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Bulletin SAF 1900


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Les déboires d’un maire de Carhaix à l’occasion d’un hôpital de galeux et d’un four pour les troupes. (Scènes de la vie municipale en 1782). Note sur l’hospitalisation militaire à Carhaix au 18ème siècle

Abbé Antoine Favé

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VII.

LES DÉBOIRES D'UN MAIRE DE CARHAIX
A L'OCCASION
d'un Hôpital de Galeux et d'un Four pour les Troupes
(Scènes de la Vie municipale en 1782)

Lorsque noble maître Théodore-Joseph Le Gogal de Toul­
goët, substitut de Mons le procureur général du Roi, recueil­
la succession de Veller de Kersalaun, comme maire de
lit
Carhaix, il sentit tout le poids de cette charge honorable et
constata bien souvent ce que coûtent les honneurs, sauf à
regretter le prix qu'il faut y mettre:
... ( Le sommeil quitta son logis:
Il eut pour hôtes les soucis,
Les soupçons, les ~dartnes vaines ... )) (1)
Toulgoët a pris soin de collectionner ses lettres administra,
de les rassembler sous le titre: Ma correspondance
tives,
pendant ma 'mairie à Carhaix: une centaine de pièces qui éta-
les phases div.erses d'une administration laborieuse
blissent
de difficultés et féconde en surprises. '
et pénible, hérissée
En prenant la mairie, résolu à tenter la solution de ce
problème si complexe: ( Contenter tout le monde! », M. de
Toulgoët avait à liquider plusieurs affaires municipales que

son prédécesseur n'avait pu terminer avant l'expiration de
son mandat:
- Réfection du pavage de la ville retardée par l'approba­
tion attendue de l'intendant: « les paveurs étant obligés de
passer la belle saison à s'approvisionner, ils auront de la
(t) La Fontaine: Le Savetiel' et le Financie1'.

peine à finir dans une campagne )) (Lettre de l'ingénieur:
24 mars 1779.)
le sieur
- Réparations urgentes aux prisons, estimées par
104 livres (27 aoùt 1781).
Besnard, ingénieur,
- Choix d'un dépôt pour les bois de chauffage du Four
banal.
Mais la qu·estion ]a plus pressante était celle de ]a cons­
truction, ou adaptation d'un édifice propre à servir d'Hôtel-de­
Ville.
. Des négociations avaient été entamées avec les Dlles Naudin:
la communauté décida que par
l'acquisition fut faite, puis,
mesure d'économie, on se contenterait de réparations: ]'in-
tendant d'autre part exigeait d'être informé du d8vis estimatif
de cette opération avant. de l'approuver:
,. PDris, le 1" mDi 1780,
« Je vous observe, disait-ii, qu'il ne paroit pas que voIre 'com­
;1 mnnauté S8 soit ponrvue au conseil pour fnire vêllidee l':\cquisition
« que vons êlvez faite de cette maison: c'est C81)endant une forrna­
« lité indispensable, (lt si VOllS ne vous mettez pas incessa mmeut
« en règle à cet égard, je serai fon é d'ordonner la revente dtt
« bâtiment Je suis au surplns très étonné que M. Veller IÙlit pas
« encore rendu compte de la somme de 600 livres qui lui a été pDyée
« [Jour faire les frais de l'acquisition, dont il s'élgil. »

L'ordonnance de l'intendance qui autorisait le Miseur était
du 5 avril '1777.
Les habitants se doivent pourvoir au Conseil du roi pour

valider l'acquisition ; la copie de leur délibéra tion ne suffiJ
pas, comme leur fait savoir une lettre du 21 juin 1780, du
Bureau Central de correspondance, rue Neuve-Saint-Augustin,

signé: Bénezech ; (( il faut encore envoyer 1 la délibération
il a été arrété qu'on ferait l'aèquisition d'une
( par laquelle
( maison, 2° expédition du contrat d'acqnisition, 3' en(in, une
« soml]le de cent cinquante livres tant pour l'arrêt que pour
( 1 es 1 ettres pa ten tes. )) .

La maison choisie et achetée s'écroule en partie, et mème le
21 mai 178'1, la communauté délibère Cf. de payer au sr Mauviel
« la somme de '120 livres pour indemnité du dégât causé à sa
« maison par la chute d'une partie du bâtiment acquis pour
( servir d'Hôtel-de-Ville. 1) Par lettre du 6 juin, l'intendant
approuve cette délibération et ordonne que par devant son
subdélégué, il soit procédé à la vente et adjudication des
Lerrains et bâtiments achètés dans le dessein de faire une
maison de ville.
On dut songer à faire une autl'e acquisition: on se pressasans
attendre les autorisations, mais on fut rappelé au respect dès
formes administratives pal~ Bénezech recommandant, le '17
aoùt 1781, qu'on lui envoyât:
« Une copie du contrat d'acquisition qui sera seulement écrite
« par la communauté et non par le 'notaire, afin que cela ressemble
(. a 'Un acte projete et non encore termme. )
« .Du 23 septembre.
« Quant aux pièces que je vous ai demandées il faut qu'elles
(( soient sur papier timbré et signé de tous les officiers de ville :
« c'est-à-dire, le projet de contrat de la maison que vous avez
« dessein d'acheter et la délibération que VOlIS avez arrêtée aux
« 6ns de cette acquisition. Je dis le projet de contrat par ce
(1 qu'il ne faut pas faire mention que l'acquisition est déjà faite
« ct le contrat passé, avssi il ne faudra pas faire mention de la
" date du contrat. ))

La question des octrois fut longue et laborieuse à résoudre.
Par arrèt du Conseil du 9 juillet 177'1, la ville de Carhaix
avait été autorisée « à continuer pendant neuf années la levée
et perceptions des anciens octrois consistant en un sol six
deniers par pot de vins et en douze deniers par pot de cidre,de
bière et autres boissons qui seront vendues en détail tians la
ville et ses faubourgs ». M. de Toulgoët eut à obtenir le renou-

veHement des octrois de Carhaix et l'enregistrement des lettres
longues que coûteuses, mais il
patentes : démarches aussi
s'agissait pour la ville d'une question de "ie ou de mort: les
'octrois et les trois foires annuelles étaient le plus clair de ses
revenus. L'intendant Caze de la Bove savait la ville de Carhaix
obérée et dépourvue des moyens de subvenir à ses charges: la
lettre suivante adressée au maire de Carhaix entre daus des
détails minutieux et complets sur les mesures à prendre pour
la nécessité de ces charges et les restreindre
vérifier l'état et

a utant que possible.
« A Rennes le 1" Juillet 1781
« Le ministre des finances vient, monsieur, de m'adresser la
« requête par laquelle la communauté de C,lrhaix demande la
« prorogation de ses anciens octrojs et il demande à cet égard,
« plusieurs éclaircissements qu'il est nécessaire que vous me
« donniez avec le plus grand soin et Je plus grand .détail possible.
« 1" Quel est le prix actuel du ball de ces octrois et combien de '.
« temps ce bail doit-il encore durer?
« 2' 1\e peut-on pas faire plusieurs , suppressions dans l'état des
« charges de la Com munauté de Carhaix?
« Je vois que la ville paie 300 livres pour le logement du Gou­
« verneur et 90 livres au lieutenant du Roi. Vous voudrez bien me
« marquer leur nom et leur demeure et cependant (1) faire défautde ma
(c part au Miseur de continuer le paiement de ces deux articles jusqu'à
« ce qu'il m'ait justifié des titres en vertu desquels ils se font payer
« des sommes dont il s'agit. .
« Vous voudrez bien aussi me marquer en vertu de quel titre et
« depuis quel temps le médecin et le chirurgien jouissent, le premier
« de 400 livres et }oe second 200 livres d'appointemens. Je vois que
« suivant un arrêt du Conseil du 14 avril 1688, il n'est attribué que
« 20) livres au médecin ; en conséquence je vous préviens que jA
« ne pourrai désormais autOrIser que le paiement de cette somme

(t)Oependant est mis pour la chose restant pendante en attendant une
solution. '

« Quand aux appoint~ments du chirurgien et de la ~age-femme
« ils semt dans le C8S d'être supprimés à moins qu'il n'y ait les
« plus fortes raisons pour en continuer le p8iement, et dans ce ca~
« il faut s'adresser ou Conseil pour qu'ill'al1torise s'il y a lieu.
« L'Etat des Charges qui m'a été adressé porte 150 livres pOUl'
« l'organiste; cependant l'Arrêt du Conseil du 28 juin 1631 ne lui
« attrtlJL1ait que 50 livres: celte dépense doit être an surplus à la

« charge du général de la paroissfl ainsi que la rétribution du

« prédicateur. Je vous prie de me marquer si la Fabrique est en
« état de les payer.
« L8 Communauté a deux hérauts, à ehacun desquels elle
« donne 81 li \TeS de gages; marquez-moi si un seul héraut ne suffi­
« rait p<;\s, et si , dans tous les cas , il serait à propos de faire une
« nouyelle llxation de leurs gages .
« Yous voudrez bien faire assembler la conmiunauté pour lui
« faire part de ma lettre et me proposer, de concert avec elle, tous
« les mo.)ens qui peut y avoir de diminuer les charges de la com­
« munauté; j'attends une prompte répouse
« Je suis très parfaitement, munsienr, etc.
L'Intendant de Bretagne invite avec grande insistance la
communauté à une révision à fond de ses charges, dépenses
et obligations: quelques jours plus tard, il la presse de s'in­
génier à trouver des ressources, du moins à profiter de celles
qu'elle a à sa portée:

(' Aux officiers municipaux à Carhaix,
« A Rennes, le 29 juillet 1781.
« Je vois, Me~siüurs, par l'état de la situation de votre commu­
« nauté, qu'elle ne retire aucnnbénétlce de l'enlèvement des boues,
« quoique le mêl11e objet forme un revenu pour les autres commll-
(C naùt(~s de la province. Les immondices qlli proviennent de la
« répurg!1tion des villes sont très propres à l'engrais des terrr.s, (lt
« leur v « les communautés qui payaient autrefois des sommes considérables
« pour les faire enlever, en retirent aujourd'hui uu profit qui
« augmente encore à chaque nOUTeau bail.

« Vo'us saieZ combien votre comm'tmauté a be!win de (aire usage
« de toutes les ressources qu'elle peut alioir, et en conséquence il
« faut qu'à l'exemple des autres villes elle tire parti de la répurga­
c( tion des boucs: VOI1S voudrez bien me mar . « qui s'e.st prati (c a lieu un projet de conditions ponr parvenir à une ndjudication au
(c plus offrant et dernier enchérisseur, de la faculté exclusive d'en­
« lever les boues de la ville et fauxbourgs de Carhaix,
« Je suis véritablement, messieurs, etc. JI
D'autre part, pour M. de Toulgoët, l'affaire du renouvelle-

ment des octrois marche avec une lenteur désespérante et
tout-à-fait bureaucratique: enfin, un beau jour il reçoit, de
Paris, une leLtre à la date du 15 septembre 178'1 ; il se dit
une rude épine retirée du pied.
qu'il a
c( Monsieur », y est-il dit c( l'arrêt de renouvellement des octrois
c( de votre ville vient d'être rendû ; il en a été rendu un second
cc qui a fixé le marc d'or à 378 livres non compris les dix sol::; pour
c( livre . En y ajoutant le s~eau des lettres . patentes et le cou::;t et
. c( frais de l'arrêt de prorogation je compte que le tout reviendra à
« 900 liv. 4 s. Ce dernir,r arrêt ne sera mis au greffe qu'après que
c( le marc d'or aura été acquitté
c( J'ai l'bonneur d'être avec respect, monsieur, etc
« ROUX.
c( Paris, ce 15 septembre 1781. »

M. de Toulgoët n'était pas au bout de son rouleau: il reslait
à faire enregistrer l'arrêt et les lettres patentes si laborieuse-
ment obtenues, et à la cour à Rennes, et à la cour des Comptes

à Nantes.
Le maire de Carhaix avait remis l'expédition de cette affaire
entre les mains de M. de la Porte-Aubrée, procureur,à Rennes,
dont nous possédons quelques lettres écrites d'un style alerte,

s'attachant à enregistrer les nouvelles du jour, dans le gent'e de
celle que nous donnons ici.

( Rennes 17 may 82.
( M (lllsieur.
« . .. . J'ai reçu an Bureau de l'inteIidance le paquet que vous

« m'avez adressé dans l'objet de raire enregistrer en la cour vos
( lelltt)S palentes eoncernant les octrois de votre ville.
(( J'ay mis ma reqnêle daos cet oLJjet. J'ai un soit montré, mais
considérés que samedi nous avons fêle au palais, que la semaine
IH'ocbaioe est fériée et que de plus M. le p. général faisant
construire UI1 chàteau à Caradcuc où il est, Le concours de toutes

« ces circonstances m'empêchera d'aller aussi {art que je 1~oudrois.
(1 Aussitôt que mon opération sera consommée, je vous en ins­
me serviray de l'ord" utill-l pour adresser toutes les
( truiray et
( . pièces à M. Coüault à Nantes. .
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
( DE LA PO·RTE-AUBRÉE. )')
Cette missive est complétée par un post-scriptum, relatant
sur le chaud, avec une émotion communicative un crime
horrible autant que sensationnel, dont la nouvelle venait de
parvenir à Rennes; exploits de bandits qui égalent ou sur­
passent ceux des « chauffeurs ») de l'Ouest, à la fin de la
Révolution.
( Monsieur, avés-vous trouvé dans la [oy quelque peine qui
de quelques malheureux qui nous sont arrivés.
( réponde au crime
de la clique des assassins du prêtre de Plélan, mais plus
( Ils sont
Après avoir mas!\f1cré tous les haùi­
( monstres que les premiers.
« tans d'tme maison, ils se sont saü,y de la {elnme qui s'échapoit
aux 4 coins de son armotre, luy ont coupé le
( l ont crucifiée
( sein, l'ont mis à bouillir pour luy {aire de la soupe, disoient-
« ils Sil (fit-il de détruire des barbares aussy abominables. ))
Le 3'l mai, M. de la Poste-Aubrée écrit au maire de
Carhaix:
( Depuis les fêtes de la Pentecôte des affaires pressées et supé­

(1 rieures ont empêché M. le 1)· général d'expédier anssy

« j'aurais ,'oulu. Enlin après ses conclusions j'ay arrest de ce jour
(c malgré l'oppositi.on et Requête des Commissaires des Etats.
" C'est pour cela que l'nl'l'est porte à la cha'rge des oppositions.
« J'ay uuy au bureau que MM. des Etats voudroient qu'aux termes
cr le député de chaque ville qui voit ses baux Doctrois sur leur fin
« instruisent la Nation de la nécessité de demander une nouvelle
« perception d'octrois, sans quoi les Etats continueront toujours de
(;( former des oppositions à chaque présentation de Iettres-pate1!tes.

« C'est '/.in (ait duq'l.lel je dois 1)O'/.(,S instruire. »
Le 4 juin, Laporte-Aubrée revient sur cet incident de l'op­
position des Commissaires des Etats, dans une lettre à M. de
TouIgoët : .
« Je passe à l'enregistrement de vos lettres-patentes et arrest que
« j'envoie à M. Coüault à Nantes. Vous me demandés la notte de ce
« qui est dû pour cette expédition, elle est cy dessous.
« Le p' général sindic et les commissaires . sont furieux de cet
. « enregistrement et de quelques autres antérieurs en ce que les
« députés lors de la dernière tenue n'ont pas fait part de leurs
« Lesoins à la d" assemblée de la Nation. Leur humeur est marquée
« dans leur requête dont je vous envoye copie. Quoy qu'elle VOltS
« coule assez cher, on m'a cependant demandé le secret, et ce n'est
« qu'en cachl'tte pour ainsy dire que j'ay ptt avoir cette pièce que
« vou.', 'Ine demandiez. » • .
On comprendra l'allusion au prix qu'avait coûté celte copie
si intéressante pour M. de Toulgoët, en relevant sur l'Etat
des dlpens .. pO'ur les octrois de Carhaix, un article ainsi
« Pour l'expéd au greffe ON,
libellé par Laporte-Aubrée:
plut6t pour avoir obten·u secrè{ement du commis la faculté de
faire une copie de la lleqte des Etats ..... 4 liv. 4 s. (Encore le
commis n'etait pas content). ») (Sic).

Il était réservé au maire de Carhaix de se voir plus direc-
tement exposé aux coups de la fortune adverse: il est vrai que
ce n'était qu'une tempête dans un cerre d'eau et qu'il n'y avait
BULLETIN ARCHÉOL. DU FINISTÈRE. . TOME XXVII (Mémoires) J 10

pas là de quoi submerger un magistrat de l'envergure de
noble maître Le Gogal de Toulgoët. '
Aux derniers jours de février 1782, le subdélégué de
Carhaix signifie à Me Chupaut, chirurgien-accoucheur de
cette ville, que, pour cause d'utilité publique, il ait à sortir de
sa maison, qui vient d'être choisie par le service de la manu­
tention pour la construction d'un four pour les troupes. Le
maître chirurgien présente requête à la communauté de
s'assembler sur l'heure pour délibérer sur les protestations
qu'il fait contre cette mesure: aussitôt le conseil de ville se
réunit, 21 février:
«( Et en l'endroit ledit sieur Chupaut a remontré qu'il vient d'être
« ,ordonné que s~s maison, cour et jardin qu'il tient en ferme des
il Révérends Pères Augustins placés dans l'enceinte;de leur commu- .
« nauté soient prises pour y construire un four à l'usage du
« munitionnaire de la troupe résidnnt à Carhaix de manière que le
« remontraut se trouveroit sans logement et se verroit forcé de
« quitter la VIlle :-.i la communauté bienfaisante et toujours attentive
« à ce qui peut contribuer au soulagement de ses habitants ne sc
« porte au plutôt à suplier Monseigneur l'intendant et tous autres
« supérieurs d'en ordoner autrement.
(J. SnI' ses représentations qu'il est notoire que le remontrant est
« désormais le seul chirurgien ~I Carhaix, que quoi qu'il ne reçoive
« point la pension attribuée au chirurgien, la communauté ne petit
« ne reconnaitre qu'il ne ces~e de porter gratuitemimt des secours
« qui dépendent de son art aux pauvres de cette ville soit pour
« médicaments soit dans les accouchemens; qu'il est également
« public qu'il visite les hospitaux de cette ville, même l'hopital
« militaire a vec la même assiduité et le même zèle que s'il était
« appointé. De sorte que la fachons€' circonstance ou on l'ex {Jose et
le mécontentement qu'il aurùit de se voir expulsé Ini et sa famille
« de la maison qu'il occupe, la plus convenable à sa 'profession en ·
« raison des accouchemens et maladies secrets pourroit le décider
« 11 quitter la ville et à abandonller l'habitant à leur méconnaissance.
« Qu'à toutes ces circonstances se joignent plusieurs autres qui

" doivent détermin.er la communauté en sa faveur. 'Premièrement,
« on tre qu'il n'cst pas dans l'ordre des choses qu'u [) homme on place et
« profes~aut un état public et si iutéressant pour l'humanité soit
« délogé aussi bru~CJncment. C'est que le four construit chez les
Augustins seroit ma'heureusement placé à cotté d'une écurie
" Pères
cc au sieur Keringant chargée de p,dlles et de foins de manière que
(t cette matière combustible pourroit détruire tonte la rüe des
« Augustins; que d'ailleurs la sagesse des règlemens de police
« exige que de pareils fonrs soient établis dans les extrémités d'une
(t ville et non dans l'enceinte; que la communauté qui n'a cessé
« de defférer aux (,rdres de Sa Majesté et au bien de son service
« pourroit jetter la vue sur différents loge mens situées en cette
« ville, beaucoup plus propres pour l'établissement d'un four que
Ct celle occupé par le sieur remontrant, notamment la maison de
« Rospabu située hors l'enceinte de cette ville. »
Le sieur Chupaut enflé la voix ,et grandiloquent (l),comme
il semble l'être d'ordinaire, par vocation ou par tempéram­
il adjure ses amis et ses ennemis de lui révéler la
ment,
cause de cet acharnement contre . ltLi : et la communauté
au subdélégué un a\iis fav~rable à la juste réclamation
présente
de l'homme de l'arl, du guérisseur carhaisien, disciple d'Escu­
lape et de Lucine.
Mais voici que le lendemain la communauté de ville est de
nouveau convoquée : le maire est consterné; le commandant des
détachements cantonnés dans la ville, par un coup d'autorité;
sans entente préalable, prétend s'emparer d'une maison de la
rue des Marchands, pour la convertir en hôpital pour le trai-

tement des soldats galeux.
La remontrance de M. de Toulgoët, telle que nous la trou­
vons au registre de la ville est modérée et convaincante, et au vu
(l) Lettre à M. Paullou, procureur à Carhaix ... 28 avril 1783.
« Vous savez bitn que je ne pu-is perdrè le prix de mes traveau, il n'est
en que je ne fasse cencernantmes traveau en faveur de
cependant ri
l'humanité ... )

. des délibérations, certes on ne peut soupçonner la commu­
nauté de ville de parti-pris et de mauvaise volonté .

« l'tlonsieur le maire et monsieur le correspondant de la commis­
« sion iutermédiaire ont l'houneur de remontrer que monsieur de
. « Santerre commandant les différen ts détachements en cantonnement
« à Carhaix s'obstine à vouloir prendre pour servir d'hôpital aux
« galeux, une maison située dans la rüe des Marchands de cette
« ville occupée par le sieur Le Gal, que inutilt'ment ils lui ont re-
« présentez qu'ils ne pouvoient consentir a luy donner cette mais'on
« une des plus agréables de cette ville et qui sert ordinairement au
« logement de deux officiers parceque qu'elle (sic) soit située dans
« la rüe ou se tiennent trois fois par an les grandes foires de Carhaix,
« à la my-carême, et à Saint- Pierre et à la Toussaint, ciue touchant
CI à l'uue de ces foires il leur devenoit encore pins difficile de se
« rendre à ses désirs, parcoque ce seroit faire un préjudice inapré-
« cinble an marchand qui occupe ceUp, maison pendant ces foires, et
« que l'on assure devoir faire pour plus de 40 milles écus d'affaires
« par foire (l),queles dédommagements qui lui seroientdû si on l'ex­
(1 pulsoit sans raison à la veille d'une foire et sans qu'on peut le
« prévenir parce qu'il .demeure' ordinairemeut à Tours,seroient par
« conséquent immenses et on ne sauroit dailleurs ou déposer ni
« conmer la garde des marchandises dont sef> magasins commencent
« déjà à se remplir, que l'intérêt de la province de la ville et de
« ses hllb'ltans, l'arrété de la commission du ~7 octoure 1755, le bien
" de la ville et de ses habitans pour lesquels jls sont nne ressource
« inappréciable. Enfin la crainte qu'un pareil établissement formé
« dans le centl e même du lieu où se tiennent les foires, chez l'nn
C' des plus riches marchands occas ionu.eot des murmures et peut­
« être la dessertion totale des foires seule ressouree du pais, les
« forçoient à Illy reffusel' cette maison et cela avec, d'autant plus -du
« raison queconff0rmément à l'ordonnance de 17G8, art. 56, les
( commandants des troupes n'ont pas le droit de cboisir et de dési
« gner par eux-mêmes les maisons nécessaires au service de la
« trçmpo, qlle ce droit-apparticnt un maire ct éciJevins, que d'ailleurs
(1) Celte alIlrmalion est exactement relevée sur les registres de la com­
munauLé de ville, à la mairie de Carhaix .

« et conformément encore ft l'onlonnance du roy du 25 octobre 1716,
« art. 1"', l'on doit prendre de prefTérence les maisons non occuppées
« des uwartemonts dans les corps de cazerne lorsquil s'en trouve
« de vuides, qu'ils en ont indiqllé ùeux dans la cazerne des Carmes
« Imdit sieur de Sant.erre quil a reffusé, qu'ils Illy ont ~nsllite fait voir

« sept autres maisons saines et bien airées en le priant d'en choisir
« une et celle qn Ini conviendroit le mieux, qu'il a égallement rer-
« fusé en persistant à dire qui! vouloit la maison du sieur Le Gall
« et que si l'on s'obstinoit à luy reffuser qu'HIa prendroit luy-mAme.
« L'obstination dudit sieur de Santerre oblige le remoutrant à recou­
« rir à la communauté et à la prier de pourvoir par elle-même à la
" fournitùre des a ppartemen t8 a!lX galleux.))
Sans désemparer l'assemblée procède à l'élection de com­
missaires cbargés d'aller visiter les lieux pendant qu'elle
demeure en permanence en attendant leur retour et leur
rapport; sont désignés: mess Blanchard chanoine et rec­
teur de Carhaix, Veller de Kersalaun, ancien maire, Paullou,
échevin, conjointement avec le maire et le correspondant de
la commission des Etats.
(C Messieurs les commissaires de leLur à rassemblée ont fait le
Cl ra port de leur commission et ont dit qu'ils ont visités les maisons
(c que l\f le maire avait fait voir hier audit sieur de Santerre, qu'elles
(1 sont toutes seiues et bien airées et Agallement commodes pour
« l'établissement en question, qu'ils pensent qu'entre toutes ces
« maisons la communauté doit choisir de prefférence celle 'de SRÎnte­
« Anne dans laquelle il y a deux grands " appartements l'un au rez-
« de-chaussée l'autre au 11remier étage tous deux bien enduits de
« chaux ayant chacun leur cheminée et leurs ouvertures de fen6-
« tres an midi et au couchant et ponvant recevoir treize ou qua-
« torze lits, parce qu'il y a très peu de réparations à y faire, que
« d'ailleurs en prenant ces appartements on ne déloge ancun citoyen,
« qu'enlln ces appartements ont déja servi d'hopital de galeux aux
« régiments de Boccard-Sllisse. de Bausse, Valsch et Champagne.
« La communauté délibérant de nouveau et sur le rapport de la
« commission a arrêté que les dits appartements de la maison de

« Sainte-Anne seront pris pour servir d'hôpital aux galeux, que les
« petites réparations qui manquent seront faites sur le champ aux
« frais des propriétaires , a autorisé monsieur le maire à y faire
« mettre les lits et ustenciles nécessaires conformément aux arrêtés
« de nos seigneurs les commissaires des Etats; a approuvé et
« approuve ...... Et copie de la présente remontrance sera , envoyée
« à monseigneur Amelot ministre ayant le département de Bre­

« tagne, à monsieur le comte de Goyon, commandant pour le roy
ct dans la province, à monsieur le comte de Langeron, et à monsei­
« gneur l'intendant et à messeigneurs les commissaires des Etats qui
« sont S1tpliés d'accorder secours et proteel'ion aux habitants de la
« ville de Carhaix.»

On trouve dans les Anthologies du XVIIIe siècle une pièce
badine qui fit fureur:
« Un galeux est Partout distingné, respecté
« Comme un homme de qualité.
« Par exemple veut-il manger ou boire?
« Il a toujours son fait à part,
« Toujours son verre à l'écart
oC Aucun ne, le profane ni y porte la bouche
« On n'ose toucher ce qu'il touche. "
Ce respect affecté à l'égard des victimes de l'acarus parasite
pas de mise à l'armée, où, même au XVIIIe siècle, dans
n'est
les casernes un même lit suffit pour ,trois soldats : sous
Louis XVI, on devient plus délicat; on qualifiait avec raison
usage et on voulait le réformer;
d'inhumanité cet ancien
on montrait le pau'l)re soldat cou,~hé pêle-mêle arec se,~
camarades malsains et pompant leurs mains qui S'1/1'üssaient
aux siens. A la suite des efforts des maréchaux de Muy et
de Ségur, les grenadiers ne couchaient plus que par deux.
Les inconvénients étaient atténués mais non supprimés: que
l'on songe que les entrepreneurs des lits militaires de N1:me!;

(lV(lùnt réclamé 3.000 li'ilres . po'ur les pertes qu/ils avaient
S'UT les lits fournis au..y, galeux de la garnison: Et le
laites
]J1"ix d'un lit cornpletn'est évalué qu'à 12 li'vres. )) ('1)
Toutefois, la ville de Carhaix ne s'arrête pas à ces derniers
à Nîmes et ailleurs; elle ne cherche
désagréments signalés
pas à contourner la réquisition qui lui est faite; elle ne
cherche qu'à atténuer le dommage forcé qu'on lui impose.
Le commandant, M. de Santerre voit dans cette résistance
de paisibles bourgeois une cabale à laquelle il fallait en im­
poser sous peine d'être débordé: il s'obstine à avoir le dernier
ou protégé en
mot: apparenté avantageusement sans doute,
haut lieu, il sera écouté dans ses réclamations plus ou moins
le barop Gaspart Louis Caze de la Bave,
justes et justifiées, par
intendant de Bretagne: C'est ce qui arriva, car sans retard,
M. de Toulgoët reçut de Renrres la lettre suivante écrite
ab iTato a llssi dépourvue de mansuétude dans le fond qu'elle
était cassante dans la forme. .
« Rennes, 10 4 mars 1782.
( On so plaint, monsiour, des difficultés que vous faites éprouver
( aux troupes qui sont il Carhaix pour l'établissement de l'infirmerie
( destinée an traitement des galleux, et des formes peu honnêtes
( que vous avez employées vis -n-vis du commandant lors des repré­
« sentations qu'il vous a faites à ce sllj'et : il m'est même revenu
(1 que vous aviés excité la communauté à s'opposer à l'exécution
( des ordres que j'ai donné pour la construction d'un four destiné
( à la manutention des vivres; j'espère, monsieur, qu'à la réception
« de ma lettre vous voudrés bien fnire cesser les ontraves que l'on
" auroit pu mettre au service du roy sur ces deux objets et me
( rendre compte des mesures que vous aurés prises pour que ces
(1 deux établissements n'éprouvent pas do nouvelles difficultés. Je ne
( pet/;x trop vous recornmander en même lems de circonspection
« vis-à-vis des officiers des troupes du roy avec lesquels.vous devés
( toujours concourrir en tout ce qui peut intéresser le service du ray.
( Je suis pnrfaitement, monsieur, etc.
( CAZE DE LA BOVE. ))
(1) A. Babeau. Le Soldat, pp. 89-90.

Dans ce duel d'influences de ' toute sorte, de protections
avec passion, il restait à M. de Toulgoët à
recherchées
provoquer le secours de toutes les hautes influences et des
hauts protecteurs dont il pouvait disposer. .
Sans ,retard il s'adresse au comte, plus tard marquis de
Langeron, lieutenant du roi dans l'étendue des évêchés de
Saint-Brieuc, Léon, Tréguier et Quimper. Le comte de Lange­
ron ne voit pas dans l'incide-nt de Carhaix matière à conflit,
comme il le fait savoir aux officiers municipaux de la ville
du !) mars ). - ,
(lettre
.. Quelques jours après, il apprend que l'affaire s'est envenimée
prend mauvaise tournure, mais il n'hésite pas à reconnaître
de quel côté venaient les difficultés 'à une entente, comme on
le voit dans une lettre à M. de Toulgoët :
« Brest, le 27 mars li82.
« J'ai reçu, monsieur l vos deux lettres par lesi] uelles je vois :wec
« chagrin que vous éprouvés encore des trDcasseries .J'écris aujour­
« d'huy à M. de Brassens en consèquence et le prie de fnire cesser les
« tribulations. Il me semble impossible de chauger la garn'ison de
« Carhaix et je ne dOîltte pas que d'après ma lettre la tranq1tilité
« ne se rétablisse, VOliS v01tdrés bien entrer en détai l avec moy
« par le reto'ur de la femme q1li tOUS remetlm cette lf.llre
« J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.
« Le Comte DE LAl\GERON. ))

Le maire de Carhaix avait eu l'heureuse inspiration de se
confier au bon et dévoué évêque de Quimper, monseigneur
Conan de Saint-Luc, et de lui recommander sa cause. Avec sa
prudence habituelle et sa bienveillance bien connue, le prélat
la ville de Carhaix et son maire.
intervint et s'entremit pour
« -r Quimper 28 mars 1782
« Je suis sensiblementaffiigé, monsieur, de tontes les contra­
« dictions que vous éprouvés, d'après ce CJue M. ùe Langeron
« m'avoit mandé. Je croyois tont terminé. A la réception de votr(>

« lr.ttre je l'ni envoyée n M. Bcrtl'nud, il m'a fnit pnsser la répollse
" ct j'y joius anssi celle qn'il Ill'a [nile. Soyés bien per:-;uncl(\ mon-
. .. siellr, que si je puis vous servir eu cette oceastnJ1, ./0 III Y
cc emploierai avec ardeur. Je verrai M. nl'rtraud avant sou dôpl1rt
(c ponr Carhaix et je Ini l'ecoltll1lnndorni de nOllve:llI votn\ nfTlIire.
« Il m'a toujours paru bien préi'CllLl eu votro f:wcm ct j'espùre
« qu'il ne changera [lélS.
votre tres
« Je suis avec llll sincf'.re attachement . monsieur,
(c humble et très obéi~sant serviteur
" t T. F .. J., Ev. de Qllim[Jer .. ,
Monseigneur de Saint-Luc, de famille parlementnire, ayant
des gens et des conflits, ne voit personne aussi
l'expérience
indiqué pour une intervention efUcace que le commissaire des
guerres, deux ans plus tard intendant de Bretagne; protégé
du chancelier Maupeou, homme d'une activité extraordinaire
et d'une habileté incontestablp. à débrouiller tout aussi bien
qu'à embrouiller un écheveau: c'était Antoine-François-Ber­
trand de Molleville.
. Pendant que ce dernier, heureux .d'obliger de si honnêtes
gens, s'occupait d'arranger les chQses pour le mieux, le
sénéchal de Rennes, présiden t de l'ordre du Tiers, Léon de
Trévéret, encourageait son ami de Toulgoët, tout en l'exhor­
tant à ne pas s'exagérer la portée des événements, à se
défier de son caractère, sans doute impressionnable; à mé­
nager ses moyens de défense en ne découvrant pas, sans
utilité pour sa cause, la commission intermédiaire des EtaLs
qui, au demeurant, lui était assurée et acquise à l'avance
(l Ronnes 5 avril 1782.
«( J'ai reçu, mon cher Toulgoël, votre Jettre du 1" ,n'fil. Je me

(C hâte d'y répondre et do. vous J'adresser à Quimper pnisque vons
« me mandés que vous y serés dimanche pour la commission Je
(( vous reconnois hien il ln conduite
que vons tenés vis a vis de
« MM. les officiers Il f~lllt avoir de
l'honnetcté, mais en même

{( tems de la dignité ct de la . fermeté , et je vois que vons mettés
« tOllt cela en usage.
« Depuis votre dernière ll'Ure je n'a-i point parlé de wtre affaire
« ni à JI. de Gayon ni à M. l'intendant, ils ne m'en ont point
« 7la.rlé, aHs)ii j'aime à croire que c'est 'llne affaire finie
(, Vous {erés bien de remettre wtre mémoire: à la commission
« de QI/imper pour l'enliOyeT à celle de Rennes en l'im,itant à
« vou ·~ {aire 'rendre justice. mai.~ je ne vous Gonse.'We ]/às de nous
« le l'aire adresser à moins qlle le. militaire ne reuille donne'r
« de·, suites à cette affaire; il vaut mieux qu'elle finisse d'elle­
« même que d'en Caire une afTaire d'éclat, et j'aimerois mieux en
" pélreille occélsion être defendenr que demandeur; si l'on m'atta­
« qlloit, alors de défendeur je deviendrois demandeur Malgré cela
« vons ferés toujours bien d'envoyer votre procès-verbal à M l'in­
{( tendant en le priant d'ou {aire t(,-age qu'en GOS d'attaque.
« Adieu, mon cher ToulgoOt, je vous embrasse de tout mon cœur.
«Je vons attends aux Etats avec grande impatience. comptés sur
c( moi dans cette oceasion comnle dans celles de toute la vie, comme
« sur le meilleur de vos amis.
-LÉON DE TRÉVÉRET. Il
Les résultats de ces interventions aussi dévouées que dis­
crètes commencent à se faire voir: l'incident est clos. Il ne
reste plus au maire de Carhaix qu'à recueillir les félicitations
de ses amis dévoués.
« A Brest, le 22 avril 1i82.
« M. Bertrand m'a rendu eompte, monsieur, de ce qui s'est passé
« à Carhaix pendant son séjour, j'ay vu avec grand plaisir que la
. « pai~ et l'uoion est totalement rétablie et que vous avés fait de
« votre côté tout ce qUf\ j'avais lieu d'attendre de VOIlS, 'continués,
« monsieur à coopérer au bien du service en facilitant aux troupes
« leur établissement et les secoHl'S qu'elles doivent attendre de
« vous, ct vous me trouvérés toujours disposé à vous donner des
« preuves des sentiments avec lesquels je suis, monsieur, votre
« t, ès humble et très obéissant serviteur
« Le comttl DE LANGERON. »)

Le même jour, M. de Gayon, commandant pour le Roi
dans la province, assurait M de Toulgoët de sa satisfaction;
(c Rennes, le 22 avril 1782
(c M. Bertr:md, monsieur, ne m'n [Joint laissé ignorrJ' ln réunion
cc qui s'est opérée à CarlHlix, ct m'a io~truit CB même tems combien
cc il étoit satisfnit de la conduitc que vons nv(~z tcIllle d[\ns cf'Lle
cc occasion. C'e~t avec un grand plaisir fllIC je vous cu marque · mn
cc satisfaction; j'ai lieu d'espérer quo désormais tout le monde y
(c vivra en bonne intelligentC, et en vérité c'est le ùnnlleur de tOIl::.
' •. J'ai l'honneur d'ètre parfaitement, monsieur, votre très humble
cc et très obéissant serviteur,
cc GOYON. ))
Dans ce concert d'éloges et de félicitations, une note qui
dut aller droit au cœur de Tou~goët, ce fut la lettre de ses
bons amis des. États.
« A Rennes. le 26 avrillï82 .

« Nous vénons, monsieur, d'être informé de l'empressement avec
cc lequel vous avez concouru (en votre qnalité de maire) il faciliter
. Cc les opérations de 1\1. Bertranù cOl1uqissaire des guerres envoyé ~
cc Carhaix pnr M. le comte de Goyon, tant au sujet des clirtictlll.és
(1 élevées rélativement à un four destiné à la cuisson ùu paiu de
(C ln troupe, que pour quelques autres objets qui régardoient
« Quoique la mission de ce rommissaü"e rut étrangère à no :'re
(C administration, nous ne pouvons, monsieur, que de vous savo ir
« un gré infini d'avoir coutribué au rétablissement de la concoroe

cc dnns c~ quartier. L'avnntage de l'habitant et le b ii.~ll du service
« ne peuvent jamais s'opérer plus surement que par l'attel.ltioll il
(t maintenir le concert entre tous ceux qui doivent y concourir, et
cc c'est un plan que nous voyons suivre avec grand plaisir
cc Nous avons l'honneur d'être, monsieur, vos très IHlmbles et
« très obéissans serviteurs,
cc Les co1n1n'issaires des Etats:
L'abbé DE BOISBILLY DE QUERYVON
LÉON DE TRÉVÉRET. "

Enfin, puisque tout est fini et bien fini, il ne reste plus qu'à
le bulletin de victoire: M. de Bertrand s'y entend à
rédiger
il n'oublie rien ni personne, ni même les frais de
merveille,
son officieuse intervention. Les deux lettres qui suivent nous
pour connaître Bertrand de Molle-
semblent intéressantes
ville intime .

« Quimper, ce 25 avril 1782 .
« J'ai rAçû. la lettre, monsieur, qne vous mavés fait le plaisir de
(c m'écrire et ce courier vous apprendera que je n'avois point oùblié
« les promesses que je vons avois fais de recevoir des lettres
cc honnefes de toutes les personnes qui pouvoientêtre prévenue contre
« vons et qlle j'ai dissuadé avec justice. A mon arrivée il Quimper
« j'ai pris un jour de repos et suis parti le samedy pour Brest, j'ai
« eû les conférences les plus fltttteuses avec le général, je lay prié
« de vous éerire une lbttre . il s'y est prêté avec plaisir et je me suis
cc chargé de vous la faire passer. j'en seais le contenû, elle doit
(c vous flàt(~r, je le désire, j'avois lHlssi rendu compte à M de
cc Goyon et il M. de Trévérct, ce premier me marque qu'il vous a
« écrit, ce dernier ne m'a pas encore fait de réponse. M. l'évêque
« m'a témoigné touto sa satisfaction, ainsi, monsieur. vous devés
« être content. C'est nn nouveau plaisir à toutes mes démarcbes,
« en écrivant à ces chqfs faite leur part de ma conduite et de ma
« dépense, il seroit naturel qu'une affaire comme celle-là terminée,
« les généraux me fissent rembourser de mes dépenses . M. l'évêque
« de Quimper m'a assuré qu'il en écriroit à M. de Goyon. Je serois
« cepend[lnt faché que l'on crut que je tiens à eela.
,. M de Langeron m'a promis qu'il alloit incessament faire . partir
« plusieurs détachements de votre ville , c'est une chose à garder
« sous le silence, je vous félicite de ce que ces messieurs ne vont
« point cbez vous: vons en en serai quitte pour des compliments et
« des coups de chapeaux et fien de plus. Tout e~t disposé en votre
« faveur il vous sera aisé de conserver l'estime et l'amitié de Ceux
« qui vous connoisse, personne ne sçait miellx que moy vous
« [lppressier :tinsi que les corps; j'ai servis et mon état m'apprend
« il. les conl1oitre .

« Je suis étonné que M. de Brassens ne vivent pa:s bien avec ces
« messieurs. M. de Sentcrrc m'avais promis en partant de tout
« oublier, sens doute que l'on lui aura fait la guerre de ce qu'il
« auroit été chez vous précédamment. Il fRaudera du tems pour
« que les choses reviennent il leur point, mais comme cela ne
« vous regarde pas n'ayés point l'air de. vous en apercevoir.
« Je vous avois promis que huit jours après mon départ vous
« seriés charmé de ce que vous aviés fait enfin je commence à
« croire que j'ai raison.
« BERTRAND »
« J'ai l'honneur d'ètre, monsieur, etc.
« Qui mper, ce 2 may 1782. .

« J' ai ' la plus grande sa tisfaction, monsieur, d'a pprendre par vous
« même que to"utes les démarches que nous avons fait ensemble ont
« eo. tout le succès quejen attendois: puisque vous este content ainsi
(~ que madame, nos désirs sont satisfaits et je suis très convaincu
« que Carhaix ne verra plus de pareil histoire, vous devés vous
« rappeler que je vous avois dit qu'il falloit un peu de tems et de
« passience pour remèttre les tetes echautl'ées, vous voyésque cela
« commence et que la fin ne pourra vous être qu!avantageuse, vons

« avés tout" ce qu'il faut pour vous faire aimer, vous sçavés comme
« moy que les animeaux les plus féroces sont dompté par la
« grande douceur; je suis charmé que ces messienrs ayent été chez
« vous et je ne doute pas que vous ne soyés content, monsieur de
« Santerre doit avoir reçu une lettre de monsieur de Langeron à ce
« sujet dont l'on ne vous parlera probablement pas, je suis très aise
« que le baron de Créqni vivent avec vous mais cependant il ne
. « faut pas trop llli montrer de prédilection, les cJrps sont jaloux.
« Quand ' aux lieutenant leur tour viendera et je suis convaincu
« qu'ils iront çhez vous,et si cela a lieu vous ferés tres bien d'en prier
« ches vous au cas que vous invitiés des capitaine.Volls ete en place
« c'est une raisonpollr ne point échapper cette circonstance, enfin
«( volis ête heureux, cela me suffit, j'e:;père que cela continuera,
« mes conseils vous ont donné de la tranquilité, je men réjouis
« avec vous et vous renouvelle les assurances du très sincère et
(t parfait attachement uvec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur ...
« BERTRAND •

« M. l'Evêque de Quimper est partit dimanche dernier et ne ,sera
« icy que le jeudi d'avant [a Pentecôte ou il doit passer les fêtes »
Voici le gros temps passé et venue l'accalmie: ,le ciel est
sans nuage et le soleil se montre radieux: Léon de Trévéret
se donne la douce satifaction de le constater dans une
lettre affectueuse ou nous trouvons une attestation du dé­
sintéressement du maire de Carhaix.
« Rennes, 22 mai 1782
« ,Je ne vous oublie pas, mon cher Toulgoët non plus que de
« ['amitié que vons m'avés toujours témoigné; Je me rappelle aussi
« le zèle que VOllS avez montré pour le bien du '3ervice du roi,
« les véritables intérêts de la province de l'ordre du Tiers et de
« votre communa'ute.
« Je me suis apperçu que vom: n'avés point fait prendre de déh­
« bération par votre communauté pour VOLlS payer le supplément
« ordinaire de rétribution pour droit d'assistanee aux Etats. II n'est
« point juste qu'on soit dans le cas de fair~ des dépenses pour [a
« chose publique sans en être remboursé; en conséquence vous
" pourrés, lorsque vous le jugerez à propos, faire à votre commu-
« nauté prendre une délibération pour VOliS faire payer ce sllpplé-
« meut ùe rétribution. Aussitôt vous ['enverrés à M. l'intendant
« qui y m.ettra sur [e champ son 'approbntion ; il Y a été autorisé
« par 1\'1 Joly de Fleury, ministre des finances . Adieu, mon cher
« Toulgoët; il est bien juste que le président de l'ordre du Tiers
« veille aux intérêts des membres de son ordre qui a donné tant de
« preuves de zèle aux derniers Etats. J'espère que vons reviendrés
« aux Etnts pl'ochains, ce sera pour moi une grande satisfaction de
« vous y revoir, continués-moi votre amitié, ne doutés jamais de
« la mienne. Je vous embrasse mille ct mille fois de tout mon cœur
« et suis votre serviteur et ami,
« L,tON DE TRÉVERRET. »)
Selon le vœu du président de l'ordre du Tiers, M. de Toulgoët
vit ses pouvoirs aux Etats confirmés par la charge de maire
qui lui fut renouvelée par la communauté de Carhaix: Caze
de la Bove, cette fois, dans une lettre fort courtoise lui en
dit sa satisfaction,

« Paris lelOjuinli82.
« J'ai reçu, monsieur, l'expédition que vous m'avez adressée de
« la délibération par laquelle la communauté de Carhaix vous a con­
« tinué dans ln place de maire. Je suis persnadé que M. le duc de
« Penthièvre approuvera très-volontiers cet arrêté; de mon côté je
« vous verrai avec bien du plaisir continuer les fonctions de la
« mairie, et \TOUS me trouverez toujours disposé à vous procurer
(1 les facilités qui dépendront de moi; je serai d'ailleurs charmé de
« vous revoir aux Etats,
« .Te suis très-parfaitement, monsieur, etc.

« CAZE DE LA BOVE. »)
L'administration de Gogal de Talhouët semble entrer, par
la suite dans le plus grand calme; heureuse et paisible comme
cette catégorie de pe'uples q'ui '11/ont pas d'histoire : cons-
ciencieuse jusqu'au scrupule, prudente jusqu'à la timidité,
mais intègre et dévouée et préoccupée surtout d'améliorer
l'assistance publique: elle répondait ainsi aux intentions
l'Administratio)1 centrale exprimées par des circulaires comme
celle de 1785 rédigé par Bertrand de Molleville, intendant
de Bretagne, etque nous donnons ici en terminant notre.travail.
(. Rennes: 4 septembre 1785 .

(. Comme il y a lieu de craindre, Messieurs, que par une sttite de
« la longue sécheresse qui a régné cette année, la misère ne. soit
« très-grande l'hiver prochain, je vous engage a réserver des fonds
« pour les employer pendant la mauvaise saison à l'exécution des
« travaux qui sont de nature à pouvoir être faits pcndant l'hiver,
« tels que les em~ierrements des banlieues, les déblais, remblais et
« autres ouvrages quelconques, à l'exception des pavés et de la ma­
« çonnerie : ces trava ux . coû teron t à la vérité plus cher, et peut­
« être seront-ils moins durables; mais cet inconvénient sera com-
« pensé par l'avantage d'avoir occupé et préservé de la misère un
« grand nombre d'ouvriers, qui sans cela pourroient peut-être man­
« quel' de travail et augmenter le nombre des mendians •

« Je vous prie de me marquer incessammeut quels sont les tra-
« vaux d(~ votre Ville qu'on peut faire exécu ter pendant "hiver sam
« trop d'inconvéniens et à (iuoi ils pourront monter.
« Je suis très parfaitement, messieurs, votre très-humble et très
« obéissant serviteur.
« DE BERTRAND. »

-(MM. les Officiers Municipaux à Carhaix)

N01 ES SUR L'HOSPITALISATION MILI1 AIRE A CARHAIX
Au X V III" Siè~le.
Il semble tout indiqué que, pour se renseigner sur les détails
de l'hospitalisation militaire à Carhaix, il n'y avait qu'à con­
sulter les archives hospitalières de cette ville.
Nous avons bien trouvé la bienveillante et habituelle cour-
toisie de M. le Secrétaire de la mairie, mais pour la période
1789, pas de registre des entrées et sorties: rien
antérieure à
Cahier des Délibérations des Administrateurs de l'Hô­
qu'un
pital général, fort bien tenu par un Directeur, un Prévôt, tou­
jours homme de méthode et d'expérience, rompu d-e longue
date aux affaires. Ces délibérations offrent quelqu'intérêt par
les inventaires scrupuleux faits, chaque année, du mobilier
des archives; et,depuis '1718,par de curieux détails sur les
adjudications pour la fourniture privilégiée de la viande pen­
le Carême.
dant
Pour le militaire, pas de renseignements à recueillir; il
nous faut donc quitter l'Hôpital général et nous adresser au
cOuvent des religieuses Augustines pour trouver quelque

chose. '
Lecouvent des religieuses hospitalières de Carhaix, de l'ordre
de Saint-Augustin de ·la Miséricorde de Jésus fut fondé le '14

juillet 1663 par Anne du Châtel de Kel'lech à laquelle fut
fin, le prieuré de Saint-Antoine par son beau­
donné, à celte
du Perrier de Boisgarin. La communauté de ville
frère Claude
ne semble pas avoir vu d'un bon œil cette fondation. Les
religieuses résidèrent peu d'années à Saint-Antoine, « les au­
« torités de la ville trouvant très incommode de faire trans­
«( porler les malades aussi loin, elles en quittèrent par .con-
« descendance et pour se rendre à Saint-Anne qui était l'hô-
« pital général et qui le fut jusqu'à la Révolution en '1793. On
«( y recevait des vieillards invalides; cet hôpital était tenu par
« des administrateurs et des dames pieuses de la ville. Elles
« restèrent très peu . de ten1,ps à Salnt-Anne llarce que les
« admintstl'ateurs exigeaient de nos mères des conditions
« contraires li nos obligations l'~ligieus~s, elles s'y l e/usèrent,
«( et priren t le parti de créer un nouvel hôpital (1). ))
Il . Y eut donc deux hôpitaux à Carhaix: l'un officiel, et
ou privé.
l'autre libre
Les archives départementales possèdent quelques pièces
concernant l'établisssmentdes Augustines (série H. 223.), les
registres des professions religieuses et un curieux cahier des
entrées et sorties de leur hôpital, de '1737 à '1791. Les personnes
hospitalisées sont des femmes ou filles admises au compte des
personnages notables par leur rang èt leur bienfa-Isance, comme
Mmbs de Boisglé, de Raguideau, de Goisfuec, Jégou, de Rison, du
Quélennec; M. de Kerveznoaël; des recteurs de Saint-Trémeur
ou de Sainf-Quigeau, ou même au compte de la communauté
de ville . Certaines malades étaient admises parfois,sans recom­
mandation spéciale, bénéficiant de fondations dont la disposi­
tion se trouvait vacante par suite de décès ou de sortie d'une
hospitalisée. Ces fondations étaient celles de Croismen, de
Boisglé, de Mme de Coursy, ([lielS de Coursel, de M. Le Bris.
Au sujet de l'emploi de cette dernière fondation nous lisons:
(1) Cf. Comtesse du Laz: Carhaix, son passé, ses châteaux célèbres ct
ses monastères (Revue de R'J"etaune, de Vendée et d'Anjou, juin 1899, p. 1112.)
BULLETIN ARCHÉOL. DU FINISTÈRE TOME XXVII (M émoires) 11

c.< Le 17 aoust 1740 est pris dans notre hôpital pour remplir
(c la fonda lion cie monsieur Le Bris Françoise Abgrall,de la pa-
(c roisse de PIO'ilnévenés de Lëon. Elle a fini son tant depuis
« le 8 janvier 174'1. »
« Le premier juillet '1740 Marie Coadelan est mise sur la
« fondation de feu monsieur Le Bris et est morte le 10 mars
« 17;'6 et enterrée à Saint-Quigeau. ))
Nous trouvons des traces des yirements opérés dans l'emploi
des deniers provenant de ces fondations: .
« Le 14 janvier (1745) du matin est venu sur la fondation
(c de madame de Coursel (aliàs Courcy) Marie Noac'h de Plevin
« tombé malade à Carhaix y cherchan son pain. - Et depuis
« le 22 février sur celle de MT de Boisglé. Sort y le 23
« mars. )l
L'hôpital des Augusti nes acceptaientd'a utre part des malades
le certificat de dames patronnesses dont une avait spécia-
sur
lement la signature pOUl' libeller les admissions. De 1737 à
1780, elles se font (c pour le compte de madame de Kererault ;
de 1780 à -1786, .« pour le compte de madame de Toulgoët )),
puis de 1786 à t79l )), pour celui de madame de Gourio. »
En '1782, comme on le voit plus haut, dans une délibéra­
lion de la commuuaute ae ville, nous -trollvons rapporté que
« deux appartements de Sainte-Anne avaient déjà servi d'hô-
pital de galleux aux régimens de Bocard-Suisse, de Bausse,
Walsch et Champagne » (1) ..
Nous ne relevons sur le registre des religie.uses hospita- .
des régiments de Beauce, de Walsch
hères aucune mention
de Champagne, mais si l'hôpital général avait I~eç,u un

bon contingent de soldats malades du Boccard-Suisse, les
Auguslines avaient. reçu en traitement, de janvier à,mai 17ï'1,
(1) Une fois pOUl' toute, °nons protestons vouloit' reproduire et respecter
l'ortbographe des noms, comme nous les avons trouvés inscrits: un travail
cie l'ecLi(icalion ou lI'identification serait Illot'alement impossible à faire, on
le comprE'tlllra facilement.

160 sujets de ce . régiment; ce qui ne signifie point qu'il n'y
en eut aussi à Sainte-Anne.
Nous avons dressé un relevé des hommes de troupes hospi­
les religieuses de -1757 à 1771 : il nous semble
talisés chez
que celte succession rapidede noms de régiments et de com­
pagnies, de sobriquets et de noms ' de guerre de notre vieille
armée française, ne manque pas de pittoresque et de coloris.
171)7, Joseph Voterne dit Saint-Joseph, cavalier au
6 mai
régiment de Crussol, compagnie de Calonnè, en quartier à
Cw"haix. Sorti le 20 mai.
20 mai, Charles Morice dit Morice, natif de Choisi-sur-Laine,

province de l'Ule-de-France, cavalier au régiment de Cruss~l,
compagnie d'Albrasse, en quartier à Rostrenen.
En mai, Joseph Pélier dit Lu Tandresse,régiment de Goyon
compagnie de Chartres; Louis Bodoin dit Saint-Louis, même
de Saint-Gal; Jacques Lalouette, soldat
régiment, compagnie
de l'hospice royal des Invalides; Jean Sapin, cavalier au
régiment de Crussol, compagnie de Montosier.
En juin, Gilles Ecolace ditSans Refus postiche de Goyon,com­
pagnie de Cingat ; Marin Guérin -dit Vat de bon cœur, postiche
de Goyon, compagnie de Buat ; François Kée dit Btisefer,

régiment de Goyon, compagnie de Lovinaille. .
Pierre Chariot dit l'tanche Uontagne, régiment de
En août,
Goyon, compagnie du Tay Royal. -
En décembre, Jean-Louis Valoy dit Beau soleil, natif de
Carhaix~ sm"'gent au bataillon de Carhaix-milice, compagnie
de J( ersulien.
Du 6 mai au ao décembre 17J7. le registre note l'entrée de
2 marins et de 27 soldats provenant du régiment de Goyon,
des corn pagnies précitées el de celles des grenadiers de Redon
ou dn Kervigant, du régiment de Marbœuf; compagnies de
Chailly-dragon de Marbœuf, de Vallours, régiment de

Chabriand.
En '1758, nous relevons l'hospitalisation de soldats de Mar-

bœuf et de l'hôtel des Invalides, compagnie-de Goirand et sur--
tout de malades du régiment de Berry, compagnies de Grené-
dan, de DUpOl1t, de Longpian, de Bouffo, de Dupuy, de Kerin­
cutI et de PonFlevoy.
1759, entrée de Paterne Osequin dit Pater, natif d'Orléans.
grenadiel' au régiment de Chartres, compagnie de Gondin- Ce
régiment fournit un bon nombre de malades des compagnies
de Chauvigny, Bosredon, Saint-Sulpice, Novion, Courselles,
Papin, Rebonnet, Mazers, Boisragon, de la Tourreste, de Dré-
ville, Duplexis, de Rivel. -
Le régim entétl'anger, Irlandais, de Dillon (1) apporte à l'hôpi-
tal un fort contingent des nationaux de Saint-Patrick, de Fla-
de bas-Allemands: compagnies de Nail1or, Kervedy,
mands et
Nicolas Bourh, Vacant, Richard Bourke, Offianagan, O'conor,
O'Reilly, de Davdis, de Linch, de Magdonogh_ Les régiments
de Berwick (compagnie de Hédin) de Roothe et de l'out y sont
représentés ainsi que le régiment de Quercy (compagnie du
Sablon, de Le Belin, de Voyer, de Guier); le régiment de Lan­
guedoc (compagnie de Touslain) etla milice de Carhaix (com­
pagnie de Dejars) et le régiment de Saint-Chamond, '
'1761 : de février 1760 au 28 avril 1761, nous ne constatons
d'entrée de soldats si ce n'est en novembre l'admission de
« Michel Boussin dit La 'Oerdure, cavalier au régiment de Pen-
thièvre, compagnie de Crenay, venu de l'hôpital de Lander-

neau
A partir des derniers jours d'avril, on transfère, à Carhaix,
des autres hôpitaux de la région trop encombrés par l'affluence
des malades:
à Carhaix, François de MoriIlière, dit Sans
Niort envoie
llegret, s.oldat au régiment de Montrevel, compagnie de Sal-
verte, Etienne Massé dit A rgent Court et Benoît Jullien dit
Frappe d'abord, et ault~s soldats du régiment des grenadiers
(l) Ce régiment ftlisait partie clu corps si brave, si vaillant, que l'on
nommait la jJ,,'i{jalle Idandaise.

royaux venus du Poitou et de Nantes. Les hôpitaux de Lorient,
Port-Louis, Quimperlé ne peuvent garder, ou recevoil',les nom-
breux malades du régiment de Nice cantonnés dans ces villes;
se décharge sur Carhaix d'une vingtaine de soldats
Morlaix
éclopés ou avariés qu'il ne peut hospitaliser: ils appar­
tiennent, en partie, au régiment de Saint-Chamond, comme
Jean Le Blanc, dit Va de bon cœur, d'Arles. en Provence, et
Melchior Le Chevin dit Cœur dt! Roy; au régiment de Cha-
brillant, comme Antoine Potier dit Joli Cœur; au régiment de
Logonay, comme Antoine Gousseau dit la Dérrmte, compa­
des postiches de Saumur, comme Joseph Pourcelot dit
gnie
Prest à bqire, natif d'Anvet en Franche-Comté, compagnie
des postiches d'Aix régiment de Langaunay, venu de Nantes.
du régiment de la Marche (compagnie de
D'autres proviennent
Vauboulon), du régiment de Bouillé, etc.
A la fin de 1762 et en 1763, voici Brest qui expédie de
longues caravanes de mat~lots du. département de Brest et de
nombreux soldats du régiment de la marine: entrée de « Fré­
[a loye natif de Quenisnw1'k, soldat au régi­
déric Hiochet dit
de Penthièvre, compagnie de Graniac, venu de Brest. ))
ment
En 1763, 4, janvier, nous relevons l'entrée de !( Jean Jézé­
« quel dit Cabriolé impotant, natif de Josselin en Bretagne,
(c soldat au bataillon de Vannes, compagnie de Boisgen~uc
(sic) venu de Morlaix. »)
De 1763 à 1770, nous ne relevons d'indications d'hommes
de troupes soignés ·à Carhaix: pendant cette dernière année
nous trouvons quelques noms du Hoyal-Infanterie et du régi­
ment de Vermandois à ]a suite de transferts de l'hôpital de
Morlaix.
De janvier à la fin de mai 1771, les hospitalières reçoivent
160 soldats du régiment Boccard-Suisse : compagnies de Pierre
de Flüe, de Flüe l'aîné (Deffiue), de la Meutenance colonelle, de
Sandos (ou Sandol), de Kermann Landame, de Heimel, de
Hoggentiel, de Tesch, de Sury, de Dieffenthaller ........ Ces

soldats semblent recrutés spécialement à Turgovie, Soleure,
Unterwalden, Basle, Berne, Genève et Saint-Gall et même
dans la Souabe, le Wurtemberg et le pays de Gand.
Nous trouvons, à cette époque, en traitement à Carhaix,
des régimentsde la marine, de Vermandois, de
quelques soldats
Vivarais et de Guyenne. A la suite, dans ce registre des entrées
et sorties de la maison des hospitalières, nous ne trouvons
pour les troupes.
plus traces d'hospitalisation '
On voit que, sous l'ancien régime, le militaire ne restait
pas moisir dans les garnisons, qu'on lui faisait souvent chan­
d'air: le capitaine Simond, du 26 de ligne, après nous
ger
avoir racon té les étapes et garnisons de la Tour-d'Auvergne ('J)
et montré, rien qu'en '1768, quatre changements de garnison
en sept mois! nous fournit la raison de cet errement. ({ Les

({ changements de garnison étaien l très fréquents pour habi-
« tuer les troupes à la marche et pour les faire profiter ~ tour
« de rôle des agréments des grandes villes. Ils étaient surtout

f( un fâcheux expédient du ministère de la guerre pour dimi-
« nuer son budget parce que les dépenses d'étapes étaient
« payées par les provinces comme avances sur leur taille. »
Antoine FAVE .

(1) Le capitaine La Tour-d'Auvergne, '2" édit.p. 35 .