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Bulletin SAF 1894


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Le couvent de Saint-François de Quimper (suite 3)

M. Trévédy

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XII.
LE COUVENT DE SAINT-FRAN OIS
DE QUIMPER
SUITE (1)
Quelques épisodes de son histoire .
-' Les sépultures des cordeliers. Le couvent

, et les curés de Quimper (suite).
Les débats entre couvents et clergé séculier se produi­
saient ailleurs qu'à Quimper, et, cent ans plus tard, le
parlement dut intervenir.
Au cours de l'année 1623, dèux bourgeois de Rennes
leur inhumation aux Jacobins. Malgré
avaient demandé
leur volonté et l'opposition de leurs familles, les curés de
Saint-Etienne les inhumèrent. Les
Saint-Germain et de
familles réclamèrent; l'affaire alla au parlement, et un arrêt
du 18 août ordonna que « les recteurs et curés des paroisses
(2) de Rennes et des fauxbourgs lèveraient les corps et les
leur sépulture a été
conduiraient aux églises des couvents où
choisie ». L'arrêt ordonnait en outre la notification par huis-
à tous les recteurs et curés.
sier
voit, le parlement avâit statué réglemen­
Comme on le
tairement; c'est-à-dire que sa décision, au lieu d'être res-

(1) Ci-dessus p. '18, 65 et 116.
(2) Ilcclcw's et Cm'és. Aujourd'hui les dictionnaires disent: « Necleur se
dit dans quelques provinces et surtout en Bretagne, au lieu de Cttl é d'une
paroisse.» C'est dil'e que les deux mots sont synonimes. Le mot clt1'é est
« Le cnré est un prètre pourvu d'un bénéfice dit cure, auquel
plus général.
bénéfice est attaché le gOllYernement d'une paroisse ». Le curé qui gou­
"C1'ne lui-lIIêllle sa paroisse cst dit l'cdcw' à Bordeaux ct en quelques
p~o,:jnce~ (nota~lll)ent en Bretagne). ]\Jais s'il laisse le gouvertlement à ùn
VIcaIre, Il est dit curé. Cf. Trévoux, Histoire, CU1'e, curé, recteur.

treinte aux curés mis en cause, était étendue à tous les curés
de Hennes.
Or, moins de quinze jours après, le parlement était saisi
Une dame Péan avait ordonné son inhumation
de nouveau.
dans un couvent. On dirait qu'elle avait prévu quelqu'obs­
tacle à l'exécution de sa volonté, car elle avait « commis ))
trois de ses parents « pour les dil; gences etfra is de ses
prudemment et les trois « commis ))
obsèques)). Elle avait fait
portèrent plainte « des désordres arrivés lors de la sépulture)),
et demandèrent l'exécution de l'arrêt du 18 aoùt.
Le procureur général se joignit à eux et l'arrêt qu'on va
réglementaire, fut étendu à la province entière:
lire, encore
ce qui permet de supposer que le procureur général avait
reçu des plaintes analogues de divers points de la Bretagne.
Le parlement ordonne que « les recteurs et curés des
paroisses de cette province, assistés des prêtres de leurs
églises, lèveront les corps des décédés en leurs dites
paroisses, pour les porter et conduire aux couvents et
autres églises auxquels lesdits défunts, ou leurs parents ou
héritiers auraient choisi leurs sépultures )). Et cet arrêt
« sera envoyé à tous les sièges présidiaux ou royaux pour y
être à la diligence du procureur général et de ses substituts
gardé et observé. )) (te l' septembre 1623. )
Mais l'application de cette règle uniforme pour toute la
province va soulever plus d'une difficulté .
c'était un ancien usage de porter le corps à l'église
. Ainsi
paroissiale avant de le conduire à la sépulture (1 ); après la
(1) Un très eurieux acte de la paroisse de Saint-Julien retrouvé par le
baron de Rosmorduc nous apprend que Rolland de Lezongar (époux de
Claude du Juch) mourut le 2(j mCli 1 ;)j(j ù quntre ou cinq heures du soir
le vendredi suivant, qui était le . ~2!J du mois, à cinq hemes
sur la paroisse;
du matin, son corps fut porté à l'église de Penhars (la paroisse de Pl"a­
tanras) et il y fut laissé jusqu'à trois heures clu soir, qu'il fut enseveli à
Saint-François. En J.5:>6, le dimanche cie Pàq ues étant le 5 anil, le 'W mai
tomba un mardi, et le vendredi suivant éLélit le ;JD.

levée des corps, les cUl'és' doivent-ils ou peuvent-ils, sans en
être requis, les faire passer par l'église paroissiale, avant de
les conduire au couvent ? Au refus des curés de faire la
levée du corps, les religieux chez qui doit se faire l'in­
humation pourront-ils lever le corps et le conduire au
couvent? En ce cas quelle sera la peine encourue par les
recteurs ou curés ?
Il paraît que toutes ces questions se posèrent à Quimper;
et des violences scandaleuses troublèrent les convois funè­
bres. Au commencement de 1629~ les cordeliers assignèrent
les curés des sept paroisses desservies dans la cathédrale, en
exécution de l'arrêt du 1 cr septembre 1623.
Nous allons voir le siège, jugeant à son tour réglementai­
rement, donner l'interprétation, ,ou mieux le complément
l'arrêt invoqué.
défaut; et, le siège, sur les réquisitions du
Les curés font
procureur du roi, ordonne « qu'il sera porté état audit arrêt
au ressort dudit siège avec défenses faites aux défendeur~
et à tous autres d'y contrevenir, sur peine de la' saisie de
leur temporeL ... )) Voilà la ,sanction ... La sentence répète les
termes de l'arrêt et continue ainsi:
•••• « Les curés lèveront les corps des décédés .... sans
qU'OIl soit tenu de représenter lesdits corps en l'église cathé­
drale ou parrochialle, (ce) qui demeurera en la libre dévotion
de ceux qui le désireront faire; et, sur le refus desdits
recteurs ct curés de vouloir se trouver à la levée desdits
corps, a permis aux autres ecclésiastiques et religieux de
faire ladite levée. ))
Après avoir statué ainsi pour l'avenir, le siège ordonne
que pOUL' les contraventions faites à l'arrêt de 1623, « scan­
uales publics, refus de faire la levée des corps, il soit
informé
Il l:iemble (Jue la sentence contenait une plus-pétition; et

que l'information criminelle ordonnée outrepassait les con­
clusions des cordeliers; leur victoire était complète !
Il ne paraît pas qu'il y ait eu appel de cette décision; et
l'absence de toute sentence analogue postérieure permet de
croire que les juges avaient enfin assuré la paix et la décence
des obsèques.
Le cérémonial réglé par la sentence de 1629 fut apparem­
ment observé jusqu'aux lettres patentes du 2 avril 1746, qui
mentionnèrent les mêmes dispositions, en marquant jusqu'à
la place des curés et des religieux dans les cérémonies
funèbres, et les prières que les uns et les autres pourraient
dire. L'introduction dans un acte législatif de détails si
minutieux ne s'explique que par le désir d'enlever tout
prétexte à des discussions fâcheuses dans ces tristes
ceremomes.
Mais, si la violence ne troubla plus les cortèges funèbres,
les cordeliers eurent encore à plaider à propos d'inhuma­
tions.. Seulement la question va désormais se déplacer. Le
chapitre de Quimper, puis les curés de la ville, tout en
acceptant le cérémonial prescrit par l'arrêt de 1623, inter­
prété en 1629, vont contester aux eordeliers le droit d'inhumer
dans le couvent.
C'est à ce sujet que, en 1666, les cordeliers furent con-
traints d'assigner « messire Georges Férancl, official de
Cornovaille, les nobles chanoines et gens du chapitre ». Il
faut dire que les ~téfendeurs comprieent l'inutilité de la résis-
tance; et Me J auréguy, leul' procureur, s 1 empressa de
demander « acte de leur déclaration de n'avoir pas voulu
troubler les PP. cordeliers dans leur possession d'inhumer
dans leur église. » Acte fut décerné le 6 mars 1666 par
messire François de Kergoët, seigneur du Guilly, président
au présidial.
En effet jamais possession ne fut mieux établie: elle

existait sans interruption et prouvée d'année en année par
les nécrologes depuis trois siècles au moins .
pourtant, quelques années plus tard, elle sera encore
cordeliers ont affaire « aux recteurs
contestée. Cette fois les
de Quimper et de quelques paroisses circonvoisines » • .
Les curés ont perdu leur procès en première instance, ils
font appel, et, le 29 décembre 1674, le parlement confirmant
la sentence ordonne la publication de son arrêt, l'affiche aux
portes des églises, et, ce qui dev~it être surtout sensible
aux curés qui l'avaient provoqué, la lecture de l'arrêt aux
prônes des grand'messes des paroisses.
Nous ne trouvons aucun document- judiciaire postérieur.
Les cordeliers n'eurent sans doute plus à revendiquer leur
droit d'inhlÎmation, et ce droit leur fut d'autant plus facile­
ment reconnu que bientôt ils n'allaient plus l'exercer ' qüe
rarement. Avant la fin du XVIIe siècle, la concurrence entre
eux et le clergé séculier allait cesser.
Malgré toutes mes recherches, je n'ai pu trouver l'acte
administratif ou judiciaire qui amena cette révolution dans
les habitudes de Quimper.
On ne peut supposer, si l'expression m'est permise en uu
pareil sujet, un caprice de la mode, et voici pourquoi: c'est
qne cechangement se fait Lrusquement à une date que nous
allons indiquer, et les cordeliers eux-mêmes ont reconnu
(nous le verrons) qu'il n'y a pas pour eux moyen de réagir.
Nous avons la preuve authentique et la date précise de ce
changement dans le dernier nécrologe conservé à la mairie
de Quimper. Ce registre commence en 1681, pour finir avec
le eouvent, cent neuf ans plus tard. Dans les trois années
IH81-8:2-8:3, les cordeliers ont inhumé 72 morts, soit en
moyellne 24 par année. Ce . chiffl'e nous donne le nombre
approximatif des inhumations pendant les années anté­
rieures. Or 24 c'est il peu près le huitième des inhuma~

tions faites annuellement à Quimper (i). Or, en 1683, les
cordeliers semblent renoncer aux inhumations. Cette année
même, la cour auparavant transformée en cimetière perd
cette destination :. la derniè.re inhumation y est faite le 6 mal'S
1683. Le cloit!'e, le chapitre, l'église et ses deux chapelles
annexes suffiront désormais. .
En effet, entre 1684 et 1787 (104 années) 163 morts seule­
ment seront inhumés aux Cordeliers, e~ parmi ces morts on
compte 23 religieux, sept membres du tiers ordre, un
serviteur des frères, en tout 31 morts qu'on peut dite appar­
tenir à la maison; il reste seulement 132 sépultures étran­
gères à la communauté; encore parmi 'elles faut-il compter
celles du couturier, 'du couvreur, du boucher des frères et
des membres de leurs familles, enfin des pauvres auxquels
les cordeliers faisaient une dernière aumône .
Et la proportion est décroissante: de 1684 à 1700, 63 inhu-
mations en dix-sept années, moins de 4 par an; dans les
cinquante premières années du dernier siècle, 75 inhuma­
tions, trois par deux années; de 1750 à 1776, 31 en vingt­
six années. Dans ces 76 années, 22 ont passé sàns une
seule inhumation. De 1777 à 1787 ( 11 années) nuus Ile trou­
vons que 7 inhumations : nous verrons tout à l'heure
pourquoI.
Une remarque c'est que le personnel des morts n'est plus
le même qu'aux XV et XVIe siècles. Les morts nobles, soit
qu'ils aient d'anciennes sépultures, soient qu'ils en aient
acquis depuis le milieu dn XVIe siècle, sont rares: au con­
traire, les bourgeois de Quimper, anciens ou nouveaux, sont
nombreux (2).
(1) Cette indication n'est qu·approximative. Je compte que annuellement
le chiffre moyen des inhumations devait être vers cette époque à peu prè ,~
de deux cents .
('2) Voici quelques noms de vieille bourgeoisie de Quimper, dont la
plus:
plupart n'existe
Audouyn (1728-1771). Baron (le) H.i86-l ïOt-37-75. Billoard. 16ü-i-

plusieurs ont obtenu des sépultures de fmnille, et des
places aux enfeux anciennement concédés à d'autres, mais,
comme nous le verrons plus loin, abandonnés par les suc­
cesseurs de ceux-ci; et c'est ainsi que les bourgeois entrent
même au chœur, où les sépultures des évêques et celles de
Pratanras semblent seules avoir éLé réservées; et même
dans la chapelle du Juch autrefois « privative au fonda-
teur ) (1).
Nous avons signalé une quarantaine de tombes seigneu-
riales mentionnées aux anciens nécrologes, et une autre de
fondation plus récente (Pratmaria). De ces sépultures, cinq
seulement appartiennent encore aux héritiers du nom (2) ;
et trois d'entre eux seulement viennent aux derniers siècles
prendre la place de leurs ancêtres (3). D'autres permettent
d'y inhumer des étrangers (4). D'autres, comme les Ros-
madec, abandonnent leurs sépultures (5). ..
Les autres enfeux ont passé par héritage à des descen­
dants ou parents d'autres noms (6), ou par acquêts à des
88-91. Bougeant. 1644 88-91. Buzal'é. 1 n 7. Danguy des Déserts. 'l690-95.
-Denic(le). 1680,1700. ' Douaren.1ü83-1707. DOl'ssin.1683. Droual-
172.8. Frollo, sr de Rerlivio. 1667-86-R7. Furie. 16g~. Gouesnou.
len.
1713-'20. Goulhezre, sr de la Tourelle. 1728. (iubaër (le). 1683-1727.­
Hemio.1773. Huchet. 1720. Mavic ou Mauyc. 'l698-1714.-:W-'13-84. Ma­
zouère. 1719 '24. Merle de Penguilly. 17tiG. Ninon La Forest. 1 n3. -
Pérard. 1683-87-97. Papias. 1683-17'27. Pitouays. 1727. Prédour
(le). lü91.
(l) V. prise de possession après acquèt par Sébastien marquis de Ros­
madec-l\1olac 8 octobre 1638 (areh. du Finistère). Le procès-verbal fut
interrompu « par plusieurs maladies contagieuses ayant leur cours en ce
pays ». Cf. aveu de Pont-Croix du 30 octobre 1730, ren4u au H.oî pal'
René-Alexis de Carcado, marquis de Pont-Croix.
('2) Moellien, PlŒmc, Hosmadec, Tréanna, Trémic.

(:l) Trôanna, Trémic et Moellien.
('1) Comme les Plœuc, seigneurs de Kerharo.
(.j) La sépulture ancienne des Rosmaclec et celle du Juch, acquise par
eux.
(t)) ComllIe Lanl'os allx rlil 13nisgl1éhennellc, Le Pel'ennou aux du Menez
de Traonvczec, Pl'atmaria illlX du HafTonrl. '

étrangers nobles ou bourgeois (1). Les acquéreurs nobles
ont souvent des enfeux ailleurs. Je n'en vois qu'un seul,
la veille, l'héroïque colonel de Madec, venir'
anobli de
prendre sa place à Saint-François. Les autres renonçant à
occuper leurs tombes en ont apparemment laissé la dispo­
sition au couvent. Ainsi s'expÎique l'inhumation de bour­
geois de Quimper dans les tombes par exemple des vicomtes
Faou et des barons de Pont.
Les cordeliers inhumaient avocats, procureurs, médecins,
au couvent;
dont plusieurs avaient fait des fondations
ils inhumaient aussi un apothicaire et nombre de gens de
métiers, tailleurs, bouchers. cordonniers, couvreurs, etc.;
enfin des orfèvres, membres de la frairie de Saint-Eloi qui
avait, eri 1486, construit un autel sous le vocable de son
patron (2); et ils accordaient la sépulture à leurs femmes.
C'est ainsi, pour ne citer qu'un nom, que, le 20 octobre
1701, Françoise Le Feuntun, femme de Daniel Fréron,
orfèvre, fut inhumée dans l'église (3) .
(1) Cbmlne Le Juch aux Hosmadec, Les Salles aux Gouesnou, bourgeois
de Quimper, Pratanras au colonel de Madec. La baronnie de Pont
venue par héritage aux Richelieu, puis par ventes successives aux djEr­
nothon puis Baude de Saint-Père. La vicomté du Faou pal' héritage aux
duc cie Rohan-Chabot (1736) et aux Magon
Richelieu, puis par acquêt au
de la GBrvezais (17G '~\, érigée en marquisat de la Gervezais, 1768.
('~) Il Y avait à Quimper deux frairies de Saint-Eloi: ëelle des orfèvres
ayant son siège aux cordeliers; et l'autre ayant de toute antiquilé son
siège à Saint-Mathieu et dont la Socù1té arch a puhlié les statuts (T. XIII,
p. 3(7). Elle comprenait maréchaux, cloutiers, couteliers, armuriers,
serruriers, taillandiers, selliers, éperonniers, arquebusiers, carrossiers,
guesniers, maltiers, coIIretiers, grossiers (travaillant à de gros ouvrages
de taillanderie;.
(3) Françoise Feuntun, veuve de Jean Guillerme, orfèvre, inhumée
le 6 juinI69G, aux cordeliers, fut la première femme clu père du Critique,
ne fut pas mère de celui-ci. Il est né le 2.0 janvier 1718, rue Obscure,
mais
du troisième mariage de son père, dont il était le l:Je enfant. Daniel
(en 17:'>0) rue Kéréon, à la place clu n° 1 acluel; après,
Fréron demeurait
il alla demeurer rue Obscure, oü sa femme, Marie-Anne Campion, mère
du Critique, mourut le 20 juin 17:'>'1; il alla alors demeurer à Locmaria,
oi.! il mourut le 27 décembre l75o, à 84 ans.
Les orfèvres n'étaient donc pas cantonnés dans une rue de Quimper. Le

Enfin, ils inhumaient des pauvres dont par malheur ils ne
mentionnaient pas toujours le nom : nous lisons aiBsi :
cc 7 mars 1681. .. une bonne femme de 113 ans, proche
Sainte-Marie Egyptienne, en la chapelle de la Trinité. »)
Nous avons vainement cherché le nom de cette doyenne
de Quimper : les registres paroissiaux ne mentionnent
pas son décès. ,
cc 19 a'fril 1683, en la chapelle de la Trinité, un homme
nommé La Grande Barbe. )) Nous lisons au registre de la
Chandeleur : c( Ce jour 18 d'avril 1783, mourut François
Vadis et fut le lendemain enterré dans l'église de Saint- '
François. )) Vadis étant seul mort à Quimper, le 18 avril,
et un seul ayant été inhumé aux Cordeliers, le 19, nous
pouvons dire que François Vadi$ est la Grande Barbe.,

Les inhumations dans les églises devenant ainsi de plus
en plus en rares allaient enfin cesser. Des papes et des
conciles en avaient signalé l'abus. Au dernier siècle, l'in-
convénierit en fut dénoncé au point de vue de l'hygiène . .
C'est de l'Eglise qu'au dernier siècle en France partit le
mouvement qui, secondé par la magistrature, . amena la
défense générale d'inhumer d'ans les églises.
C'est d'abord un mandement de l'archevêque de Rouen
réservant les églises aux inhumations des prêtres, des fondés
en titI~es et des bienfaiteurs, c'est-à-dil'8 de ceux qui p-aieront
une concession. Le mandement est approuvé par arrêt du
15 mars 1738 (i).
C'est ensuite un arrêt du parlement de Paris, du 12 mars
1763, qui, en ordonnant la fermeture des cimetières à l'inté­
rieur de la ville, défend cc d'avoir aucune sépulture dans les
nom de rue des Orfèvres, donné aux derniers siècles à la rue du Chapeau­
Rouge actuelle était une corruption du. nom de rue des li'ebvpes (.fqber,
fabri), ouvriel's qui travaillent une matière dure, artisans ('1580)., .
(1) Dalloz. yo Culte, no 927.

églises, à moins qu'il ne 'soit payé à la fabrique une somme
de 200 livres » (1).
Ces prescriptions parurent insuffisantes. Le 25 mars
1775, l'archevêque de Toulouse interdit d'une manière
absolue l'inhumation dans les églises de son diocèse, sauf
(cela va sans dire), les droits acquis. Ce mandement fut
approuvé par le parlement de Toulouse, le 31 · mars 1775 (2).
Enfin l'assemblée du clergé supplia le Roi de rendre gé­
nérales ces prohibitions locales; et le Roi r.spondit par la
déclaration du 10 mars 1776 qui interdisait l'inhumation
. dans les églises paroissiales ou des couvents, sauf celles des
évêques, prêtres, patrons, hauts justiciers et fondateurs.
Encore les religieux ou personnes attachées aux couvents
ne pouvaient-ils être inhumés que dans les cloîtres ou
préaux (3).
Les cordeliers avaient, on peut le dire, exécuté par
avance la déclaration royale. De 1729 à 1775 (46 ans) 18
années ont passé sans une seule inhumation; dans 27 autres
années on ne voit qu'une ou deux inhumations '; l'année
1773 seule en compte cinq; mais les morts sont des reli­
gieux ou attachés au couvent ou des fondés en titres.
Après la déclaration de 1776, nous ne trouvons plus:
en 1777, 79, 82, 84, 85 que six inhumations de morts ayant
enfeu.
En 1784, l'héroïque colonel de Madec vient occuper une
tombes de Pratanras dont il avait acquis la seigneurie
des
deux ans auparavant.
En 1785, Guy de Moëllien, chef d'escadre, vient se coucher
dans la tombe de ses ancêtres,
Enfin les frères écrivent en 1787 :
« Le 8 juillet, Nicolas Vidame, de Plésidy, évêché de Tré-
(1) Denisal't. Vo Cimetières, p. 97, 98.
(2) Dalloz. Vo Culte, n° 927.
(3) Dalloz. V. Culte. n° 9n .

guier, garço'n de notre sacristie, a été inhumé dans le préau
du cloître au pied de la croix.» .
La liste funèbre avait été ouverte, en 1337, par le nom
d'Eléonore de Rosmadec, femme de Bernard du Chastel et
bisaïeule du fameux Tanneglly, le prévôt de Paris. Quatre
cent cinquante ans plus tard, elle se ferme sur le nom de cet
humble senriteur auquel la charité des frères ouvrit un der-
nie!' asile, mais auquel elle ne put assurer le repos .

(A suivre.)
J. TRÉVÉDY,

Ancien présïdent dit Tr'ib'llnal de Qltimper