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Bulletin SAF 1895


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Eglise de Cléden-Poher

Abbé Abgrall

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EGLISE DE CLEDEN-POHER '
C'est un vaste bâtiment à toit tl'ès-élevé, terminé par une
abside droite percée d'une magnifiqùe fenêtre flamboyante
divisée en six baies; le n1ene~u du milieu est une sor'te de
colonne ronde de 0 m. 40 de diamètre, à laquelle est adossée
intérieurement la statue vénél'ée de Notre-Dame de Cléden.
Le contrefort nord-est çle l'abside porte la date de 1689,
mais c'est là le millésime d'un agrandissement et d'une
restauration, comme on le verra par une autl'e inscription
i ntél'ieure ; la construction des parties principales et parti­
culièrement du portail ouest ,doit se reporter à la même
époque que Pleyben, c'est-à-dire vers le milieu du XVIe
siècle. .
sont de la date mal'quée sur le con­
Les deux sacristies
. trefort et sont surmontées de toits en forme de carènes de

navires.
Le porche nord contient les statues de sainte Catherine,

saint François-d'Assise et saint Dominique. '
La façade ouest donne accès dans l'église par deux portes
géminées, de fort beau style, encadrées par une gl'ande
arcade dont le tympan est orné d'une statue de la Sainte­
Vierge.
Intéfieur.
Au maître-autel, qui est d'exécution récente, on a eu l'idée
de faire entrer des panneaux sculptés du XVIe OU du XVIIe
siècle, œuvrE!s précieuses qui, sans ce judicieux emploi,
aHaient être condamnées à la destruction'. Dans le l'étable
on voit d'un côté la montée au Calvaire, et de l'autre la mise

. F ')7'') i ii ,

'llu tombeau de Notee-Seigneul'. Au-dessus du tabel'naclê,
la scène du crucifiement. Ces hauts-reliefs contiennent des
, personnages très nombreux~ très mouvementés et fOl't

intéressants par leur expression el leurs costumes.
Dans le coITee de l'autel se trouvent l'adoration des mages
et la circoncision;
Au haut des boiseries qui lambrissent le mur du fond des
deux~'ôtés 'de l'autel, on a incrusté sept petits panneaux
charmants représeutant les sept sacrements, et un huitième
qui semble être une cérémonie de l'anëien testament: La

lectUl'e de la Loi dans la Synagogue.
La statue de Notre-Dame de Cléden, adossée au meneau

central de la maîtresse-vitre, est du XIVe OU du xv siècle,
d'excellent style et très vénérée par tout le pays d'alentour.
Le rétabl~ de l'autel du bas-côté nord ren,ferme un grand
bas-relief en bois qui représente la Pentecôte : le Saint-
Esprit descendant ~ur la Sainte-Vierge et les apôtres. C'est
une scène d'une grande noblesse. Au-dessus se tI'ouvent les
statues de saint Michel, de saint Joseph et d'une saillte
indéteeminée.
Le rétable de l'autel du midi donn~, en bas-relief aussi,
la représentation du Rosaire : Notre-Damè et l'Enfant­
Jésus remettant le rosaire à saint Dominique et à sainte
Catherine-de-Sienne. Tout autour sont les médaillons des

quinze mystères, et sur le cadre on lit cette inscription:
MARL,:E. VIRGINI. MATR!. DEI. ET. REGINA3:. SS. RO-
SARH. 1-694. 16 OCTOBRE .
Au haut,'les statues de saint Yves, en sueplis, camail et
barrette, de sainte Barbe et de saint Jean l'Evangéliste.
A deux gros piliers cylindriques, qui se trouvent vers le
milieu de l'église, sont adossées deux niches-l'étables du
XVIl siècle, renfermant les statues de saint Laurent et de
saint Joseph .

Aux fOlüs-ba·ptismaux, sous un petit baldaqüil1' sup·p0l'té
par deux cariatides, un bas-relief représente le baptême de
Notee-Seigneur par saint Jean.

Peintures de la voûte.
La voùte ou lam]wis en berceau est. toute couverte de
peintures représentallt différentes scènes ou différents saints
personnages entremêlés de têtes de chérubins cntollI'ées de
nuages :.
1. A l'abside, au-dessus du maître-autel, Notl'e-Dame
assise comme sur un trône de nuages, couronnée d'étoiles.
Au-dessus de sa tête, le Saint-Esprit et, plus haut, le Pèl'e-
Etel'nel tenant dans sa dl'oite le globe du monde. .
2. Plus bas, d'un côté, la Sainte-Vierge et saint.Toseph .
l'autre, sainte Anne et saint Joachim.
[J:. Notl'e-Dame représentée en reine, debout, COUl'onne en
vêtue d'un manteau fleurdelisé et portant dans se~
tête,
bl'as l'Enfant-Jésus.
G. En face, saint Pierre en
chape et tiare tenant les clefs
du paradis.
H. L'Annonciation.

7. L'Assomption. Notre-Dame est enlevée sur des nuages

entoul'ée d'anges qui portent des fleurs et dont deux tiennent
une couronne au-dessus de sa tète.
8. Adoration des bergers. Un ange est dans les airs chan-
tant: Gloria in altissim.is Dea,
9. Visitation.
10. Saint Jean l'Evangéliste bénissant une coupe d'oLL

sort un serpent. '
11. Un saint pape, bénissant de la main droite, tenant de
la gauche lé! triple Cl'oix, ·vêtu d'une riche chape et coiffé de
la tiare.
A la sacristie midi le lambris est aussi couvert" de peintures
de même style et très probablement du même peintre. Elles
BUJ:,LETIN ARCHÉOL. nu FINISTf;RE. TOME X.XII. ( émoil'esl. 18

représentent Notre-Seigneur en croixl avec la SaiI?-te-Vierge
et saint Jean à ses côtés -et la Madeleine à ses pieds. Au bas
la signatul'e: HERBAVLT, pinxit, 1750.
se trouve
l'église de Kergloff, autl'efois tl'ève de Cléden, se
Dans
trouvent des peintul'es semblables qui, d'apl'ès une inscrip­
tion, ont été faites du temps de M. Le Gléau, alors recteuI'
de Cléden-Poher. -
Sur les murs de l"église sout enCOl'e visibles les croix de
et SUI' un pilier du côté midi, autoUl' des al'mes
consécration,
de l'évêque consécrateur, Mg!' de Coatlogolî de gueules au

truis écus d'hermine, est tl'acée cette inscription commémo-
rahve :
ECCLESIA PHIVS RESTA VRATA ET A VCTA
HAEC
DEDICATA SEU CONSECRATA FVIT VNA CVM
ALTARI ET ALTARIBVS SANCTI SPIRlTVS
MAJORI
ET SANCTI ROSARII AB ILL VSTRISSIMO
ECCLESIAE PRINCIPE FRANCISCO DE COATLOGON
EPISCOPO ET COMITE COHNVBIENSI DIE
PRlMA MAlI 169l!.
Calvaire.
Dans le cimetière, derrière l'abside, s'élève un calvaire
_ retraçant diverses scènes de la Passion: la Flagellation; le
Porlement -de la croix; Notrè-Seigneur en croix entre saint
\ Jean et la' sainte Vierge entouré de petits anges qui recueil­
lent dans des calices son précieux sang. A des croix laté­
rales sont attachés deux larrons.
Sur les angles du massif, montés sur des piédestaux, sont
un centurion et un soldat à cheval. Sur l'un de ces piédes­
taux-on lit la date de 1575.
Derrière la croix sont adossées la Sainte-Trinité, la Viel'ge-
Mère, 'couronnée, tenant l'Enfant-Jésus dans ses bras; puis
les statues de saint Pierre et de saint Paul.

La co nstl'lloti on, ·de ce calvail'e est due sans auoun doute il
Gilles de Kel'ampuil, l'eoteur de Cléden-Poher à cett3 date.
Reliquaire .
Un joli reliquail'e, ou chapelle funél'ail'e, moitié gothique,
moitié renaissance, occupe le coin nord-est du cimetière.
Les murs sont pel'cés d'une porte et de quatre arcatUl'es sur
la façade ouest, et de tl'Ois autl'CS arcatures SUl' le pignon
nord. Au bas du rampant d'un pignon est un ange tenant
un petit pet'sonnage nu représentant l'âme humaine; de
l'autre côté, la mort brandissant une lance.
Inscri pt ions des. clo0hes.
Il n'est pas sans intél'êt de rappeler ici les inscl'iptions
des deux cloches que j'ai données pl'éoédemment, Bulletin
de 1890, p. 283.
Première cloche: cc Jésus .. Marie. vénél'ahle et discl'et
miss ire Jean Le Gléau, licencié en deoit, recteur de Cléden­
Poher, évêché de Cornouaille ».
M. Le Gléau, était recteur de Clédell en 1750.
Deuxième cloche. venant dit-on de Carhaix:
Mentem santam spontaneam
In honorem deo patrice liberacionem .

Jacobus vadensis me/ecU. MDXIX.
J'ai une âme sainte et spontanée pour honorer Dieu et
procurel' la liberté du pays.
J'ai été fondue par Jacques de Vaud en 1519.
C'est donc un fondeul' nomade, venant de Suisse, du
canton de Vaud, qui a fondu cette cloche; et telle était en
la pratique durant le moyen-âge; les fondeurs parcou­
effet
raient le pays et établissaient leur fourneau au pied du clo­
cher qu'ils devaient enrichir de cloches nouvelles .
Cette inscription: Mentem sanetam spontaneam, etc., était
communément employée par les fondeurs suisses à cett~

epoque. On la retl'ouve ou on la retl'ouvait sur deux clOcheg
de l'ancienne cathédl'ale de Genève, portant la date de 1481
et 1509; sur une cloche de J ussy,. dans le même canton,
avec le même -millésime que celle de Cléden, 1519; à Aigle.,
canton de Vaud, 1435; il Saint-François de Lausanne ,
1508, ainsi que SUl' plusieul's cloches de Bourgogne, d'An­
gleterre, même de Home. (Blavignac, la Cloche, p. [149 et s.)

Le mot: Patriœ liberationem, qui semble d'abol'u uifIlcile
il expliquer, se rappoete à une des a~tributions de la cloche
que l'on tl'ouve indiquée dans un statut du chapitre de
Quimper, du 30 juin 159G, disant que, en temps de guerre,
on doit sonner la cloche de la commune pour appeler le
peuple contre l'ennemi.
Voilà ulle inscription assez coul'te qui nous a menés bien
loin; il sel'ait intél'essant et instL'Uctif d'en recueillie le plus
possible dans nos clocher:; brétons, avant que disparaissent
toutes nos cloches anciennes .

.l.-M. ABGHALL,

Chanoine honoraire .