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Bulletin SAF 1874


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Caverne de Roc’h-Toul, en Kerouguy-Izella, commune de Guiclan (Finistère)

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SÉANCE DU 10 JANVIER H~74 .
Présidence de lV!. A. de Blois .
M. de Montifault, secrétaire, donne, sur J'invitation de
M. le Président, lecture du procès-verbal' de la séance pré~
cédente.
Ce procès-verbal est adopté sans observation.

1 du bureau présentent MM. Pocard-Ker­
Les membres
viller, ingénieur des ponts et chaussée~ à Nantes, et Bol­
loch~ juge suppléant à Morlaix, qui désirent faire partie de
la Société. ,
Ces deux candi.:lals sont admis à l'unanimité.
M. de Blois donne ensuite lecture d'une intéressante
à la Société par notre confrère M. le
communication faite

docteur Le Hir.
conçue:
Cette communication est ainsi
CAVERNE DE ROC'H-ToUL, EN KEROllGUy-IZELLA, . COMl\IUNE
DE GUICLAN (FINISTÈRE). .
cc Cette grotte est située à 84 mètres de la rive de la
Penzé , elle est creusée dans un roc blanc composé de grès

et de quartz. Ce rocher forme une crêle très-pittoresque au
dessus d'un joli vallon. Son ouverture trapézoïdale est pla­
cée sur le versant nord·est du rocher, vis il vis le manoir de
Luzec. J'ai découvert une moitié de celtre en pierre polie
le sentier rapide qui conduit du moulin de Luzec au
dans
pont de pierre qui traverse la rivière au-dessous de la
grotte.
c( Le rocher a lin mètres de longueur au sud, 140 mè­
tres au nord, 20 mètres à l'est.
cc La grotte se divise en deux chambres, presqu'en ligne
droite el séparées par une cloison de rochers qu'il faut con- .
tourner pour passer de l'une dans l'autre.
(T La première pièce ou chambre claire, a 12 m. 40 c.
de profondeur. La han leur de la volÎte à l'entrée est de
7 m. 70 c.; deux mètres plus loin elle atteint 8 m. nO C., et
au fond de la pièce, elle est encore de 8 mètres.
c( La Chambre postérieure a 54 mètres de longueur, ce
qui~ ajouté aux 12 m. 40 c. de la première pièce, donne
46 In. 40 c. sous roche à la caverne de Roc'h-Toul.

«( La largeur de la première chambre varie entre j mè­
2 mètres; celle de la seconde est beaucoup plus irré­
tre et
gulière. La chambre poslérieure a beaucoup d'anfractuo­
La hauteur du sol au plafond n'y est pas sensib!pmcnt
sités.
la même comme dans la chambre claire; elle atteint 7 mè­
tres en quelques endroits . et \arie de 5 a 6 mètres dans
de la grQtle est tournée vers l'est, mais la
d'autres. L'entrée
chambre postérieure a une pente ascendante assez pronon­
sa direction s'infléchit un peu vers le nord. Jusqu'ici
cée et
n~ai trouvé aucune brêche ni ouverture qui indique une
à celle seconde chambre. .
autre issue

( La première chambre, ou chambre claire, a été dé­
moi avec assez de d,~tails dans Les Matériaux
crite par
(Trutat et Cartailhac), février 1 ~69. Voici le résultat des
fouilles que j'y ai ex~cutées :
« Le 4 juin 1868, à 10 centimètres de profondeur dans
bout de flèche en silex. Le sol de la
le sol, je trouvai un
grotte, sur une largeûr de 50 à 60 centimètres seulement,
à du
est formé de pierres anguleuses de grès, mélangées
el à du quartz, le tout lié par de
schiste d'un blanc jaunâtre,
la terre noire ou jaune, et contenant une graride quantité de
Le~ parois de la grot te ct la voûte sont
charbon végétal.
de grès blancs entremêlés de
creusées dans un roc composé
couches schisteuses blanches ou jaunes micacées, et de
la ,masse
veines ou filons de quartz hyalin qui traversent
jusqu'à la crête extérieure du rocher.

« A la date du 27 juillet 1868, j'étais allé environ quinze
il la grotte, y restant depuis midi jusqu'a cinq heures du
fois
Mon fils et moi, nous avions fouillé une partie du sol.
soir.
27 juillet UHj8, je pris des aides.
A partir du
c( D'abord nous relevâmes le sol par grandès mottes. Je
trouvai des morceaux de couteaux larges de 1 centimètre, ,
plats sur une face, ayant une arrête au milieu de l'autre, et
ou dentelés par l'usage. Je re­
avec des bords tranchants
cueillis a~nsi 44 couteaux en silex noirâtre on jaunâtre. Ils
preiqu'à la surface du sol, . sous une
étaient tous enterrés
couche de poils provenant probablement de de je cl ions de
hiboux ou de renards . A environ 9 mètres de. l'ouver­
ture" se trouva un grattoir entier, à extrémité arroo-

die et retaillée. A partir ùe cet endroit, presqu'en face de
accès à la deuxième chambre, en
l'ouverture qui donne
le s(Jl, les ohjets en silel qui ap­
fouillant plus profondément
parurent offraie~t de plus grandes dimensio~s ; il Y avait
des couteaux enlier:; avec une face plane et l autre porlant
ou deux arrêtes longitudinales; d'autres étaient courbes
une
quelquefois même sur leurs bords; quel­
sur leurs faces,
ques-uns.avaient l'e~trém~té l~r~e et, a~'rondie, très-tr~n­
chante; Il Y en avalent a pomtes legerement arrondIes,
en forme de serpetle, d'autres avec un seul tran-
d'autres
. chant; enfin des fragments variant de 13 millimètres jus­
qu'à 4· cenlÎrnètrps de longueùr et une petite pointe aiguë
en forme de lancette sêmblent provenir d'autres instru­
de même nature ébréchés ou cassés.
ments
(( Les couteaux au nombre de cent ' dix .. ont été surtout
trouvés vers le fond, mais aussi dans toûtes le~ .parties dn
sol de la chambre antérieure.
Au fond de celte premihe chambre, à une profondeur de
50 centimètres, j'ai recueilli des nudei en sil.ex ; l'un de 5
cenlimètre~ de long sur 3 112 de large et 24 d'épaisseur;
le second de .4 cenlimrtres t /4 de long, sur 3 de large et 2
d'épaisseur. Un troisième était à la distance de 9 mètres de
enterré près de la paroi de la grolle. Le travail
l'entrée,
se faisait donc dans la caverne elle-même.
des silex
(c Au J 9 août 1868, j'avais fait, encor,e fouiller six fois
sol de la première chambre, A celte date, le
avec soin, le
nombre de silex recueillis et qui annoncent un travail régulier
.dépassait 330; de plus il y avait une ' qllantité d'éclats ou
de débris de diverses formes.

« Les petits couteaux il face plane d'un côté et munis
d'une àr.rête centrale au revers sont au nombre de plus de
1 cinquante. Presque tous ont 1'extrémité arrondie, quelques,
uns fleulement ont une pointe aiguë.
fi Les couteaux moyens sont plats sur une des faces, la
arrêtes; leur extrémité est le
seconde offre une ou plusieurs
plus souvent large et arrondie, rarement pointue.
(c Les grands éclats ont ùe 2 à.4 centimètres de large et
de 1 et demi à 2 centimètres d'épaisseur à l'arrête; ils se
terminent en pointe arrondie d'uu centimètre de large ou

en extrémité amincie presqu' aus!li large que le rellte. J'ai
trouvé douze de ces grands éclats.
cc PIns tard un nouveau nucléus plus long que les autres
a été trouvé profondément enfoncé dans le sol (Je l'entrée,
et près de lui une pointe de lance en silex, triangulaire, à
pointe aiguë, presque à ailerons : base 2 centimètres et
demi, hauteur 4 centimètres, côté 5 centimètres, épaisseur
au milieu de la base 1 centimètre. A la base trace d'un fos­
sile qui contribue à la forme de l'instrument.
« Je retirai ou fis retirer ainsI tout le sol de la chambre
antérieure qui fut répandu en dehors sur la plate-forme. '
Le charbon de bois est très-abondant dans ces déblais. Il

existe l'In amas brillants à l'extérieur de la caverne à la
surface du sol, où on distingue encore bien des plantes à
moëlle spongieuse carbonisées. Il est encore abondant et
en gros fragments à l'entrée de la deuxième chambre, mé­
langé avec de la terre et des élytres d'insectes. Dans la
première chambre il était en très petits fragments brillants
et noirs. Il est probable qu'il y en a de di vers âges.
ccAyant fouillé cinq fois la chambre postérieure en 186cJ,
j'y ai trouvé des silex taillés analogues à ceux de la première
chambre, mais en moindre abondance. Je possède cepen­
::1ant deux grattoirs l'un de 4 centimètres et demi, l'autre de
4 centimètres; cinq Gouts de flèches ou de lances. deux
rondelles et une trentaine de fragments ayant appartenu à
des lamelles taillées régulièrement, enfin une vingtaine de
fragments assez irréguliers, mais provenant d'un travail
humain, le tout trouvé dans la seconde chambre.
c( Je n'ai rien trouvé dans les cavités et les anfractuosités
du rocher à l'intérieur de la grOlle, mais, à cause de l'obs­
curité et des nombreuses inégalités du rocher, les recher­
ches sont fort difficiles .
(( Nulle part je n'ai rien trouvé sous lBS rochers déplacés
et posés sur le sol, quoique ces rochers fussent assez petits
pour qu'un homme put les mouvoir. Il est même à remar­
• quer que vers le 9 mètre à partir de l'entrée, la où les silex
étaient pour ainsi dire accumulés, il n'y avait rien sous les
rochers; d'où ' l'on pOllrrail supposer que ces rochers mo­
hiles servaient de meubles, de siéges, ou d'établis pour la

taille du silex et que l'état des lieux n'a guères changé dans
la grolte depuis le temps où elle a cessé d'être habitée. ,
« Nulle part sur les paro~s ou su r les pierres isolées je
n'ai tronvé de traces de pohssage de dessins ou de sculp-
tures.
(( Cette grotte ne me semble avoir été fouillé.e par per­
sonne avant moi. Elle m'a fourni des couteaux de différentes
formes et de différen les grandeut's, des rondelles tran­
chantes, gP-S serpettes, des grattoirs, d~s perçoirs et doubles
perçoirs ... des poinçons, des bouts de lances et des bouts de
flèches, et enfin des nucléi. C'e5t une collection très-com­
plète et très-curieuse des divers instruments primitifs fabri­
qU(~S avec le silex. Deux ou trois seulement de ces silex pa.­
raissent par leurs formes arrondies en partie provenir du
lit de la rivière de Penzé, les antres en presque totalité ont
une autre provenance qu'illl'est pas possible de déterminer.
c( A l'extérieur de h grotte et dans toutes les cavités du
rocher, partout où il y avait de la terre, . dans les rigoles ' ..
tracées par les pluies, dans tous les sentiers pierreux qui se
rendent à la rivière, j'ai fait après les grandes pluies et
après les temps secs des recherches pour trouver des silex
taillés ou non taillés, je n'ai jamais pu en découvrir aucun,
si ce n'est celui qui a été mentionné plus haut, auprès du
moulin de Luzec, et qui est une moitié de celrre.
« Tel est le résulLat de mes études sur ' la caverne de
Roc'h-Toul, une des plus intéœssantes habitations de

Troglodytes. -

Etablissement de Troglodytes en plein air.
« Il Y a dans le voisinage de cette caverne, à 84 mètres à
l'est, sur le bord de la rivière de Penzé, dans la commune
de Guiclan, un champ nommé Parc-ar-Plenen, de 110 m . .
de longueur sur 38 de large. On y cultive généralement le
panais qui demande des fouilles assez profondes.
«( Presque chaque année, après le travail de l'agriculture ...
j'y ai trouvé des instruments taillés par éclats, comme ceux
de Roc'h-Toul, les uns en silex, les autres ~n grès lustré gris
foncé ou rose. Ce grès se trouve sur la Penzé à Kergoat

en Guiclan,. Il offre une cassure conchoïde. Les habitants
primitifs de Roc'h-Toul l'ont taillé, mais en petite quantité;
au contraire à Parc-ar-Plenrn, les objets en grés lustré sont
aussi nombreux que ceux en silex. Ils ont la même forme
la caverne. Cependant il faut remarquer un
que ceux de
en détacher des
silex taillé en cylindre et préparé . pour
lamelles. Il a 18 centimètres de longueur et HS de circon-
férence. '
cc Ces instrum.ents viennent tous les ans à la surface du
sol après le travail d'automne.
, « Pour m'assurer si cela était particuiicr à ce c,hamp,
j'ai parcouru à la fin de septembre 1~69, tous les champs

cultive les panais et qui sont "
et notamment ceux où on
situés entre le moulin de Kerougay et la caverne de Roc'h­
Toul; je n'y ai trouvé aucun grès taillé, aucun morceau de
.. ni taillé ni brut, tandis que dans le ~eul champ de
silex
objets de silex
Parc-ar-Plt:nen, j'ai trouvé plus de quarante
ou de grès lustré travaillés par éclati~.
cc L'un des deux: établissements est-il antérieur à l'autre?

Ont-ils coexisté?

, cc L'établissement en plein air a-t-il été fondé avant celui
la ca,'ernc? Cela pourrait se supposer, puisqu'il contient

des grès lustrés, pierre du pays, tandis
en grande quantité
que la caverne ne contient guères ' que des silex qu'on
ne trouve nulle part aux enviro ns .

(( Tous les ustensiles des deux localités sont, d'après
-M. de Mortillet, de l'àge des cavernes de la Dordogn f\ , mais
sont plus petits el moins nombreux,
moins bien travaillés.Jls
le silex pyromaque manque
ce qui se comprend, puisque
totalement dans le pays. Cependant je possède un perçoir
est_ très-bien fait et qui a dû servir d'aiguille. Il est
qui
semblable il celui de Bruniquel exposé à Saint-G.:'.rmain.
c( Nulle part que je sache, on ne trouve d'autres l.races
de ces hommes primitifs Sl1r notre sol. Pas de sépultures,
d'Qssement3 humains de celte époque, pas d'ohjets en
pas

os travaillés, pas de dessins, pas de sculptures sur les
schistes bleus, rien que ces armes grossières en grès ou en
silex.

cc Le bois devait il est vrai entrer pour une grande part

dans les moyens d'attaque" de chasse et de défense des
Troalodiles, Leurs vêlements devaient être de peaux de
bête~ . mais de tout cela il ne reste pas trace, pas plus que
de lel~rs ossements ou de leur nourriture, Tout ce qu'on
peu dire de leur civilisation, c'est qu'ils se fabriquaient
des armes de silex et de grès, et qu'ils connaissaient l'usage
du feu.
cc Dr LE HIR.
« D. M. P. 1)

Cette intéressante communication donne !lieu à différents
commentaires au sujet de la manière de vivre des habitants
des cavernes.
M. de Blois fait connaître que la lettre de 1\'1. Le Hir con­
tient encoré la description d'un monu~ent d'une origine
plus récente. Il donne en ces termes lecture de ce do-
cument : '
Caveau~ de Ro,quennic, en Cléder, probablement gallo-romains .

En septembre 1872, M. de Lécluse, vérificat'eur des domaines,
à aller a\'ec lui voir de~ CéneallX que des piqupurs
m'invita
de pierre ventlienl d~ mettre au jou r en fi'lldanl à l'aide de
coins ulle énol'me masse d~ granils pl'ès du village de
HoguellllÏc, en CIMer. .
La roche wlide est ensevelie à une profondeur de 2 mètres
de granite décomposé, mélangé à de l'argile
sous une couche
Le bloc de granile a une épaisseul' .de 2 m. 30 c.
diluvif'nne.
une largeur de .{ m. 50 c.

Vers les prem iers jours de septembre 1872 ~ les carriers en
allaquant ce banc pOUl' en exlraire des pierres de laille, Irou~
vèrenl SOl-4S le rOt:hel' une cavilé où ils péllélrèrent et ils se
dans tille ehambl'e médiane communiquallt avec
. trouvèl'enl
deux autres chambl'es, l'ulle au nord, dont la voûte est à
t mèll'~ Il 'éléval ion pt se trouve l'ol'mée pal' le roc; la largeur
de Ci'lle chambre est de 1 m. 80 c. Le sol est un mélange de
terre el de sable gl'anilique peu cohérent.
J'ai tromé sur le sol un morceau de gl'anile auquel adhé­
un morceau rie chal'bon de bois. .
rait
, L'ouvel'lu're de la chambre, percée dans la gl'anile décom­
est de forme ovale. Elle a 70 centimètres de haut SGr
posé,