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Bulletin SAF 1899


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Procès-Verbaux

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SEANCE DU 26

Présidence de M. P. DU CHATELLIER, Président ·
Etaient présents: MM. les chanoines PEYRON et
ABGRALL, A. LE BRAZ; DU CREST DE VILLE­
NEUVE JENKYN JONES, H. BOURDE DE LA
ROGERIE, LE MAIGRE, abbés L. ROLLAND et
Antoine ' FAVÉ. '
Le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
A l'occasion des · éclaircissements ajoutés à son inté-
ressal)te étude sur les Feux de la Saint-Jean par M.
Le Carguet, notre confrère M. Le Braz déclare main­
tenir les observations qu'il avait présentées lors de la
lecture de ce mémoire. .
M. le Pl'ésiden t dépose sur le bureau les publica-
tions suivantes envoyées à la Société:
Journal des Savants: livraisons de novembre et
décembre 1898. . , .

Mélusine: nO 6, novembre et décembre 1898.
Annales de Bretagne :. livraisons, de janvier 1H99.
Derniers numéros de la -Gazette médicale. .
M. le marquis de Bremond d'Ars-Migré offre à
notre bibliothèque un exemplaire d'un travail publié
par lui dans la Revue de Bretagne et de Vendée, sous
le titre: « Les vieux Papiers d'une. vieille 'maison à
Quimperlé (1575-1875) »."
Une communication du ' ministère .adressée aux
Sociétés savantes nous informe que les Sociétés des
Beaux-Arts, consultées sur 'la question de déplacer le

lieu de leurs Congrès annuels qui se tenaient à Paris

,depuis vingt-deux ans, ' dnt 'décidé de s'y' D?aintenir e~
de ne pas se rendre à T.ouloùse pendant'la semaine de

Pâques avec les ' S.ociétés savantes. M. le Ministre a,
en c.onséquence, arrêté que le 23 Congrès des Beaux-

Arts des départements se tiendra à paris pendan t la
semaine de l,a, [Jentecôte. ' "
M. le Pr;ésident rappelle que 'la S.ociété d'archéologie
du Finistère compte au sein du Ç.onseil générÇiI du

départe'ment b.on n.ombre de me~bres et d'amis
dév'oués à ses intérêts. El.oignés qu'ils sont de Quimper
par leurs .occup,ati.ons .où leurs domièiles, n.ous sommes
privés du plaisir de les voir aussi souvent que nous le
désirons, ~ nos réuni .ons mensuelles.,' La sessi.on de

Pâques du C.onseil gén~ral lesamena1?t à Quimper, il
semb~ait qu'.on pUt les convier à prendre part à une de
nos séanc.es, en m.odifiant le j.our et l'heure des conv.o-

cations, en avriL . , '

La Sociét,é applaudit. ~t adhère à la propositi.on , de
S.oli President pr.op.osant qu'en l'honneur de leurs con-
frères la sé'ance d·~avi'il ,prochtiirie, au lieu d'avoir lieu

. le dernier jeud~ du de la semaine déla Qûasiriwdo, c'est-à-dire pendant
la sessi.on du Conseilgé.néral :la réUni.on , se tieI).drait

dans la soirée, à une heure à fixer ultérieurement.

.Pour la c.ompqsiti.ofl de l'ordre ' du jour, M. le Pré-
sident invite les s.ociétaires à concourir par des com­
municati.ons qui s.oient, ' p.o ur ainsi dire, une exposition

de nos' travaux c.ommuns: étant donné le peu dé temps
qui est · réservé .il,. chacun, elles devront être nécessai­
z:ement c.ourtes et résumées, et les . manuserits seront

III ' .

préalablement remis pour la rédaction .définitive du
programme, à la séance ,de mars .prochain. .'
M. de Villiers du Ten"age a été chargé d'offrir à l~
Société une étude d'un grand intérêt rédigée d'après
un livre ,de raison de la famille Billoart, de Quimper,
par M. le comte de Rosmorcluc. .
M. le P'résident propose de réserver ce mémoire
. pour la séance d'avril, ce qui est adopté.
M. l'abbé Guil'iec, vicaire à Mellac, sur ~a prése~­
tion de MM. Peyron et Abgrall, et M. de Saint-Lau­
rent, du Mans, sur la présentation de MM. Bourde de
la Rogerie et P. du Châtellier, sont admis au nombr.e
des membres de la Société archéologique. .
1'v!. du Crest de Vi lleneuve lit un mémoire sur la
uonservation de la 'langUe bretonne dans notre pays .
En termes émus et pressants, il démontre qu'une
Société comme la nôtre ne peut se désintéresser des
destinées d'un idiome national qui est · une partie
intégrante · de la Bretagne et d·e son patrimoine sécu­

laire. L'Assemblée remercie M. du Crest de sa commu­
nication ' et décide que, pour ·aviser aux moyens les plus
pratiques de préservation et de sauvegarde de la vieille
langue des aïeux ) on établisse une entente avec une
Société instituée à Saint-Brieuc dans ce but patriotique
et moralisateur. A cet effet, elle délègue 'une com-
·mission composée de juges compétents: MM. du Crest
de Villeneuve, A. Le Braz, Jenkyn Jones et Abgrall.
Lecture est donnée du Mémoire de M. Le Carguet
sur les Epidém.ies du Cap-Sizun. M. Le Braz
complète les recherches de notre confrère d'Audierne
par quelques indications qu'il a recueillies dans le pays

même, par exemple, de noms de victimes de la peste
. de Lescoff. · .M. le chanoiné Peyron. insiste sut la
. 'date de 1639, comme date probable de l'invasion de ce

fléau. M. 1-1. Bourde de la Rogerie apporte,
pour .étayer ces présomptions, des pièces . inédites

des archives du Finistère et du Morbihan. M. Le
Carguet n'a pas terminé ce curieux' travail et' il y
apportera un complém,ent attendu avec intérêt; nous
'Y trouverons, espérons-le, une solution, sinon une cer-
. titude complète sur ce point obscur ,d'histoire locale.
M. Bourde de la Rogerie exprime le vœu de voir
dans la bibliothèque de la Société les livraisons des
Congrès annuels de l'Association bretonne former
une collection complète: d'autre part, il serait d'un
. grand intérêt de faire l'échange avec laSociété.J erséaise
et la Société de Normandie.

M. Le Bl'az croit qu'il serait facile d'obtenir de
M. le Maire de Troyes et de · la municipalité des
volumes de la bibliothèque bleue, d'ont, les collections
encombrent les greniers d~ · .l'Hôtel-de-Ville. Pour
ceux qui étudient notre poésie bretonne" il y aurait
là une source précieuse de rechérohe~ , 'et de rappro­
chements au point de vue . de :la' tradition historique
et littéraire. . .. . :
1 \1.. Bourde de la Rogerie est prié ~de vouloir bien
faire 1eR démarches ' utiles pour arriver à procurer à la
bibliothèque de la Société ces différe,ntes publications.
La séance est levée à 4 ;heures, 1/2 .

" Le Président,
P. DU CHATELLIER.
; Le Secrétaire,

": ANTOINE FAVE.

MELANGES & COMPTES-RENDUS

Conserva tion de la
langue celtique
armorIcaIne .

La conservation de la langue bretonne a préoccupé depuis
quelques années beaucoup de bons esprits et nous voudrions
- appeler l'attention de notre Société. sur ce qui a déja été fait
dans ce but autour de nous. La langue des vieux Celtes, dont
nos populations bretonnantes sont un des derniers rameaux,
appartient au domaine de l'histoire et je ne pense pas que
notre Société puisse considérer comme lui étant étrangère
une question intéressant à un aussi haut point et éclairant
souvent les origines, les t.raditionsde ce peuple do~t la lan-
gue constitue un des plus curieux caractères. Depuis le •

commencement du siècle, la rage du nivelage s'est efforcée
de détruire son originalit.é et ses qualités natives. Mais cette
barbarie sacrilège a fini par soulever l'indignation des indif­
férents eux-mêmes, et l'on voit aujourd'hui se lever, pour la
défense de la la.ngue des ancêtres, un grand nombre d'hom­
mes éclairés, même dans les rangs de l'Université, dont
certains membres éminents ont mieux connu et mieux appré-
cié les choses de Bretagne .
L'Association bretonne ne pouvait manquer de prendre
la tête de ce mouvement et c'est dans les documents pré-
sentés à ses del'l1iers Congrès et en partie publiés dans ses
bullotins que je puiserai les renseignements nécessaires pour
faÎl~e connaître à la Société l'état de la question. Permettez-
moi de formuler dès à présent le vœu qu'elle n'y demeure
pas indifférente et l'espoir qu'elle n'hésitera pas à prêter son
concours à cette œuvre essentiellement bretonne .

A la séance d'ouverture du Congrè~ de Saint-Brieuc, le 21
juin 1896, le ~omte de P~lys, secrétaire de la section d'archéo-
logie, posait la question dans un discours qui . serait à lire
tout entier, mais dont je me " bûrn-erai à citer les extraits sui-

vants.

Après avoir rappelé l'œuvre du frère Savinien en Provence
pour la renaissance de la langue provençale et le couronne-
1 ment à la Sorbonne de son mémoire .sur l'Utilisation des
i'diomes et dialectes locaux pour mieux apprendre le français,
d'autres mémoires similaires couronnés par l'Académie fran-
et cité l'exemple de l'Angl~terre: de la Belgique, de
çaise,
ra Roumanie, qui ont pratiqué heureusement cette méthode,
il ' disait: .

« La Bretagne seule resterait donc en arrière! et nous
verrions cette belle et ancienne langue dont la poésie enthou:
siasma le monde littéraire, lorsque notre illustre et à jamais
regretté maître, M. de la Villemarqué, la révéla à la France,
périr et s'effacer peu à peu "par suite de l'indifférence ou de
la mauvaise volonté de ceux qui devaient la conserver .avec .
un soin pieux! Ah ! pourquoi donc ne pas faire en Bretagne
ce qu'on fait si bien en Provence, ce qu'encouragent les
lettrés de la capitale, les savants officiels, les ministres, et
ce qui porte aux quatre coins du monde savant le nom et le
charme du félibrige provençal! .
« Je pense que personne ne pourra croire que nous vou-

Ions donner la deuxième place au français et y substituer ]e
breton. L'enseignement doit s'y faire en français, est-il besoin
de le dire? Et vouloir nous faire cette ob-jection, ne serait-ce
pas nous prêter une stupidité pour avoir le plaisir de la com­
battre?
(S. IComme le dit un écrivain du Midi, que je cite en ce
moment: « Si un élève se permet un bout de bavai'dage en
. « langue provençale, on ne le punit point comme dans d'autres

VII

c( écoles de France. Vraiment n'est-ce pas inhumain et révol­
« tant d'appliquer un pensum à un fils de paysan ou de
« pêcheur qui se sera oublié à parlel' le langag'e hal'Jllomeux
« et chél'i de sa mère ! . . .-' "
« Ah! si les enfants apprenaient au contrail'e pal'allèle-
1 ment et la lanO'ue nationale et celle du coin béni où ils sont
« nés, comme ils resteraient attachés au dl'apeau en' même'
\( temps qu'au foyer et aux fOl'teset saines traditions des
cs. aïeux! » .' .
La section d'histoire et d'archéologie du Congl'ès mit un
gl'and empressement à s'occuper de la question. Son rapport
la traita avec un soin particulier et une commission fut
nommée avec mission de susciter partout de bons ouvrag'es
bretons, d'introduil'e dans les écoles l'étude de la langue.
bretonne et de distribuer des l'éc()mpenses aux élèves et allx
maîtres. .
Congrès avaient été présentés entre autres, par le frère

Chal'les Borromée, directeur ,de l'école de Brélès, la traduc-,
tion en breton de la préface . et de cinq chapitres du livre
L'Agriculture à l'Ecole prùnaire, etun compte-rendu égale­
ment en breton.
Le rapporteur, M. Vallée, disait: cs. J'ai été très frappé de
ce que le texte fl'ariçais, traduit en breton, devenait; du. fait
même de cette traduction, très clair pour les élèves bretons .

En second lieu, les enfants, s'exprimant dans leur langue '
maternelle, le font d'une façon beaucoup plus naturelle. On
sent qu'ils rendeilt leur pensée du premier jet, telle qu'ils la
pensent. Cela est sensible, même dans ' les traductions, qui
ont le bon esprit d'être très larges. De plus, comme ils se
sentent maîtres de leur langue, qui est d'ailleurs, par elle-
même, suffisamment expressive, ils n'ont ni le besoin ni l'idéè
de recouril' à des expressions ou à des épithètes convenues. 1)
L'école de Châteaulin avait de son côté exposé un herbier

avec les' noms populaires des plantes en breton. '

VIII
Ces deux écoles furent l'objet de félicitations et d'encou­
ragement. Au Congrès de l'année suivant~. à Rennes, M.
Loth, doyen de la faculté des lettres, qui avait .accepté la
présidence d'honneur de la section d'archéologie et auquel
les travaux bretons de l'année furent soumis, prononçait avec
une compétence particulière un remarquable discours en
faveur de la conserv;ltion de ·la langue bretonne par l'ens.ei­
gnement. J'en extrais, avec le regret de ne pas pouvoir le
citer tout entier, les passages suivants : .

« ... En dépit du passé, en dépit de toutes nos traditions,
de l'histoire, s'il nous était démontré qu'aujourd'hui le breton
est un obstacle aux progrès moraux et intellectuels, matériels
même des Bretons, je connàis beaucoup de nos compatriotes
et non des moins dévoués à leur pays qui n'élèveraient pas la
voix en sa faveur. C'est peut-être le sentiment quia guidé

une société savante de Bretagne que je ne ' nommerai pas et
qui s'est déclarée en faveur de l'extinction du breton pal'
tous les moyens en son pouvoir,' Ses membres ont, m'a-t ... on
dit, une autre excuse: ils ne savent pas le breton .

( Je ne m'arrêterai pas à vous démontrer qu'il est utile de
continuer à parler la langue de ses pères: on l'a dit et c'est
vrai en faisant la part d'une c~rtaine exagération : « Un
peuple, en changeant de langue , change, en ,quelque sorte:

ame. »
«( Demandez à nos missionnaires comment il arrivent au

cœur de leurs sauvages et réussissent à y jeter quelques
germes de civilisation ? Il est douloureux de penser que nos
dignitaires civils et religieux des colonies se croient' obligés
d'apprendre la langue des dahoméens et des çhinois, tandis
que leurs collègues, chez nous, passent de longues années ,
au milieu de peuplades, on peut le dire sans chauvinisme

un peu plus intéressantes et constituant la meilleure réserve

de la population de l'ancienne France, la conscie,nce tran-

quille, sans se soucier d'entrer en 'communication intime
avec ,elles par l'idiome dans lequel elles ont appris à exprI-
mer leurs pensées et leurs véritables sentiments.
« Nier la vertu éducatrice du breton, ce serait prétendre
que le français seul, de toutes les langues actuelles, peut
être un instrument de civilisation. Ne riez pas de cette pré-
tention. Il y a de 20 à 25 ans, peut-être plus, dans le rap-
port officiel d'un haut fonctionnaire, 'on lit , que les petits ,
Bretons, jusqu'au moment où ils commencent à apprendre le
fl'allçais à l'école, ne donnent absolument aucun signe
d'intel1igence, Un pareil jugement exprimé en. français
à prouver, il me semble, que le français n'a pas, eh
suffit
tout cas, la vertu de transformer les sots en gens d'esprit ... .
« Tel qu.'il est, le breton, par renseignement, peut rendre
de grands services: Au point de vue religieux, poétique, il
a fait ses preuves. L'enseignement agricole gagnerait à être

en breton; je n'en veux pour preuve que les Géorgiques bre-
tonnes de l'abbé Guillôme. Enfin, il n'est pas douteux qu'il ne
pût aider à l'enseignement du français. Il tombe sous le sens
qu'un instituteur breton aplanirait aux 'enfan.ts les difficultés
d'une langue qu'ils ignorent souvent totalement, par des expli­
cations dans leur langue. A la sortie de l'éco,le, le breton peut
être' un instrument de moralisation, à condition qu'il se crée
une bibliothèque bretonne, moins exclusIvement religieuse
et homélitique, quelques journaux à bon marché, hebdoma-
daires, seraient indispensables.. )
. Dans ce même Congrès de Rennes, M. le chanoine de la
V illerabel, 'président du comité pour la , préservation et la
propagation du celtique armoricain, présenta un r'apport très
complet pour 1896-1897. En voici un extrait:
«( Quelques jours après le Congrès provincial (le Congrès
de l'Association bretonne de l'année précédente), le comité
se réunissait à Saint-Brieuc pour dresser une liste d'ou-

vrages bretons, susceptibles d'être choisis comme livres de
, prix par les instituteurs et institutric:es, àmis de notre œuvre.
Malheureusement nous arrivions un peu tard. Les livres de
prix, achetés en grand nombre par les congrégations reli­
gieuses qui 'dirigent nos écoles libres, remplissaient déjà les
procures des maisons principales. Notre liste reçut pourtant
un favorable accueil de, ceux à qui nous ne la destinions pas;
ils y trouvèrent le catalogue d'une petite bibliothèque bre­
tonùe et envoyèrent à notre dévoué secrétaire, M. François
Vallée, de nombreuses communications Depuis lors, par cor-
·respondances: par articles de journaux, par conversation,
notre comité n'a ce,ssé de promouvoir l'œuvre qui lui avait
confiée par l'Association bretonne. » ,
été

M. de la Villerabel parle ensuite de la lutte soutenue ,en
par les écoles catholiques pour le mainti(3n de la
Irlande
vieille langue et de la Société bretonne galloise de Saint-
Th~leau, dont les écoles du dimanche pourraient servir de
modèles. Sur l'initiative de Mgr Fallières, évêque ' de Saint-
breton a été fondée dans le séminaire
Brieuc, une chaire de

de cette ville, dont le professeur, M. le chanoine Le Pennec,
a déjà formé d'excelle!lts élèves. '
M. de la Villerabel s'occupe ensuite du département du
Finistère et des écoles qui ont déjà répondu à l'appel du

comité. Ce sont:

1° L'éqple de Plogastel dirigée par Jes dames de Saint-
Thomas; 2° l'école des frères de la doctrine chrétienne de
directeur a suivi très exactement la
Landivisiau, dont le

méthode du frère Saviniep. en Provence; 3° l'école de Châ-
teaulin dirigée par les frères de Lamennais, ainsi que quel-
ques autres du même ordre.
Toutes ces écol~s ont reçu des envois importants de petites
brochures publiées par M, François Vallée, secrétaire du

comIte.

M. de la, Villerabel, sur la situation de la langue bretonne
Finistère, s'exprime ainsi: « ... Nous avons cru bon
dans le
de jeter un coup d' œil d'ensemble sur' la situation de la langue
, bretonne et nous nous sommes adressés à M le colonel
Bourgeois (1), membre très zélé et très actif de notre comité. »
Il considère la situation de la langue bretonne dans le
Finistère comme très mauvaise. Il y a actuellement chez les
parents bretonnants une tendance très générale à détacher
les enfants de la langue bretonne. Dans une génération,
écrit-il, la langue aura disparu ou se sera transformée en un
jargon à moitié français... Le seul remède consisterait à
enseig'ner le breton dans les collèges et petits séminaires.
très heureux et très concluants oht été faits dans
Des essais
cet ordre d'idées aux collèges de Saint-Charles de Saint-
Brieuc et ~e Notre-Dame de Guingamp.
Le rapport s'étend ensuite longuement sur les livres et les
méthodes à introduire dans les écoles. L'ensèignement de la
lecture à l'aide de tableaux françU\is est très défectueux. Lés
élèves perdant leur temps à épeler des mots qu'ils ne com­
prennent pas. De plus, les exercices de lecture sont mal
choisis. On ne s'y préoccupe pas assez des petites connais­
sances que l'enfant a pu acquérir dans la famille. Mgr David,
évêque de Saint-Brieuc, frappé des inconvénients des mé­
thodes courantes, avait fait publier par la Société bretonne:
Breuriez Breiz, un petit abécédaire breton qu'on pourrait
rééditer utilement.
Cette méthode est excellente. M. de la Villerabel ajoute:
« Un instituteur laïque retraité, après avoir 'recouvré sa
liberté d'action, résolut d'essayer cette méthode rationnelle

d'enseignement de la lecture que nous préconisons. Il fut tout
surpris d'obtenir très facilement en deux mois un résultat
(1) ~e colone~ Bourgeois habite Brest et s'occupe avec autant, de succès
que de zèle de la langue et de la littérature bretonnes.

-' XII -
auquel il ne parvenait autrefois qu'après huit mois d'efforts
pénibles. )
Voici les livres scolaires étudiés par le comité:
1 ° Le rudiment du Finistère de Le Jeune.
20 Le manuel breton-frança.w·de l'abbé Perrot.
3° Le manuel breton-français de M. Toullec, instituteur au
Huelgoat, qui contient des notions d'agriculture fort bien
présentées .
4° Les ouvrages du frère Polycarpe et du chanoine Alexan-

dre : petits manuels d'instruction morale et religieuse, sous
forme de poésie, destinées à être chantées.
5° L'Histor Breiz histoire de Bretagne en breton et en
français, par la sœur Anne de Jésus .
Le vicomte de Lorgeril, dont on ne saurait trop regretter
la mort prématurée, et le frère Abel, de Ploërmel, ont popu­
larisé dans toute la Bretagne un manuel d'agriculture. Le
comité a décidé sa traduction en breton. MM. l'abbé Hingant
et le colonel Bourgeois ont bien vouln se charger de ce

som.

Le comité s'est aussi occupé de la recherche des docu-
meilts anciens et des livres nouveaux. On peut citer parmi
eux deux travaux de M. l'abbé Allain, recteur de Louannec
(C.-du-N. ), l'un sur un manuscrit de la trag~die d'Adam
découvert par lui l'autre sur une autre tragédie bretonne:
« Buhez santez Anna ha santez Emeransiana » •
Le même abbé Allain, avec M. l'abbé Bourdelès, a pu fixer
. la date d'une vieille gwerz de Saint-Docmaëc à l'aide d'une
inscription relevée sur une croix contemporaine de la pre-
mière rédaction de cette gwerz (1410) .
L'actif secrétaire du comité, M. Vallée: poursuit une
recherche acharnée et souvent fructueuse . .
M. l'abbé Leclerc a 4écouvert dan;; la bibliothèq~e de M.
l'abbé Langlamet: économe de l'institution Notre-Dame de
Guingamp, les pièces qui manquent à la collection Penguern

XIU ' .
déposée à la Bibliothèque nationale. Il a transmis fi M. Loth
plusieurs pièces intéressantes: entre autre, une variante de
la chanson sur le combat de Saint-Cast .
Le colonel Bourgeois a envoyé un recueil de proverbes
des plus intéressants. .
M. JafTrennoti, élève du cours de breton de Saint-Charles,
a communiqué de~ fragments d'une gwerz sur la duchesse
A~ne et une version de la pièce du Barzaz Breiz : c( Gwell
eo gwin gwenn barr ». recueillie en Cornouaille de la bou-
che des chanteUl's populaires.
M. Em. El'I1ault, le savant professeur de la Faculté de
Poitiers, a fait hommage de son dictionnaire du breton
moyen .
M. l'abbé Buléon, de Saint-Anne-d'Auray, a adres.sé 150
exernplaü'e's de son récent travail _ sur la langue bretonne.
M. Fl'ançois Vallée a retrouvé à l'He de Batz le manuscrit
du dictionnaire breton de RQuxel, qui servit à . dom Lepelle­
tier à établir son ~ictionnaire br,eton français, en 1752.
Plusieurs journaux, des Côtes-du-Nord ont prêté leur con­
cours à la propagande du breton et publient des artieles ou
même des numéros entiers en breton qui ont été tout de
suite très recherchés dans la partie bretonnante de ce dépar-
tement.
une petite bibliothèque bretonne à un
Le comité a fondé,
sou qui comprend dix petits livres, dont quatre illustrés. L.a
vente des petites brochures et quelques dons de personnes
généreuses procurent les fonds nécessaires pour ces diverses
publications. . '
rapport mentionne en suite avec éloge les cours de
breton des collège,s de Saint-Charles et Notre-Dame et du
grand séminaire de Saint-Brieuc. M. Loth a bien voulu
prendre connaissance des travaux des élèves de ces ' cours
et leurs adresser de vifs éloges .

XIV -'

Le rapport enfin co pcluait par les propositions suivantes
qui furent adoptées par le Congrès :

1 Un projet de concours au Congrès de 1898 sur la ma-
tière de renseignement breton dans les écoles primaires.
2 Un projet de réédition de l'abécédaire breton de Mgr
David, à continuer plus tard par le manuel breton-français
de Perrot ou Le Toullec. .

3 Un ,projet de recueil de poésies bretonnes - , édition
et augmentée du livre du frère Polycarpe.
revue
Terminons l'analyse de ce rapport si complet et si intéres­
sant par cette conclusion que je cite textuellement et qui
par le comité, aussi
résume toute la méthode préconisée
féconde en résultats au point de vue français qu'au point de
vue breton. '

« La méthode d'enseignement du français par le breton

est la seule rationnelle, comme l'écrivait RoUin : « C'est par
la langue maternelle que doivent commencer les études. Les
comprennent plus facilement les principes quand ils .
enfants
les voient appliqués à une langue qu'ils entendent déjà et
leur sert d'introduction aux autres lan-
c'ette connaissance

gues qu'on veut leur faire enseigner.) ,
Le Congrès de Vannes de l'année derniére (1898) a reçu

un grand nombre de communications qui ont confirmé la
marche. et la réussite des efforts du comité .
bonne
Dans ce rapport, fait au noin de celui-ci par M. du Cleu-
ziou, nous trouvons les renseignements suivants:
13 écoles de garçons du Finistère ont pris partau concours,
sont les écoles de Landivisiau, Châteaulin, Saint-Pabu,

Quimper, Saint-Nicolas-du-Pelem, Kergloff, Plouescat,
Saint-Jean-Kerdaniel, Landrévarzec, Briec, Brélès, Lander­
neau, Morlaix, Pleyben, Tréguier, Saint-Urbain.
Pour les filles: 12 écoles. Plougastel-Daoulas, Plonéour-
Lanvern, Plonévez-du-Faou, . Landrévarzec, Briec, Edern,

Poullan, Pleyben, Châteaulin, Ploumilliau, Maël-CarhaIx,
Pont-Croix, Mahalon.
Landunvez ,
Malgré la trop grande hâte avec laquelle ce concours a été
improvisé, celui-ci a été l'objet d'un véritable succès. Parmi
un certain nombre de documents qui ont été déposés sur le
bureau du Congrès de Vannes et plusi~urs lus en séance,
nous tenons à citer le rapport de M. l'abbé Buléon, profes­
seur au collège de Sainte-:\nne, qui s'occupe, avec autant de
compétence que de zèle, de la conservation du breton dans le
Morbihan et don't je tiens à mettre sous les yeux de notre
Société quelques traits particulièrement frappants au point
la réussite de l'œuvre historique et morale entre-
de vue de

prIse.
l( Les inspecteurs de ru niversité, qui font aujourd'hui une
O"uerre acharnée au breton, n'ont pas toujours été partisans
de cette suppression violente qui, 1'expérience est faite \ n'a
amené que de déplorables résultats. En 1880, M. Poitrineau,

inspecteUl' d'académie dans le Mùrbihan, disait dans son
. rapport sur les écoles primaires : « Avant de s'oècuper de
la .grammaire,"il faudrait enseigner aux enfants le nom fran­
çais des choses usuelles ... », c'est-à-dire il faudrait attirer
l'attention .de l'enfant,' suivant une méthod!3 d'analyse très
simple, sur les choses u~uelles de la vie paysanne et, après

avoir classé les objets en 'groupes naturels, on donnerait .à
l'enfant le mot français, le mot précis, le mot juste, qui
correspond à tel mot breton qu'il connaît et .qui désigne telle
ou telle action qu'il connait aussi.
« Malheureusement ridée a été faussée dans la pratique et
au lieu de procéder simplement par la comparaison des '
mots français et bretons juxtaposés, méthode si simple et
qui donne des résultats si rapides et si sûrs, la haine du
breton a déterminé l'acquisition de véritables musées sco-
aires où l'instituteur doit prendre un objet: puis, avec de
grands ,gestes et une mimique souvent ridicule, il répète le

XVI

nom français' à haute voix, ainsi qu'on dresse les animaux
savants, ce qui est une singulière façon de s'adresser à leur
intellig,ence et de chercher à la développ~r.
, Combien mieux dirigées et pratique~ent conduites les
écoles protestantes de Basse-Bretagne où l'on applique ave~
succès la méthode galloise qui est un pur chef-d'œuvre et
qui donne de merveilleux résultats. Ce n'est audemeuran.t
que l'application de celle-ci que l'Association' bretonne
réclame et a entrepris de propager et dü.nt l'essence, en
suivant une heureuse expression de M. Buléon, de « greffer '
doucement la langue de la France sur la langue de la
Bretagne, au lieu de ' supprimer violemment celle-ci sans
aucun profit pour celle-là. »
Je 'dois à présent, pour achever de former l'opinion de la
Société sur la question du breton, lui· faire connaître quels
ont été' les' résultats obtenus dans deux établissements d'en-'
seignement secondaire. ,

Au collège de Saint-Charles de Saint-Brieuc, M. Fran-
çois Vallée lui-même, le savant et ,dévoué champion de la
langue bretonne, le secrétaire et l'âme du 'COmité de
préservation du cel tique armoricain, prit lès élèves
de bonne volonté pendant les études libres du jeudi
et du dimanche . Parmi ceux-éi étaient . un poète et un
musicien. On fit en conséquence 'de la poésie et de la mu-
sique. On lut aussi un certain nombre de liVres amusants et
des joui'uaux contenant des 'articles 'en breton. On traduisait
au tableau du ' français en breton. Peu à peu on apprit,les
règles de la grammaire. ,A la fin de la' seconde aunée,tout
le monde écrivait assez correcte'ment en 'prose, quelq'ues-
uns faisaient des vers. '
Au 'début de , la troisième année, le nombre des élèves
augmenta. Plusieurs parmi les nouveaux venus ne savaient
pas un mot de breton. Le profe'sseur adopta la méthode
d'O'Growney 'pOt.ii' IJenseignement de l'Irlandais. « Au 'début

XVII
de la. classe, le maîtro écrit au tableau une liste de mots que
lisent après lui, dû f~çon à en très bien saisir la
les élèves
prono,nciation. Puis on donne une règle ou deux de gram­
maire que l'élève transcrit sur un cahier spécial. A l'aide
des mots appris on fait de petites phrase.s bretonnes à
traduire en français, puis des phrases françaises à 'traduire
en breton. Tout se fait de vive voix. Seulement, avant de'
terminer,-le maître dicte un sujet de devoir facultatif à rap­
porter pour la classe suivante. Les résultats de cette méthode
ont été excellents ... )) Le professeur ajoint, à l'enseignement
langue elle-même, un petit cours de l'histoire de Bre­
de la
tacrne etde sa littérature qui a achevé de passionnersesélèves .
:\ l'Institution Notre-Dame de Guingamp, le petit cours

également facultatif de M.l'abbé Lecler'c a obten~ des résultats

analogues. -
'Au sémi'naire de Saint-Brieuc, Monseigneur Fallières a
, tenu à donner lui-même une vigoureuse impuls'ion àla cul-

ture ,de la langue bretonne que les jeunes prêtres sont
appelés à parler en pays bretonnant. Beaucoup d'entre ,eux
le parlaient depuis leur enfance, mais' le parlaient mal. Le '
co~rs leur a permis d'épurer leur langage et de s'assurer
ainsi une plus grande facilité à se faire comprendre de leur
auditoire, sans pourtant abandonner la vraie langu e po:"
pulaire. Pour plusieurs jeunes prêtres, qui ignoraient tota-
lement le breton, l'attrait n'a pas été ,moins grand et ils ont
profité avec 'empressement de la faculté qui leur était offerte
de l'apprendre. . .
c:lergé du diocèse de Quimper ; si essentiellement

breton, ne pouvait demeurer indifférent à une si noble cause .

Depuis quelques années, un plus grand nombre d'ecclésins-

tiques se sont préoccupés de l'étude de la langue de leurs
pères et on a pu entendre celle-ci parlée avec une plus grande
pureté, souvent avec un réel talent, d'ans ia chaire chré- '

tienne. .

- XVIII
M. le chanoine Rosparz qui dirige d'une façon si remar­
quable la Semaine religieuse et est lui-même un fervent de la
langue bretonne, qU"il parle et écrit avec un réel talent, a
constamment, reco,mmandé son culte et plusieurs fo.is appelé
sur les efforts du comité de Saint-Brieuc.
l'attention

Il a été d'autre part question de la fondation d'une aca-
démie celtique, mais nous ne saurions entrer à ce sujet dans
dépassent tout à la fois notre compétence et
des détails qui
la portée de la question que je soumets aujourd'hui à la
Société.
Au grand Séminaire, de jeunes Clercs se sont réunis pen­
dant les récréations et ont formé une sorte de petite aca-
démie. Il serait à souhaiter que leur bonne volonté trouvât

un guide pour l'aider de son expérience . et de ses conseils
et qu'une méthode régulière assurât de féconds résultats.
Nous avons la plus grande confiance que l'éminent supérieur
de cette maison favorisera ce mouvement par tous les moyens
grande
en son pouvoir. Permettez-moi d'évoquer ici avec une
tristesse la mémoire du regretté Prélat qui nous honorait
j'en ai
de toutes ses sympathies et qui aujourd'hui encore,
la conviction, nous les eùt témoignées hautement pour une
question aussi morale et religieuse qu'archéologique et
historique ..
En ce qui concerne les collèges et petits séminaires du
Finistère, je ne crois pas que rien ait été fait, mais je ne
pf,lS ce qui pourrait rendre impossible les efforts si loua-
vois
bles et les résultats si brillants constatés dans les collèges
de Saint-Charles de Saint-Bl'iellc et de Notre-Dame de
Guingamp. .
On peut donc dire que l'expérience est concluante au point
de vue de l'enseignement secondaire et de l'enseignement
primaire. Dans ce dernier, l'emploi du' bl'eton facilite d'une
façon incontestable l'enseignement du fl'ançais. Dans l'en-
seignement secondaire, la culture du breton assure le main-

XIX
tien de la vieille langue de nos ancêtres dans sa pureté, en
même temps que sa vulgarisation dans les classes plus
l'ont à leur pl'éjudice trop négligée depuis long­
élevées qui
temps. Les écoliers, qui se destinent au sacerdoce, ne peuvent .
manquer de s'en bien trouver, quand on voit la peine qu'ont
beaucoup d'ecclésiastiques à pr~cher en breton et surtout à
se faire comprendre. Ceux qui ne sont appelés qu'à exet:cer
certaine fonction ou profession en pays bretonnant, ne
être que propriétaÎl'es, se trouveront· toujours
dussent-ils
parler la langue du pays. .
bien de
Et qu'on ne vienne pas me dire, comme l'ont voulu pré­
tendre certains esprits courts, que la' langue bretonne
était un obstacle à l'assimilation française. Aujourd'hui, le
Breton est un Français et nul Breton ne reniera la patrie

française. Mais le culte des ancêtres et de leurs glorieuses
traditions, celui de l'histoire, le rappel des vertus morales et
héroïques, qui distinguèrent la race, ne sauraient, en relevant
les âmes, qu'assurer à la France de bons et loyaux patriotes.
C'est à ce point de vue que s'est placée l'Association bre­
tonne. C'est dans cette magistrale pensée que je sollicite le
concours, à cette œuvre morale et patriotique,. de la Société
archéologique du Finistère. .
E. DU CHE ST DE VILLENEUVE.

xxi -, .

SÉANCE DU 23 FÉVRIER 1899
Présidence de M. P. DU CHATELLIER, Président

Etaient présents: MM. DU CHATELLIER, président,
h"'s chanoines PEYRON et ABGRALL, LE BRAZ, DU
CH,Et)T DE VILLENEUVE, HOLLAND, FAVÉ, LE
:\L\[URE, DUPOUY, LITALIEN, ,JENKYN JONES,
BOURDE DE LA ROGERIE.
M. le chanoine Pottier, présenté par MM. du Cha-
tellier et Favé, est nommé membre d'honneur,
et MM. Dupouy et Litalien, professeurs au lycée
La Tour d'Auvergne, présentés par MM. du Chatel­
lier et Le Braz, sont admis au nombre des mem-

bres de la Société.
!vI. le Président et 1\1. Bourde de la Rogerie font
connaître que les présidents de la Société jersiaise, de

l'Association bretonrle et de la Société nationale aca-
démique de Cherbourg, ont accédé aux propositions
d'échange qui leur avaient été faites. Il reste encore
dans la bibliothèque de la Société un stock considéra-
ble de collections au moins soixante auxquelles
il ne manque que le tome IX (1882). A la demande de
M. Bourde de la Rogerie, la Société décide que des
propositions analogues seront faites au président de
la Société des antiquaires de l'Ouest, aux directeurs de
la Revue maritime et coloniale et des Archives histo­
riques de la Girond~ .

XxiI

M. le Président lit une lett.re par laquelle M. le
docteur A. Corre déclare donner sa démission de
membre de la' Société. M. du Chatellier lit ensuite un
avis de faire-part de la mort de M. L. A. Moulin,
secrétaire de la Société historique et archéologique
de Château-Thierry et des circulaires de M. le Ministre
du Commerce et de M. le Ministre de l'Instruction
publique re~atives à l'exposition rétrospective de 1900,
dite « Exposition eentennale » et au congrès des
Sociétés savantes qui se tiendra cette année à Toulouse.
Les érudits qui voudront donner lecture de leurs tra­
vaux, au congrès, devront soumettre leurs manuscrits à
M. le Ministre, avant le 2 mars.

. Publications déposées sur le bureau:
Comité des travaux historiques et scientifiques:
Bulletin de la section des sciences économiques et

s.ociales (Congrès des sociétés savantes de 1898).
Bulletin historique et philologique (nOS 1, 2, 3 et 4
de 1898) et Bulletin archéologique (1 ra livraison de

Revue des traditions populaires (n° de janvier 1899).
Revue historique et archéologique du Maine, tome

XLIII (1 er sem estre de 1898).
Revue de la ' collection des arts et monuments
historiques de la Charente-Inférieure (n° de janvier

(1) On lira avec intérêt dans ce nnméro une notice de M. G. Musset sur
Mgr Valleau, évêque de Quimper et de Léon, président d'honneur de la
So'ciété archéologique du Finistère" membre titulaire de la Commission
des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure. L'auteur
des travaux historiques publiés par le vénéré prélàt. '
donne la liste

xxiii
A nnales de la Société d'archéologie de Bruxelles
(n° de janvier. '1899). .
Société d'é1nulation des - Côtes-du-N orel, tome
XXXVI (année 1898).
Société académique de Brest, tome XXIII (année

Hevue h" istorique de 'l'Ouest (n° de décembre 1898).
Inscriptions gravées et sculptées sur les églises
et rnonuments du Finistère recueillies par M. l'abbé
J .-M. Abgrall, chanoine honoraire. (Extrait du compte­
rendu du LXIII éongrès archéologique de France),
brochure in-12. Don de l'auteur. . "
La colonisation de l'A rnwrique par les Bretons
Insulaires,' par dom Bède Plaine. Paris, 1899, bro-
chure in-8°. Don de l'auteur. Travail du plus haut
intérêt sur lequel M. le Président attire l'attention des
membres 'de la Société. . .
Etudes celtiques. De l'idée religieuse c}-u;z les
Celtes prinâtifs par le Dr M. Adam. Paris, brochure
in-8°. Don de l'auteur.
Des remerciements sont votés aux donateurs.
M. Bourde de la Rogerie lit plusieurs passages du
discours prononcé par M. de Bremond d'Ars, à l'oc-
casion de son élection à la présidence de la 80ciété
archéologique de Nantes, dont il a bien voulu envoyer
un exemplaire à ses collègues de la Société archéolo­
gique du Finistère. Notre honoré collègue a rappelé

en termes émus le souvenir de Monseigneur Valleau,
le pieux et savant prélat, qui occupa pendant de trop
courtes années la présidence d'honneur de notre
Société; l'orateur a su intéresser les archéologues de

- XXIV .. .
N antes à la question si actuelle et si importante de la
cOhservation de la langue hretonne en Bretagne, ques­
tion qu'il connaît mieux que perso'nne : tous nos
collègues connaissent les efforts faits par M. de Bre­
mond d'Ars .au sein du Conseil général du Finistère
pour la création de la chaire d'enseignement cdtique
à l'Université de Rennes. . .
M. du C1'e8l de Villeneuve dépose le rapport de la
CommIssion de comptabilité (annexe au procès-verbal).
Les conclusioni:l ~'3ont adoptées, ainsi qu'une pro-
" position du -rapporteur et de M. Bourde de la .
Rogerie tendant à ce qu'une collection complète de
nos hulletins soit réservée pour le prêt et soit reliée.
Au nom de la cOf?,1mission chargée d'étudier les
moyens de sauvegarder l'existence de la langue bre­
tonne, 1\1. du C':resl de Villeneuve fait part des tra­
vaux de la commission (annexe au procès-verbal).
Les membres de la Société félicitent M. du Crest de
Villeneuve et ses collègues et les remercient de leur
zèle:
Lecture est ensuite donnée des communications
inscrites à l'ordre du jour.
M. Bourde de la Rogerie: Correspondance de la .
faTnille de Treffé}lèguen.
1\1. Le Carguet: (:omm(m t fut achevée l' ég lise
d'A. udierne. ·
L'auteur, qui connaît mieux que personne l'histoire
et les monuments d'Audierne et du Cap-Sizun,
exprime le vœu que l'ancienne église soit conservée et
que l'église projetée soit construite dans un autre
quartier d'Audie.rne. Tous ceux qu'intéresse l'histoire

xxv -
d Ll pay~ ct qui ont le culte du passé et des traditions
ap playdiront ,aux conclusions de M. Le Carguet.
L'égEse d:Audierne p'est pas à vrai dire bien monu­
mentale, mais elle rappelle de touchants soUvenirs
- souvenirs de tempêtes et de . naufrages, souvenirs

d 'héroïsme et de deuil. Les descendants des pêeheurs '
qui édifièrent l'humble église devraient ayoir à cœur
de consel'Yer le monument où leurs pères yinrent
pleurer ct prier; s'il faut louer l'intention des ha­
bitants d'Audierne de construire une église plus

grarjde et plus belle, on ne saurait trop leur eonseiller "
de J'édifier ailleurs qu'à l'emplacement de l'église
actuelle qui pourrait être conservée comme chapelle
du eimetière.
seance
M. le Président rappelle que la prochaine
aura lieu le 23 mars.
Vu l'heure avancée, le temps ' manquant pour la
lecture des commünications de MM. Trévédy et cIu
Châtellier, celles-ci sont renvoyées à la séance de

mars.

La séance est levée à 4, heures 1/4.
Le Président

P. DU CHATELLIER.
Le Secrétaire,
IJ. BOURDE DE LA ROGERIE.

- XXVI-
Nombre
Société Archéologique du ' Finistère
anter 1898:126

Exereiee t

RECETTES .
1. Reliquat de l'exercice 1897 ...... : ... .
2. Cotisations des Sociétaires pour 1898 •.
3. Mandat préfectoral .•................
4. Vente de catalogues du Musée ........ .
5. Vente d'une collection de Bulletins ... . H2 »
6. Souscription de la Société polymathique
du Morbihan au' buste de M. du
Chatellier.. .. ........ ... ... .... ... 100 · )
7. Vente d'exemplaires du vieux plan de
Quim per . . . . .. .•..•.....•.•..... 6))
8. Vente de photographies du musée ethno­

graphique.

DÉPENSES .

1. Installation des rayons de la bibliothèque

2. Transport de la collection 'de bulletins

à M. de Saint-Laurent ..... .
vendue
3. Traitementde l'aidr, bibliothécaire ..•...
4. Cachet en caoutchouc de la' Société ... .

5. Brochage de bulletins de la Société ... .
6. Facture d'impression des bulletins, payée
à . . Leprince , imprimeur de la
Société. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1629 35
7. Préparation de la salle pour les onze
de la Société . . . . . . . . . . . . . . 11))
séances
~. Affranchissement des bulletins et frais
de corres po'ndances : .... ; . . . . . . . . . 73 25
9. Honoraires du Trésorier.. . . . . . . . . . . . . 200)

En caisse chez ·le Trésorier. . . 90 27
Avoir 'i1 la Caisse d'épargne.. 1963 60
Total formant l'actif de la Société. .. 2053 87
Certifié par le Trésorier soussigné.
Quimper, le 9 février 1899 .

Signé: A. LE MAIGRE •

. , XXVII ., .

Vu et ap'prouvé par les Membres de la commission nommée pour
la vérification des comptes dn Trésorier.

Quimper, le 9 février 1899.

Signé: DU CREST DE VILLENEUVE •

A. LE BRAZ.
LEPRINCE.

XXVIII

ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL

Messieurs,
Votre Commission des Comptes s'est occupée de la véri­
fication de la comptabilité-matières et a constaté ce qui suit:
Bulletins de la Société.

Il existait aux archives 39 colleO ctions complètes.Depuis une
a été vendue à' M. de Saint-Laurent, du Mans. M. de la Ho­
gerie, archiviste, en a rétabli une autre en réunissant des
livraisons non brochées; il reste donc encoe8 30 collections
et une cinquantaine d'autres non brochées aux­
complètes
quelles manque le tome IX.
2° Anciens plans de Quilnper .
Le compte de l'an dernier en porte 120, un a été vendu, il
reste 119. 0

. 3~ Catàlogues du Musée.

A la clôture de 1897 il en existait 38 du petit format, il en
reste 38.
en a été vendu 50 .
Il restait 214 grands catalogues, il

reste 164.
il en

, 4° P hotogTaph ies du, Musée .
Il n'yen a plus entre les mains du gardien ùu musée.
M. Le Bras, libraire, avait en dépôt:
3 grandes photographies collées: il en a été vendu 2, il eu
reste une.
8 grandes photographies non collées qui ont été vendues,
il n'en reste donc plus aucune .
13 petites photographies, il en a été vendu 3, il en reste 10 .

- XXIX-
50 Cal'tulaires de Landévennec.'
Le trésorier a entre les mains 4 exemplaires sur parier
sur papier ordinaire, il a donné un exem­
de Hollande et 185
plaire à la Société archéologique de Bruxelles, ce qui l'epré­
. sente les 186 existant fin de 1897 .
La Commission,
E. DU CREST DE VILLENEUNE.
A. LE BRAZ.
LEPRINCE.
Le President,
P. DU CHATELLIEH.

xxx -
GES & COMPTES-RENDUS

Société Archéologique du Finistère

Commission de la conservation de la langue celtique

armorzcazne .

SÉANCE' DU 9 FÉVRIER 1899.

La Commission, nommée par la Société archéologique
· pour examiner les résolutions qui pourraient être prises,
conformément à la proposition de M. du Crest de Villeneuve
pour la conservation du breton, et composée de MM. l'abbé
Abgrall, A. Le Braz, Jenkyn Jones et du Crest de Villeneuve,
s'est réunie le 9 février 1899.
Tous les membres étaient présents. .
M. l'abbé Abgrall, vice-président de la Société, a pris la
présidence. M. du Crest de Villen~uvea rempli les fonctions
. de secrétaire.
M. l'abbé Abgrall à exposé ses idées sur l'action possible '

de la Société.
but à atteindre tout d'abord, c'est d'obtenir la tolérance

de la langue bretonne dans les écoles communales et libres.
Il Y . aurait lieu d'adresser un rapport à M. l'Inspecteur .
pour ' lui exposer la situation, l'ostracisme
d'Académie
, ancien, les droits de notre langue nationale à vivre, son .
antiquité, sa noblesse, ses mérites littéraires, la beauté de
ses œuvres écrites anciennes, modernes et contemporaines,
l'attachement du peuple à sa langue maternelle. Combien
rapports entre les maîtres et leurs
seraient facilités les
élèves par l'usage de cet.te langue en parallélisme avec· le
français. Combien seraient facilités l'intelligence et l'étude

XXXI

du français en se bas'ant sur la langue connue déjà, ce qUI
est la seule méthode logique et celle qui a toujours donné
résultats. Le breton n'a pas besoin d'être étudié
les meilleurs

dans les écoles primaires. mais il faut s'en servir pour

enseigner le français,iaire des traductions dans les deux sens,
orales et écrites, pour savoir si le français est bien compris.
aurait lieu d'àdresser un exemplaire de ce rapport au
Il y
Ministre d-e l'Instruction publique, sinon pour obtenir un
résultat immédiat, du moins pour préparer les voies et
frapper les espri.ts. Ce rapport serait répandu parmi les
instituteurs pour les faire revenir de leurs anciens errements
et leur montrer que des esprits sériéux s'occupent de cette
l'envisagent autrement que leurs devanciers
question et
faudra,it rappeler ce' qui se fait en Provence et dans le
pays de Galles. .
Ce rapport devrait être publié dans les journaux de la
région pour vulgariser ces idées. La langue française et l'es­
prit national ont tout à gagner dans ce nouveau courant.
Pour la lecture et l'étude de la langue, il faudrait multi­

plier les éditions à bon marché des livres bretons déjà exis­
tants, publier sous forme de tracts à 1 ou 2 sous des faits
glorieux et intéresEants de l'histoire de Bretagne et de l'his­
toire de France, des poésies anciennes, des drames anciens
et modernes, des extraits des p.remières années 'du journal
Feiz ha Breiz.

M. Le Braz rappelle que le mouvement auquel s'est R.ssociée
et que patronne l'Association bretonne a été précédé à di.verses
analogues. Il cite particulièrement
époques de mouvements
l'étude si remarquable intitulée les « Celtes au Xlxe siècle »,
de M. Charles de Gaulle, publiée en" 1865 par la Revue de
Bretagne et de Vendée. Les conclusions étaient:

1 Souscription générale pour la publicatio"n
d'un choix

d'ouvrages en langue bretonne armoricaine .

XXXII
2° Etablissement de rapports entre les diverses sociétés

bretonnes actuelles et les sociétés galloises. irlandaises et

eCOSSaIses.

3 Préparation d'un congrès général de la science celtique .

40 Formation d'un comité pour l'émigration et ]a coloni­
sation celtiques lequel se . mettrait en relations avec les
sociétés particulières de Galles, d'Irlande, d'Ecosse, d'Amé­
rique et d'Australie .
Un grand nombre de fervents admirateurs de la race et de
la langue celtiques, comme M. de la Villemarqué, applaudi­
rent l'entreprise et offrirent leur concours" Mais par suite de
circonstances diverses, de la mort de M. de Gaulle et. il faut
bien le dire, de certaines divisions entre les fidèles de son
œuvre, on n'aboutit à rien.
Tout récemment, .dans le courant du mois d'août 1898, une

Association générale s'est fondée à Morlaix embrassant les
cinq départements bret.ons, sous le nom d' (( Union régiona­
' liste bretonne ). Celle-ci vise la décentr'alisation la plus
large possible, tout en déclarant hautement qu'elle demeure
formellement attachée à la patrie fl'ançaise .
Parmi les sept sections gui la composent, il en e,st une
s'occupant particulièrement de la langue et de la littérature
bretonnes dont M. François Vallée, le dévoué seCl'~taire et
l'âme du comité de Saint-Brieuc, est président, et un de ses
élèves, M. Jaffrenou, secrétaire.
M. 'Jenkyn Jones donne des détails fort curieux sur ce
qui s'est passé au pays de Galles, il y a un certain nombre
'd'années, au sujet de la langue galloise. Comme dans notre
.Bretagne, la langue des ancêtres était proscrite de la façon
la plus rigoureuse. Les inspecteurs de l'instruction publique
en poursuivaient la destruction par tous les moyens en leur

pouvoir et le gouvernement les appu~Tait d'autant plus
volontiers dans cette lutte, qu'on craignait dans le pays de

xXXltt

Galles un réveil du vieil esprit d'indépendàucé. Mais les
Gallois de toutes les classes s'entendirent et élevèrent si.
fort la voix qu)il fallut bien les écouter. Ils harcelèrent
l'administration de leurs réclamations avec tant de persis-
tance, démontrant facilement qu'on pouvait avoir la plus
grande confiance dans leur loyalisme, qu'ils obtinrent la
grâce des Gallois. L'administration entra feallchement
dans la mmvelle voie et récompensa elle-même les écoles
s'y distinguèrent Depuis ce temps' la langue a repris .
qui
sa force et sa pureté. La littérature nationale a pris
toute
un nouvel essor. Un grand nombre de revues se publient
en gallois. Tout le monde le parle avec 'amour concurrem­
ment avec l'anglais, ce qui n'empêche pas les Gallois d'être
d'excellen.ts citoyens anglais.
Après un échange d'observation$ et après avoir étudié la
question sous ses divers points de vue, la Commission a
la résolution suivante:
adopté
Elle pense que la Société ne saurait se désintéresser de
la question et qu'elle peut et doit prêter son appui à ce
mouvement si louable. Elle doit d'autre part conserver la
plus complète indépendance et éviter tout ce qui pourrait la
faire accuser de tendances guelconqubs, autres que le culte
de la langue bretonne. En conséquence, elle ne devra s'affilier
à aucune des sociétés déjà existantes, mais elle pourra
appuyer celles.:..ci et joindre ses efforti> aux leurs en toute
connaissance de cause, quand il y aura lieu, et faire œuvre
avec elles de bons Bretons et de bons Français .

, Il faut dès aujourd'hui s'adresser à l'opinion publique de
façon à appuyer sur elle les démarches à entreprendre et à
suivre auprès de l'administration. Des membres de la Société
deVront en faire une sans tarder auprès d.e M. l'Inspecteur
d'Académie pour lui exposer les idées et les vues de la
Société et lui demander, sinon son concours, qu'il ne pour-

XXXIV -
rait donner à l'encontre d'instructions supérieures formelles,

au moins une neutralité aussi bienveillante que possible.
Une autre démarche pourra être faite à Rennes auprès de
M. le Recteur d'Académie pour laquelle M. Loth, doyen de
la Faculté des Lettres, sera prié de prêter son appui, comme
professeur de la langue celtique et celtisant fervent.
Il y aura lieu de rédiger Un rapport sur la question au
Ministre dé l'Instruction publique. Ce rapport donnant tous
les renseignements capables d'éclairer la religion du Minis­
tre en contradiction avec certains rapports ofliciels et four­
nissant. à cet égard les preuves 18's plus formelles, devrait
être remis en même temps que ceux qui pourraient émaner
d'autres Sociétés comme l'Association bretonne et l'Union

régionaliste bretonne de façon que ces démarches prennent
plus de valeur, n'étant pas isolées.
La Commission demande à la Société de la maintenir dans
ses attributions pour lui permettre de continuer l'étude de la
question, de suivre le mouvement et de faire à la Société
llltérieuremen\ toutes les proposition~ qui pourraient lui être
utilement présentées.
Ont signé le dit procès-verbal les membres de la Com-

mISSIOn:

J.-M.ABGRALL, cha.n. han .
A. LE BRAZ.
N. JENKYN JONES.

E. DU CREST DE VILLENEUVE .

SOCIETE ARCHEO:"OO
DU ~tNISTERE
Hôtel de Ville

29107 QUI

XXXVII -

SÉANCE DU 23 MARS 1899

Présidence de M. P. DU CHATELLIER, Président

Étaient présent's: MM. DU CHATELLIER, FAVÉ,
ABGRALL, Joseph LEMOINE, PEYRON, DU CREST
DE VILLENEUVE, LE MAiGRE, LITALIEN, LE
BRAZ, PABAN, BOURDE DE LA ROGERIE.
M. Joseph Le Moine, étudiant en droit, présenté par
MM. du Chatellier et du Crest de Villeneuve, et M.
Emile Richard, ancien chef de bureau à la préfecture,
présenté par MM. du Chatellier et Le Maigre, sont
admis au nombre des membres de la Société.
M. le Président donne lectul'e d'une circulaire de
M. le Ministre de l'Instruction publique relative à la
23 réunion annuelle des Sociétés des beaux-arts des
départements. Les séances auront lieu du 23 au 26
mai; les manuscrits seront reçus jusqu'au 15 mars.
« Les auteurs sont , prévenus que, 'désormais, les
« copies de pièces inédites jointes aux mémoires sou­
C/. mis à l'examen du comité devront être authentiquées
« soit par les directeurs des dépôts d'archives, soit
« par les notaires, soit par les propriétaires des papiers
« communiqués. » Les demandes de cartes et de lettres
de parcours devront être parvenues à la Direction des
beaux-arts avant le 1 er avril au soir.
Ouvrages déposés sur le bureau de la Société :
Bulletin de la commission historique du dépar­
tement du Nord. Tomes XIII, XIV, XVI à XXI (1877,

- XXXVIII
J.Volices historiques sur les mOnuments historiques
du département du iVord; par Mgr Dehàlsnes et
Notices descriptives SUT 'les objets mobiliers ' conser­
vés dans les établissernents publics de l'arrondisse­
ment de Lille, par le même, publiées par la commis­
sion historique du département du Nord (1894).
Mémoires de l'Académie d'Aix, tome XVII (1898)
et Compte-rendu de la séance publique de l'Académie

Revue des traditio'ns populaires, nO de février 1899.
Revue historique de l'Ouest, nOS de janvier et
février '18.99 .
. Annua'tre de la Société archéologique de Bruxelles

Bulletin de l'Académie Delphinale, 4 série, tome '
Journal des Savants, nOS de janvier et février 1899.
Bulletin de la Société archéologique de Nantes.

Année 1K97, 2 semestre. .
Gazette médicale de Paris. N°S de janvier et février

Extraits .des rapports du Smithsonian Institute.
(Notices de MM. J. de Morgan, Hermann, Meyer,
et Williams.
Talcott
A. Loquin. Le masque de fe1', réponse au 'livre de ,
M. Funck-Brentano. Bordeaux 1899, brochure in-12°.
(Don de l'auteur). .
M. du Chatellier exprime le vœu que la Société
propose l'échange de 'nos publications contre celles de
Smithsonian Inslitute de Washington. Ce vœu est

adopté.

XXXIX - .

M. Le Braz ·décrit les curieuses fontaines des Sept

Saints qui se trouvent auprès de la chapelle de Bulat
et que M. Trévédy a signalées dans son étude sur le
pèlerinage des Sept Saints de Bretagne .

M. du Chatellier présente un sceau (matrice) qu'il
a récemment acquis dans le département des Côtes-

du-N ordo Ce sceau d'une exécution médiocre, porte

cette inscription S. D. L. IVRIDI. D. LABB. D. BOS­
QVEN. et les armes : (l'argent à la barre de sable
chargée de trois besants d'argent et accompa.gnée de .
deux croissants de gueules, lambel de ... ; l'écusson est
surn:1onté de la crosse abbatiale et de la' mÎtre.
D'après M. Bourde de la Rogerie, MM. de Geslin de
Bourgogne et A. de Barthélémy ont attribué dans les

Anciens é.vêchés de Bretagne (tome Ill, 2 partie
page 217, note 4) une ,empreinte de ce sceau à Urbain
·d'Espinay quïfut abbé de Sainte-Marie de Bosquen,
depuis 1653 environ. ·Il y a là une légère erreur :
'l'armorial de P. Potier de Courcy (3 édition) attribue
les armes décrites ci-dessus, saufune légère différence
(trois croissants au lieu de deux) à la famille Frotet, de
Saint-Malo. Ce seau est donc celui d'Olivier Frotet,
qui fut abbé de Bosquen avant son neveu Urbain
d'Espinay; mais il semble que ce dernier fit usage
du sceau de son prédécesseur,car l'acte et 'le sceau
mentionnés par MM . Geslin de Bourgogne et de Bar­
thélé.my est de 1665, postérieur par conséquent à la
résignation de Olivier Frotet.
Lecture est ensuite donnée des communications
inscrites à l'ordre dl). jour: ' .
-M. Trévéùy: Une découverte archéologique en 1.384.

M. l'abbé Favé et M. Bourde de la Rogerie: B1-­
bliographie (Compte-rendu des publications et revues
reçues par'la Société). M. Bourde de la Ragerie
appe,lle l'attention de la Société sur un intéressant
article de M. Henriet publié, en 1895, dans les Annales
de la Société historique et archéologique de Château-

Thierry: Le trésor artistique de l'hôtel-Dieu de
Château-Thierry. L'auteur a décrit notamment la
remarquable collection de vases en faïence de Nevers
, qui se trouve dans la pharmacie .de cet établissement.
Il est à: souhaiter que l'on recherche les objets du

même genre qui peuvent se trouver ' dans les hô-
pitaux du Finistère et que l'on prenne, s'il y a lieu,
des mesures pour les préserver de 'la destruction .

Le compte-rendu des excursions archéologiques

faites par les rnembres de diverses sociétés savantes
(Société de Nantes, du Tarn-ét-Garonne, etc.)
donne l'occasion à M. du Chatellier de proposer que

des 6xcursions du même genre soient o'rganisées par
les membres de notre Société. Ce vœu est adopté à

l'unanimité. '
M. du Chatellier donne communication d'une note
sur deux découvertes faites à Carhaix en 1898.

La séance est levée à 4 heures 1/2
Le Président,
, P. DU CHATELLIER. '

Le Secrétaü'e,
H. BOURDE DE LA ROGERIE.

- XLt-

SÉANCE DU 11 AVRIL 1899

Présidence de M. P. DU CHATELLIER, Président

La Société archéologique du Finistère avait précé­
demment, sur la proposition de son Président, décidé
de faire coïncider sa séance mensùelle d'avril avec la
session de Pâques du Conseil général. En déplaçant,
exceptionnellement, le jour et l'heure de notre réunion,
nous avions la bonne fortune d~ pouvoir y convier et
accucilir ceux de nos confrères qui , sont éloignés de
Quimper ct n'y arrivent régulièrement que pour pren­
dre part aux travaux de la haute As~em.blée départe­
mentale. En dehors de nos sociétaires, ' nous avions,

d'autre part., trouvé au sein du Conseil général, en
toute occasion, un vif intérê t et une bienveillance que
nous devions reconnaître et prendre à cœur de justi­
fier. En conséquence, le bureau de la Société envoya
des convocations à tous les membres du Conseil sans

distinction, pour sa séance du 11 avril. M. le Maire de
Quimper avec une confraternelle cordialité et beau ..

coup de bonne grâce, avait bien ~;oulu mettre à la dis ..
position de notre Président, pour cette soirée, la belle
et grande salle des délibérations du Conseil municipal,

brillamn1ent éclairée par des appliques de lumières
et un magnifique lustre central. Dès huit heures, nous
saluons l'arrivée de M. le général commandant la 44
brigade, de bon nombre de Conseillers généraux et
de plusieurs autres personnages distingués venant ma­
nifester qu'ils ne se désintéressent pas des travaux de
la Société archéologique. A huit heures et demie, la
séance est ouverte.
Etaient présents:
MM. DE KERJEGL'", président du Conseil général,
député; DELOBEAU, sénateur, vice-président du Oon·

-', XLII .,

seil général; HALLÉGUEN, sénateur, conseiller géné­
raI; JAOUEN, député, conseiller général; général
D'AMBOIX DE LARBON ; ANTHOINE, conseiller gé-
" néral; docteu~ BODROS, conseiller général; BON­
DUELLE, conseiller général; marquis DE BREMOND
D'ARS, conseiller général; CADOUR, conseiller géné­
raI; CAM, conseiller général; DAMEY, 'conseiller gé­
néral; FÉGEAN, conseiller général; comte DE GUÉ­
BRIANT, conseiller général; comte DE G UER­
DAVID, conseiller général; AUDREN DE KERDREL,
conseiller général (Lannilis); comte DE KERDREL, '
général (Plouvorn); LAHEUR, conseiller
conseiller
général; LE BAIL, conseiller général; docteur LE
, BORGNE, anèien , député, conseiller' général; PEN­
NANRUN, conseiller général; RIOU, conseiller géné­
raI; DE RAISMES, ancien sénateur, conseiller géné-
l'al; DU RUSQUEC, conseiller général; SvVINEY,

ancien député, conseiller général; ALLARD, sous-

préfet de Morlaix; GERIN-ROZE, conseiller de pré-
fecture; GERMOND, secrétaire de la Mairie;
MM. PORQUIER, maire de Quimper; les chanoines
PEYRON et ABGRALL ; LE BRAZ ; JENKYN
JONES, les abbés FA'VÉ et LE BORGNE; DU CREST
DE VILLENEUVE; LEPRINCE; DE VILLIERS;
BOURDE DE LA ROGERIE.
M. Bourde de la Rogerie, ,l'un, des secrétaires,
donne lecture du procès-verbal de la dernière séance
qui est adopté.
M; le Président procède ensuite au dépouillement '
la correspondance qui lui est parvenue depuis la

dernière réunion .
Dans une lettre du 7 avril, M. le chanoine Pottier,
président de la Société archéologique de Tarn-et-
Garonne, remercie M. P. du Chatellier et sos confrères
du titre de luembre d'honneur à'lui décerné par notre

:;{LI n

Société finistérienné. Le vénérable et éminent prési ....
dent nous assure du bon souvenir que nos confrères
de Gascogne ont conservé de leurs confrères de Quim­
per lors de leur excursion à Kel'nuz et dans notre ville .
Il espère voir de plus en plus sc l'OS errer les liens qUI
unissent Montauban et Quimper. La Société remerCIe
M. Pottier de l'expression si courtoise de sentiments
mutuels -qui nous seront aussi pré'cieux à entretenir .
qu'ils nous sont précieux à enregistrer. .
Le 8 avril. M. le président Trévédy, clans une lettre
à 1\1. P. clu Chatellier, rappelait, à juste titre, qu'il
est un de noS « cloyens d'é1ge et de services». Il
aurait voulu prendre séance à Quimper, avec nous, le
11 avril, et il r~grette de ne le. pouvoir. La Société qui
sait hie!! ce qu'elle ·doit de gratitude à son vice- .
président honoraire, par la bouche de son Président,
constate que ces regrets sont bien partagés par des
aurai~nt a-imé, en ce jour, saluer avec
confrères qui
, un aff~Gtueux respect le travaiUeur infatigable, le modèle
du labeur p~rsévérant, l'aimable promenéur qui nous
eut peuf-être encore une fois conduit à sa suite cIans .
une sa\"ante et poétique promenade à travers Quimper
qu'il n'oublie pas, et qui le lui rend bien!
!I!. le vico'mte de Villiers du Terrage a chargé
M. Bourde de la Rogerie d'être l'interprète de ses
sentiments auprès des membres de la Société; de
nombreuses occupations le retiE'nnent à Paris et le

privent du plaisir d'entendre la lecture du Livre de

raison de G. Billoart de Kervazégan: il rappelle à nos
confrères qu'il recherche tous les documents relatifs
à la famille . Billoart et principalement ceux relatifs à
à Quimper en 170'i), gouver­
Billoart de l{erlérec (né

neur de la Louisiane.
1'{. du Chatell-ier, président, prononce ensuite les
paroles suivantes:

- XLIV ....
ft Messieurs,
« La séance à laquelle nous vous avons conviés aujourd'hui
est en quelque sorte 'une fête de famille pour la Société ar­
chéologique, par le rare plaisir que nous avons à recevoir
au milieu de nous un certain nombre de nos collègues ha­
bitant hors de Quimper, et par celà même tenus éloignés de
nos réunions. Nous avons, en effet, changé de date et d'heure
à notre séance ordinaire du mois d'avril, pour permettre à
ceu~ d'entre vous qui se trouvent en ' ce moment réunis au
chef.lieu de notre département, pour la session du conseil
général, de se joindre à nous. .
({ Enfin, nous avons ouvert nos portes ce soir aux membres
. du conseil général qui, quoique étrangers à la Société, ont
bien voulu nous honorer de leur présence, parce que nous
n'oublions pas que tous les ans vous nous votez, Messieurs,
• comme encouragement aux études que nous poursuivons,
très utile, car nos ressources ne sont pas
une subvention
grandes. A vous, qui ne connaissez de notre Société qne ce

apprend en quelques mots le rapport que nous
que vous en
adressons annuellement à M. le Préfet, nous voulons montrer
ce que nous faisons à nos réunions mensuelles, en vous
faisant assister à celle de ce soir.
« Ici nous apportons le résultat de nos études sur tout ce
qui intéresse la Bretagne. et surtout notre département.
L'utilité de ces travaux ne saurait être niée, et, grâce à eux,
Société a conquis un rang des plus honorables dans
notre
le monde savant. .

({ Partout en France et dans les pays voisins, un grand
mouvement se dessine pour la conservation des vieux dia­
lectes. La . Société archéologique du Finistère, qui est en .
rester étrangère à ce mouve-
plein pays breton, ne pouvait

ment; aussi a-t-elle créé dans son sein, sur l'initiative de
gue 1\1. du Crest de Villeneuve, une commission
notre collè
ayant pour but d'étudier les moyens les plus propres à la
conservation de la langue bretonne. Dans cette commission,
entend agir en dehors de toutes préoccupations politique
qui
·ou relig ieuse, nous avons eu le plaisir de voir entrer M .

Le Braz dont le nom seul évoque tant d'amour pour la vieille
langue celtique. d'Armorique à laquelle il doit des succès
sans nombre applaudis de tous. Dévoué à cette cause,
. comme du reste nous tous, nous avons à cccur l Messieurs,
que le Breton ne soit pas plus fl>appé d'ostracisme en Br~­
tagne, que le Provençal ne l'est en Provence, et le GallOIS
chez nos voisins de Grande-Bl'etagne. nous nous sommes dit .
qu'il était impossible que le Conseil génél'al du Finistère, qui
tous les -ans vot.e une subyention pour le maintien d'une
chaire de littérature bretonne à la faculté de Rennes, ne joi­
gne pas ses elTorts au~ nôtres p~ur obtenir que notre langue
bretonne dont les VIeux reframs ont souvent dans notre
enfance r~tenti à nos oreilles, ne reste plus frappée d'interdit
à la porte de l'école où. nos petits enfants vont apprendre
tau tes choses qui leur sont nécessaires pour devenir des
Français dignes on les force à oublier la langue de leurs pères. Nous en
appelons aux membres du Conseil général qui nous écoutent,
espérant qu'ils ne nous refuseront pas leur concours pour
cette œuvre .
« Je ne veux pas, Messieurs, vous ' retenir davantage;

toutefois, avant de donner la parole aux orateurs inscrits à
l'ordl'e du jour de ce soir, permettez-moi de remercier M.
de Quimper, dont nous sommes ici les hôtes, de
le Maire
l'amabilité avec laquelle il a bien voulu mettre à notre dis­
position la salle du Conseil municipal où nous sommes .

reUnIs. )

Ces paro~es écoutées avec attention semblent frapper
particulièrement MM. les Conseillers généraux au
concours desquels le Président vient de faire un appel
aussi chaleureux dans le fond qu'il . est discret dans
la [orme. Dans l'œuvre de préservation du vieux '
langag breton, en dehors de tout esprit particulariste,
se présente une question de moralisation se greffant
sur un instinct de patriotisme latent; pour la mener
à bonne fin, pour sauver ce qui reste de l'héritage
des ancêtres, il nous faut faire l'opinion, mais il est

- XLVI

utile, au moins, d'obtenir la tolérance bienveillante
des pouvoirs publics. Les représentants de nos cantons
bas-bretons et bretonnants n'ont dû accueillir qu'ayec
une bienveillante déférence ce vœu, cet appel, dont
nous ne demandons, du reste, à voir tenir compte que
dans la mesure du possible.
La parole est donnée à M, du Crest de Villeneuve
pour la lecture du mémoire d~ M. le comte do Ros­
morduc sur le LiDre de raison de MO , o Billoal't de
Kervazégan. Le travai~ de notre distingué confrère a
dû perdre à une lecture nécessairement coupée, écour-
o tée par suite du peu de temps abandonné à la
présentation de chaque mémoire inscrit. Ce Livre de
o raiso1} est fort suggestif, plein de vie psychologique,
économique, C'est un remarquable doc liment dont la
Société a pris connaissance avec le regret de n'en
po~séder qu'une lecture abrégée, mais avec la grande
satisfaction, en retour, de se dire que ce sera un bon

et succulent morc'l3au d'érudition à déguster, il. tête
reposée, vu surtout qu'il est relevé par les savants
éclaircissements qu'y a ajoutés M. le comte de ,
Rosmorduc. 0 ,
L'ordre du jour appelle la présentation de deux
communications concernant le Follûore brelon.
M. Le B1'az dans une improvisation brillante nous
entretient du Culte des fontaines. Personne ne con­
naît mieux que notre confrère les traditions et les
légendes de .la Basse-Bretagne. Les applaudissements

des représentants des divers cantons du Finistère
témoignent du plaisir que leur ont causé les descrip-

tions si poétiques 'et en même si exactes de l'auteur

des Pardons.
La légende de sainte Evette, la vierge aux trois
couronnes, patronne des pêcheurs de la baie d'A u-
dierne) racontée par M. Le Carguet, se rattache aussi

_. XLVII _.
au Folhlore et de même qu'une note complémentaire
sur les fontaines, à annexer à l'étude de t:lotre confrère,
confirme et appuie quelques détails de l'intéressante
communication de M. A. Le Braz. Tous souscrivent au
jugement très flatteur de M. le Président après la lec­
ture de ce mémoire. M. Le Carguct est un travaillcur
infatigable auquel la Société a de grandes obligations,
c' est inc.ontestablement l'llistorien de ce Cap-Sizun
que l'on sOllpçonnait à peine avant lui tel qu'il est, tel
mme
qu'il l'a fouillé et retourné, scruté et analysé c.a
nu 1 ne l'avait fait encore, recherchant avec paSSIOn les
secrets de ses temps préhistoriques et de ses traditions.
lU. Antoine Favé narre, avec sa verve habituelle, dans
ses détails et ses conséquences, _ Une a ltercation entre
un Irlandais réfugié et le procureur du Roi à Carhaix
en - 1693. 1\-1. l'abbé Favé, qui s'est livré à de patientes
recherches sur la vie populaire à Carhaix sous Louis XIV

et a fourni à ce sujet à la Société de nomhreuses
et curieuses communications, produit autour de cet
épisode plusieurs renseignements sur le sort des Jaco-
bites après le désastre de la Hogue ; sur les halles de .
Carhaix et la physiono~ie de la vieille cité bretonne où -
naquit LaTour d'Auvergne.
La soirée est déja avancée, il est près de dix heures
lorsque l'oreille perçoit quelques sons métalliques,
et l'œil a une vision rapide de soufflets et de lanternes:
c'est notre cher vice-président le chanoine Abgrall qui
dispose ses trucs pour les projections lumineuses an­
noncées à l'ordre du jour. Tout est prêt: avec un en­
thousiasme communicatif, il débute par un cri d'admi­
ration patriotique pour le pays des ancêtres si riches, si
beau avec sa floraison de pierres sculptées, de tours
ajourées, de dentelles de granit. Et voilà que les projec­
tions sc succèclent,développant et reproduisant Clochers,
et Ossuaires de Basse-Bretagrie~
Porches, Calvaires

-, XLVIII-
groupés par styles ou par époques: tels des joyaux
de famille que l'on exhibe avec gloire aux beaux jours
de fête. La conférence de M. Abgrall, il faut bien le
reconnaître, a été étranglée en partie par les exigeJlces
de l'heùre tardive; la Société en a eu à le déplorer
tout en applaudissant ce breton à la conviction forte
et a~dente qui, parlant avec une tendresse presque
farouche de la Bretagne, jetait son mépris à la face du
fils indigne qui ne saurait comprendre combien il doit
êtl'e fier de sa mère, la petite Patrie. . .'
M. Abgrall avait conduit ses auditeurs dans une
excursion vraiment féerique ~ travers le Finistère: il
avait l'honneur d'y compter les représentants de notre
beau département, qui l'ont applaudi et compris .
La séance est levée ft 10 h. 45. 1\1. le ~1aire reste

dans la salle s'entretenir quelques instants avec 1\1. le
président du Chatellier et les membres du bureau;
puis deux superbes sergents de ville armés de flam­

beaux viennent pour former une escorte d'honneur
jusqu'au bas des escaliers.

Le Président,

P. DU CHATELLIER .

Les Secrétaires:

Antoine FAVÉ.
H. BOURDE DE LA ROGERIE.

XLIX -

SÉANCE DU 25
Présidence de M. P DU CHATELLIER, Président

Etaient présents: MM. le chanoine ABGRALL,
H. BOURDE DE LA ROGERIE, JENKYN JONES,
LE MAIGRE, abbé FAVÉ. ,
M. le chanoine Peyron reten u par la mort de
:son frère M. Sylvain Peyron, se fait excuser. La
·cères condoléances.
La Société ' des Antiquaires 'de France informe
notre Association qu'elle lui expédiera ses publications
_ par rintermédiaire du Ministère.
M. le comte de Marsy envoie une invitation pres­
.sante de la Société française d'archéologie pour en­
gager nos confrères àse faire représenter à son soixante­
.sixième Congrès qui doit s'ouvrir à Mâcon le mercredi
14 juin prochain pour se terminer le 21 du même mois .
cette invitation étaient joints le programme et l'ordre
du jour de la session. .
Publications envoyées à la ' Société :
Aissociation br'etonne : Classe d'archéologie (26
. volumes) . Cet envoi complète, à peu près, la collecti on
·des travaux de l'Association .bretonne ·conservée dans
.la bibliothèque de notre Société.
Soèiété Jersiaise .: Bulletin annuel, 23 volumes
Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest.
Poitiers. (20 volumes 1878-1897) .
A nnales de Bretagne (avril 1899).
Bulletin de la Société archéologique de Nantes
er e
(1 et 2 semestres de 1898).
Revue histqriqu-e de l'Ouest (livraisons de mars et
.d'avril 1899). .
Revue de Bretagne, Vendée et Anjou (avril 1899) .

Revue a1'chéo~ogique du Maine (2 semestre 1898)r
Revue des Traditions populaires (livr. de mars et
d'avril 1899). .
Société Jersiaise : Bulletin annuel nOS 18 et 19'
Journal des Savants (m~rs et avril 1899) .

Les derniers numéros de la Gazelle médicélle .
Recueil de la Commission des arts et 1Ywnuments'
historiques de la Ch8.rente-Inférieure et Société­
archéologique de Saintes, (avril 1899) .
Académie d'Hippone (année 1898) : Comptes-rendu~'
des ,téunions. .
M. Jones croit devoir faire consigner au procès-verbal
que les renseignements (do"nnés dans la dernière étude
de M. Trévédy) 'sur la législation qui concerne les·
trouyailles en Angleterre sont dus à M. Romilly Allen,
rédacteur du Reliqua'J'Y and illustrated A rchreologuet.
M. Borelly de Kervélégan, demeurant au manoir de'
Kerobestin, en Combrit, est présenté comme Sociétaire­
par MM. P. du Chatellier et Abgrall. Notre nouveau.
confrère n'est pas un inconnu pour la Société archéo­
logique: il vient de faire la découverte, dans sa pro­
priété, . des substructions d'une villa gallo-romaine;
ce travail a été traité dans des conditions de conser-·
vation qui en feront une des curiosités de ce quartier.
M. Prosper Hémon, conseiller de préfecture des;
Côtes-du-Nord, est admis dans notre Société sur la
présentation de nos confrères, MM. Louis Hémon,
député, et Le Hars. Notre nouveaù confrère est
auteur d'études historiques remarquées sur la période
révolutionnaire, et publiées notamment dans les­
Annales de Bretagne (1)-.
M. Antoine Favé donne lecture du savant travail
du R. P. Dom Bède Plaine sur les Invasions nbr­
m~ndes en Bretagne. En thèses courtes et documentées,

(1) En cours de publication actuellement dans ce recueil: « La légende rl~
Le Roux, de Chef- du-Bois »_

l'auteur fait la: lumière sur des points bien embrouillé~
dans le mémoire de ceux qui n'ont pas apprbfon~~
les sources de notre histoire nationale. !-rI. le Pre­
sident se fait l'interprète des sentiments de l'assembl~e
. en remerciant le docte bénédictin: le reste du me­
moire sera lu dans la prochaine séance.
En remerciant M. Le Bourdellès du rapport qu'il
a bien voulu nous faire sur la fouille du tumulus de
Kervastal, M. du Chatellier présente les que1q,;es ob­
servations sui "antes sur la très intéressante sepulture
qu'il y a découverte:
« Les sépultures de ce genre, coffres en pierres à
dalles pénétrant l'une dans l'autre pour" dans la
pensée des constructeurs du monument, preserver les
restes du défunt, qu'on devait y déposer, de toute in­
filtration extérieure, rie sont pas rares en Bretagne.
Dans le Finistère, à Plouhinec, à Mahalon, à Tréogat
pour ne citer que l'arrondissement de Quimper,
M. le chanoine Abgrall et moi avons rencontré plu­
sieurs spécimens de ce genre de construction; dans
le Morbihan, MM. les commandants Martin et Le
Pontois en ont 'aussi rencontrés. Mais ni eux ni nous
n'ayons jamais trouvé de mobilier dans ces sé-
pultures etce, parce que, évidemment, le rite Iuneraire
en usage, à l'époque à laquelle elles nOUf; reportent, le
voulait ainsi. Il ne faut donc pas' croire que le
manque de mobilier soit la preuve de la yiolation de
cette sépulture qui, si elle avait eu lieu, aurait certai­
nement laissé des traces visibles dans son enveloppe.
M. Le Bourdellès a bien remarqué que la dalle de
l'extrémité Sud-Est de la sépulture, ainsi que celle
en terre à 30 centimètres en avant (que nous
fichée
appellerons E et F) étaient légèrement déplacées,
c'est-à-dire penchées; la chose s'explique tout natu­
rellenlent, croyons-nous, ' par cette raison que la
grande dalle posée par dessus le couvercle du caveau
ayant, par elle-même, un poids considérable au­
quel il faut ajouter celui des pierres de toutes
dimensions et de la .terre accumulées au-déssus, un
tassement s'est certaine.ment produ.it dans lequel la

Lii
grande table supérieure atteignant la petite dalle
recouvrant le caveau' funéraire, l'a brisée et a
chassé les piliers E et F, les a repoussés vers l'ex­
térieur, en les atteignant à leur tour. Du reste si les
CC)llstructeurs eux-mêmes du tumulus avaient voulu
violer cette sépulture,' ainsi que le pense M. Le
Bourdellès: c'est par l'extrémité opposée qu'ils
l'auraient attaquée, . sachant parfaitement que là
ils n'auraient eu qu'ane pierre à déplacer. »
« Conlme M. Le Bourdellès je crois que les
sépultures du genre de celle de Kervastal remontent
à la fin de l'époque de la pierre polie .. M. le chanoine
Abgrall et moi avons en effet remarqué dans
les terres de ce tumulus deux grattoirs en silex,
d'autre part, dans le tumulus de Tréogat recouvrant
une sépulture du même genre, il a été recueilli
une hache en pierre polie déposée contre la paroi
extérieure du caveau funéraire. » •
« Ces sépultures sont tantôt par incinération,
tantôt par inhumation. Celle de Kervastal était par
incinération. M. le chanoine Apgrall et moi avons
en effet remarqué et relevé, sur le dallage du fond,
de la cendre et cles fragments de charbon. »
M. le Président, à l'appui de son mémoire sur les '
haches en pierre polie du type caraïbe dans le Finis­
tére, présente la photographie de haches trou vées à
Crozon et à la Guadeloupe; les membres présents
expriment le vœu que l.'on grave des planches de ces
spécÎlnens curieux pO\lr complèter le texte de cette
intéressante communication. .
Mili. P. du Chalelliel' et Abgrall exposent les
grandes lignes de l'excursion de juillet, à .Landerneau
et à Châteaulin. .
La séance est levée à 4' heures.
Le Président,
P. DU CHATELLIER .
Le Secrétaire,
Antoine FAVÉ .

," , LIU 0 O S

SÉAN CE DU 2 9 JUIN 18 9 9

Présidence de M. P DU CHATELLIER, Président

Etaientprésents: MM. DU CREST DE VILLENEUVE,
les chanoines TOULEMONT et ABGRALL, abbé
. ROLLAND, BORELLY DE KERVÉLÉGAN, DE

MALHERBE, LE MOYNE,' LE MAIGRE, JENKYN
JONES, BOURDE DE LA. ROGERIE, FAVÉ.
Publications déposées ' sur le Bureau: '
Bulletins nOS 4 et 5 de la Société d'émulation des
Côtes-du-N ord.
N°S de juin de la Gazette médicale de Paris.
Revue des traditions populaires, mai 1899.
Annales de la Société d'archéologie de Bruxelles,
tome III, livre XI.

N° de mai de' la Revue de ' Bretagne, de Vendée et
d'A njou. -
la Société nationale d'agriculture,
' . Mémoires de
sciences et arts d'A ngers, 5 série, tome f, année 1898.
Les Missions catholiques françaises et les raisons
leur participation à l'Exposition de 1900; par le .
baron Joseph du Teil. (Extrait du Correspondant.)

LIV - '

Lecture est donnée du procès-verbal de la précé-
dente séance qui est adopté. .
M. le Président rappelle que le projet d'excursion
à Landerneau, Dirinon, Pencran, La Martyre, Ploudiry,
Daoulas et Châteaulin sera exécuté définitivement le
17 et ln t 8 du mois courant: un rapport sur cette pro-
menade archéologique trouvera sa place à l'ordre du
jour de la séanee de fin Juillet.
Sur la présentation de M. P. du Chatellier et Bourde
de la Rogerie, est admis dans la Société M. Huchet
de Kernion, avocat, 1225, avenue Esplanade, Nouvelle-

Orléans.
M. du Chatellier et M.l'abbé Jézégou, vicaire à Châ-
teaulin, présentent d'autre part M. Collet, conducteur
des Ponts et Chaussées à Carhaix. La Société reçoit
avec une sincère satisfaction un confrère connu par
son talent de dessinateur et qui, par ?a situation pro­
fessionnelle, sera pour nous un auxiliaire précieux .

1\!!. Le Maigre, au nom de M. Chapelle,. de Plouhay
(Morbihan), fait ' clon à la Société, pour· être déposée

au Musée archéologique, d'une hachette en chi oro-

mélanite trouvée dans cette localité. Il sera remis

au Musée, au même titre de dépôt, une monnaie
. d'argent espagnole, d'un fort bel état de cons~r-
vation, offerte par M. le chanoine Toulemont,
au nom de M. Fallier, ~djoint au maire de Plonéour­
Lanvern,qui l'a découverte dans les terres de Cosmaner;
-" d'un fragment de poterie sdmienne recueilli par

M. l'abbé Rolland,dans le jardin du pensionnat Sainte-
Marie, sur l'emplacement d'un ancien poste gallo-
romaIn.

Président expose que sur le vœu motivé et
M. le
par la Société archéologique du Finistère,
exprIme
en deux occasions, il a appelé, sur l'état de ruine
de l'éO'lise de Lambour l'attention du ministère des

Beaux-Arts et de l'Administration des Monuments
historiques. Il a adressé nos réclamations notamment
à M. Lisch, inspecteur général, et a fait appèl du con-
cours du député de Pont-l'Abbé, l'honorable M. Cos-
mao-Dumenez. Ce dernier veut bien nous informer
qu'il plaidera notre cause près de M. le directeur des
Beaux-Arts. M. le chanoine Abgrall demande qu'au

. moins on fasbe fermer les portes de cet édifice, de façon
qùe les enfants et les animaux n'y puissent venir vaguer.
D'autre part, il rappelle que ces jours passés, accom- '
pagnant les membres du Congrès de l'Association pro­
vinciale cles architectes, il constata l'impression péni-
ble qu'ils éprouvèrent en entendant dire que cet édi-
fice aux détails gracieux et remarquables sous certains
rapports, était condamné à la ruine.
M. l'abbé Favé donne '00mmunication d'une -pièce
que M. le comte de Rosmorcluc a trQuvée dans ses
archives particulières sur l'entretien du phare du Stiff
(île d'Ouessant), en 1717:

« Pendant la dernière guerre il y auoit un pilote Vice­
Amiral entretenu au port de Brest nommé Jean Lards qui

LVI

estoit estably dans l'isle. d'Oüessant tant pour faire le feu sur
la tour que pour obseruer les vaisseaux qui paroissoient et
signaux pour en donner connoissance a la côste ;
faire les
chargé de la tour et de tous les ustanciles qui
ce pilote etoit
s'y trouuoient, il auoit meme les clefs de la tour, et a la paix

à remis a M. de Boutteuille, capitaine de vaisseau, qui
il les
etoit alors gouverneur de risle d'Oüessant, et if est revenu au
port de Brest; ensuite M. de Bouteuille ayant esté depossedé
d'Oüessant et M de Nizon de la
du gouvernement de l'isle
Sauldraye ayant esté nommé aud. gouvernement par Made-
· moiselle de Rieux, led. sieur de Boutteuille luy a remis les
tour en sorte que led. sieur ' de Nizon en est pre­clefs de la
sentement chargé aussy bien que des ustanciles qui sont
dans la tour.
« Pendant qu'on a allumé le fe'u de la tour il y auoit deux
d'Ouessant pour ayder le pilote a al1umer
matelots de l'isle
l'entretenir et a porter en haut les matieres pour l'en-
le feu,

tretien du feu.
c Le pilote entretenu estoit passé present sur les reueues
du port et employé dans les estats de payements pour ses
appointements, les deux matelots' servant a entretenir le feu
la tour estoient payez sur les rolles des gardiens du port

de Brest sur le pié de 15 liures chacu~ par mois.
(( Il n'y a point eu, d'imposition ny d'octroys pour cette
dépense, elle a toujours esté sur le compte du Roy.
«Il y a très longtems que le feu d~ la tour n'a esté al­
lumé faute de matieres pour l'entretenir et faute d'argent,
pour auoir lesd. matières.
« La principalle matiere qu'on employe pour entretenir ce
· feu est du charbon de terre, on employe quelques bois de
corde et quelques fagots pour l'allumer, on consommoit or-
dinairement par mois pour l'entretien d~ ce feu 40 a 45
barriques de charbon de terre, une corde et derny de bois,
300 fagots et 3 liures de chandelle dout il faut payer le traos-

- LVII-
port par mer depuis le port de Brest jusqu'a l'isle d'Oüessant
et la voiture par terre en charettes dans l'isle depuis le bord
la mer jusqu'a la tour.

(t On avoit coutume autrefois d'allumer ce feu depuis l~
• premIer octobre jusqu'au dernier de Mars, ce qui fait six
mOlS et on ne l'a jamais allumé pendant les six autres mois
de l'année.
« Il y auroit presentement quelques reparations a faire a
tour particulièrement au grillage de fer sur lequel on estcnd
les matieres qui servent a faire le feu, ce grillage estant en
plusieurs endroits brulé et mangé de l'ouille en sorte qll 'il
barres de fer a changer, ces reparations regar-
Y a plusieurs
dent les fortifications de Brest. .
« Fait a Brest le 25' Septembre 1717. 1
~ (Signé) : ROBEHT » .

Roger Robert était à même de fournir des infor-
mations compétentes sur ce phare d'Ouessant, puisqu'il
était Conseiller du Royen ses conseils, Intendant de
justice, police et finances, des armées. navales de

Sa Majesté et de la marine en Bretagne (1).

Lecture'est donné ensuite du mémoire du R. P. Dom
Plaine sur les Invasions !/.Ormandes et les Reliques
de nos Saints bretons . La Société remercie le savant

bénédictin d'avoir bien voulu lui fournir une étude
d'un si grand intérêt. .

Au sujet d'un chapitre relatif à la glorification de la
Bretagne en la personne de ses Saints, M. Bourde de
la Ragerie fait remarquer que l'on doit excepter du
(1) M. Favé a publié dans le Bulletin « Le décret de mariage de Mre
Roger Robert passé au Quéméuet en 1708, aveC Françoise de Videlou. _

-- LVIII

'nombre des provinces qui rendirent un culte aux Saints

bretons toute la Normandie et particulièrement le.!ll '

évêchés les plus vOIsins de la Bretagne:

« Ce fait d'ailleurs s'explique aisément: . ainsi que

le montre notre confrère, les moines bretons ne pou­
vaient songer à aller chercher, un asile dans la pro­

vince la plus exposée aùx incursions de leurs persécuteurs
et après l'établissement définitif des Normands dans l'an­

cienne Neustrie, une hostilité très vive persista longtemps .
entre les habitants des deux provinces; à part quelques
sanctuaires dont la fondation est antérieure aux invasions
normandes, Saint-Samson sur Rille, enclave de l'évêché de
Dol, près de l'embouchure de la Seine, Saint-Samson de
Bonfossé, près de Saint L6, Saint-Brelade, Saint-Manelier
(Ma gloire) , dans l'île de Jersey, etc., on ne peut citer
qu'un nombre infime de sanctuaires dédiés à des Saints
bretons; l'évêché d'A.vranches, qui n'était séparé de la
Bretagne que par de petites rivières, ]e Couesnon, l'Airon,
le ruisseau Français, n'en possédait qu'un seul, la chapelle
Saint-Armel (commune de la BO,ulouze). . -
(( Les Bretons des paroisses voisines se refusaient de leur
côté à invoquer lEis Saints que priaient les descendants de
leurs ennemis et adressaient leurs hommages ~ saint Meen
(Cancale), saint Marcan, saint Broladre, saint Judicaël,
dont l'église de Bazouges la Pérouse, possédait une relique
insigne. Deux églises poroissiales toutefois de cette région,
étaient dédiées à des Normands: Saint-Ouen de la Rouerïe . ,
a pour patron un saint archevêque de Rouen, et la chapelle
Saint-Aubert est dédiée à un évêque d'Avranches. Mais dans
cette dernière paroisse la tradition populaire se refuse à

reconnaître l'évêque pour le patron de l'église et attribue
cet honneur à un moine de l'abbaye de Saint-Sulpice: Otbertus

dont l'existence est d'ailleurs contestÇlble.. II

LiX -

M. Borelly de Kervélégan donne lecture d'une com
' munication touchant les substructions gallo-romaines
de sa propriété de' Kerobestin, en Combrit. .
Al. le Président remercie notre nouveau confrère
de son rapport et souhaite, avec les membres présents,
à la séance, que le plan graphique tracé par M. Borelly
soit annexé à son travail. M. P. du Chatellier ne croit
pas à l'existence d'établisseme~ts de salaison, ce qui
expliquerait la présence de nombreuses arêtes de
poissons dans ces caves ou excavations (1); ainsi, voit-on
à Carhaix, cependant loin de la mer, des détritus de
et de c09uillages qui expliquent une con-
poissons
sommation peu ordinaire, mais non un établissement
de préparation, de vente ou d'expédition. M. A bgut II
fait observer que dans l'édifice de, Kerobesti n, les

angles sont pourvus d'un bourrelet en relief, tandis que
au Grand Riz, à Douarnenez, les angles son't simplement
arrondis en creux.

M. le Président lit son importante étude sur' le '

Bronze en Armorique; à l'appui, il donne une exhi­
bition de beaux spécimens d'objets provenant d'une
trouvaille opérée à Ploudalmézea1;l. Il fait passer sous ,
les yeux des assistants une photographie prise par
lui de nombreuses chambres à. ciel ouvert, à la pointe
ùe Kerjean, en Trégunc, Finistère; cette épreuve re-

(1) On remarquera par la lecture du mémoire de M. Borelly qu'outre
ces menues arêtes de poissons, on a découvert à Kerobestin de nombreux
ossements de bœufs, d1sposés avec un certain ordre et d'une section habile
et fort nette.

,produit exactement l'état où se trouvaient le ·16 juin
1899 ces monuments ravagés impitoyablement par les
carriers qui travaillaient à l'extraction de ces pierres.
Que faire? Le problème est ardu étant donné- les
conditions existantes des communaux, Notre confrère

lvl. de M~alherbe, ' qui habite le pays, promet de s'ern-
ruine définitive,
pour atténuer et retarder une
ployer
dans toute la mesure du possible . . •

La séance est levée à 4 heures.

Le Président,
P. DU CHATELLIER.

Le Secrétaire,

Antoine FAVÉ, prêtre.

SEANCE DU 27 JUILLET 1899

Présidence de M. de VILLIERS du TERRAGE,
Doyen d'âge .

Étaient présents : MM. DE VILLIERS DU TER­
RAGE, DU CHATELLIER, DU CREST DE VILLE­
NEUVE, les abbés ABGRALL et FAVÉ, LE GUAY,
RICHARD, AVENEAU DE LA GRANCIERE, LE
MAIGRE, BOURDE DE LA ROGERIE et LEPRINCE .
·lU. de ViUiers du' Terrage, doyen ' d'âge, occupe
"le fauteuil de la présidence. Il rapp;elle que, confor­
mément aux statuts de notre Société, le bureau doit
être renouvelé chaque année à la séance du mois de
juillet.
IvI. du ChafellieT propose que l'on se conforme à

l'article 3 des statuts de la Société, pour l'élection des

membres de bureau, c'est-à-dire que l'on élise '1 Pré­
sident, 4 Vice-Présidents et 2 Secrétaires, ainsi que l'in­
dique l'ordre du jour. Adopté .
.lvI. de Villiers du Terrage fait procéder aux élec-

M. du Chatellier est réëlu président à l'unanimité;
MM. de Villiers du Terrage, Trévédy et les chanoines

- LXII -
Peyron et Abgrall sont élus. vice-présidents, MM.
Favé et Bourde de la Rogerie sont nommés secrétaires
et M. Le Maigre, trésorier. .

M. du Chatellier qui demande la parole, à la suite
du scrutin, remercie vivement ses collègues de la
nouvelle ma.rque de sympathie et de confiance qu'iJs
lui donnent en remettant en ses mains le mandat de
président et les assure que, durant la nouvelle année
qui commence pour la Société,' il apportera tousses

soins à imprimer. aux études qui intéressent ses col-
légues toUte l'activité possible, ce qui sera certaine­

ment facile avec le concours zélé de chacun. Il donne
ensuite connaissance de la réponse relative à régli~e
de Lambour qu'il a reçue de M. Lisch, inspecteur
général des monuments historiques, la .voici :
Paris, 5 juillet 1899.
Monsieur .
.Je m'empresse de vous informer que vous recevrez ces
jours ci, c'est-à-dire du 15 au 20 de ce mois, la visite du ·
nouvel architecte chargé de la conservation des monuments
historiques du Finistère; il se nomme M. Vincent et aura
l'honneur de vous écrire le jour de son arrivée à Pont-l'Abbé.
J'ai mis M. Vincent au courant de ce qui a été fait à l'église
de Lambour il s'intél'esse d'autant plus à ce monument
qu'il y a quelques années il en a fait un relevé très exact
qui a motivé le classement de l'édifice. J'ai donné des ins­
tructions très précises à ce jeune architecte qui fera une en­
quête et nous adressera un rapport sur les faits incroyables
dont vous avez bien voulu m'informer .

LXIII -
C'est là, dit M. du Chatellier, la raison qui l'a prIve
du plaisir d'assister à la si attrayante excursion faite
par un certain nombre de memhres de la Société, sous
l'habile direction de notre "ice-présiclent M. le cha­
noine Abgrall. Il a pensé qu'il était de son devoir
d'attendre la venue annoncée de M. Vincent qui,
après avoir vu par lui-même l'acte ' çle vandalisme
commis à l'ég-lise de Lambour par ·M. le maire de

Pont-l'Abbé, a énergiquemen t exprimé à un de ses
adjoints, en l'absence du maire, cOlubien était con­
damnable cette mise à l'état de ruine d'un 1110nument
historique, intéressant à tant de points de vue. M .

Vincent a promis à M. du Chatellier tout son concours
pour arriver, s'il est possible, à la restauration de cet

édifice. .
M. Vincent a de plus annoncé à notre collègue qu'il
allait à Carhaix pour y faire établir une grille destinée

à protéger contre les dégradations, le tronçon d'aqueduc

romain qu'on voit aux issues de cette ville,
aInSI que
la Société archéologique l'avait demandé .
M. Leprince lit le procès-verbal de la dernière
séance qui est adopté.

M. Bourde de la Ragerie lit une lettre de M. A .
Descamps, membre de la Soeiété d'anthropologie de
Paris, du Comité Flamand, etc. (1, Boulevard Beausé-

- LXIV _.
jour, Passy-Paris), qui demande des renseignements
1:iur la situation actuelle des Caqueux en Bretagne.
Notre correspondant désireraitsavoir « s'il existe encore
des Caqueux en Bretagne. Forment-ils des groupes
séparés, des îlots ethniques? Par exemple y a-t-il un
village de Caqüeux près de Plaçamen, dans le Finis­
tère, ainsi que le signale Cambry (voyage dans le
. Finistère, tome tu, page 147) ? ». .
M. du Chatellier prie les membres de la Société
de bien vouloir fournir à M. Descam ps des renseigne­
ments sur ces intéressantes questions.
JI,1. du., Chatellier communique une circulaire de
M. Salaün, libraire, rue Kéréon, 56, à Quimper,
relative à une nouvelle édition de la Vie des Saints
de la Bretagne-A1'morique d'Albert Le Grand; cet
intéressant ouvrage, devenu , introu\'able chez les
libraires et éditeurs de Bretagne, formera un beau
volume in-4°. Le prix de souscription fixé à t'2 francs

sera élevé à, 16 francs dès que celle-ci sera close.
Pour tous renseignements et pour souscrire, s'adresser
à M. Salaün.
1\J. du Chatellier informe les membres de la Société
qu'il tient à la disposition de ceux d'entre eux qui en

feront la demande le programme du 38° congrès des
Sociétés savantes et lit la lettre ci-dessous de M. le
Minü;tre de l'Instructi~n publique et des Beaux-Arts:

-LXV
Paris, le 1'2 juillet 1899 .
Monsieur le Président
Vous trouverez ci-joint, en dix exemplaires, le programme
du 38 Congrès des Sociétés savantes, dont la séance d'ou-
verture est dès maintenant fixée au 5 Juin 1900 . .le vous
serai obligé de porter 1ans retard ce document à la con-
. naissance des membres de votre Société et de leur notifier
que toute lecture sera, comme les années précédentes, su­
bordonnée à l'ex~men préalable des mémoires et à l'appro-
bation du Comité . .
Seules, les communications destinées à la section des
Sciences pourront être exceptées de cette règle. Mais, en
tous cas, une analyse indiquant leur sujet .et leur plan
sera eXlgee .

J'insiste tout particulièrement afin que le texte des
mémoires et des analyses parvienne, avant . le 30 mars

prochain, au 5 Bureau de la Direction de l'Enseignement

superzeur. .
Il ne sera, .en effet, tenu aucun compte des envo(s adressés
après ce délai.
J'ajoute que les manuscrits devront être entièreme.nt
terminés, lisiblement écrits sur le recto et accompagnés des
dessins, cartes, croquis, etc, nécessaires, de manière à ne
pas retarder l'impression, si elle est décidée. .
J'appelle toute votre attention sur ces prescriptions. Elles
ne restreignent pas le droit de chacun de demander la parole
sur les questions du programme et SOIl! indispensables à la
marche régulière du Congrès .
Recevez, etc ....

j,\1. Le Guay propo,~e qu'il soit délivré à tous le,s

membres de la Société, sur leur demande, une carte

LXVI
de-sociétaire qui, en établissant l'identité du porteur,
permettrait plus facilement l'accè~ des monuments
anciens et peut-être d'obtenir une réduction sur les

chemins de fer. Adopté. Le prix de la carte est fixé à
o fr. 25; elle ne , sera valable que pour un an.

Ouvrages déposés sur le Bureau :
Bul,letin de la Société des Antiquaires de l'Ouest,
6° série, tome XX.

Bulletin nO 6 de la Société d'émulation des Côtes-
du-Nord.
Bulletin du Comité des sociétés des Beaux...:A rts

des départements, nO '10
Revue historique de l'Ouest, 58 livraison.
Revue des Traditions populaires, tome XIV, n° 6 .

Revue de B1~etagne, de Vendée et d'A njou, tome
XXI, 6 livraison.
Journal des Savants, mai et juin 1899.
Revue de l'école d'anthropologie de Paris, g année,

Ouvrages offerts par l'auteur, M. Aveneau de la '
Grancière.
Le Bronze dans le centre de laRretagne Armorique. '
Fouille du tumulus à enceinte semi-circulaire de
Saint-Fiacre, en Melrand, canton de Baud (Morbihan).

-" LxVii

Cachette de fondeur, découverte à Fourdan, etl
Guern, canton de Pontivy (Morbihan).
Fouille du tumulus de Coëtnan, en Malguénac,
canton de Cléguérec (Morbihan).
du bronze en
De quelques sépu lt.ures de l'époque
A rmorique occidentale.
Lecture est ensuite donnée des comm unications
inscrites à l'ordre du jour:
Au retoHr d'une excursion (Landerneau-Château- .
lin~ 1.7-1.8 juillet 1.899, par M. l'abbé Favé, qui,
n'ayant pu, faute de temps, achever entièrement son
mémoire, s'excuse de ne pouvoir en donner qu'un
aperçu; à en juger par les quelques passages 'lus, ce

compte-rendu ser&. très intéressant.
Testament du chanoine Thépault de Rumelin

(1677), par M. Bourde de la Rogerie.
La séance est levée à 4 h. 1/2.

Le Président,

Vt DE VILLIERS DU TERRAGE.
Le Secrétaire,
LEPRINOE .

_. Lxix t •

SEANCE DU 31 AOUT 189
Présidence de M. P. DU CHA TELLIER, Président
Etaient présents: MM. DE VILLIERS DU TER­
RAGE, chanoines TOULEMONT et ABGRALL,DU
CREST DE VILLENEUVE, LE MAIGRE et FA VÉ.
A près lecture, le procès-verbal de la précédente
séance est adopté. . .
Publications envoyées à la Société:
Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, juillet

}tevue historique de l'Ouest, jui.n 1899.
Annales de Bretagne, juillet 1899.
Revue des Traditions p'opulaires, juillet 1899.
M.émoires de -l'Académie de Nîmes, t. XXI, année

Recueil de la Commission des arts et monurnents
historiques de la 'Jharente-Inférieure et Société
archéologique de Saintes.
. Eu lletin de la Société neufchâteloise, juillet 1889,
de Géographie, année 1899. .
Treize brochures publiées par la Soci"été Smithso­
nienne, de Washington.
Bulletin et mémoi?'es de la Société des antiquàÏ1es
de l'Ouest, t. XXI, 2 série, année 1898.
Notre président, M. P. du Chatellier, offre à notre
bibliothèque deux brochures: «( La Pierre gravée de K er­
. maria, en Pont-l'Abbé, }) et .«( Exploration des tumu-
lus' de Fao-Youen et de Cosmaner, en Plonéour-
Lanvern ». Ces deux mémoires avaient déjà paru dans
notre Bulletin: leur insertion au Bulletin archéolo-

-LXX-
gique des Sociétés savantes (Imprimerie nationale,
1899) est ,un hommage rendu à la valeur de ces impor­
tantes recherches, dont nous avons eu hi primeur. Ce
qui donne encore de l'intérêt à cette réédition, c'est
que le texte est accomp~ ,gné de planches gravées, sinon
plus exactes, du moins plus parfaites, que celles que
notre Sopiété avait pu se procurer. '
l'rf. du Chatellier dépose de plus, sur le bureau, dans
un solide cartonnage, une « Carte des tumulus et
trou l'ai lles de bronze ,du départemen t dl! Finistère»,
dressée par lui avec le plus grand soin. Cette carte,
Lahure, à , Paris, à un nombre restreint
tirée chez
d'exemplaires, sera appréciée par les archéologues,
qui y trouveront contrôlées et fixées définitivement,
presqu'officiellement, les découvertes précieuses opé­
rées dans notre département. Ce sera un document qui

sera bien souvent consulté et fournira des indications

désormais acquise~ à la science.
M. le vicomte de Villiers du Terrage fait don

à la Société de deux belles photographies relevées
par un de ses fils: ce sont des reproductions fort

belles de l'église de Lambour, de la malheureus'e
église de Lambour!
M. le Président remercie M. de Villiers au nom de
la Société.

M. l'abbé Antoine Favé offre à la Société pour être

déposé au musée, un sucrier en vieille faïence de Loc-
Maria.
M. le Président se faisant l'interprète des membres
présents remercie M. l'abbé Favé de cette pIèce inté-

ressante.

- LXXI-
On a vu dans le dernier Bulletin qu'il était fait appel
à notre érudition et à notre bonne volonté pour avoir,
s'il y avait lieu, à fournir dos renseignements à M. A.
Descamps (1., boulevard Beauséjour, à Passy-Paris,) sur
les Caqueux et leur histoire .
Outre l'étude publiée, · il y a quelques années, ' par

MM·. les docteurs Aubry et Zambacco dan~ le Bulletin
de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, on peut
retrouver, à ce sujet, dans notre Bulletin les études docu­
mentées de M. 10 président Trévédy ' sur les Lépreux
de Quimper; . de M. Le Carguet sur les Epidémies
du Cap-Sizun: le Sône des Cacoux, et une lettre
M. Etienne, aumônier du Leper Asylum Trinidad,
adressée à notre Société et publiée en 1893.
M. le chanoine Toulemonl a bien voulu apporter
sa contribution et fournir les intéressants renseigne-
ments qui suivent:

« On trouve à Plouzané, mais à une petite distance de
Saint-Renan, un village qui passe dans le pays pour avoir
- été habité par des Caqueux. Des cordiers y demeurent encore
aujourd'hui.
« Ce village est placé sur un plateau élevé. Deux anciennes .
voies, qui partent de la route de Saint-Renan à Brest, y
touchent. .
« Ces deux chemins, assez larges dans quelques-unes de
leurs parties, viennent aboutir à la vieille. route de Saint­
Renan au Conquet, à une petite distanCe d'un pont qui se
nomme encore le pont de l'Hôpital. .

• (c On appelle ce village, Killiverien. Il ne ressemble pas
aux autres villages du pays, c'est comme une petite bourgade.
« Au centre se trouve une sorte de rue avec une croix. Les

- tXXII --

habitations assez nombreuses sont petites et couvertes en
paille.
. « A une pet.ite. distance de Killiverien, il y 11 une fontaine
et un lavoir. D'après ce .qui se dit dans le pays, ils étaient

. - exclusivement à l'usage des habitants du village.

« Le pont de l'Hôpital, que traverse la vi~ille route du Con-
quet, n'en est pas éloigné. .

« Il y avait à l'entrée de ce pont, mais du côté de Killiverien,
quelques maisons qui ont été démolip,s et reconstruites.
« Etait-ce un ancien hôpital de lépreux?
« Trois anciennes voies, venant du côté de Guilers, dont
l'une passe sur la chaussée de Trégort et qui paraît la route

la plus directe pour aller dans le bas Léon, aboutissent au

pont de l'Hôpital. Ce devait être, même avant la vieille route
du Conquet, un lieu de grand passage ll.

M. le Président remercie M. le chanoine Toule-
mont de sa communication, et M. Antoine Favé ur

rappelle que, clans le pays de Lesneven, on réserve

l'appelb:ttion de Cacoux à une collectivité bien nom-
breuse, aussi nombreuse que 'peu caqueuse, grâce à
Dieu; aux habitants de Pont-du-Châtel, hameau im­

portant avec une jolÎe chapelle, située dans la paroisse
de Plouider. Il · y a là, vraisemblablement, une indi­
cation à recueillir.
Notre confrère, M. le marquis de Bremond d'Ars
Migré, Président de la Société d'Archéologie de la
Loire Inférieur , Secrétaire du Conseil géneral du
Finistère., avait promis de sè trouver à la séance de
ce jour, afin de nous soumettre un vœu qu'il a déposé
. au Conseil général, concernant l'établissement d'une

annexe au Musée départemental. A la dernière heure,

par suite d'empêchements imprévus, il n'a pu venir

_. LXXIII -'

parmI nous, à notre grand regret: M. le Président lit
sûwn du Conseil général de créer un Musée des
ancwns meubles bretons. La Société associe pleine- .
ment ses vœux à un projet qui serait fécond en résul­
tats: quoiqu'il soit tard, il est temps encore de ras­
sembler les chefs-d'œuvres d'ouvriers obscurs qui ont
créé, maintenu et divulgué un style à part, dans l'art
du mobilier. Nos sculpteurs sur bois, si nombreux
dans le département du Finistère, trouveraient ain~i à
étudier et à imiter, au Musée, des types nobles, tra- .
ditionnels, de meubles· aujourd'hui recherchés, de
meubles vraiment bretons.
La Société archéologique . du Finistère émet donc
un vœu .con.forme à la proposition présentée par nos
confrères M. de Bremond d'Ars et M. le député Hémon.
M. le Président donne lecture de la lettre ci-dessous

qui présente un certain intérêt: les photographes-ama-
teurs, les dessinateurs et les érudits répondront sans
doute à l'appel de M. Soulange-Bodin .

« Paris, le 25 août 1899 •

« Le Comité des Œuvres charitables catholiques a décidé
sur l'invitation pressante de Son Eminence le Cardinal-Arche- .

vêque de Paris, de prendre part à l'ExpositioI1 de .1900.
« Une exposition rétrospective y sera jointe, qui sera
comme l'histoire de la Charité, montrera au monde entier le
nombre et l'importance des œuvres fondées par la Foi et la
Charité de nos pères pt ne sera pas moins intéressante au
point de vue archéologique .

- LXXIV

«( Si dans vos collections vous possédiez des objets compris
dans les catégories suivantes, nous vous serions reconnais­
, sants de les prêter pour la durée de l'Exposition, sous la
garantie du gouvernement:
« Insignes 'et objets divers provenant de confréries de
charité. '
« Troncs à aumônes fixes et portatifs. Plats et bourses à
"quêtes. Chapelles de carref0!1r pour les pauvres.
« Anciens costumes d'enfants assistés.
« Anciens màtériels et mobiliers hospitaliers.

« Tableaux, gravures, médailles, etc., relatifs aux œuvres
de bienfaisance et aUx costumes hospitaliers.
« Marques des lépreux, pestiférés, etc.
« Portraits, autographes, souvenirs, etc., des fondateurs
d'œuvre d'assistance et de bienfaisance. '
« Et bien d'antres envois, dont votre haute compétence
pourra vous suggérel' l'idée.
( Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mon entier
dévouement.
« SOULANGE BODIN,
« Vice-Pl'ésident du Comité catholique, délégué à la Cl. 112.
« 10, rue Schomer, Paris.

« N. B. Pour simplifier les choses et gagner du, temps, je vous
serais reconnaissant de m'indiquer directement par lettre les objets,
etc, que vous pourrez mettre à la disposition de
documents,
l'administration de l'exposition.
« Je serais heureux de VOllS serv-ir d'intermédiaire. Si je ne crai-
gnais d'être indiscret, je vous demanderais, non seulement de
prêter les objets, mais de nous signaler tous ceux qui, à votre
le cadre, et même de faire
connaissance, pourraient rentrer dans
les démarches nécessaires pour nous y aider,
« Les documents historiques manuscrits sont admis ».

-' LXXV _.
Le Secrétaire donne ensuite lecture de l'étude si
complète 'de H. Le Carguet sur ù Les Saints du
Cap-Sizun »; c'est un inventaire curieux et scrupu­
leusement fait, et que l'on consultera avec früit .
lvl. du Crest de Villeneuv,e présente deux dessins
d'une grande finesse exécutés par lui , avec beaucoup
d'art, de deux pierres tombales conservées à Kernuz ;
1 Une provenant de Locamanc1 et, presque sûre-

ment, représentant Isaac Duplessis de Kergariou,
prIeur; , '
2° Une autre pierre tombale provenant de Cuzon
et appartenant vraisemblablement à un seigneur du
Juch. '
M. du Crest de Villeneuve établit ces points dans
une notice qui sera, avec les planches, insérée au Bul­
letin, sur la demande instante , des membres de la
Société.
M. Favé continue la lecture de son compte-rendu :
(l Au retour d'une excursion ». .
M. P. du Chatellier lit un ·mémoire rapportant les
nou"elles et intéressantes découvertes qu'il ,'ient de
faire à Carhaix, et reçoit les félicitations de nos con­
frères.
La séance est levée' à 4 heures.

, Le Président,

P. DU CHATELLIER .
Le Secrétaire,

Antoine FAVE, prêtre.

- LXXVII-

SÉANCE DU 26 OCTOBRE 1899

P~ésidence de 1'4. P. DU CHATElI .LIER, Président .

. Étaient présents: MM. DU CHATELLIER, président, .
'le commandant MARTIN, les chanoines ABGRALL
et PEYRON, ROLLAND, FAVÉ, DE VILLIERS DU
TERRAGE, LE MAIGRE, DU CREST DE VILLE­
NEUVE, JENKYN JONES, BOURDE DE LA
:ROGERIE.

M. le Président présente aux membres de la
,Société M. le commandant Martin, dont les belles
qu -"il a exécutées dans la Loire-Inférieure, le
fouilles
Morbihan et les Côtes-du-Nord sont connues de
·tout le monde. .
M. Bourdé de la Rogerie, se.crétail"e, donne lecture .
·du procès-verbal de la -dernière ' séance et d'une lettre
·de M. A. Descamps qui remercie nos confrères et en
MM. Toulemont et Favé de leurs intéressantes
particuli.er
·communications sur lesCaqueux de Basse-Bretagne .
M. du Chatellier dépose sur le bureau une jolie
'photographie, faite et donnée par lui, représentant le
menhir de la Vieille-Métairie en Plomeur, situé à 20
.mètres sur le côté sud de la route allant de la cha­
.pelle de la Tréminou au bourg de Plomeur.
Ce menhir, haut de 5 mètres; avait été renversé;
:M. de Pascal, non sans de grandes difficultés, l'a fait
.redresser pendant le mois d'août 1899 et a donné ainsi
un précieux témoignage de l'intérêt qu'il porte aux
.anciens monuments du pays. La Société d'archéologie
adresse ses félicitations à M. de Pascal et émet le vœu
-que, s'inspirant de cet exemple, les propriétaires de.
la région s'opposent 'par tous les moyens en leur pou­
'voir à la destruction des monuments préhistoriques
.situés sur leurs terres.
Les publications suivantes ont été reçues par la
Société : .
Bulletin historique et philologique du Comité des
travaux historiques et scientifiques. N°S 3-4 de 1898.

LXXVIII - '

Bulletin de . la section des sciences économique~
. et sociales du même comité. Année 1898 .
. Revue des traditions populai? es. N° d'août-sep-'
tembre 1899. . .

BuUetin du Comité des sociétés des beaux-arts'

des départements. N° du 1 septembre ,1899. .

Journal des Savants. N°S de juillet et d'août 1899 .

2 bulletin de la Société des antiquai?'es de l'Ouest
• (Poitiers). 1899. . '

Mêmoil'es (tome III) et bu llet-in (1898) de la Société
des antiquaires de Pica1'die. '

Bulletin de la Société d'études-scientifiques d'A n­
'gers. Année 1899.
Bulletin de' l'Académ.ie delp hinale (Grenoble) ..

Tome XII de la 4 série, 1898. .
Archives historiques de la ' Gironde,. Tomes II,
VIII à XIII, XV à XXX, XX;XII.
Bi,ûletin n° 7 de la Société d'ém.ulalion des Côtes- ·
du-Nord.
Revue historique de l'Ouest. Août 1899 .
Revue de Bretagne et de Vendée. S eptembre 1899.,
Paul du Chatellier. E x ploration du dolmen de '
Kerveret (Plomeur). Extrait de l'Anthropologie . (Don
de l'auteur).
Dom Plaine. ' Les Invasions des N onnands en
Armorique et la Translation des Saints bretons. (Don
de l'auteur). .
M. Bourde de la Rogerie signale à l'attention de
. ses collègues plusieurs des volumes adressés par les ,
Sociétés savantes correspondantes :
La Société des Archives historiques de la Gironde'
nous a envoyé 25 volumes in- 4° qui renfer.ment plui)ieurs
milliers de documents relatifs à l'histoire de la Guyenne
et du sud-est de là France ; les historiens et ' les
érudits bretons trouveront dans ce précieux recueil
·de nombreuses pièces intéressantes pour l'histoire-

LXXIX -,

genérale et surtout poùr rhistoire de ia marine et du
commerce maritime. Signalons entr\lutres : tome VIII:
lettre donnée par le duc de Bretagne en faveur des
marchands de vin de' GascoO'ne à l'occasion de l'envoi
( evant. les Grands Jours de. Bordeaux, par Yvon Kera­
denn~c, contre G. Baldry, marchand anglais, au sujet
de, prISeH faites sur .les Bretons; tome XIII, lettre de
Cesar de Vendôme à la Reine-mère j ustifinnt son en­
trée dans 'Rennes 1,8 janvier 1614 ; très curieux

journal de F. de Syrueilh, chanoine de Saint-André
de Bordeaux (1568-1585) ; tome XXIII ,: instructions
données par Henri IV aux commissaires chargés de
négocier avec le duc de Mercœur 1595; tom'e XXIII
et XXV : documents relatifs aux corsaire's bordelais
aux XVIIIe et XI xe siècles ; tome XXVI : établisse­
ment des francs-maçons à Bordeaux en 1737, 1743;
liste de 2'18 navires français pris par les' Anglais en
1778-'1779; tome XXVIII et xxxrr: documents con­

cernant la construction, l'entretien, l'édairage du
phare de Cordouan de '1481 à 1794. Au tome XXX est
joint un magnifique album comprenant les reproduc­
tions de nombreux autographes der-; hommes ilh.~stres
originaires du Bordelais: Montaigne, La Boëtie, Mon-
tesquieu, Saint Vincent de Paul, etc. ,
Le tome XXII des bulletins de l'Académie LJelphinale
renferme une étude très documentée de M.R. Rèy :
Louis XI et les Etats pontificaux de France. '
Enfin dans le Bulletin historique et philologique
du C01nité des travav.x historiques et scientifiques
(1898), on lira avec intérêt de trop courtes notes
extraites de trois livres de raison de la famille Perrotte,
de Cairon (près Caen); de '1473 à 1550 les membres
de cette famille tinrent soigneusement le compte de
leurs recettes et dépenses, des cadeaux qu'ils faisaient
et de ceux qu'ils recevaient, des gages payés à leurs
ouvriers ou à leurs domestiques, agrémentant ces
nomenclatures de réflexions ou de renseignements
inattendus , tels , que celui-ci : « Y a cl 'ycy jusques en

- LXXX .

Paradis, deulx cent mille lieues par deux cent mille
LXXIII mille foiz; et autant contient Paradis. Et y a ..

d'ycy en Enfer III ' mille lieues; et a XX lieue$ de
» (d'entrée). .
goulle
M. le vicomte de V.illiers du Terrage décrit un
tumulus découvert par lui dans l~ champ de Parc­
Kamm, près de Kerambroch, en. Rosporden, à 1500
mètres du '~onument de Kerambrignen exploré en 1893.
M. de Villiers du Terrage invite nos confrères à
venir .assister aux fouilles qu'il fera prochainement
exécuter à l'intérieur de ee tumulus .

Lecture · est ensuite donnée. des communications
inscrites à l'ordre du jour: . . .
M. J. Trévédy : Patissiers et ·rotisseurs .
M .. Jenkyn Jones: Inscription de' l'ossuaire de . la
Afa'rtyre. Etymologie du nom de lieu Killiverien .
. M. du Chatellier ·exhibequeJques obj~ts qu'il a
recueillis. dans des fouilles récemment faites à Parc

Bohars-Izella, en Commana. .
La séance est levée à 4 heures.

Le Président,

P. DU CHATELLIER .

Le Secrétaire,

H. BOURDE DE LA ROGERIE.

- LXXXI

SEANCE DU 30 NOYEMBRE 1899

Présidence de M. P. DU CHATELLIER Président.

Etaient présents: MM. DU CHATELLIER, ' DE
:VILLIERS DU TERRAGE, le chanoine ABGRALL,

DU . CREST DE VILLENEUVE, JARRY DE LA-
·COMBE, LE MAIGRE, JENKYN JONES, LE MOYNE,
'FAVÉ, BOURDE DE LA ROGERIE~ .
. Le procès-verbal de la séance précédente e'st adopté

:sans observation.
Sur la présentation de MM. du Chatellier et Abgrall,
M. Jarry de Lacombe, représentant à. Quimper de la
-compagnie d'assurances La Pré1,oyante, est admis au
:nombre des membi'es de la Société. .
M. de Villiers du Te1'1'age présente à la Société,
·de la part de M. Ga'uguet, bibliothécaire de la ville
·de Quimper, chevalier de la Légion d'honneur, une
hache plate en br.OI)ze,parfàitement conservée,trouvée
. à L Les membres de la Société adressent' leurs remer-

-ciements à M. Gauguet et · décident que cette hache

sera placée au musée départemental d'archéologie à

titre de dépôt fait par la Société.
Les publications suivantes ont été reçues par la
-société d'archéologie : .
Bulletins et mémoi1~es de la Société archéo1ogique
d'Ille-et- Vilaine. Tome XXVIII .

. < .. LXXXII

Revue historique de l'Ouest.
N°s de Septembre et.

Octobre t 899 < •
Bulletin n° 8 de la Société. d'émulation cles Côtes-

du-Nord.

Revue de Bretagne, Vendée et Anjou. Août ·et
Octobre 1899. . . .

Revue historique et archéologique du
Maine ..

Tome XLV (1899).

Revue des traditions populaires. Octobre 1899.
Journal des S;;Lvants. Septembr~ et Octobre1S99.
Bulle'tin archéologique du Comité des travaux
histori-ques et scientifiques. 3 livraison de '1898 et.
Fe li vraison de 1899. . '

. Discours prononcés à la . séance gél~érale . cl u Con-
grès· des Sociétés savantes tenue à Toulouse le 8 Août·
1899, par MM. Héron dè Villefosse, Baillaud, G: Paris.

et. G. Leygues. " .

. Liste des Membres du Comité des travaux histori-
ques et scientifiques.

MM. du Chatelli.er et de Villiers du Terrage'
appellent l'attention des membres de la Société Sllr'
une intéressante étude de M. l'abbé He1'met : Statues-

menhirs de l'Aveyron et du Tarn. pp. 500-536 du
Bulletin archéologique du Gomité des travaux histo--

riques et scientifiques (annnée 1898 ). . .
Le tome XXVIII des Bulletins et Mémoires de la .
Société a~chéologique d'Ille-et -Vilaine renferme un
rép~rtoire épigraphique du département publié par"

M. Seymom de Ricci. Il est à souhaiter que l'auteur-

LXXXllI

fasse · pour les cinq départements. de la Bretagne les
recherches qu'il a tf~rminées aVec succès pour l'Ille-et-
Vilaine et 'les Côtes-du-Nord et que les comm1jnica-
tions de nos' conIrères lui facilitent pour le Finistère
l'accomplissement de ce travail difficile et ·délicat.

M. du Chatellier lit de la part de · M. Trévédy une .'
note complémentaire au dernier travail publié par
notre laborieux vice-président: Pâtissiers et Tôtiss·euTs.
des' 'communications
Lecture est ensuite donnée
inscrites à l'ordre du jour.

M. l'abbé Favé : Le prône du Dimanche à Bodilis ·
vers 1700. .

M. de Villie?'s du Tel'r[lge : Tumulus et A1011u-
. ment circulaire de Keranbroch, en Rosporden .
La séance est levée à quatre heures et demie, et

conduits par M. le chanoine Abgrall, les m·embre8 de

la Société · se rendent sur l'emplacement d'une
maIson
récemment démolie place Saint-Corentin.
En procédant à l'enlèvement d'un plafond, les ouvriers·
ont découvert une ancienne voûte en lambris ornée de

curieux pendentifs. Ces débris ont été sauvés par le
propriétaire de cet immeùble, M. Anglaré, qui, avec
la plus grande amabilité, a bien voulu les laisser
examiner par ses visiteurs. Précieux témoignages de
l'art des sculpteurs bretons à la fin du XV siècle, ces
pendentifs représentent soit des personnages grotesques,
soit des écussons: deux haches d'armes adossées,
soutenues. d'un croissant et accompagnées de trois
coquilles. Ces armes furent portées par la famille

- LXXXIV

du Bot de Lescoet (1 ), à laquelle appartenait Charles de .

Lescoet, chanoine de Quimper, de 1487 à 1511 (2).
°Chàrles ·de Lescoet fut évidemment le constructeur

ou tout au moins le restaurateur de l'ancienne maison

.. aujourd'hui disparue.

Le Président, .

P. DU CHATELLIER .

· ... Le Secrétaire, .' .'

H. BOURDE .DE LA ROGERIE.

· (1) De Lescoet, sieur dudit lieu, Riec, de Kernault (Mella t.:).

D'argent au croissant de gueules accompaqné de b'ois coquilles de même .
La branche de hernault fondue dans du Bot d Poulréguen.
Du Bot, sie1.1r dudit lieu (Lennon), de Poulriguen (trève du Saint), de
· Kernault (Mellac) ..

D'm'gent à deux haches d'm'mes adossées de sable, alias soutenues d'un
C1'oissant de' gueules et accompagnées de trois coquilles de mème, qui
est Lescoet.

P. de Courcy. Nobiliaire et Armorial de Bretagne.

(2) Communication de M. le chanoine Peyron.

- LXXXV-

SÉANCE DU 28 DÉ

Présidence de M. P. DU CHATELLIER, Président .

Etaient présents: MM. DU CHATELLIER; les cha- .

noines ABGHALL et · PEYRON, ROLLAND, LE.-
MOYNE, LE MAIGRE, FA VÉ, DU CREST DE VIL-
LENEUVE,' BOURDE -OE LA ROGERIE. . . '
M. Le Tendre, libraire à Coricarneau, présenté par
MM. du Chatellier et Peyron, est admis au nombre .
des rriembref? de la Société. . .

M. le Président donne . lecture d'une lettre d~ M. le
Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts,
en date ch.i 28 ' no"embre 1899, qui invite la Société
archéologique à prendre part à l'Exposition de 1900
. en envoyant les Bulletins et Mémoires publiés depuis
1889. Les membres de la Société décident que les
seront adressés à M. le Ministre en temps
volumes
utile. .
Pùblications reçues par la Société :
Revue des traditions populaires. Novembre 1899.
Bulletin du Comité des Sociétés des. Beaux-Arts

des départements. Décembre 1899.
Revue historique de l'Ouest. Novembre 1899.
Société Jersiaise: Actes des états de l'île de Jersey
1.606~1631. Jersey 1899. Ces actes renferment quelques
documents relatifs au commerce. de l'île avec la Bre-
tagne. : cidre, chanvre, etc.

Annales de Bretagne. Tome XV, n° 1. Novembre
1899. Ce numéro contient entr'autres les articles

LXXXVI

suivants : ~.,. J'-;otli: Dates de,l'exode des corps saints
-hors de Bretagne. . Ct. Vallée et P. Parfouru: Brief
discours 'de la vie de Madame Claude du Chastel par .

son marj Charles' Gouyon, baron de la Moussaye (suite). '
- C. Bellier-Dumaine: L'administration du' duché de

Bretagne sous le règne de Jean V . ('1389-.1 422 .

j.' Loth: Recherches dialectales · bretonnes (suite)'; le
breton de Beuzec-Gap-Sizun et Plogoff,: les noms propres

de personnes.
H. Le Carguet : L'occu]Ja~ion néol'ithique dans le
. Cap-Sizun. (Don de-l'auteur.) . . .

ete de Balincourt, membre de l'Académie ' de Nimes :

J eha n Le .(?orestieT, seigneur de Va Hvert (1464 -1/:194).
(Nimes. 1899, in-8°. Don de l'auteut.) J. Le Forestier
appartenait à une famille très-probab10ment d'origine
bretonne, fixée à la fin ·du XIve siècle en Saintonge et .

passée au XVe dans les environs d'Aigues-Mortes.
L'étude de M. le ete de Balincourt sera lue av'ec in-

térêt: les' généalogistes bretons semblent avoir ignoré

branche languedocienne des Le
l'existence de cette
Forestier, seigneurs dans les évêchés de Saint-Malo
et Saint-Brieuc .de la F0restrie, des FosséH, du Bois­
gardon, de la Galiotaye, de la Lande-Gruel, de la

Mettrie et de l'Aumosne. . .
Société archéologique de Bordeaux. Tome XXII,

t el' et 'le fascicules. M. du Gh~tellier appelle l'attention
des membres de la Société sur un article extrêmement
intéressant cIe M. Camille de Mensignac, conservateur
du musée des -antiqùes de Bordeaux: Le dieu tricé- .

phale ga~lois de . la commUne de Gondat (can'ton ' de
Chanlpagnac de Belair, arrondissement de Nontron,

LXXXVII
Dordogne). Une description très ·précise . et deux plan­
ches font connaître cette statue remarquable acquise
récemment par 'le musée de Bordeaux; en outre, l'au-
tem' a décrit minutieu~emcnt les statues du Dieu tri-
céphale connues jusqu'à ce jour. .
M. l'abbé Fàvé offre à la Société, de la part de
M. le chanoine Bourlé, ' cles monnaies grecques
et romaines et cl.eux statuettes égyptiennes pro::- .
venant des fouilles faites sous la direetio"n de M._
~1ariette-Bey en 1866. Les membres de la Société
adressent leurs remercîrnents au généreux donateur et. ·
~locident que ces objets seront placés en dépôt au
musée départemental d'arc5héologie.· . .

Lecture est donnée des communications inscrites

à l'ordre du jour:
M. l'abbé Rolland: Le parcours de l'aqueduc. ro-
main de Carhaix; .

M. l-'aobé Favé: Les travaux de la Société archéo-
logique pendant les anp.ées 1889 à 1899 ;

M. le chanoine Peyron :. Plogonnec et ses cha-
pelles. ' .

M. le Présiden t i)fOnOnCe en"suite les paroles sui-

"antes:

'. Avarit de nous séparer, je ti~ns, Messieurs, à vous adresser
tous mes vœux pour la nouvelle année dans laquelle nous
sommes il la veille d'entrer, et à vous exprimer tout le plaisir
que j'éprom;e à vous remer"cier du zèle que plusieurs d'entre

vous avez mis fi: soutenir pendant l'année qui finit, le bon
renom de la Société archéologique. Par vos travaux vous
avez placé notre compagnie c.u premier rang parmi celles
qui travaillent. Notre volume de cette année le prouve

, LXXXVIII •

surabondamment. Je ne puis être que très ,fier de l'honneur.
vous ' m'avez fait en m'appelant à pl'ésider des séancès
que

où vous apportez un zèle aussi fécond. '
Puissent les nouveaux collègues venus parmi nous suivre
, votre exemple et participer d'une façon active à nos études.

Puissent aussi, les membres à qui lèurs occupations le
permettent, venir plu's assidûment à no~ réunions, leur
présence au milieu de nous nous réjouirait tous. 'J'espère , '
, qu'ils voudront bien écouter le vœu que je leur adresse.

Laissèz~moi, Messieurs, jetant un regard en arriére, vous
dire toute la tristesse que j'ai, ressentie en apprenant la mort

de notre collègue,le comte de Keranflec'h-Kernezne, habitant

sôn château de Quélennec, dans les Côtes-du-Nord, il n'a
guère pris une part active à nos trava-q,x; mais chacun de
vous a présent à l'esprit les communications ' :i1om'breuses
,qu'il fit" aux diverses sessions de l'Association bretonne dORt
.les volumes de mémoires , contiennent, pl'esque tous, des
travaux consciencieux de lui, Lorsque la mort est venue le
frapper il projetait' un nouveau travail sur nos lechs bretons,
pour faire suite ,à celui qu'il communiqua au Congrès de
bretonne de 1858. C'était un .travailleur érudit
l'Association
auquel nous devions un dernier souvenir.
Enfin tout dernièrement la mort vient de faire un vide

cruel parmi ceux que nous nous plaisons à h~)I1orer,
frappant ' M. Audren · de Kerdrel, directeur général de
bretonne, où il fut. l'un des continuateurs les
l'Association
éminents des traditions léguées à la féconde Associa-
plus
tion par ses fondateurs Jules Rieffe.1, Armand du Chatellier
et Philippe Kerarmel. , '
Audren de Kerdrel n'appartenait pas à notre Société, mais
appartient à la Bretagne dont il est une des belles figures, ,
et la Bretagne saura conserver son souvenir et honorer sa
à laquelle je tiens à apporter ici nn pieux hommage
mémoire
en votre nom et au mien. Vous n'attendez pas de moi que

. LXXXIX

je retrace sa longue vie pleine de nobles ex·emples. Elle fut .
en grande partie consacrée à la politique où il a donné
1;I1aintes preuves d'un ferme attachement à ses convictions.
Mais laissez-moi vous rappeler sa verve charmarite restée,
. malgré son grand <\ge, toute juvénile jusqu'en ses dernières
années, lorsque . présidant les réunions de l'Association.
bretonne il résumait si finement les communications de ses
collègues, adressant à chacun un mot aimable . . Qui le rem-
placera dans ses fonctions? Je l'ignore, mais ce que nous
savons tous 'c'est qué l'égaler sera difficile. C'était . un pré- .
sident idéal. Orateur très fin, três versé dans toutes 'l~s
questions intéressant la Bretagne, vous .avez été souvent à
même de constater sa solide érudition. A vec le souvenir de

M. Audren de Kerdrel, nous' garderons celui de sa droiture

comme un exemple à suivre .

M. du Châtellier lit, ensuite, des lettres de MM .
. Trévédy, Le Braz et dom Bède Plaine, qui adressent
aux membres de la' Société leurs meilleurs vœux de
bonne année. Se faisant l'interprète de ses collègues,
en les remerciant il les prie d'agréer leur cordial

souvenIr.

La séance est levée à
cinq heures.

. Le Président,

P. DU CHATELLIER .

Le Secrétaire,

H. BOURDE DE LA ROGERIE.