM.
(2) Arch. dép . du Finistère, il! G, 79 .
(3) Pour ne pas multiplier les références, je note ici qu e. tous les rensei­
gnements d'état civil qui sui vent sont extraits, sauI indication contraire,
des anciens registres des paroisses spécifiées, conservés il la bibliothèque

de Morlaix le II novembre 1594, sans alliance, et sa terre fait
retour aux de Leau de Kerhabu.
3 Guillaume de Leau ne prend aucun nom additionnel.
Il est marié à Constance Balavesne, qui lui donne quatre
enfants, baptisés à Saint-Mathieu de Morlaix de 1585 à [596
et paraissant tous morts en bas-âge. Le [5 janvier [590, la
Sainte Union morlaisienne le députe, ainsi que son frère
François et plusieurs autres, pour lever sur soixante des
habitants les plus aisés une taxe de 1.200 écus (1).
4 Thomas de Leau ne porte non plus aucun surnom de
terre. Il a de sa femme Anne Le Bihan au moins sept enfants,
dont cinq baptisés à Saint-Mathieu de 1574 à 1579. Je n'en
rencontre dans la suite d'autre mention que l'acte de décès,
en 1653 (Saint-Mathieu) de leur fille aînée Catherine.
5 Yves de Leau , dit Le Grand, sieur de Kerbabu en
Plougasnou. est l'auteur de la plus durable des branches
issues de Bernard de Leau, celle qui devait produire quatre
générations avant de s'éteindre en 1763. Il joua un certain
rôle à Morlaix pendant les troubles de la Ligue. Le 19 février
1590, le conseil de l'Union le nomme, avec le sieur de
Rosmeur, pour commander, sous M. de Kergaradec, le
détachement de 100 arquebusiers envoyés par la ville an
siège du château de Tonquédec. Revenu peu après de cette
expédition avortée, on le charge, en juin suivant, d'acheter
1.500 livres de pondre destinées, semble-t-il, an siège du
château de Kerouzéré (2 ).
En 1594, procureur syndic et maire de Morlaix, il accueille
en cette qualité le maréchal d'Aumont qui entre à Morlaix le
(i) A. de Barthélemy, La Chambre du Conseil de la Sainte Union de
Morlaix, 1885, p. 59.
(2) Le Cahier de la Sainte Union pp. 65 et :102 .
5 août, à la tête des troupes royales et manque de surprendre
le gouvernem Rosanpoul. II est jurat en 1595, capitaine du
châtea u du Taureau en 16 25 ( 1). Sa première femme Jacqu etle
Rochconga r tes te le 1 l janvier 1616 et meurt sans postérité
avant le 1 [ novembre 1617 . Il épouse en secondes noces
Françoise de Lesquélen , de la maison de Coatcongar en
Ploujean, veuve en 1626 et tutrice de ses enfants. tous n és à
Saint-M artin: Alexandl'c qui suivra. Anne, mariée à Jean
Beguet, sieur de Reneguy ; Marie, fem me de Charles Rouxel,
sieur de la Fontaine ; Françoise, mariée à Plouj ean,
le 24 octobre 1638, à Nicolas Le Gac, sieur de l(erconstantin,
capitaine de la paroisse de Recou vrance en 1636, et deux filles

non man ees .
Escuier Alexandre de Leau , n é en 1618, sieur de Kerbabu
après son père, épou se le 19 février 16l

2, dans la chapelle de
Saint-Jacques en la ville-close, paroisse de Saint-Mathieu, .
Catherine Le Saint, dame de Kerudol, fill e de nobles Guy Le
Saint et Anne de Kerézean , sieur et dame de Keranguinezre.
Il m eurt avant · 1670, date à laquelle Jacques Le Diouguel,
sieur de Kerozet, tuteur de ses enfants mineurs, se rlésiste en

leur nom de toute prétention à la noblesse, et paie 100 livres
d'amende. Il laisse deux fil s ; René d e Leau, sieur de Kerbabu
et du Pless is (en Sainte-Sève, trève de Saint-Martin) mort
sans postérité vers 1695 ; J ean, sieu r de Kerocbant, puis de

l( erhahu et du Plessis par héritage de son frère, qui suit; et
trois filles dont l'une, Marie, dame de Praterou, épouse en
'1676 Armand Marias, marchand à Morlaix.
J ean de Leau, sieur de Kerbabu, achète le 21 mars 1696
le m an oir du Plessis provenant de la succession de son frère
René, dont il est héritier sous bénéfice d'inventaire. Il prend
une part active à l'administration de la ville vers la fin du
règne de Louis XIV 3t sous la Régence . Il remplit successi ve-

ment, avec distinc tion et capacité, les charges municipales de
contrôleur de la communauté de 1683 à 1687, jurat de 1705 à
17 15, lieu te na nt de maire en L7 I7, maire et 1 ieu tenant-général
de police en I7 18, éch evin en 1]27-28 (1). II meurt à Saint­
Martin, âgé de 60 ans. le 8 décembre 1728, et il est enterré le
lendemain, selon son désir, dans l'église de l'Hôtel-Dieu ,
paroisse de Saint-Melaine. Son mariage avec Marg uerite Ber­
therand de Savigné ne lui a donné qu'une unique fille, Marie­
Aune de Leau, née à Saint-Martin le 3 décembre 1683. En
1729 , elle n' es t pas encore mariée et habite au château de
Penanvern en Sainte-Sève. Elle décède à Quimper, . le 3
décembre 1763, à l'âge de 80 ans, veuve de Messire
Sébastien-Prigent de Gouzillon du Garner, chevalier, seigneur
dudit nom, et pensionnaire ch ez les dames de Saint Thomas
de Villeneuve, à l'hôpital général de Saint-Antoine, paroisse
de Saint-Sauveur. On l'inhum e le l e ' octobre dans la chapelle
du Sacre, en la cathéd rale de Saint Corentin, en présence de
MM. de Keratry, Henri de Botguignen, L. de Forestier, de
Treverret, etc ... Avec elle disparaît, du moins de la Basse-
. Bretagne, le nom des de Lea u.
6 Yves de Leau, sieur de r:rechmenory, en Plourin-

Morlaix, trèYe du Cloître, est en 1607 lieutenant au château

du Taureau , où il remplace ThoIllas Quéhou de Gorrespont.
On le retrouve exerçan t la même charge militaire, à 75 livres
de gages, en 161 6, 1623, 16 29 François LE) Dioug ll el, capitaine
du fort en 1636, profite de la panique causée par l'invasion
espagnole, et des mesures de sécurité qu'elle provoque, pour
réformer les invalides de la garnison; mais la municipalité
de Morlaix prend au sujet d'Yves de Leau une décision
généreuse, d'ailleurs très motivée. « A l'égard du lieutenant,
malade longtemps y a, sans espoir qu 'il puisse. reconvalescer,

en considération des grands services qu'il a rendus à
Sa Majesté et à la communauté dan s ladite place, et qu'il y a
employé le plus beau et clair de son bien, et que a présent il
est in commodé et nécessiteux, et si caduc et décrépit qu'il ne
pourra travailler, (les habitants) sont d'avis, pendant sa vie
durant, de lui continuer ses mêmes gaiges » (1). Le vieil offi­
cier jouit pendant deux mois à peine de ce témoignage de la
reconnaissa nce de ses concitoyens; il meurt le 2 septembre
suivant et est enterré dans l'église de N. -D. du Mur.
De son mariage avec Louise de Kerret sont n és dix enfants,
baptisés à Saint-Mathieu de Morlaix de 1582 à 1602. Le fils

ainé, Guillaume, semble être mort à Saint-Martin en 1657'
Un autre fil s, François, baptisé le 19 août 1593, est tenu sur
les fond s sacrés par François de Carné, seigneu'r de Rosa npoul,
gouverneur de Morlaix pour le duc de Mercœ ur , et par Jeanne
de Kerliver, dame de Tréoudal. Une de leurs sœurs, Christine,
née en 1588. décédée en 165L~, épouse un personnage qui
porte un nom illustre, el qu'on est tout surpris de rencontrer
simple marchand à Morlaix, Laurens de Be1:u manoir du Besso,
Il est juste de dire . que la généalogie de la maison de
Beaumanoir n'en fait nulle mention . Jacquette, née en 1602,
épouse Mathieu Calvez, sieur de I(ersalou, et décède à Sainl-
Melaine en 1638. Marguerite devient la femm e de François
Le Gal, sieur de Lantrehouar en Plougasnou, el Marie, celle de
Maître Guillaume l-Ienrion, sieur du Ponlhuet en Lanmeur,
sergent royal.
Francis Gouin a raconté, d'ap rès un e tradition consignée
dans les papiers de famille de M. du Plessis Quéméneur,
dernier procureur du Roi au siège de Morlaix avant la
Révolution, la tragique aventure d'une jeune fille de « Jacques
Deleau », capitaine du fort du Taureau en 1611, que des
matelots anglais eotraînèrent à leur bord, au moment où elle

(i) Histoire de JJfol'laix , pp. 165-170.

rentrait du sermon avec sa nourrice, et que son père
délivra en capturant de haute luLLe le navire qui l'emportait.
Mais le prénom de Jacques n'a jamais été, à ma connaissance,
celui d'aucun des membres de la famille de Leau, et la date
1611 ne convient qu'à l'époque où Yves de Leau de
Crechmenory exerçait an fort les fonctions, non de capitaine
(c'était, cette année-là, Richard Balavesne, sieur du Ballac'h en­ Plougasnou), mais de lieutenant. Si l'histoire est véridique, il
convient de lui en restituer l'honneur, quelque peu entaché
de barbarie. Il paraît qu'ayant poursuivi à force de rames,
sur une chaloupe pleine de gens armés, le navire qui lui
enlevait sa fille peut-être Louise, née en 1590 -, Yves
de Leau s'en empara à l'abordage dans la baie de Carantec,
égorgea le capitaine de sa propre main, fit jeter à la mer,
pieds et poings liés. tous les survivants de l'équipage, et,
ayant échoué leu r bâtiment sur l'Ile Grande, il ordonna de
l'incendier après en avoir déchargé la cargaison. A la suite
de cette féroce vengeance, qui laisse supposer que la pauvre
enfant avait subi les brutalités de ses ravisseurs, tous les
vagabonds étrangers du pays furent saisis et embarqués
« violemment. à Rosco ff ( 1).
~e surnom terrien de Crechménory passa à Yves de Leau,
troisième fils du lieutenant du Taureau. né en 159:.1. Il épouse
à Saint-Mathieu, le 24juillet 163:1 , Marie Lozech , alliance qui
semble être demeurée stérile. Il vit encore en 1670, date à
laquelle, ayant essayé de défendre, devant la Chambre de la
Réformation, sa plus que douteuse noblesse, il essuie un arrêt

qui le déclare usurpateur et le condamne à une amende de
400 livres. Il meurt peu après, et l'humble manoir de
Crechménory appartiendra à la fin du même siècle à la famille .
de Kermellec.
(i) F. Lecoat (F . Gouin), Uonographie du château du Taureau,

7 François d e Lea u a pour femme Catherine de
Kermerchou, et habite la paroisse de Saint- Mathieu, comme
presque tous ses frères et sœu rs. La Chambre de la Sainte­
Union décide, le 211 janvier 1590 (f que François Delea u yra
en personne au g uet )J, dan s l'un des corps d e garde établis
pour la surveillance des portes de la ville . Le 29 j anvier. il est
député, avec son frère et divers autres, afin d e lever sur les
habitants les plus aisés une taxe de 1. 200 écu s, et il acCt'pte,
le 22 mars, de se porter cantion pour la rançon du sieur du
Restmeur, prisonnier d es Ligueurs à Morlaix (1). Un fils,
Gabriel, lui naît le 1 [ juille t. Lui-même décède le 19 octobre
suivant, et son enfant doit l'avoi r suivi d e bien près dans
la tombe.
8 et 9 Marguerite de Leau est en 1580 la femme d e
Guillaume Noël, et sa sœur Christine celle d e Sylvestre Noël,
frère ou cousin de Guillaume. Chri stine de Leau es t nommée
dans le cahier de la Sainte-Union, parce qu'on l'o blige, en
1590. à participer a ux frais de réparation des murailles de la
ville close, dans la mesure où sa maison s'y appuie (2) . Elle
meurt à Saint- Mathieu le 28 août 1596.

10 Charles, unique enfant de Bernard d e Leau et d e sa
seconde femme Amice d e Quélen, reçoit le baptêm e dans
l'église du M.ur le 20 septembre 1573 . Il a pour parrain écuyer
Charles d e Kerga ri ou, sieu r de Kermadéza, et pour marraine

lle
Constance Lagadec. Il prend le surnom terrien de sieur
deCroa sanmercl y, petiLlieu roturier situ é en Plougas nou, près
du manoir du Merdy, au carrefou r des chemins du bourg au
. village de Terenez, et de Lanmeur à la pointe du Dibenn.

(i ) Le Cahier de la Sainte Union, pp. 57, 59 et 75.

Il se livre au négoce, est juge consul en 1608, et s'occupe eI1
qualité de jurat des affaires municipales, de 1605 à 16T9 (1), Sa
femme Margu erite de Kerret, veuve en 1626, lui donne au moins
cinq enfants, baptisés à Saint-Mathieu de 1603 à 1615, parmi
lesquels Amice, mariée à écu yer Louis GoalTuec, sieur de
Runmarec, morte veuve en 1658, et J acquelte, dame de
Kermenhir, morte en 1667 et enterrée à Saint-Dominique,
Le fil s ainé, Yves de Leau, né en 1604, se qualifie comme .son
père de sieur de Croasanmerdy, Il semble avoir disparu sans
alliance, ainsi que son frère cadet Charles. Ni l'un ni l'autre
ne sont mentionnés dans la réformation de 1668-7 l, au
nombre des déboutés ou désistés, et le lieu de Croasanmerdy
appartient, en 1693, au sieu r de Coëtanlem de Rostiviec.
C'est à ce carrefour qu'existe encore le plus intéressant
sou venir qu'ait laissé, dans le pays de Morlaix, la famille
de Leau, Une belle croix à personnages s'y dresse, timbrée de

quatre écussons à ses ;)['mes et à celles de ses alliances.
Aux pieds du Christ se voient les armoiries pleines des
de Leau: d'azur au chevron d'or accompagné de trois moleltes
de m ême, Sous la Sainte Viel'ge, elles sont mi-parti de Quélen :
burelé de dix pièces d'argent et de gueules, pour rappeler
l'alliance de Bernard de Leau et d'Amiee de Quélen. Sous
saint Jean , elles sont mi-parti de Ken'et: d'or au lion de sable,
à la cotice de gueules brochant, et enfin écartelées de Kerret
sous la statue de sainte Marguerite, patronne de Marguerite
de Kerret, femme de Charles de Leau .

A l'article : Lea u (de) de son Nobiliaire de Bretagne,
Courcy cite des sieurs de la Roche et de la Touche en Evran,

près de Dinan, de mêmes nom s et armes, et le vicomte de
la Messelière a donné, dans ses Documents pour servir à
['histoire de la paroisse d'Ev1'lln (Cô tes·du-Nord), (Saint-B rieuc.

F. Guyon, 1895), la genéalogie des Leau (sic) de la Roche,
depuis écuyer Samuel Leau, sieur de la Roche, époux de

lle
Hélayne de Lys, dont plusieurs enfants baptisés de
1612 à 1623. L'un d'eux, Charles, mort en 1635, ne put être
enterré dans le chœur de l'église d'Evran, un gentilhomme
s'y étant opposé en alléguant que le sieur de la Roche n'avait
pas droit de sépulture à cet endroit, n'etant ni écuyer ni
noble . . L'aîné, François Leau, sieur de la Roche, désisté à la
réformation de 1668, mourut à son manoir dela Toucheen 1677,
veUf de' Renée de Rosni vynen. Leur fils, noble homme J ean­
Baptiste Leau, si eu r de la Roche, se quaI ifiait d'écuyer en 1695,
L'auteur a suivi sa descendance jusqu'au XIX

siècle. Le

dernier représentant de cette famille, Louis-i\1arie- Paul Leau
de la Touche, né au manoir de la Touche en 1823, n'a point
laisse posterite. Il ne semble y avoir jamais eu aucune relation

de parente et de parrainage entre la branche de Morlaix et
celle d'Evran.

J'ai pense que le cas de ce libraire parisien venant au milieu
du XVI' siècle, s'etablir, se marier et faire souche au fond de l'evê­
chede Tréguier, en Basse-Bretagne, meritait d'être etudie avec
quelques details, quoiqu'il n'eut rien d'exceptionnel, la prospe­
rite commerciale et la paix profonde dont a joui notre province
jusqu'en 1589 expliquan t très suffi sammentI'altrait qu'elle exer­
çaitsurles Normands, les Angevins, les Flamands, les Basques,
voire même les Parisiens. Dans la vignette qui accompagne
ce travail, la marque de Bernard de Leau est figurée
d'après un croquis sommaire. J'y ai joint des vues de
l'ancien pont de Bourret à Morlaix, aujourd'hui disparu, à
l'entree duquel se trouvait la librairie de l'editeur du Mystère
de sainte Barbe, des manoirs de Kerbabu en Plougasnou et du
Plessis en Sainte-Sève, possedes par la branche de Kerbabu,
M.l>on d. la Jamme
d~ LeaU:.
1\a, d,
Bouttcè ,
,; MoL!"

le Pon l: dt: ouu.e.: t

Manoi du. Ple.sLs
.TI. 5aintc.5êl1'

ainsi que de sa maison' urLaine, telle qu'elle exi ste encore
dans l a rue de Bourret. Enfin , j 'y ai rep roduit la croix du
Merdy avec les écussons qui la décorent, et le blason tout
différent des de Leau décrit par l'abbé de Penamprat ( 1).
L. LE GUENNEC .

(i) Au moment de mettre sous presse, je reçois de M.le vicomte de la
Messelière une généalogie détaillée de la famille Leau de la Touche, ac­
compagnée d'intéressants croquis des manoirs de la Roche et de la Touche­ Cl!artier, en Evran, qui furent ses résidences successives. La Roche est
accosté d'une mince tourelle carrée. Plus important, La Touche est flan­
qué de plusieurs pavillons et d'une haute tour cylindrique à poivrière.
Une chapelle du xvm

siècle s'élève à l'angle du jardin. Son bénitier
parte un écusson blasonné d'une croix, armoiries qui diffèrent donc de
celles des de Leau de M orlaix. M. de la M esselière, à qui j'adresse tous
mes remerciements; pense que les Leau pourraient être originaires du
107 -

DEUXIEME PARTIE
Table des Mémoires publiés en 1927
PAGES
1. Bonaparte glorifié au pays bigouden (26 août 1798),
par H. WAQUET. . . . . . . . . . . . . '. 3
Il. Un libraire morlaisien au XVI" siècle. Bernard de
Lea u, par L. LE GUENNEC. . . . . . . . . .. 11
III. Le nom de Laënnec. Un cas difficile d'onomastique.
par Joseph LOTH . . . . . . . . . . . . .. 32

IV. L'allée couverte de Men-Meur (Guilvinec), par
Marthe et Saint-Just P ÉQUART .. ...... , 48
V. Dolmen de Brunec (tIes Glénans), par Marthe et
Saint-Just PÉQUART . . . . .

VI. Le vieux manoir de Kersaliou en Saint-Pol-de-
Léon, par J.-M. AUSSEUR. . . . . . . . . .. 84
VII. Une émeute à Kernilis en 166(j, par H. WAQUET. 97