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Bulletin SAF 1904


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Fouille du tumulus du Rumédon en Ploumilliau (Côtes-du-Nord)

A. Martin

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FOUILLE DU TUMULUS DU RUMEDON(1)
En PLOUMILLIAU (Côtes-du-Nord) . .

Le nouveau tumulus que nous avons fouillé ne m~surait
pas moitis de 45 mètres de diamètre sur om 80 selllernt:nt de
hauteur. Situé dans un champ labouré depuis longtemps, il
peu à peu arasé par la charrue. Bien isolé au milieu du
a été
. champ, loin des-fossés et talus qui l'auraient déformé, l'opé-
ration toujours si délicate de la détermination du centre
devenait aisée. En allant se poster à 50 ou 60 mètres du
tertre, sa masse prend forme, sa silhouette se détache entière
et l'on peut, avec une grande approximation, faire placer un
jalon au milieu de l'arc de cercle qu'elle dessine. La même
opérationrépétée d'un .pOint équidistant, à 90 du premier,
donnera le . centre à bien peu de chose près. Dans le cas
actuel,· le résultat a été d'une précision presque mathéma-
tique. Le procédé est simple, pratique, mais il exige une
butte bien entière, un terrain assez largement découvert pour
avoir du recul, ce qui est rare.
La pièce de terre où se trouve le tumulus fait partie de la
ferme du Rumédon, dont la maison d'habitation est toute
Elle occupe l'angle nord-ouest du carrefour
voisine (2).
formé par le chemin de grande communication nO 38 de
Guerlesquin à Lannion et le chemin vicinal de Ploumilliau
à Ploubezre, à environ 6 kilomètres de Lannion.
(1) Pour Run-Médon, avec chûte de l'n devant une consonne. C'est en-
core un lieu dit dànt le nom ràppelle le tertre artificiel qui s'y dresse. Le
mot Run est particulièrement commun, pour désigner une butte, dans
la partie bretonne du département des Côtes-du-Nord.

.. (2) Appartient à M. le marquis de Marcillac, à qui je suis heureux cie
renouveler ici mes vifs remerciements pour l'autorisation qu'il m'a gra­
de faire des fouilles sur sa propriété.
cieusement accordée

Avec un tumulus aussi aplati, une tranchée latérale ne
s'imposait pas; un simple puits peu profond devait nous faire

arriver l'apidement à la sépultul'e. Un cercle de 2 50 de
rayon fut donc tracé autour du jalon comme centre et l'on
. se mit à l'ouvrage. SUl' o III 40 environ de profondeur. onne
rencontra que de la terre de labour et, au-dessous, une
al'gile non remaniée, plus compacte, où chaque pelletée
laisse derrièl'e elle, sur la paroi coupée, de nom­
enlevée
breuses tàches noÏl'es, ces larmes de charbon si caractéri­
stiques de nos monuments funéraires préhistoriques de tous
les âges et qlli mettent l'espoir an cœur du fouilleur. Puis
des pierres se montrent et ne disparaîtront plus. Nous
dans un galgal fait de moellons granitiques, de
sommes
cailloux quartzeux, mélangés a vec de la terre.
Le charbon y abonde, souvent en gros morceaux.
Les pelles sont remplacées par les pioches, et mieux
ellcor~ par les mains. Bientôt, à la paroi ouest du puits, les
ouvriers rencontrent une grosse pierre qui paraît êtl'e debout.
Pendant qu'on la dégage, de l'autre côté, à l'est, on fait une
découvede pareille. Une fois dégarnies sur toute leur lar­
geur' et sur 30 à 40 centimètres de hautelù" il ne peut !Jlus y
avoie de doute; ce sont deux dalles dressées parallèlement
l'une à l'autre. à la distance de 3 40, la ligne joignant leul'
milieu étant orientée est et ouest du monde. Elles sont
seules; l'enlèvement des pierres du galgal, poursuivi sur les
côtés nord et sud, ne montre que l'amoncellement ordinaire
de moelluns mêlés à de la terre. Dans la disposition . de ces
moellons, aucun ordre, rien qui ressemble à un mur, même
ll'ès grossier; cal' nous avions pensé, au moment de la dé-
couvel'Ie des deux dalles, à un grand coffee à ciel ouvert,
fait en mégalithes ou avec mégalithes et murets à pierre
sèche 11 n'en est rien. Le champ de la fouille se rétrécit, car
.il semble bien évident que la sépultul'e est entre les deux
gl'andes pierres debout, qu'elles en délimitent l'aire de l'est
BULLETIN ARCHÉOL. DU FINISTÈRE. TOME XXXI (Mémoires) 9

à l'ouest. On pourrait croire aussi qu'elles ont servi'à la
protéger; que des poutres en bois, allant de l'une à l'autre,
ont soutenu une sorte de t9iture. Notre attention se porte
sur ce point. Nous cherchons, dans le fouillis de pierres et
terre, les débris de bois pourri qu'aurait laissés, en grand
nombre, une pa!'eille couverture. Il n'y a pas trace; notre
hypothèse tombe d'elle-même. "
Il faut maintenant opérer avec méthode et lenteur, et la
l'ouest va servir de point de départ à l'exploration.
dalle de
On commence parla dégager de toutes les pierres amonce­
lées il. son pied et lui servant de calage. Sous ces pierres
l'ouvrier signale du sable bhnc, très fin. Nous descendons
dans la fosse et pouvons en effet constater l'existence d'une
,couche de sable étendue sur du bois pourri qui repose lui­
même sur un lit d'argile pu!', d'un brun violacé, riche en
charbon, et qui paraît avoir été damée. Les trois assises se
long de la dalle, où nous les mesurons:
voient bien le
Sable. . . . . . . . . . . . . . . .. .. 0,03 à 0,05.
Bois. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 0,01 au plus.
Argile. . . . . . . . . . . . . . . . . .. 0,15.
Cette dernière est en contact direct avec l'argile dure et
rougeâtre qui constitue le sous-sol naturel. La dalle est posée
sur ce sous-sol. Voici ses dimensions: hauteur,Om91;
à froid
largeur, 2 10 ; . épaisseur très irrégulière. C'est une roche
très fissile de micaschiste, dont une grande protubérance
centrale a été facilement détaché.e par un coùp de. pic.
Il ne reste plus qu'à suivre la couche de sable, en prenant
grand soin de ne pas l'entamer, car elle doit porter le mo- .
bilier funéraire, si mobilier' il y a, ce dont quelques-unes de
antérieures pourraient nous faire douter (1). Le
nos fouilles
(i) UncerLain nombre de tumulus à coffre ou à chambre dolménique,
lit de sable au fond de la sépulture, ont été fouillés par mon ami '
avec
M. P. du Chatellier et par moi. Ils n'ont donné aucun mobilier funéraire •

travail se fait toujours à la main, aidée çà et là du pic pour
ébranler les moellons trop coincés. Mais il faut bientôt re­
prendre la pelle, les pierres devenant de plus en plus rares
dans l'axe de la sépulture, où une masse d'argile pure, mé-
langée de gros charbons, paraît s'étendre sur un assez grand
espace. C'est q'uelque chose de nouveau, el rattention re­
double; mais pas assez cependant. Le tas d'argile est atta-
qué par zones horizontales successives, de haut en bas,
presque au niveau du sable, met
quand une pelletée enlevée,
au jour une lame de bronze d'lm beau vert. C'est un poignard
qui, malheureusement, a été cassé au moment où l'ouvrier
soulevait sa pelle qui n'avait pris que le talon de l'arme,
laissant la pointe en porte à faux. Mais la cassure est franche
et de peu d'inconvénient. Pareil accident n'arrivera plus.
ar c'est nous, avec nos petits outils appropriés, qui allons
seul continuer les recherches. Le premier poignard était
orienté dans l'axe de la sépulture, la pointe à l'Est. Près de
lui: à sa gauche, s'en trouve un second orienté de la même
façon, alors qu'à sa droite nous dégageons d'un amas de
noirâtres un petit objet de bronze en forme de piton.
matières
Un peu dans l'Est un troisième poignard, dans une position
par rllpport aux deux premiers, la pointe dirigée
inclinée
vers le nord·est. Des cendres, du charbon, des débris d'os­
sements en grand nombre, dont quelques-uns très impor-
tants sont mis soigneusement de côté, couvrent les poignards
et un assez vaste espace à peu près circulaire dont le centre
est exactement à mi-distance entre les deux menhil's-limite.
La marche vers l'Est, à travers le dôme d'al'gile, ne fait plus
l'ien découvrir.
En regardant d'en haut h~ champ des recherches, il semble
bien qu'on s'est tenu, jusqu'ici, un peu sur la gauche de l'axe
de la sépulture. Avec un cordeau passant par le milieu des
dalles,nous en avons la confirmation. Il y a donc lieu
deux
d:élargir la fosse vel's le Sud où l'on retombe dans le massif

de pierrailles, qu'on enlève une à une à la main. Nous
sommes vite récompensés de notre peine par la découverte,
par le travers du groupe des ~rois poignards, dans une
couche d'argile peu épaisse, chargée de lourds moellons,
d'un beau glaive, ol'ienté est et ouest mais, cette fois, la
pointe à l'ouest, et d'une hache en bronze placée près de
au sud, son grand axe sur une ligHe perpendiculaire au
lui,
milieu du glaive.
Comment n'avons-nous pas rencontré de pointes de flèche
en silex, le complément indispensable des mobiliers de l'es-
pèce 7 Il doit y en avoir bien certainement; mais leur place
est si variable, leur dissémination si étrange parfois sur l'aire
de la sépulture qu'il va nous falloir mettre celle-ci tout à fait
à nu pour les rechercher. Dans l'ouest, où le dégagement
du lit de sable a éLé complet sur toute la largeur de la dalle,
on n'a rien vu. Agissons de même pour la partie est, et
commençons par dégarnir la seconde dalle des pierres qui
l'accorent et la masquent à moitié. Elle mesure P1l50 de large,
om 75 de haut et om 22 d'épaisseur. A sa base, on retrouve le
sable, le bois pourri et l'épaisse couche d'argile violacée.
Un des derniers moellons, enlevé à l'angle nord d'en de­
dans, a été jeté à nos pieds sur le bord du puits. Dans la
terre noirâtre qui l'enveloppe, nous apercevons enfin une
pointe de flèche que nous faisons passer sous les yeux des
ouvriers, qui vont savoir maintenant ce qu'ils ont à chercher.
Dans le même coin, on eo ramasse une seconde; puis, en
allant vers l'ouest, toujours au milieu des pierl'es du galgal
qui, là, sont en contact direct avec le sable et le bois, on en .

recueille d'autres. E1les vont ainsi, disséminées une par une,
jusque par le travers du dépôt de restes incinérées où elles
deviennent plus nombreuses.
Il y en a vingt-cinq en tout. Elles sont brunies, noircies,
salies par les terres mélangées de bois pourri où elles ont
séjourné; mais, chose merveilleuse, étant donné le milieu

dans lequel on les a trouvées, aucune d'elles n'a la moindre
avarie; pas une pointe, pas un aileron, pas un pédoncule
recherches opérées sur le bord sud de l'aire,
brisés. Des
la dalle de l'est et le glaive, n'ont rien donné. La sé-
entre
pult l'8 nous a livré toutes ses richesses.
Au moment où nous allons combler le puits, on a aperçu
dans les terres de déblai une petite hache en bronze qui avait
à tous les yeux. Impossible de dire quelle place elle
échappé
à partir de la découverte du
occupait. Cependant, comme
poignard, le," recherches ont été poursuivies avec
premier
tout particulier, presque toujoul's à la main, il est
un soin
fort à présumer qu'elle faisait partie du groupe des trois
poignards et qu'elle aura été rejetée dans une pelletée
peut-être celle qui a brisé l'un d'eux.
d'argile,
armes, ramassées avec une
L'étude attentive des diverses
gt'ande quantité des matières environnantes, argiles infé­
et supérieure, bois, sable, cendre, etc., va nous per-
rieure
mettre de préciser certaines particularités de la sépulture
qu'il est difficile de saisir au cours des fouilles quand il n'y
Je chambre sépulcrale protectrice et qu'on opère au
a pas
d'un fouillis inextricable de terres et de pierres
milieu

agglomérées.
Poignœrd n° 1 (Pl. l, fig. 1). Poignard à lame triangu-
laire et à pointe largement émoussée. Le talon, à sa partie
supérieure, s'arrondit en quart de cercle aux deux angles,
entre lesquels il suit une courbe légèrement convexe inter­
rompue, au milieu, par une très petite soie, en forme de
langue de chat, ayant om008 de longueur sur om014 de 'largeur
à la base. A la partie inférieure, il est dé] imité pa r de minces
en bronze, normales à la lame, une sur chaque plat,
cloisons
dessinant une courbe concave vers la pointe, de om 0011 de
flèche, avec évidement central, en cintre surbaissé, de om008
de creux sur om 013 d'ouverture. C'est à ces cloisons métal-

liques que M. le commandant Le Pontois a donné le nom de
« cloisons-limite )) dans le compte rendu si clair et si
complet de sa belle fouille du tumulus de Cruguel,en Guidel:
Morbihan (Revue archéologique, 1890). Elles sont destinées:
en effet, à servir d'arrêt à la base du manche qui en suit
exactement le modelé: le cintre compris, à empêcher que,
par suite d'un coup violemment porté. le talon ne rentra plus
profondément dans le manche, et la précaution n'était pas
de trop avec le très original. mais bien défectueux procédé
d'emmanchement qu'on retrouve partout dans les sépultures
armoricaines du même âge: c'est-à-dire l'emploi de goupilles
à tête perdue au lieu de rivets (1).
Dans l'espace compris entre le sommet du talon et la ,
. cloison-limite, sur un arc de cercle parallèle à cette dernière
et tangent au haut du cintre en fer à cheval, sont échelonnées
les, six goupilles qui maintiennent le manche , Cinq sont en­
tières, cylindr,iques: de om OOl! de diamètre; la sixième a
disparu, emportée, avec une partie de la lame, par une cas­
sure se prolongeant sur le tranchant jusqu'à om02 au-dessous
de la cloison. La dist.ance de centre à centre entre les deux
du milieu est de om 028 ; puis, .de chaque côté, en allant vers

les bords, on trouve 0 009 et 0 008. Les longueurs, da'ns le
même ordre, donnent om017: 0 0155 et omOi23 pour un des
0 0167, om0154 ...... pour l'aut.re', Entre les goupilles
côtés,
et près de la cloison, se voyait, en quelques endroits, une
substance dure d'un blanc sale avec des veines noirâtres,
débris de l'ancien manche. Sur la t.ête d'une des goupilles

et y adhérant fortement, une petite rondelle, blanc-jaunâtre,
examinée à la loupe, a montré une contexture cellulaire '
comme un os. La lame, régulièrement bomhée sur ces deux

(1) Voir à ce sujet nos deux mémoires: Exploration du tumulus de
Tossen- M aharit, en Trévérec, Côtes-du- Nord (lVIémoires de la Société d'é­
muation des Côtes-du-Nord, année 1900, et: Les Sépultures armoricaines
à belles poin tes de flèche en silex (A nthropologie, 1900-2) .

faces, est épaisse de om 0044, en haut, venant à Olll 0035 et
om 003 vers la point.e. Ces chiffres, avec l'oxydation, doivent
supérieurs à la réalité.
être
Pas de renflement accusé, pas de nervure, pas cette
quelques poignards du Tossen­
. forme carénée qui font de
Maharit et d'autres sépultures de la même époque de vraies
combat, solides et pesantes. Les deux plats de la
armes de

lame sont couverts de rugosités dont quelques-unes ont
l'aspect filamenteux, strié, que produiraient sur l'oxyde une
est vert-foncé passant au brun
étoffe ou des poils. La couleur
et sur une des faces seulement, dans le fer à cheval et le long
de la cloison, on trouve la couleur claire du vert de gris.
Quatre filets en creux, de chaque côté, décoraient la lame;
on ne les voit bien qu'en haut; mais on en distingue des
sur plusieurs autres points. La longueur totale du
restes
y compris la languette, est de Om223 et la largeur,
poignard,
à l'emmanchement, de Om 076. La cassure dont nous avons
s'est produite à om 09 de la pointe; en rapprochant les
parlé
parties, elle se voit à peine et ne dépare pas cette belle
deux
Malgré cet accident, nous avons pu recueillir des dé­
arme.
bris du fourreau. Sur un morceau de om08 de long sur om028
de large à un bout et om015 à l'autre~ on peut voir distincte­
ment sa triple composition: au milieu, du bois jaune brun,
épais de om002; dessous, en contact avec le métal, une très
mince feuille de peau brun foncé, craquelée, avec taches
un cuir presque noir, boursouflé, écailleux.
vertes; dessus,
Poignard nO 2 (Pl. l, fig. 2). - Parfaitement entier et bien

haut du talon seul présente quelques ébréchures
conservé; le
et, aU moment où nous le soulevions~ la languette, de forme
triangulaire, longue de om 016 et large de om 014 à la base,
st brisée. Elle a pu être collée et rien n'y pélraît plus. C'est
encore une lame triangulaire, à pointe arrondie, sur les plats
de laquelle existaient des filets en creux disparus sous l'oxy-

dont on voit les amorces près de la cloison·limite.
dation et
d'une conservation parfaite, très mince, ayant
Celle-ci,
om 002 de ' relief, dessine un arc de om004 de flèche, et son
fer à cheval central mesure om 0075 de Cl'8UX sur om 0115
d'ouverture. Les six goupilles, rangées sur une courbe pa­
rallèle à la cloison et tangent au sommet du cintre, sont en
Cylindriques, avec om0035 de diamètre, elles donnent
place.
comme longueur, en allant du centre vers les bords,om0149.
Om0134 et Om0116. La distance des centres des deux du mi­
lieu égale om023; puis ~ de l'une à l'autre, on a Om008 et
om007. Il y a un peu de bois, presque noir sur différentes

parties du talon et entre les goupilles, ayant appartenu au
manche. La lame, épaisse de om0035 en haut et de om0024 à
la pointe~ sans nervure de renforcement, a cédé sous le poids
des matériaux de l'enveloppe tumulaire. Elle a été trouvée
incurvée, avec flèche de Om 011. Nous verrons le fait se re-
produire ici; il a été constaté plusieurs fois dans les sépul­
tures du même genre.
La description que nous venons de donner concerne la
supérieure concave. Sur la face convexe, la cloison­
face
quoique bien visible~ est fortement endommagé; les
limite,
filets en creux n'ont laissé que des traces peu apparente~.
C'est sur cette face cependant, 'qui reposait directement sur
le sable, qu'on a pu recueillir quelques morceaux du four­
reau. Par des coupes transversales opérées sur l'un d'eux~
il a été facile de reconnaître la très mince peau d'en dedans ,
tachetée de vert, la lame de bois, épaisse de omOOl àOm0012~
et le gros cuir extérieur tellemetit pénétré par le sable faisant
corps avec lui, qu'on hésite à dire si c'est bien ' du cuir ou
seulement de l'écorce.
Longueur de l'arme, avec la soie, om 176 largeur à l'em­
manchement, om 06.
- C'est le plus grand: lon-
Poignard n° 3 (Pl. l, fig. 3).

D'ueur totale, om 278 avec la soie languette qui a om015. 'fou­
jours lame triangulaire à pointe arrondie, décorée de quatre
filets en creux, dont on ne voit que quelques vestiges près du
talon, large de 0 072, épaisse de oma04 au milieu, et trouvée

infléchie, la concavité en dessus, mais d'une façon moins
accusée que sur le poignard nO 2, bien conservée, entière, à
l'exception d'une ébréchtire en haut du talon venant presque
rencontrer le trou de goupille du milieu de ce côté. La cloi­
son fer à cheval ayant Om 016 d'ouverture SUl'
son-limite, avec
a 008 de creux, est intacte, très mince (omOOl au plus), haute
de ü 0024, avec flèche de om005 Mais ici elle ne s'arrête pas
aux tranchants de la lame qui marquent aussi le point d'arrêt
des deux côtés du talon dans les poignards recueillis jusqll;à
jour dans les sépultures à pointes de f1èche en silex; elle

se prolonge de Om004 de chaque bord sur des saillies' métal­
liques formant sortes de petits quillons qui se relient par
une graôeuse courbe rentrante, à la partie supérieure, plus
convexe qu'à l'ordinaire, du talon (fig. 1). Voilà une particu­
larité nouvelle, comme une tentative, timide encore, vers la
croisière véritable. D'autres indices de progrès nous serons
fournis par le mobilier du Humédon. Malheureusement,
quelques jours après l'examen du poignard, les deux petits
quillons se sont détachés, par l'effet de la sécheresse, en
plusieurs morceaux qu'il a été impossible de rassembler et
coller. ,Dans le champ, entre la cloison et la languette, il
reste trois goupilles d'un côté et une seule de l'autre; elles
sont cylindriques, d'un diamètre de om 004. Entre elles et
sur la langnette, quelques débris de bois noir du manche.
Après avoir enlevé,avec un fin pinceau, le sable et l'argile
qui recouvraient la face examinée jusqu'ici, celle supérieure,
concave, nous avions mis au jour une partie du fourreau,
bien adhérente au métal. Bois jaune brun, de om 0015 ~'é-
,paisseur vers le haut, n'élyant plus que om 001 dans le bas,..
où il devient presque noir; disparu en plusieurs endroits où

ne se voit que la mince peau d'en dedans sur laquelle oil
remarque des lignes de couture. Par dessus, le gros cuir
noir, très imprégné de sable, d'argile et de cendre, n'existe
aussi qne par places; des ossements s'y sont soudés;
l\m d'eux, long de 0 04 sur 0 02 de large, était placé en
tl'avers, débordant l'un des tranchants: on aurait dit un
fragml~nt de maxillaire inférieur. 11 s'est morcelé en essayant
de le llétacher du fourreau. Les restes du mort ont donc été
déposés directement sur les armes, placées là d'avance.
pàrtout en contact immédiat
La face inférieure, convexe,
sable, montre ses filets en creux de bout en bout, sa
avec le
cloison-limite très bien conservée et ses six goupilles. La
d'istance entre les deux du milieu est de om 0285, pnis entre
les aut.res de om008~ Les longueurs de celles d'un même côté
restées' entières, donnent om 0156, om 0148 et om 0135. Entre
elles, un peu de hois noir verdi. Deux parties assezimpor­
tantes du fourreau nous fournissent une indicàtion intéres­
sante: la chape remonte bien an-dessus des goupilles.
Le bloc rectangulaire, épais de 011106 à Q! 07, détaché avec
la 'truelle, en même temps que le poignard, est composé
d'une assise d'argile violacée de om03, d'une couche de bois

pourri de 0 02 et d'un lit de sable de omOl sur lequel est
étendue la lame, recouverte elle-même de sable, où elle a
et d'argile blanc-jaunâtre. Sur un second bloc, pris
enfoncé,
à côté, à l'endroit où il yale plus de cendres et d'ossements,
l'argile, le sable, le bois et la cendre mêlés ont constitué un
véritable grès cimenté par les sels de chaux et de potasse.
On y voit disséminés des petits fragments d'os, piquetant
de taches blanches la masse brun-rougeâtre, parfois presque
noire, rie ce conglomérat.
Le fTlai1)e (pl. II, fig. 1). - Nous allons suivre l'ord['e dans
.lequel il a été procédé à l'examen de. cette arme superbe.
La plus grande partie du fourreau existait encore. Sur la

face noyée dans le sable, il s'est miellx conservé que sur celle
l;ecouverte d'argile; aussi avons-nous pu en déta(~her un
morceau de om30 de long, tenant toute la largeur de la lame .
Le bois est jaune-brun, épais de om 0035 dans les parties
. saines, dénudées, et de Om002 en se rapprochant de la pointe.
Là où il est revêtu de cette substance noirâtre, imprégnée de
. sable et de matières diverses. que nous prenions plutôt pour
de l'écorce que pour du cuir et qu'un examen postérieur a
montré être bien du cuir, l'épaisseur atteint Om 006. En
dedans, il est uniformément doublé d'une peau parcheminée, .
mince comme une feuille de papier, sur laquelle ressortait.
avec la lletteté d'un travail tout récent, une couture longitu­
dinale à points très serrés (omOOl environ), courant d'un bout
à l'autre, et deux autres coutures pareilles, tranversales Le
fil avec lequel elles étàient faites avait partout marqué son
empreinte sur le bois. Hélas! en se desséchant, le bois s'est
recroquevillé, tordu, la peau mince s'est craquelée et les
coutures se-sont disjointes, ouvertes.
Ce qui distingUé ce~ fourreaux, car la même remarque
paraît s'appliquer au poignard n° 3, de · ceux qu'on a ren­
contrés jusqu'à ce jour dans les sépultures pareilles, c'est
leur forme qui est plutôt celle d'étuis que de vrais fourreaux.
En effet, la partie supérieure, la chape, ne s'arrête pas au
pied du manche; elle enveloppe le manche jusqu'à une
hauteur indéterminable puisque celui-ci n'existe pIns, mais
qui doit dépasser de beaucoup les gOlJ.pilles, car nous avons
trouvé ces derniAres largement recoüvertes par le bois et les
çuirs. Ce sont des gaines, des étuis à large ouverture comme
on en voit en usage chez des populations africaines, pour
leurs poignards et armes aux formes les plus étranges, et
chez les marins du commerce de beaucoup de nations pour
y mettre leurs couteaux. Ils les enfoncent là·dedans jusqu'à ·
mi-ma nche.
L'état de conservation de la lame est surprenant; il n'y a

pas une cassure, pas une ébréchure sur les tranchants. et la
roi nte ogivale est intacte et encore acérée; la cloison-limite,
son cintre de om016 de largeur snr om 008 de hauteur.
avec
est entière, très mince (caractère commun .aux trois poi­
gnards), ayant om003 de relief. El!e déborde d'environ om002.
de chaque côté, les tranchants pOUl' former deux quillons
plus embryonnaires que ceux du poignard nO 3 (fig. 2). En
haut du talon, pas de soie, et il nous a semblé, en examinant
attentivement la tranche du métal en cet endroit et aussi les
débris de manche encore adhérents aux deux faces du talon
et se prolongeant à plus de om 01 au-delà, qu'il n'yen avait
jamais eu. Les deux moitiés accolées de substance osseuse
ne montraient pas le vide qu'y eut laissé, comme un moule,
la languette disparue, et aucune trace de cassure ne se voit
Sllr le bronze. Les goupilles, toujoul's au nombre, de six et
disposées dans l'ordre que nous avons décrit pour les
poignards, sont en place. Leur diamètre est un peu supé-
rieur aux autres, 0 0045. Distance entre celles du milieu,
om028 ; puis, de centre à centre, les autres donnent omOi et

om008; leur longueur s'échelonne ainsi : om02, O 016 et

Le long de la cloison-limite, entl'e les goupilles et jusqu'au
delà du haut du talon, d'importants restes du manche ont
attil'é notre attentioTl. Matière dure, blanc-jaunâtre, avec
taches noires, se détachant par fragments au simple contact
des poils du pinceau, mais ne se pulvérisant pas. La tête
des goupilles était noyée dans cette substance et nous avons
eu la bonne fortune de recueillir. dans des détritus de toute
sorte provenant du nettoyage du glaive" deux petites ron­
delles de om005 de diamètre sur om0015 d'épaisseur de la
même matière dure, blanc-jaunâtre. Elles viennent fort à
propos nous éclairel' sur un point resté jusqu'à ce moment '
obscur, puisque les trois poignards ne nous avaient rien, ou
presque rien livré à cet égard, la similitude ' de technique

avec les armes du Tossen-l\1aharit ct autres sépultures de la
même phase ue l'époque du bronze. .
Que les manches fussent en bois, en os , . ou tOllte autre
substance, on tenait à recouvrir les têtes des goupilles de
rondelles de la même matière. C'était l'habitude, la mode .
A l'origine, avait-on voulu cachel' le procédé d'emmanche­
ment, ou plutôt avait-on obéi à un instinct d'esthétique qui
exigeait que l'uniformité de couleul' et de galbe ne fût pas
rompue? -
lame n'est plus triangulaire; elle a la forme en feuille
du glaive du tumulus de ~gourogn0!l, en Pl'at (Côtes-du­
Nord), qui est absolument la même arme que la nôtre, avec
quatre centimètres en plus de longueur (1). A partir de la
largeur est de om073, elle va en se rétré-
base du talon, où sa
cissant jusqu'à om057, vers le tiers de la longueur, rétrécis-
sement inégal faisant dessiner aux tranchants une cOUl'be
rentrante; se maintient à ce chiffre~ avec petit renflement
sensible aumilieu du parcours, pendant un autre tiers;
bien
puis diminue de nouveau, mais cett.e fois suivant une courbe
convexe pour venir se terminer pal: une large pointe ogivale.
devait être ornée de filets en creux dont de 1'al'es V6S-
Elle
tiges ressortent vaguement sous l'oxyde vert foncé ou brun, .
quelques taches plus claires. Son épaisseul', om004, est
avec
la même que celle des poignards, et nous avons déjà dit que
ce chiffre ne devait pas être atteint quand l'arme était, neuve.
Si les poignards nous ont paru des armes médiocres, ce
étant donné sa-longueur, était certainement une arme
glaive,
mauvaise. Quel déplorable emmanchement! à peine deux
centimètres de métal en prise dans le manche pour un bras
de levier de quarante centimètres de lame et des simples
pour assurer la tenue du bronze à l'os.
goupilles, non rivées,
(1) Fouilles de l'abbé Prigent. - Mémoires de la Société d'Emulation des
Côtes-du-Nord, année 1881.

RUMEDON
Fig. L Demi grandeur. Fig. 3. Demi grandeur

Talon du poig'nard n· 3.

Fig. 2. Demi grandeur .

Petite hache .

Fig. 4 .. Demi grandeur
Talon du glaive.
Piton.

Fsl- - - - -
Fig. 5. - Plan de la Sépulture avec son galga.l.
Les petites croix sont les pointes de flèches. ·t, 2, 3 les poignards. 4 le glaive. 5 la hache
Fig. 6. - Coupe de la Séllulture suivant la ligne E. et O.

RUMEDON
Fig. 7. Demi grandeur.
Fig. 8. Demi-grandeur.

Poignard n° 2.
poig'nard nO 1.

Fig. 10. Demi grandeur.
Fig. 9. Demi grandeur.

"-- - __ • L..L-=-.E __ -'-'.-,-- ::::1_ ~.-P--'- - --
poig'nal'd n ° 3.
Glaive.

On doit se demander si un pareil glaive a été fait pour le
guerre ou chasse. Il fallait alors que le coup fùt
combat,
porté bien normalement, de haut en bas, et que la main ne
déviât pas. Le manche devait être court et tenu par quatre
doigts, le pouce en travers du pommeau.
Les quatre poignards que nous venons de décrire avaient­
ils leurs manches ornés de clous d'ol'? On peut estimer à
plusieurs kilos le poids des matières, argiles, sablf\ et bois
poul'ri ramassés 'autour d'eux et pal'ticulièrement sous les
disparues. Ces matières triées, tamisées, lavées
poignées
n'ont pas donné la plus petite parcelle d'or.
Grande hache (PI. II, fig. 2). Nous allons procéder
comme pour le glaive.
La hache se présente avec des débris du manche tout
autour de la crosse; il est en bois, les fibres dans le sens
du grand axe de l'arme~ ce ql i indique un emmanchement
longitudinal, sans qu'on puisse savoir si, à un point donné,
il ne se courbait pas. Les morceaux adhérents au métal ont
de om007 à om008 d'épaisseur sur 0 04 de longueur. Leur
exlr'émité inl'érieur'e vient buller cO lltr'e un collier métul-

lique embrassant les deux faces et les deux côtés de la
qu'en mauvais état: le relief ayant disparu
hache. Bien
en plusieurs endroits, il est très visible et on en suit tout
le développement. Au-dessus de lui, le bois montre une
bande noire de omOl de large, avec légère eoncavité et
traces de stries ou rainures parallèles, marque très probable
d'une ligature Mais où notre surprise a été grande, c'est en
constatant que les deux plats de la lame sont de bout en hout
d'un fourreau, d'une gaîne, en une substance
recouverts
difficile à déterminer, bois, cuir, t='toffe ou sparterie très
endommagée. On verra plus loin que c'est encore du cuir .
La hache est plate, avec rebords peu' saillants: longueur
01ll13S, largeur au tranchant om077, au haut de la crosse, qui
est arrondi, o.m029; épaisseur actuelle omOm\ au point où
biseaux du tranchant, om0136 au milieu et
commencent les
01110035 au bout de la crosse. Celle-ci, longue de 4 centimètres,
. vient aboutir au collier d'arrêt du manche qui semble avoir
même temps que la hache, à en juger par son
été fondu en
épaisseur et· l'irrégularité de son tl'acé.
L'oxydation a fait subir à cette hache une singulière dé­
Depuis ]e collier jusqu'au tranchant, elle s'est
formation.
presque ouverte en deux, dans le sens de l'épaisseur. D'un
côté l'entrebâillement atteint om007 sur une profondeur à peu
près égale et présente sur les deux lèvres un aspect feuille­
à couches extrêmement minces; le long du tranchant

l'entrebâillement n'est que de om003 à om004 avec 0 006 à
omoos de creux~ et enfin sur l'autre bord il varie de om004
à om001 seulement d'ouverture, avec profondeur variable.
semblables ont été relevés par M. le commandant
Des faits
Le Pontois, au Cruguel, et par nous, au Tossen-Maharit.
Ce phénomène doit provenir de la nature de l'alliage, qui est
plus ou moins résistant suivant le degré de liquation qui s'est
opérée dans les différentes parties de la masse métallique.
Sur un des plats de la hache, vers le bas, il y a une perte

dé métal considérable sur une espace cratériforme, aux parois
finement stratifiées, de om05 X om04, avec om005 de creux ail
centre, dû probablement à une cause analogue.
Dans ces conditions, les chiffres donnés pour l'épaisseur
.de l'arme sont certamement exageres,
Petite hache.- Etait-elle emmanchée? Avait-elle un étui ?
L'endroit où nous l'avons retrouvée, à la fin des fouilles, ne
permet aucune réponse à ces questions. Sa forme asymé­
trique'frappe tout d'abord (fig. 3). Le relief des rebo['ds est
tl'ès faible et leur largeul' variable. On pourrait croire que
le tranchant a été martelé.
Longueur totale, om091; largeur au tranchant, om051 ; au
niveau du collier, 0 037; à l'extr8mité de la crosse, om023 ;
épaisseur maximum, à environ un tiers de la longueur à
partir du tranchant 0 008, Comme la grande hache, elle est
munie d'un collier pour servir de limite à l'emmanehement ;
sur une des faces, où il ne l'este que sa trace, celle-ci lui
donnerait 0 005 d'épaisseur. Le collier se trouve à trois
centimètres du bout de la crosse qui est presque coupant.
Pour la première lois, parmi les haches plates des sépul­
tures de ce genre, nous rencontrons un ressaut de métal
destiné à servir de buttoir au bas du mtmche. C'est un pro-
grès, et nous voyons dans ce collier l'ébauche de ce qui sera
la hache à talon. .

Instrument en torme de piton, C'est un véritable piton

à tête fermée, de 0 056 de longueur totale, anneau et tige,
fait avec un fil de cuivre de 0 0028 ùe grosseur (fig. 4).
Diamètre intérieur de l'anneau, 0 009. La tige va en s'amin-
cÎssant vers la pointe qui a dû être aiguë; elle est cassée
vers le milieu, les deux morceaux se raccordant bien. La
pièce est donc entière, car le tiers environ de l'anneau qui
manque se rétablit aisément et sûrement. La cassure n'a
BULLETIN ARCHÉOL. DU FINISTÈRE. - TOME XXXI (Mémoires) 10

heureusement pas atteint les parties voisines de la tige.
Celles-ci nOl~S prouvent qu'il ya eu soudure en ce point, et
nous penserions à une soudure de la tige sur un anneau fait
d'avance plutôt qu'à celle du bout da fil de cuivre, une fois
le cercle fermé. Un pareil gros fil métallique ne pourl'ait
donner, par la flexion, des angles aussi nets que ceux que le
piton nous offl'e au point de jonction de la tige à l'anneau.
Au cours de l'examen des poignards, nous avons été frappé
de la différence de technique entre leurs cloisons-limite et
celles des armes du Tossen-Maharit. Ces dernières étaient
épaisses, inég'ales, souvent incomplètes, et nous avions écrit
qu'elles semblaient venues de fonte avec la larrie (1). Ici notre
impression a été toute autre. Ces minces plaques métalliqueB,
très régulières, bien normales aux plats des lames, nous
avaient paru y ayoir été soudées après coup, et nous ne pou­
vons que nous féliciter de la trouvaille du piton qui vient
changer en certitude ce qui n'était qu'une probabilité.
Pointe de flèche en silex. Elles " rappellent toutes celles
qui sont les joyaux de nos sépultures armoricaines à belles
pointes de flèche en silex, moins parfaites cependant que la
plupart d'entre elles, plus épaisses, d'un travail beaucoup
moins fini, d'une forme moins gracieuse. L'ogive est plus
surbaissée et l'aspect général a quelque chose de trapu, de
lourd qui les rapproche de celles recueillies à I)::hué-Bras (2).
On pourrait dire qu'elles ne sent plus de la belle époque,
·qu'elles indiquent une décadence dans cette remarquable
industrie de la taille du silex dont les sépultures de
Porz-ar-Saoz, I)::gourognon (3), Cruguel (4), Cosmaner" ;
(1) Exploration du Tossen" Maharil. L. C., p. 11.
(2) P. du Chatellier. Exploration du tumulus de Kerhué-Bras, en Plo­
Matériaux 1880.
néour-Lanvern (Finistère).
(3) Abbé Prigent. Fouilles du tumulus de Porz-ar-Saoz, en Trémel

Fa Yonen (1) et Tossen-Maharit (2) marquent l'apogée.

Et cette observation concorde avec d'autres renseigne­
eo fournis par le mobilier du tumulus du Rumédon pour

ous 'faire penser que ce dernier monuaient est postél'ieur à

ce'üx-là.
Les plus gl'andes ont seulement om032 sur 0 019 de lar-
aeUl' et les plus petit.es om020 SUl' om016 à l'extrémité des
;ilerons, qui sont très aigus, leurs biseaux étant très incli­
nés en dedans. Il est à remarquer que leur plus grande lar­
aeul', pour celles du moins dont l'ogive est la moins élancée,
~al' les galbes solit un peu val'iés, n'est pas au pied des aile­
l'ons ~ mais à la hauteur de la naissance des pédoncules. De
ce point la coul'be extérieure des ailerons s'infléchit, donnallt
à l'ensemble la forme dite « en bonnet d'évêque »).
Nous avons déjà parlé de leul' pal'fait état de conservation.
Leur dissémination sur raire de la sépultul'e nous avait fait
espérer que q\lelques-unes au moins auraient gal'dé des ves-
tiges de leur hampe. Notre attente a été déçue. U ne seule
portait, le long du pédoncule~ quelques fibres de bois et une
matlere, gomme ou reS111e.

Poteries. On a recueilli, sur le sable, à côté et en dedans
uu glaive, un fragment de poterie (om025 X om025), épais de
omOl0 en pâte rougeâtre bien cuite, d'aspect feuilleté, avec,
sur une des faces , une ornementation très simple, deux traits
(Côtes-du-Nord). Mémoires de la Société d'Emulation des Côtes-du-Nord,
année 1880,
Fouilles du tumulus de Kergourognon, en Prat (Côtes-du-Nord). ' Même
recueil, 1881.
(3) L. Le Pontois. Exploration du tumulus de Cruguel, en Guidel
(Morbihan). Revue archéologique, 1890. ' .
(1) P. du Chatellier. Fouilles des tumulus da Cosmanel' et de Fao-
Youen, en Plonéour-Lanvern (Finistère). Bulletin du ministère de l'Ins-
truction publique et Bulletin de la Soc, archéologique du Finistère, 1898.
(2) A. Martin. ' ' Exploration du Tossen-Maharit. L. c.

parallèles tracés à la pointe mousse, distants de ' om004.
I);hué-Bras seul avait donné \ln tesson, aussi ornementé, sur
l'aire de la sépulture. .
Pendant le creusement du puits on n'a rencontré que deux
morceaux de vase, l'un du fond, l'autre de la panse, à pâte
rouge qui est bien la caractéristique de la céramique du
bronze en Armorique. ,
Ossements. On a vu qu'ils étaient nombreux autour des
poignards, et entre eux et le glaive, c'est-à-dire , au centre
sépulture. Parmi les débris, quelquefois résis­
même de la
tants, le plus souvent friables, empâtés dans le sable, le bois
et l'argile, nous avons pu recueillir deux fragments intéres­
imprégnés de sels de cuivl'e que toute la masse,
sants, si
légère et spongieuse, de ces os est d'une belle couleur verte
alors que les surfaces extérieures sont d'un brun
uniforme,
foncé. L'un d'eux est une partie iliaque de l'os coxal situ ée
immédiatement au-dessus de l'épine iliaque antérieure et su­
périeure; il comprend Om085 de crête iliay:ue, avec la portion
sous-jacente des fosses iliaque, interne et externe; cette
dernière étant à peu près intacte. L'autre est un fragment
de om05 sur om03 de la partie supérieure du sourcil cotyloï-
dien. Les deux morceaux appartiennent au côté droit du
squelette .
Il ne nous paraît pas douteux que nous avons affaire ici
sépulture par incinération, ne serait-ce qu'à cause de
à une
l'accumulation des débris d'ossements dans un .espace très
restreint et de leur mélange avec des cendres et du charbon.
Combien cette question, si intéressante .cependant, de la
distinction entre les os incinérés et inhumés reste , encore
obscure. Abandonné dans l'acide chlorhydrique additionné
d'un égal volume -d'eau, un fragment solide, à forme définie,
pourrait supposer, à la rigueur, avoir été un outil
qu'on
partie d'outil, a bien donné un dépôt gélatineux,
ou une

sans aucune apparence · de matières animales carbonisées:
mais d'autres débris, informes, détériorés, dont l'un pris à
ne tête d'os, ayant par conséquent appartenu au squelette,
oumis au même traitement, ont donné un résultat pareil,
léger dépôt gélatineux et absence complète de matières ani-
males carbonisées. Peut-être la crémation n'a pas été 'com-
plète. .
données que les fouilles et l'examen postérieur
Avec les
du mobilier nous ont fourni, la reconstitution de la sépulture
entière devint facile. A l'endroit désigné, sur le sous-sol
mis à nu, d~ux grande's dalles ont été dressées parallèlement'
à l'aut.re, la ligne joignant leur milieu orientée Est et
l'une
ouest. Dans l'espace, de a 40 de long sur environ 1 m50 de
large, compris ent.re elles, de l'argile 'brune, à reflets viola­
cés, avec charbons entremêlés, a été étendue sur 0 15 d'é-
paisseur, puis pilée, damée, de manière à former une surface
plane, bien unie, pour ~ervir d'aire à la sépulture proprement
dite. Sur cette argile on a établi, de bout en bout, un plancher
en bois, paraissant plus épais au milieu qu'aux extrémités,
et sur ce plancher a été étalé du sable blanc très fin, pris à
la belle plage de Saint-Michel-en-Grève, distante de 7 kilo­
mètres du monument. L'épaisseur de ce lit de sable est diffi­
cile à' déterminer, tant il y a eu pénétration dans le bois
pourri, mélange et adhérence avec l'argile supérieure. Nous
l'avons trouvée de deux à trois centimètres, près des dalles;
mais elle a dù être plus grand·e. comme en font foi plusieurs
endroits, où elle atteignait OrnOS à Om09. Enfi,n, directement
sur le sable, ont été déposés, d'abord les armes du défunt,
cendres et débris d'ossem€nts apportés du bùcher
puis les
voisin,. armes et restes incinérés placés exactement au milieu
de l'aire sépulcrale. Pour protéger ces dépôts sacrés, on les
a recouverts d'une sorte de dôme allongé, en argile blanc-
jaunâtre, riche aussi én charbons, ayant approximativement
2 mètres de long sur 1 mètre de larg~ et ,Om30 à Om35 de

hauteur à sa partie la plus élevée. Puis, dans l'espace resté
. libre entre les dalles et autour de celles-ci, ont été jetées des
pierres jusqu'à former un galgal de 1 mètre environ de hau_
teur, elliptique, ayant 7 80 de grand axe, de l'est à l'ouest
et 6 50 du nord au sud, qui sera noyé lui-même dans la masse
d'argile qui va constituer l'énorme mausolée (fig. 5et 6).
Le centre du dôme a bien rempli son office de protection
contre l'amas de pierres qui n'ont pu le pénétrer; sur les
bords seurement, où l'argile avait peu d'épaisseur, des moel­
lons l'ont traversée et sont arrivés presque en contact de la

grande hac~e. Quant à la plupart des pointes de flèche,
placées en dehors ou au pie~ du dôme, elles se sont trouvées
immédiatement mêlées aux matériaux du galgal et c'e.st mi­
racle qu'elles n'en aient pas souffert: le lit. de sable mou et
mobile les a sauvées.
Toutes les fois que nous avons eu l'occasion de t.raiter la
question des sépultures armoricaines à belles pointes de
flèche en silex. nous avons insisté sur leur variété comme

forme et matériaux employés. L'exploration de chacune
d'elles amène une nouvelle surprise, et ce n'est .pas un des
moindres attraits de ces fouilles. Ici, cependant , notre éton-
nement a été grand en constatant la présence du lit de sable
au-dessus du plancher ordinaire, et notre espoir bien faible
découvrir quelque chose jusqu'au moment où le premier
poignard est apparu. C'est donc le plancher, devenu couche
bois pourri, qui reste la note dominante de ces -sortes de
sépultures, celle qui semble en être inséparable, puisque
nous la rencoutrons toujours an milieu d'autres dispositifs
variés à l'infini et souvent bien bizarres .
Le mobilier du Rumédon,moins riche, moins artistique
que ceux de quelques monuments similaires cités au cours
. de ce travail, nous a, par contre, dévoilé un certain nombre
de faits nouveaux du plus grand intérêt pour l'étude de cette
categorie de sépultl!res. En voici l'énumération:

10 Manches en os.-- On les soupçonnait bien; mais aucun

des nombreux poignards (une quarantaine) reeueillis jusqu'iei
n'en avaient fourni la pl'enve.
.20 Etuis de hache et gaînes de poignaTd, M. P. du Cha-
tellier si;- Hale. à ~hué-Bras, la grande haehe (( enveloppée
d'une gaîne en mita.l )) . A vec le fragment de poterie
ornementée trouvée au milieu du inobi1i8l' et la forme, un'
peu eamuse, des pointes de .flèehe, e'est la troisième fois que
noUS trouvons, entre les deux sépultures, des points de rap­
proehement qui leur soient partieuliers, L'étui des haches
répond à un besoin, à une nécessité, aussi bien que le four­
reau ou la gaîne des poignards et- autres armes tranchantes.
Si la gaîne est moins gracieuse que le vrai fourreau, elle est
plus commode, plus pratique, et c'est le côté dont les hommes
du Rumédon paraissent avoir été le plus préoccupés.
3° Collien des haches. Voilà un progrès réel assurant la

solidité de l'emmanchement. Pour arriver à la hache à talon,
il n'y a qu'un pas à franchir, .
4° SouduTe. Hien, dans les découvertes antérieures,
n'avait permis d'attribuer aux hommes du bronze, contem­
porains de nos sépultures à pointes de .flèche en silex, la
eonnaissance de la sondure. Le procédé 'de fixation des
eloisons-limite aux talons des poignards avait bien attiré sur
ce point l'attention de quelques explorateurs: M. le com-,
mandant Le Pontois, pour CrugueL n'avait pu se prononce.rà
cause de la profonde oxydation du métal; au Tossen-Maharit,
nO\1S avons déjà dit que notre impression avait été qu'eiles
étaient venues de fonte avec la lame. Ici, le bronze est dans
un état de conservation exceptionnel; plusieurs cloisons se
détachent nettement de bout en bout, dans un plan bien
vertical, si minces et si régulières qu'on hésite à croire
qu'un pareil résultat a pu être obtenu dans un moule. Puis, la
trouvaille du piton en bronze est venu lever les derniers doutes.
Les préhistoriques du Rumédon savaient souder le cuivre .

Examen et analyse des bois et matières diverses entrant dans
la composition des fourTeau.T , étuis et manches des armes
, du Rumédon. '
M. Dangeard, professeur de botanique à la Faculté de
Poitiers, qui nous avait prêté le secours , de sa science lors
de 'nos fouilles du Tossen-Maharit, a bien voulu: cette fois
étudier les échantillons que nous lui avons adressés.
encore,
Voici le résultat de cette étude:
10 Le bois du fourreau du glaive est eonstitué par une
essence qui rentre dans la catégorio des bois légers; la dis­
ses canaux médullaires fait penser à l'aune
position de
glutineux;
;lo,Pour le fragment de bois du manche de la grande hache, ,
sur lequel on compte une dizaine de zones d'accroissement,
ce qui représenterait une dizaine d'années, la disposilion
rappelle celle du bois de hêtre, sans pouvoir être très affir­
car Ja détermination d'un échantillon de bois vivant
matif,
, est déjà fort difficile, à plus forte raison celle d'un bois '
préhistorique;
30 La substance recouvrante du bois du glaive, comme ,
aussi celle de l'étui de la grande hache, montre les carac­
tères principaux du cuir, avec des fibres allongées; ,
4° La matière blanchâtre des manches du glaive et du
poignard nO 1 est de l'os. Les réactions chimiques indiquent
la présence d'une grande quantité de phosphate et des tl'aces
de cuivre (1). -

Essai de détermination de la forme des manches.' , Pour la
première fois, les poignards du Rumédon fournissent des
(1) Il m'est tout particulièrement agréable cl'avoir cette nouvelle occasion
de remercier M. Dangearcl de son obligeance et cle sa bonne volonté à venir
en aide à l'Archéologie toutes les fois que je fais appel. à ses lumières.

documents complets sur la long;ueur des goupilles. NOl}S
vonlons èn profiter pour reconstituer la forme des manches
à l'endroit où ces, goupilles les traversent; c'est-à-dire laI''':
O'eul' et épaisseur. Un jour peut-être de nouvelles fouilles
'~ous donneront l'autre dimension, la longueur. Nous sel'ons
aidé pal' ee que nous a appris le Tossen-Mahal'it à savoir
que chaque tête de goupille noyée dans le bois est recouverte
d'une rondelle de un à deux millimètres d'épaisseur et d'un
diam èt.re égal à celui de la tige de bronze. Quand la subs­
tanCe est autre, le Humédon vient de nous apprendre que la
technique est la même, l'os remplaçant le bois. -Si l'on re-
marque, en out.re, combien la place des gotlpilles extrêmes
est défectueuse tout à fait sur les bords du talon où le métal

a peu d'épaisseur et cela est une règle générale, ne sommes-
nous pas autorisé à penser que les armuriers pr>éhistoriqlles
y ont mis comme correctif un assez gra nd 'élargissement du
manche en cet endroit, de façon à, ce qu'au moins les gou­
pilles soient solidement enchâssées. Les fig. 7, ~. 9, 10
montrent le résultat de cette tentative. Le tracé de l'ovale
fait à t.rait. plein est une certitude, celui à trait ponctué une
probabilité. Les parties ombrées sont en bronze, les parties
blanches en bois ou en os .

POIDS DES A HMES.
Glaive ........ ' ....... , ... , .' 0 k.346
Poignard n° 1 ..... . . . . . . . . . .. 0 240

Grande hache ............. . .. .

Petit.e hache .......... , ...... .

De tout ce qui précède, il ressort qno le Humédon, corn':"
paré aux tumnlus de la même époque, montre un progrès
dans le travail des métaux et des armes. On fabrique un

b~onze de meilleure qualité; des procédés nouveaux sont
appliqués â sa manutention, on sait le battre, l'aplatir et
l'étendre au marteau pour donner le fil aux tranchants ou
obtenir de minces feuilles; on l'étire en fil; on eonnaît la
. soudure; on perfectionne le mode d'emmanchement des
haches; on utilise l'os pour la ·poignée des armes d'estoc
A ,E;:hué-Bras, nous pourrions reconnaître aussi des sig'nes
de progrès dànsl'étui métallique de la grande hache et dans
la lame ondulée, probablement forgée, d'un de ses poignards
Il Il 'il est seul à p-e:"séder. · .
Ce n'est que par des comparaisons attentives entre les
objets -recueillis dans les diverses sépultures, qu'on peut
tenter d'arriver au résultat entrevu et souhaité par notre
gl'and préhistorien breton. M. Paul du Chatelliel', à la fin de
sa hrochure sur l'exploration du tumulus de E:hué-Bras,
(( à les date?' les u.nes par les au.t?'es )).
Ce sont les faits nouveaux révélés par 1'étude du mobilier
dl! tumulus du Rumédon qui nous ont amené à penser qu'il
est posterIeur aux autres.
Mais' si ses constructeurs étaient des métallurgistes et des

ouvriers plus habiles, nous avons signalé, d'autre part, l'im-
perfection de leurs pointes de flèche, comme si à un progrès
dans l'indust.rie des métaux correspondait un déclin dans le
travail du silex Le Rumédon et I}hllé-Bras marqueraient
des étapes sur cette double voie qui aboutit au tumulus
de Carnoët (Morhihan), où, :iU milieu d'armes perfectionnées,
d'objets d'or et. d'argent, se montl'eJ1t encore quelques rares
pointes de silex d'nn travail grossier, dernier souvenir le
raltélchanf. flUX sépultures à belles pointes de flèche en silex ,
et probablement su prême adieu à ce brillant passé.
A. MARTIN.
Alger, 18 Février lf)O-4 ..